«La nature nous suggère-t-elle une nouvelle forme d’économie basée sur la fonctionnalité ?»








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Laurent Ledoux :
Est ce que tu serais d’accord avec ce qui a été dit sur le fait que tout ce qui est durable ne serait qu’un argument parmi d’autres et ne serait pas assez vendeur ?
Christophe Sempels :
On constate en effet que ce n’est pas un élément déterminant. Il est important mais ce n’est pas un élément de prise de décision d’achat surtout dans ce contexte de crise économique. Le prix redevient le critère numéro 1.
Bernard Perret :
On voit bien que l’on se trouve dans un cadre qui n’implique pas de rupture au niveau des motivations. Et moi je suis là pour voir ce qui pourrait fonder une autre logique globale pour les comportements. Je vois un élément de réponse ; il s’agit de la question de l’Agency, soit le fait de concevoir que se positionner dans la durabilité pourrait aller dans le sens d’une logique de la performance. On est efficace, intelligent, on progresse. On est capable de faire mieux avec moins ; on peut trouver un réel ressort de motivation.
Laurent Ledoux :
Les personnes qui utilisent le vélo par exemple, cela demande un exercice quotidien pour trouver des solutions.
Bernard Perret :
Je ne suis pas uniquement au niveau de la morale. Dans l’idée de rationalité, il y a une vraie pulsion de l’individu à être rationnel, à agir de manière efficace et à déployer tous les ressorts pour atteindre un but. Et je crois qu’il y a là un champ considérable.
Intervenant :
Il y a une chose qui m’étonne. Il y a dans le cahier des charges des grandes surfaces des règles de plus en plus strictes en matière de développement durable. Est ce pour faire de la communication à court terme ou est ce pour anticiper dans le futur le changement de valeurs de leur clientèle ?
Christophe Sempels :
Je crois qu’il y a un peu des deux. La gestion de risque est un moteur principal du développement du développement durable. De plus la critique de plus en plus intelligente de la part des ONG a mis les sociétés face à leur responsabilité.
Intervenant :
N’y a t-il pas dans certains cas l’aspect développement interne, c’est à dire le développement d’une culture d’entreprise ?
Bernard Perret :
Oui tout à fait ! En réalité il y a plusieurs raisons, entres autres le fait d’infiltrer une niche marketing en créant de nouveaux produits. En ce qui concerne le développement durable aujourd’hui, il existe de nombreux aspects et on peut y mettre beaucoup de choses dedans. Cela ne s’arrête pas que à l’environnement. C’est un contexte de prise de conscience global sur un ensemble de choses.
Intervenant :
Je pense que l’on va vers un changement de paradigme mais pour y arriver, on va de voir changer et les perceptions et les architectures. En d’autres termes, il me semble nécessaire de changer les process d’utilisation.
Bernard Perret :
Dans un de mes autres livres j’ai developpé le concept de l’ « Agir constitutif », ce qui signifie que l’on est engagé dans des processus d’actions et on est obligé de créer le cadre qui va autour. Il y a donc une logique; l’action est première et nous conduit à modifier les valeurs pour continuer à agir. Or si l’on prend l’exemple de l’économie de la fonctionnalité, on se rend compte qu’elle génère de nouvelles formes de coopération, un nouveau rapport aux objets. Ainsi nous pouvons faire l’hypothèse que si l’on a des éléments d’action qui se déplacent, on va être amenés naturellement des valeurs qui vont bien car cela sera plus facile d’agir de cette façon. Cela fait également partie des processus de changement.
Intervenant :
Je voulais témoigner de quelque chose. Avec un groupe d’amis, nous sommes entrain d’envisager comment nous pouvons aider « Terre de Lien », il s’agit d’une association en France permettant une accessibilité à la Terre des agriculteurs qui ont envie de s’installer. A cause de la spéculation foncière, la terre devient de plus en plus chère, et c’est compliqué. Cette association a son homologue en Belgique qui s’appelle « Terre en vue ». Le modèle qu’ils proposent est de la copropriété. Ils mettent à disposition de collectif d’agriculteurs en copropriété une terre, et donc de la soustraire complètement à la logique de la spéculation foncière. C’est une question de souveraineté alimentaire. A la première réunion de l’association, certaines personnes voulaient faire don de leur terre. Et très rapidement la question du dividende est arrivée. Bien évidemment, il n’était pas question qu’il y ait un retour de dividende, sinon on était repartis dans le même modèle initial. Et en les mettant en contact avec des propriétaires terriens, on se rend vite compte qu’il va falloir en appeler au dessin commun. Le propriétaire qui investit sa Terre dans le projet ne sera plus motivé par le gain de dividendes ou intérêts individuels mais son objectif sera de participer à un dessin commun. Il s’agit de l’objectif auquel on est entrain de réfléchir. On se rend compte que l’on ne pourra pas faire l’économie de cela.
Laurent Ledoux :
Mais est ce que cela n’est pas réservé à une petite élite de pensée ? peut-on raisonnablement espérer que l’ensemble de la société aille dans cette direction ?

