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PARTIE 2 Le coté de l’entreprise
Chapitre 4 Qu’est qu’une entreprise ?
Pour comprendre le rôle de l’ordinateur dans l’entreprise, deux termes d’usage commun et donc banalisés dont le sens profond nous échappe sont à clarifier « Qu’est ce que l’entreprise et qu’est son système d’information ? ». L’entreprise dotée de son système d’information est partout diffus et sert de support voire de justification à la structure de la société libérale capitaliste de ce XXIème siècle. Mais comment sommes-nous passer de l’information à la connaissance, des activités de l’entreprise au système d’information vu comme un véritable langage de description et de représentation de l’organisation.


  • L’entreprise : un problème de représentation


Pour Michel Volle définir l’entreprise c’est commencer par présenter les nombreuses représentations de l’entreprise. En effet suivant l’angle de vue et le prisme d’analyse, l’entreprise peut être perçue de manière très différenciée :
Ainsi pour l’économiste, l’entreprise sera l’entité de maximisation du profit alors que pour ses dirigeants l’entreprise sera la structure hiérarchique lieu d’exercice du pouvoir. Les financiers la considéreront comme une entité fiduciaire porteuse d’un capital alors que le cadre se représentera l’entreprise comme un lieu de reconnaissance et de référence culturelle et sociale. Pour le salarié c’est souvent la « boite » source de revenue, alors que le syndicaliste y fera le lieu d’expression des luttes de classes. Les experts du marketing réduiront l’entreprise à une image, des marques et des produits alors que l’ingénieur mettra en avant l’usine à transformer des entrants en produits et services. L’informaticien s’attachera à gérer un ensemble de moyens de machines et de programmes alors que le comptable résumera l’entreprise à son bilan et ses effets de commerce Organisateurs et sociologues focaliseront sur la vision institutionnelle comme centre d’alliances/conflits avec les parties prenantes.
La représentation de l’entreprise dans toute sa diversité ne peut se réduire à une simple accumulation de descriptions isolées de ces facettes même si elles portent chacune leur part de vérité. Pour comprendre l’entreprise et avoir le sentiment de l’avoir réellement découverte il faut assembler à la fois sa physiologie, sa sociologie, son histoire culturelle mais aussi « la comédie humaine » qui s’y déroule. Cette ambition peut sembler démesurée voire une réelle gageure. C’est pourtant l’enjeu de toute informatisation, l’explicitation de ces facettes est indispensables pour réussir le moindre projet informatique.
Du point de vue du système d’information, l’entreprise se définit comme une structure issue de l’ingénierie des systèmes c'est-à-dire une entité structurée par ce qu’elle produit et ses processus de production. Dans ce cadre l’automate aura dans un premier temps comme mission d’assister les actions et activités de l’entreprise pour une meilleure efficacité puis, contrairement à la machine-outil de l’ère industrielle mono-tâche, d’apporter la dynamique de transformation de l’organisation grâce au caractère flexible c'est-à-dire reprogrammable du système. Alors que la révolution industrielle a apporté une vision stable de la production banalisée de masse l’ère de l’informatisation apporte l’évolution et la dynamique ainsi que l’ubiquité dans le système de production. L’entreprise doit être alors vue comme le lieu où le travail des êtres humains s’organise de manière dynamique afin d’agir sur la nature pour obtenir des résultats utiles. L’entreprise est le lieu et plus précisément l’institution avec son organisation, ses règles et ses missions où s’organisent les compétences dont le rôle social n’est pas de produire du profit (conséquence) mais de produire de l’utilité collective sous forme de biens et services (résultats utiles) en agissant sur la nature au sens physique mais aussi sociale et humaine. La physiologie de l’entreprise est alors l’ensemble des tâches liées aux différentes phases de la production (conception, marketing, achats…) organisant le travail de manière immédiate (processus de fabrication) ou différée (le stock, le capital fixe)
La production de l’entreprise et certains termes comme produit/production/services doivent être reprécisés. Michel Volle propose une approche d’économiste du produit comme un mixte entre biens et services. Un service consiste à mettre à disposition temporaire d’un client soit un bien (location d’appartement, de voiture…) soit une capacité intellectuelle (conseil, expertise…) soit un savoir-faire (dépannage, sav .. ) soit une combinaison de plusieurs de ces éléments. Déjà dans l’économie classique ces notions portent à confusion et engendrent de nombreuses difficultés (que mesure le Pib ?). Dans le cadre de l’économie du virtuel ou de l’immatériel les erreurs d’interprétation sont encore plus flagrantes. D’ailleurs plus que « économie du virtuel ou immatériel » il faudrait parler « d’économie de la conception ».



  • Economie de la conception


En effet les coûts marginaux de production ainsi que le transport sont de plus en plus faibles. La phase de conception intégrant le marketing devient déterminante dans l’établissement du coût total. Il convient alors de réévaluer le potentiel économique de l’ordinateur lors du passage d’une économie de pénurie basée sur la quantité produite à une économie de la qualité basée sur la différenciation et la segmentation des besoins : de l’accumulation productiviste à la diversification consumériste. Le bien-être du consommateur ne s’évaluant plus par la quantité consommée mais par la diversité qualitative des biens et services auxquels il a accès. La dynamique de « l’économie de l’immatériel » est donc basée l’économie de la conception et de la qualité. A ce titre la standardisation et la banalisation des styles aboutissent aux médiocrités emblématiques de l’architecture industrielle du XIXème siècle. Fort heureusement alimenté par le niveau de vie atteint grâce à la révolution industrielle, le nouveau système technique (au sens de Bertrand Gille) supporté par les TIC apporte un réel changement des valeurs culturelles et philosophiques déjà souligné par le modernisme du design industriel (Loewy) en réintroduisant la beauté et l’esthétique comme liant social. Ainsi l’économie industrielle basée sur des produits banalisés s’appuyant sur la mécanique et la chimie, établissant la division du travail rigide formant une main d’œuvre nombreuse, interchangeable et à bas coûts, a eu son apogée dans les années 50. Elle se voit progressivement supplantée par une économie de la flexibilité depuis l’apparition du système technique informatisé qui basé sur un marketing à l’affut des attentes du consommateur organise de manière souple et réticulée son réseau de production et d’intermédiation.



  • Economie de la qualité


L’art de l’entreprise consiste à renouveler ses capacités d’innovation et de conception en anticipant la demande tout en dimensionnant au plus juste ses infrastructures et en pilotant finement les frontières entre coûts fixes et coûts variables. Malheureusement la perversité d’un système uniquement basé sur les coûts et les prix et les systèmes productifs et de distribution actuels pervertis par une approche basée sur les prix cassés empêchent de concevoir conjointement et en complémentarité produits et services. La qualité totale pour tous ne doit plus être le privilège des nantis mais, alors que diktat actuel du prix cassé tire vers le bas l’ensemble de notre économie, la dynamique d’amélioration de notre quotidien et source de différenciation par les prix (degré de finition) ou aussi par le goût (choix des coloris). Cette approche du rôle social de l’entreprise comme vecteur d’amélioration de la qualité de vie de l’humanité fondée sur la qualité des produits et services proposés impose une approche respectueuse du client citoyen et une intention culturelle voire une esthétique nouvelle de la consommation


  • Missions de l’entreprise et de ses dirigeants


La maison est à la fois, un projet d’architecture, un lieu de désir, le lieu d’action du maçon et l’incarnation de la personnalité, du sens esthétique et des valeurs de ses occupants matérialisés par son plan. Le bâtiment finalisé sera ainsi l’aboutissement et la matérialisation des rêves, des discussions et du savoir-faire incarnant les rapports créateur/création et Intention/réalisation. De manière similaire le SI incarne les missions, les intentions et les lieux de l’action organisée dans l’entreprise. Le vivre ensemble à l’intérieur de la maison commune qu’est l’entreprise pose le problème de la formulation de ses missions dont l’organisation est l’enjeu des luttes d’influence, le lieu symbolique du paroxysme des antagonistes et des violences en résumé l’expression du pouvoir. C’est pourquoi le rôle et la mission du dirigeant sont primordiaux. Il doit à la fois formaliser et mobiliser l’organisation pour l’atteinte des missions, éviter les luttes intestines meurtrières tout en gardant une saine compétition entre technostructure mais également apporter le supplément d’âme qui démultiplie l’action individuelle. Sans organisation la mission sombre dans la pure velléité, sans ce supplément d’âme l’organisation sombre dans l’organigramme. La phase ultime de déliquescence de l’organisation est atteinte lorsque l’intuition et l’autorité ont disparues pour ne laisser place qu’à des structures sclérosées ou l’autoreproduction et la survivance des archaïsmes et privilèges petits ou grands font office de mission. On peut déplorer ces dérives menaçant toutes les institutions et ce bien avant la naissance de l’entreprise moderne mais comment réévaluer l’organisation sans redéfinir strictement ses missions ? Comment remettre en cause le modèle globale et le système sans fustiger les défaillances individuelles. Il ne s’agit bien évidemment pas d’ignorer les déviances individuelles, l’institutionnalisation de la trahison des corporations professionnelles, l’assimilation de la triche des Rastignac comme facteur de progression sociale, le manque de rationalité des agents économiques, les capacités et le pouvoir usurpés de certains dirigeants mais bien plutôt de revoir les fondements de l’entreprise sans se laisser aveugler par l’illusion de l’arbre qui cache la forêt ou plus pratiquement de stigmatiser les comportements individuels des joueurs et d’une équipe pour éviter de s’interroger sur la pertinence des règles. Mais se pose également la question du cadre objectif permettant d’analyser les missions de l’entreprise. Faut-il adopter la démarche de l’école objective pour décrire l’entreprise telle qu’elle est ou se référer à une vision darwinienne pour décrire l’entreprise telle qu’elle est devenue.
L’organisation de l’entreprise vue comme lieu de production efficace de choses utiles doit être évaluée sous l’angle critère objectif de son adéquation à sa mission première en procédant à l’examen radiologique de son SI permettant d’en détailler les organes internes.


  • La mission première de l’entreprise est d’innover


La capacité d’innover apparait alors dans le cercle vertueux de la production d’utilités comme une mission majeure de l’entreprise bien avant la création d’emplois, la croissance du cours de bourse ou le bénéfice géré qui n’en sont que des conséquences. Sous le terme d’innovation il faut bien comprendre un mouvement de fond, « un new deal » transformant à la fois les produits de l’entreprise mais aussi ses fonctions de production, ses marchés et ses modes de commercialisation.