Intervenant :
Il s’agit de ce que l’on appelle « les créatifs culturels ». ce groupe est en expansion continue jusqu’à présent. Je pense en outre que l’on peut allier plaisir et durabilité. En guise d’exemple, citons l’évolution du secteur de l’équitable depuis quelques années. En outre, il s’agit d’un marché de niche seulement parce que c’est encore un marché émergent. Cependant, cela est entrain de s’ouvrir. J’ai l’impression que ce n’est pas exclusivement réservé à une élite mais qu’il y a une réelle inspiration marquée par les mouvements sociaux que l’on voit en émergence pour l’instant.
Intervenant :
Je souhaite rebondir sur les dernières remarques. Lorsque vous avez posé la question de comment accompagner le changement, je perçois une double logique. D’une part il y a la modification de l’architecture existante. D’ailleurs l’économie de la fonctionnalité représente une des options pour faire évoluer cette architecture. D’autre part, il est nécessaire d’assister à l’émergence de nouvelles architectures. Il y a à travers le monde une quantité incroyable d’architectures qui émergent ci et là dans tous les domaines de la vie (mobilité, santé, urbanisme, mieux vivre ensemble, gestion des déchets, etc…). Ces nouvelles architectures fonctionnent sur des modèles collaboratifs, ouverts, sur des processus apprenants, sur des modèles «  Do it, Fix it ». Ce qui est fascinant à observer est que ces nouvelles architectures commencent à s’interconnecter. Je pense que d’une part l’interconnexion de ces nouvelles architectures et d’autre part la modification des architectures existantes, peut laisser espérer la bascule paradigmatique dont nous avons tant besoin.
Intervenant :
J’aimerais souligner que toutes ces nouvelles architectures ont des caractéristiques du vivant.

Laurent Ledoux :
Par rapport à ce que tu évoquais Bernard en particulier par rapport à la transition, j’aimerais évoquer un petit gag que je vis et que je trouve symptomatique. Dans une grande institution financière et dans le but de soit disant attirer ou motiver de nouvelles recrues, mais surtout de réduire le coût, l’idée est d’offrir une voiture à faible consommation d’essence à tout le personnel. On parle de dizaine de milliers de personnes. Je trouve cela complètement fou. Je trouve qu’il faudrait plutôt stimuler l’utilisation d’un système comme CAMBIO. En effet pour que ce genre de système émerge, il est très important que des acteurs de poids basculent. Et je me rends compte que la prise de conscience dans ces grosses organisations est encore très faible.
J’aimerais maintenant demander qu’est ce qui pourrait stimuler ces gros acteurs à basculer ? Car leurs effets d’entrainement pourrait être extrêmement importants et accélérer le mouvement d’inter-connection.
Intervenant :
J’ai une société et je suis un individu. Je peux donc réfléchir et en termes de société ou en termes d’individu. En termes de société, pour des raisons administratives, sociales, etc.. Je ne vais pas essayer de réparer toutes les choses que je remplace. La législation fiscale m’oblige à amortir. C’est tout le milieu qui doit changer. La vue société nous pousse à consommer. Dans une société on a intérêt à ce que l’argent roule, on doit avancer.

Intervenant :
Je voudrais donner un exemple historique qui est assez intéressant. A la Renaissance, à la fois de la part des milieux religieux et des milieux laiques, il y a eu une convergence stipulant qu’il faut relever le niveau moral de la population. On banit la violence, souhaite que les personnes soient propres. Il y a eu un effert d’éducation et de matraquage moral. Et finalement c’est allé de pair avec le développement de l’économie. En quelques générations, les comportements ont changé, l’homme a réellement changé à la sortie du Moyen Age. Les Elites ont décidé qu’il fallait changer, et ce phénomène a rencontré les structures sociales qui ont encouragé ce changement. Je me dis au fond aujourd’hui c’est la même chose. C’est exactement ce qu’il faut faire.

Intervenant :
Cependant aujourd’hui il n’y a plus l’outil de l’opium du peuple, la religion, qui favorisait l’adhésion.
Laurent Ledoux :
Comment donc aider nos politiques à avoir une approche beaucoup plus globale et pertinente pour stimuler ce changement ?