Une institution se nourrit de consensus fragiles, d’équilibres précaires et est donc en perpétuel recherche de stabilité se traduisant par une résistance au changement d’autant plus forte que les centres de pouvoir et donc la Direction générale est menacée. Dans la plupart des cas l’ensemble du corps social de l’entreprise refuse l’innovation et l’invention considérée comme hérétique par les grands pontes et mandarins institutionnalisés. Pourquoi alors qu’elle est rejetée par certaines institutions et « l’establishment », l’innovation est-elle portée par d’autres entreprises ? Par quelle magie, quelle force de conviction, un décideur, un comité de direction prennent-ils la décision de basculer dans les champs incertains et inconnus de l’innovation ? Michel Volle n’abordera pas l’étude sociologique de la prise de décision et de la phase préparatoire à la décision mais focalise son analyse sur les approches de l’économie classique de l’innovation revenant sur les notions assez éculées de concurrence parfaite comme clef de l’efficacité, des dérives monopolistes et leur justification sous le concept de « monopole naturel ». L’innovation comme source de profit semble réfuter ses théories statiques en brisant temporairement le cercle de la concurrence pour rechercher le monopole temporaire seul capable de générer suffisamment de profits pour rémunérer la poids de la R&D dans une économie de la conception. Le moteur à quatre temps de l’entreprise innovante est fondé sur la dynamique vertueuse de la croissance endogène de Romer et du résidu de Solow :




  • L’économie de la considération 


Outre le caractère endogène de l’innovation, une seconde caractéristique est très importante pour définir l’entreprise « postmoderne » ou « ultramoderne ». Fortement marquée par les services tertiaires (près de 75% de la population active occidentale), l’entreprise ultramoderne se focalise sur la satisfaction des classes moyennes. Dans ce contexte, l’organisation contemporaine se doit de valoriser l’esprit de synthèse et l’expertise diversifiée. Cette nouvelle donne devrait aboutir à un plus grand respect entre personnes aux compétentes complémentaires constituant l’organisation et accroître la considération réciproque ce que Michel Volle nomme « l’économie de la considération ».
CHAPITRE 5 A la recherche de la stratégie


  • Stratégie & stratèges


La base sociale de cette économie de la considération n’est pas actuellement reconnue au sein des organisations où le comportement et les apparences priment sur la compétence professionnelle. Les élites de l’entreprise, ses stratèges plus hommes de pouvoir ou simples mondains offrent un curieux mélange entre « le fidèle serviteur  du Roi » et « le plat courtisan » et ne sont que rarement des modèles de respect vis-à-vis de leurs collaborateurs, ces experts et spécialistes surdiplômés. Aussi faut-il reposer la question du rôle social du dirigeant en tant que stratège et de redéfinir la notion de stratégie. Etymologiquement la stratégie est l’art de la manœuvre militaire ou par analogie l’art de commander une institution ou plus généralement l’art de décider pour atteindre un but donné en univers incertain. Le caractère stratégique de l’informatique ou sa participation à l’atteinte des objectifs stratégiques de l’organisation se posent donc avec une très grande acuité.


  • L’informatique est-elle stratégique ?


Dans la lignée des désillusions concernant les TIC, R. Solow puis NG Carr dans un article retentissant paru dans l’Harvard Business Review (« IT doesn’t matter ») ont déclaré la fin de l’hégémonie de l’informatique dans l’économie contemporaine, la fin des apports stratégiques pris dans le sens de Porter c'est-à-dire comme ferments d’avantages compétitifs. L’extrême diffusion et la banalisation de l’informatique limitent selon Carr son caractère différentiateur et donc l’avantage concurrentiel pouvant en découler. L’informatique étant de partout elle ne peut plus être considérée comme une ressource rare et doit être considérée comme une « utilité » au même titre que les grands réseaux (électricité, chemin de fer). D’une manière très pertinente, Michel Volle réfute ces effets journalistiques réductionnistes basés sur des analogies avec les grands réseaux de la fin du XIXème siècle qui sont à la fois biaisées et inadéquates mais particulièrement révélateurs sur le manque de compréhension et de discernement des « spécialistes » de l’économie dont les raisonnements à l’emporte-pièce reposent sur des données statistiques moyennées lissées macroscopique mesurant personne ne sait trop quelle réalité. Tout d’abord l’informatisation est un construit spécifique à un secteur, marque la culture particulière de l’entreprise et répond aux problématiques propres à cette organisation. Avec les mêmes logiciels et le même matériel certaines organisations savent se réinventer et garder le contrôle économique de leur écosystème alors que leurs concurrents avec les mêmes moyens matériels et parfois une capacité d’investissement bien supérieure soit par manque de compréhension du phénomène d’informatisation soit par des insuffisantes graves de leur personnel n’aboutissent qu’à créer désordre et entropie. L’investissement et la choix en terme de TIC ne sont donc pas déterministes. Même si l’on partage avec Carr le sentiment d’une crise de l’informatique ou de l’informatisation (plus que de l’informatique), il faut relever avec Michel Volle qu’il s’agit plus d’un mauvais usage généralisé de la technologie et l’expression de nos incapacités à modéliser voire à conceptualiser les rapports de l’homme au travail et l’ordinateur. Le problème majeure est lié à une non maîtrise par les acteurs, dans et hors de l’entreprise, des concepts, de la sémantique des métiers et des activités et en réalité de l’organisation du travail de plus en plus conceptuel et assisté par l’ordinateur. Le cœur du problème ne réside pas dans notre capacité à maîtriser et développer des TIC mais à repenser nos outils et notre philosophie du travail, de définir une sociologie du progrès technique . Le changement de savoir-faire impose l’adaptation du savoir-vivre ainsi que la redéfinition des liens entre ingénierie, philosophie et économie politique.


  • L’alignement stratégique


La question la plus débattue alors en comité de direction est de savoir si le SI est bien adapté à la stratégie de l’entreprise c'est-à-dire en accord avec le positionnement à date du comité de direction. Cette question est résumée sous l’anglicisme d’alignement stratégique. Mais avant de savoir si les outils, les ressources, les compétences fournis par le SI et la DSI voire le secteur de l’industrie IT tout entier sont en phase avec la stratégie des grands décideurs encore faut-il que ces derniers sachent expliciter leur stratégie quand celle-ci est avouable. L’emploi propagandiste de slogans simplistes exigés quotidiennement et à toute occasion au SI (plus de souplesse, plus de flexibilité, plus vite, moins cher, soyez pragmatique faites simple…) cache en réalité le désarroi et le manque de pertinence opérationnel c'est-à-dire de capacité de synthèse et d’abstraction source authentique d’un réel pragmatisme dans l’action. Les dirigeants d’entreprise ou d’institutions, au demeurant mal informés et mal formés dans l’art de la prise de décision et incapables d’évaluer l’impact des technologies, se trouvent complètement démunis face aux effets erratiques boursiers, aux retournements de tendances et aux nombreuses volte-face des gouvernants. L’efficacité du SI dépend de sa précision mais comment peut-il être performant lorsque les élites confondent volonté et velléité, prospective et divination, complexité et complication, ouverture des possibles et flou artistique. Comment établir la stabilité stratégique indispensable à l’élaboration d’un SI pertinent lorsque la valse à quatre temps des comités exécutifs passe pour une preuve de dynamisme et les changements incessants de lieux, les déplacements de cloisons passent pour de la dynamique organisationnelle. ?


  • Du coté des dirigeants


Sans contester la légitimité du dirigeant, indispensable pour l’arbitrage au sein des organisations, Michel Volle juge l’engagement en terme de SI comme très insuffisant. Le dirigeant moderne tel le cybernaute grec antique est-il capable d’amener le vaisseau à bon port tout en évitant Charybde et Scylla ? La liturgie du conseil d’administration adoubant le dirigeant, si elle lui confère la légitimité de l’actionnaire et du détenteur du capital, ne lui transmet pas la flamme du stratège. Mais alors quelles sont les qualités nécessaires pour être un dirigeant ?

Etre dirigeant est tout d’abord une histoire de caste car il faut être coopté par d’autres dirigeants c'est-à-dire partager la même distinction discrète qui fait de vous un élu. Le raffinement naturel, le bon goût travaillé ainsi que l’allégeance hypocrite à un grand ponte en vue, forgent l’autorité naturelle du dominant. Certains vont même jusqu’à penser que l’assurance basée sur un sentiment de supériorité sans borne permet d’imposer la crédibilité de l’entreprise auprès de ses bailleurs de fonds. Le stratège est alors assimilé au financier ou au trésorier communicant hors pair. Sans nier l’importance de l’animal politique, de la communication financière et institutionnelle, Michel Volle affirme que ces compétences ne constituent pas l’essence du stratège et que lorsque le dirigeant mondain possède les qualités requises à l’exercice de ses responsabilités ce n’est que pur hasard. Citant l’art de la guerre (Xénophon, Lawrence) ou les grands penseurs de la stratégie des organisations (Grandall, Kelleher) Michel Volle propose de retrouver les valeurs du stratège comme celui qui donne du sens à l’action organisée. Son intuition alliée à une profonde connaissance des psychologies de son organisation lui permettent l’allocation dynamique des ressources dans un environnement incertain et instable. Être un stratège c’est non seulement avoir des idées et la capacité de les évaluer mais surtout de savoir les mettre en œuvre en estimant objectivement la capacité à faire de son organisation. Pour Michel Volle la pierre de touche permettant de jauger les qualités du stratège dans l’entreprise est l’évaluer les qualités du SI. Les dirigeants ayant le système qu’ils méritent, la pertinence des tableaux de bord , la cohérence des informations manipulées ne sont que le reflet des orientations et priorités données par les successifs comités de direction et traduisent leur vision du marché, leur expertise opérationnelle et leur maitrise des fonctions de production. Ainsi l’historique des arbitrages se matérialise dans les différentes couches géologiques de sédimentation du SI marquant les délimitations des projets, les errements des versions successives où le manque de discernement et de cohérence aboutissent à des scléroses en plaques.

Devant le constat si pathétique des manquements des élites nous sommes en droit de nous demander par quel miracle certaines organisations et leur SI ont néanmoins fortement progressé. Pour Michel Volle la réponse tient à la main invisible du cadre moyen, au rôle aussi obstiné qu’obscur, qui très loin du monde médiatique des mondains assure le bien collectif. C’est bien la main invisible du professionnel en fin de carrière (le candidat malgré lui à quelques ultimes plans d’externalisation source de fierté des dirigeants qui sans le moindre émoi annoncent les chutes drastiques des effectifs tout en vidant consciencieusement l’entreprise de sa substance), c’est bien cette « patte de l’ours » qui assure que tous les jours nos grands systèmes, dont notre survie au quotidien dépend, « tombent miraculeusement en marche ».
Malgré un réquisitoire féroce Michel Volle se défend de mettre au pilori l’ensemble de la classe dirigeante car notre bien-être collectif dépend de l’efficacité du pilote stratège. Néanmoins il fulmine à l’idée que le rôle du SI, structure de base de toute stratégie organisationnelle soit à la fois très mal compris et totalement dévoyé sur l’autel du compromis managérial, d’alliances, des «cartels de  petits amis » et des conflits de pouvoirs. Il devient alors indispensable de réévaluer les sens profond des termes SI et informatique au sein des organisations en proie aux managers dont leur formation et leur compétence de généraliste généralisante leur permet tout juste de diriger leur équipe avec l’efficacité qu’apporte le couteau suisse au bucheron. Une révision complète de notre vocabulaire est à réaliser pour ne plus confondre informatisation et technologie, informatique et infrastructure, l’information comme science et information comme idéologie.


  • Revitaliser la notion de système d’information


Il est impératif de revenir à la notion de système d’information que Jacques Mélèse introduisit dès 1970 en France suite aux travaux d’Herbert Simon. Pour ce dernier la structure de l’entreprise repose sur trois systèmes complémentaires


  1. Le système de décision (règles et comportements)

  2. Le système de production (procédés mis en œuvre)

  3. Le système d’information (langage de l’entreprise)


Cette théorie a permis d’articuler les premières applications informatiques à travers une vision très mécaniste de l’organisation pour ne pas dire post-taylorienne. Cette approche autrefois très novatrice se révèle actuellement extrêmement réductrice. L’informatique et le SI dans l’entreprise tissent une nouvelle sensibilité, des nouvelles portes de perception du réel, à l’image d’une seconde peau. Michel Volle nomme ces artefacts diffus embarquant une forme d’intelligence humaine, ces automates programmables l’APU (automate programmable doué d’ubiquité).Organisation d’entreprise et système d’information deviennent alors synonymes : la modélisation de l’entreprise selon les trois axes énoncés par Simon apparait alors comme très réductrice. Michel Volle propose un découpage selon un nouveau canevas en introduisant la notion d’urbanisation des SI couplant de manière beaucoup plus étroite information, production et décision. Bien évidemment toute modélisation est un choix arbitraire, l’expression d’une intention. Il n’existe pas un modèle unique mais certains modèles permettent une représentation réduite mais objective de l’entreprise. Sous le concept d’urbanisation cadastrale Michel Volle trace la frontière de l’automatisation le lieu réticulaire entre l’individu et l’automate. Le EHO (Être Humain Organisé) représente l’individu au travail dans une structure organisationnelle et l’APU (Automate Programmable doué d’Ubiquité) caractérise l’automate flexible à l’action découplée géographiquement par l’apport des réseaux et télécommunications. La flexibilité entière du SI et de l’organisation repose sur cette articulation EHO/APU et les degrés de liberté de cette « cheville ». Par cette image Michel Volle réitère son apologie de couplage lâche du désordre organisé.

Ainsi le terme de SI relève de la sémantique et la structure systémique des organisations. L’informatique sous-tend l’articulation dynamique et complémentaire de l’APU/EHO. Le terme un peu désuet de télématique traduit bien le don d’ubiquité né de la fusion des sciences des communications et des réseaux informatiques par le passage au tout numérique permettant à l’ordinateur d’unifier et de contrôler l’ensemble des technologies. Quand au terme informatique introduit en 1962 par Philippe Dreyfus pour désigner la science du traitement de l’information il caractérise par l’emploi du suffixe en –tique les sciences de l’automate : le coté APU de la force en quelque sorte. Les anglo-saxons utilisent quant à eux le terme de « computer science » pour désigner la science du traitement automatique, IT (Information Technology) pour la plate-forme technique et IS (information strategy) pour ses applications dans la société. Loin d’être un pur exercice de sémiologues puristes la compréhension de ces nuances est fondamentale pour aborder les différences culturelles entre la vision nord-américaine du progrès technique et son exégète européenne. En nous réappropriant le vocabulaire des sciences des calculateurs nous appréhendons de manière plus distincte les différentes facettes de l’informatisation de nos sociétés modernes.


  • Problème de représentation du SI


De nombreuse approches parcellaires non corrélées et non coordonnées ont forgé dans les entreprises des visions déformées et abscons de l’informatique qui apparait comme un pur de centre de coûts, maîtrisé par une corporation de professionnel au discours incompréhensible au commun des dirigeants. L’informatique est tour à tour, le bouc émissaire cristallisant l’ensemble des incompétences de l’entreprise, un destin inévitable, une préoccupation permanente (le fameux problème informatique), un idéal fantasmé (l’automate sans frontière, le robot travailleur sans friction), le lieu de magique où officient de merveilleux gourous cravatés en costumes gris avec leurs formules incantatoires si rassurantes (outsourcing, offshoring, costs killing..) pour l’élite assoupie tiraillée par les espoirs de rentabilité formidable de l’actionnaire impatient

Les sciences du traitement de l’information, les sciences sociales ou économiques, elles mêmes hantées par leurs mandarins en mal de reconnaissance, ont fourni leur lot de mythologies brumeuses selon l’air du temps et les effets de mode. Combien de thèses, d’ouvrages qui dans la lignée des travaux de Von Neumann et de Turing autour de l’intelligence artificielle ont exalté les métaphores biologiques avec le cerveau humain. Combien de discours creux qui au nom d’un humanisme lénifiant rejettent la notion de progrès technique, l’apport de l’automate pour alléger le travail de l’homme en exaltant l’organisation séculaire et traditionnelle du travail, vantant l’efficacité du Sud (c’était pourtant bien »), la douceur élégiaque du travail dans la Grèce antique, dans la Rome impériale ou dans l’islam esclavagiste.


  • Epistémologie de la science de l’informatisation


A juste tire Michel Volle déplore le manque de réflexion théorique et même philosophique autour de cette prothèse de l’homme moderne qu’est devenu l’ordinateur. Cet auxiliaire du quotidien est devenu indispensable à notre quête existentielle de conception de nouveaux outils, cette capacité fabuleuse qui nous sépare fondamentalement de l’animal pourtant si proche génétiquement. Quelles sont donc les points de vue, les méthodes épistémologiques qui séparent l’informatique des sciences « dures » dont les Mathématiques sont l’expression la plus aboutie ?

Alors que les Mathématiques travaillent sur des approches déclaratives et topologiques de définition de l’univers (il s’agit de répondre au « qu’est-ce que c’est »), l’informatique se focalise sur l’univers de l’action « le comment ça marche ». Les limites de l’une fournissant les capacités explicatives de l’autre. La notion de SI permet de dépasser l’implémentation chirurgicale de progiciels sous formes de greffons artificiels et par un effort de compréhension de la physiologie de l’organisation d’analyser ses processus et procédés. L’informatique pour permettre qu’une information, qu’une connaissance, qu’un procédé puissent être traduits en programmes et données impose une stricte interprétation des besoins de l’organisation de manière univoque et explicite. La difficulté du praticien est alors double, sortir de l’équivoque organisationnelle pour cerner le besoin et définir le souhaitable puis maitriser les technologies pour établir le faisable.


  • Le risque lié aux grands systèmes technologiques


Ainsi l’informatique tel un immense fleuve fédère ainsi tout l’univers du numérique agrégeant bureautique, automatisations des tâches (workflow), communication (téléphonie, télévision, messagerie, multimédia), médias (e-journaux), information individuelle (cartes à puce). En baissant les coûts de production, cette numération de notre univers a permis d’embarquer l’automate dans les objets de notre quotidien les plus anodins. Mais aujourd’hui nous sommes arrivés à un nœud Gôdelien de ce processus d’informatisation. Alors que l’informatique constitue à la fois le système sensoriel de l’entreprise avec ses capteurs diffus (« persuasive IT » ) et la tour de contrôle de son activité économique (tableaux de bord, systèmes d’aide à la décision..) sa fragilité si difficilement décelable par un œil non averti est source de crises profondes que nous révèlent constamment les dysfonctionnements si têtus.
CHAPITRE 6 Aspects philosophiques
Le SI comme représentation de l’entreprise est la source de mythes et légendes modernes désormais inscrite dans les inconscients collectifs de l’employé du XXIème siècle. Comment philosophie et sociologie peuvent-ils nous aider à élucider à la fois son fonctionnement et sa finalité ?

Encore faudrait-il que ces immenses savants daignent s’intéresser à ce sujet et avant de s’extasier sur leurs pseudo découvertes en réalité maitrisées depuis l’aube de l’informatique par les praticiens en entreprise, se penchent, du haut de leur tour d’ivoire, sur les outils empiriques nés de l’expérience du praticien de terrain.

Analyser les techniques et outils permettant de modéliser le réel de l’entreprise et décortiquer le processus empirique d’informatisation tel qu’il se pratique dans les organisations leur éviterait de philosopher sur des illusions qui ne sont que leur représentation fantasmée de l’automation.


  • Apologie du modèle en couches


Concernant une « science » balbutiante et tellement heuristique qu’est l’informatisation des organisations comment tenir un discours théorique sans se pencher un minimum sur son mode de production et de diffusion. Comment alors na pas s’émerveiller devant ces modèles d’une grande ingéniosité, ces « modèles en couche » qui articulent des logiques différentes voire antagonistes tout en garantissant l’intercommunication entre technologies à cycle de vie diamétralement opposé tout en organisant le découplage client/consommateur – serveur/producteur. Analyser d’un peu plus près ces modèles d’ingénuité, ces artefacts technologiques de l’ingénieur moderne permettraient aux philosophes professionnels de les appréhender comme de réelles innovations conceptuelles. Aussi la richesse du raisonnement en couches stratifiant la pensée permet de structurer et d’agréger les syncrétismes, d’unifier les incompatibilités et de concevoir les liens et interactions dans des univers organisationnels multidimensionnels. Dans un tel modèle, les nombreux facettes de l’organisme et les systèmes complexes de l’entreprise peuvent être synthétisés dans un hyperplan permettant par simple projection et coupes sur ses axes d’analyse une compréhension fine de ses mécanismes internes. C’est cette même démarche qui permet de passer du niveau du code informatique au langage de programmation puis à la sémantique d’un langage compréhensible par l’homme et enfin au jargon de l’expert d’un domaine particulier. Les définitions du surcode ou les métalangages sont des distanciations indispensables évitant les problèmes d’autoréférence et nullement le croisement des codes et du commentaire « philosophique » sur le code. Il faut ainsi comprendre que le code produit également des modèle de représentation basés sur ce dernier qui sont des construits élaborés jour après jour et issus d’un processus fragile pouvant un jour se figer et devenir le ciment fossilisant de l’organisation. L’évolution et la pertinence des métalangages sont aussi importantes que la puissance expressive des langages opératoires. Mais pour comprendre le métalangage, humus de germination des langages de programmation générateurs du code informatique, il faut revenir à l’intentionnalité de ses concepteurs. Dans une approche d’historien, il faut redonner le sens et la dynamique du contexte originel, retrouver un peu la virginité des pionniers de l’organisation et se réapproprier l’histoire et l’intentionnalité du système de codification et donc rétablir le sens et les valeurs qui ont guidées à leur édification.


  • Réhabilitation de l’ingénierie des systèmes


L’ignorance du contexte technologique et même le mépris des modèles d’ingénierie (et du génie logiciel en particulier) caractérisent l’incapacité de nos penseurs à appréhender le syncrétisme hommes/artefacts/organisation cimenté par l’informatique. C’est appeler « complexité » ou « contradiction » l’incapacité de discerner les points d’articulation dans un modèle de cohérence technologique qui associe des logiques différentes voire paradoxalement divergentes. Là où les sciences de l’ingénieur permettent de présenter un modèle pertinent en vue de l’action, l’intellectuel et le dirigeant peinent à assimiler les bases de la démarche. Michel Volle propose de sortir de cette léthargie intellectuelle dogmatique discréditant depuis plus de 20 ans les sciences de l’ingénieur. Si cette attitude anti technologie rassure des générations d’intellectuels perchés dans leur tour d’ivoire et les patrons d’industrie arc-boutés sur leurs « business schools » inféodées au modèle nord-américain, elle contribue néanmoins à obscurcir la vision des SI, attitude suicidaire car source de déstabilisations et de fragilisation du système technique qui assure notre productivité et notre bien-être depuis près de 40 ans.

Sans vouloir juger au Cassandre, Michel Violle stigmatise les « managers » de tout poil  qui au nom de « l’efficency » et l’action désordonnée, génèrent un mépris affiché pour l’effort intellectuel d’abstraction et qui sont les réels responsables des catastrophes systémiques actuelles ou à venir. Les enjeux sont très clairs : Il s’agit pour les philosophes et intellectuels de passer du modèle contemplatif de leurs représentations préconçues à l’action et pour les dirigeants d’entreprise de la velléité et de l’agitation désordonnée à la maturité du stratège. Michel Volle propose donc une approche plus scientifique donc plus expérimentale du SI et donc de l’entreprise pour sortir des concepts stéréotypés massivement vulgarisés (la logique du flou, l’effet du papillon anxiogène, la complexité du compliquée, la systémique des systèmes, le code le surcode et le ça et autres éloges du freudisme ordinaire), qui non seulement ne proposent aucune aide opératoire pragmatique mais font obstacles à la construction méthodique et intelligible de notre maison du futur, de la cité de demain. Il s’agit de passer « du système technique mécanisé » cher à Bertrand Gille rigidement institutionnalisé aux XIX et XXème siècles à une vision clairvoyante de la cité de l’information et de l’automatisation. Comprendre la logique et les motivations du bâtisseur c’est le premier pas pour appréhender l’œuvre.


  • Eloge de la philosophie pour articuler la pensée à l’action


Est-il politiquement correct de définir cette charnière pensée/action dans l’entreprise ? Comment, dans des organisations aveuglées par les résultats court terme articuler cette interaction sans passer pour un pur intellectuel oisif ? Nous appréhendons le monde de la nature par la perception des événements qui enrichissent en retour notre expérience. Le discernement, mécanisme premier de la compréhension, nous permet de classer ces évènements à travers une grille conceptuelle analytique pratique c'est-à-dire tournée vers l’action et d’exprimer l’expérience en retour par le biais du langage. La boucle positive de notre modèle de raisonnement est le suivant : évènement / expérience / perception / compréhension / décision / action génératrice d’évènement en rétroaction. Les pathologies de l’entreprise sont multiples. La dynamique positive de l’entreprise peut être dévoyée par la boucle pernicieuse du faux semblant : volontarisme / velléité / activisme voire inhibée si les grilles conceptuelles des dirigeants se trouvent figées à des stéréotypes rebattus par la propagande au quotidien et les habitudes,

L’incapacité de créer de nouvelles idées ou de changer de point de vue en passant à un autre méta-modèle de représentation accélère alors la sclérose de l’organisation. Contrairement à l’opinion répandue, les concepts et modèles permettent d’équiper notre action et ne sont pas des abstractions intellectuelles tournées vers la connaissance ou la contemplation. La philosophie apparaît alors comme l’art d’élucider les valeurs et permet de repérer les incohérences, les injonctions paradoxales et autres abstracteurs étranges du monde moderne.
La concrétisation de la réflexion sur l’action dans l’entreprise passe par la démarche d’urbanisation dont la finalité est de répondre aux exigences d’une situation en investissant le champ des méta-modèles facilitant la transformation et le changement de paradigme organisationnel. Seule cette gymnastique de l’esprit permet d’obtenir l’agilité nécessaire pour remodeler au gré des aléas et évènements le SI en élaborant de nouveaux concepts et modèles (cycle vertueux urbaniser – modéliser les processus – définir les référentiels – administrer les données)


  • Complexité et complication


Cette philosophie de l’action, véritable plaidoyer pour l’abstraction, proposée par Michel Volle se doit d’être génératrice de concepts pragmatiques manipulables dans l’organisation tout en gardant à l’esprit le célèbre aphorisme de Paul Valery « Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l’est pas est inutilisable ». L’objet concret est caractérisé par des déterminations abstraites infinies que nos schémas conceptuels réduisent à des représentations finies plus ou moins pertinentes dans un domaine spécifique. En d’autres termes nos capacités d’abstraction, notre cadre conceptuel permettent de résumer le concret observable à des vues, des classifications ou ontologies abstraites simplificatrices. Tout cadre conceptuel est donc un construit à la fois partiel et partial qui porte en lui nos choix et nos intentions. Nos modèles, nos théories, nos artifices, nos programmes informatiques, nos organisations relèvent de la pensée (processus concret et complexe) qui lorsqu’elle est explicite et simplificatrice permet de passer d’objets concrets à la détermination infinie à un monde fini de concepts. La pensée en confrontant le réel et l’expérience sur la base du principe de non contradiction permet de garantir la pertinence d’une théorie (ou d’un modèle) pour un périmètre (domaine) particulier. Si l’intelligence formelle, joie de la pensée adolescente des mathématiciens ou du joueur d’échecs permet une maîtrise du raisonnement structuré, l’âge mature de la pensée ne recherche plus l’excellence dans la démarche mais l’efficacité dans l’action. Le refus de la théorie et de l’abstraction conduisent à la pensée compliquée où l’accumulation énumérative des indéterminations ne représente qu’une complexité faussée du monde et ne traduit que l’incapacité chronique à synthétiser, à résumer, à saisir l’essentiel en noyant le débat dans des considérations de second ordre. Ainsi le SI repose sur des abstractions représentées par des classes, des entités manipulées au quotidien (le client, fournisseur, produit …) avec leur nombre fini d’attributs et de règles de gestion. Sans hiérarchiser et décrire ses concepts et les liens les unissant, on aboutit à l’inflation des réunions de cadrage entre les métiers de l’entreprise et son informatique, lieux d’exposition des anecdotes et cas particuliers mais où l’essence des objets manipulés reste indéterminée où l’on pérore très souvent dans le vague sans savoir de quoi ni de qui l’on débat (qu’est ce qu’un client, un prospect et comment le déterminer … ?). La seule question d’importance jamais abordée dans ces réunions est la définition d’un modèle (ou d’un point de vue adopté explicitement) qui fournit aux projets d’informatisation un cadre simplificateur pertinent. Les procédés amenant à une démarche efficace sont très connus mais au pays de Descartes le cartésianisme est bel et bien le grand absent des comités de décision. Là où l’on devrait trouver une capacité d’écoute suffisante pour accepter la grille analytique et les différentes représentations de l’entreprise, là où le raisonnement probabiliste et les approches par grappes (les « clusters » liant les fagots  chers à Descartes) devraient permettre de circonscrire l’incertitude, nous assistons à des débats de politiciens où la rhétorique remplace la pensée où l’art de l’enfumage fait office de pensée unique.


  • L’informatique un nouveau paradigme philosophique


Les difficultés de mise en œuvre des SI sont également liées à l’héritage philosophique grec. Il faut passer d’une vision d’objets d’essence intemporelle à un processus constructiviste d’élaboration d’objets évolutifs à la fois enfants et adultes potentiels. Le SI couple étroitement ses processus fonctionnels et sa dynamique de transformation, les référentiels et les processus métiers, les activités récurrentes et les projets, ou pour parler Merise dans le MCD et le MCT. Là où la logique classique procède par déduction à partir d’axiomes, la programmation nous oblige à penser la transition, le flux, la dynamique des fluides c'est-à-dire le passage au comment. L’art du SI passe par l’analyse des interactions entre systèmes duaux : la vie de l’entreprise et la physique de l’information tout en gardant à l’esprit la frontière du rêve et du possible, de la velléité mégalomaniaque et du techniquement faisable. La difficulté de penser le SI réside, même pour les individus doués, dans la manipulation d’abstractions dynamiques propres à articuler des concepts systémiques relevant de disciplines très différentes mais interconnectées.

L’informatisation est alors le champ privilégié d’expérimentations philosophiques étendant l’exploration des domaines des sciences de l’ingénieur au monde de la pensée sociale au sein du phalanstère virtuel qu’est devenu Internet. Le SI en définissant ses abstractions génériques (classes d’objets, attributs des objets, les vues de représentation) est l’incarnation de l’articulation pensée/action dans un contexte historique, sociologie et économique donné. L’informatique n’est plus alors réduite à la prothèse technique emblématique iconifiée par l’ordinateur mais bien plus le prisme (la lunette de Galilée) où se reflètent les représentations abstraites de nos organisations humaines.
Pour réussir nos SI il est donc nécessaire de changer de paradigme au sens premier de Kuhn c'est-à-dire de revoir nos bases philosophiques. Là où Parménide voyait l’être réel comme une sphère homogène et immuable, là où Platon voyait la pensée et les concepts comme seuls réels et où Aristote l’essence des choses comme les représentations dans notre pensée façonnant la science objective, l’informatique préfère le point de vue subjectif du photographe ou du peintre en privilégiant des points de vue particuliers. C’est la frontière de l’existence et de l’essence base de la pensée gréco-juive de Thomas d’Aquin qui résume le mieux « l’opacité de l’existant » et la diversité infinie des points de vue légitimes marquant la démesure gôdelienne des théories de la complexité, la dialectique hégélienne et l’illusionnisme de Boileau. Le « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » est dans le domaine des sciences de l’information bien souvent battu en brèche.
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