Christophe Sempels :
Je voulais évoquer l’expérience d’incubation de vie durable. Il y a de nombreuses architectures innovantes et durables qui émergent çà et là. Le problème est que ces architectures restent à l’échelon local. Ce processus d’incubation part d’un double constat. Premièrement il existe toute une série de territoires un peu innovants, des architectures qu’il faut comprendre et documenter. Il faut donc mettre tout cela sur un « Open Source » et le faire évoluer pour le mettre au contact du plus grand nombre possible. J’aimerais citer l’exemple de Betzet, un écoquartier à Londres. Sa particularité est qu’ils ont décidé d’inscrire la création de ce quartier dans un processus apprenant. Ils documentent ce qui marche, ce qui ne marche pas ainsi que les processus de rectification et d’amélioration. Il s’agit de plus d’un démonstrateur pour ceux qui veulent reproduire la même chose. Ce qui est passionnant est que l’open source passe dans le monde de la matière.

J’aimerais aussi mentionner l’ « Open Source Ecology » créé par un agriculteur. Il s’agit d’une communauté de plusieurs milliers de personnes qui fait évoluer la construction pour soi-même et pour les usagers d’un grand nombre de technologies. On peut soutenir ce genre ‘architecture en les faisant connaître, en les interconnectant et en leur donnant une capacité de volume.

Intervenant :
Je tenté et fasciné et en même temps je ne retrouve pas la logique du régime économique tel que nous le connaissons. Ce qui m’interpelle c’est le rapport à la loi. Dans notre monde lorsque l’on crée de la valeur ajoutée, il y a une taxation qui est prévue pour la communauté. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’un peu naif et simplificateur dans ce que vous décrivez. S’il y a généralisation de ce que vous avez décrit précédemment, je me demande si cela ne va pas se heurter avec la contingence qu’il faut par exemple épargner pour l’avenir, payer des hôpitaux, payer les pompiers, etc…

Christophe Sempels : Vous mettez le doigt sur quelquechose d’extraordinaire ; il s’agit de la question : «  Comment piloter cette transition ? ». Et l’un des objectifs de ce projet d’incubation est d’évaluer l’impact de tels modes de vie. Une partie de la réponse peut se trouver dans le développement de circuits de monnaie complémentaire. Aujourd’hui le gouvernement français s’est demandé s’il fallait soumettre ce type. Et c’est une question qui va revenir. Et taxer ce genre de monnaie sera très probablement possible.
Bernard Perret :
L’idée est celle d’un échange social généralisé. Finalement on irait vers une « démarchandisation » de la société. Je crois que c’est important de comprendre la multiplicité des formes que cela peut prendre. Il y a déjà des formes d’échange social. Il est juste nécessaire de les développer et leur donner une plus grande visibilité. On suppose qu’à terme il y ait une décroissance. De toutes les façons, avec les problèmes de la dette en Europe, on se diriger vers des années de croissance très faible voir de stagnation. Cela sera par ailleurs très intéressant d’observer comment la société réagit à cette situation. Moi je fais le pari que cette situation va générer toutes sortes d’innovations et d’échanges.
Intervenant :
Ce qui me laisse dubitatif par rapport à la comparaison avec la renaissance est le fait de savoir si l’élite est prête aujourd’hui. Dans le monde économique de nos jours, il y a tellement à perdre que l’élite est prête à beaucoup de choses pour ne pas aller dans cette direction là. Cela me semble vraiment difficile de faire bouger l’élite au niveau mondial.
Intervenant :
J’aimerais ici évoquer la situation du Congo. On observe que là où l’Etat désinvestit massivement, des solutions innovantes émergent. On peut regarder plusieurs paramètres, par exemple le taux de l’emploi. Nous avons à faire aujourd’hui à des taux de chômage de 10-15-18% ce qui s’avère être hallucinant. Les politiques n’osent pas nous affirmer que ce taux est incompressible dans les dix années avenirs. Mais que pouvons nous faire de ces 15-20% de personnes riches de potentiel mais considérées comme inutiles à la société car ne rentrant pas dans les canons actuels du marché de l’emploi.

On peut imaginer que ces personnes vont s’auto organiser ne fut ce que pour satisfaire leurs besoins alimentaires. Là on aura des innovations extrêmement intéressantes à observer. On constate d’ailleurs en Grande Bretagne que l’émergence de circuits complémentaire permet à des personnes qui sont exclues du marché de l’emploi classique de retrouver une activité sociale et de pouvoir avoir accès à une série de services essentiels. De plus il existe des banques de conversion entre les monnaies complémentaires et le pounds, cela représente des passerelles pour ces personnes. Il me semble que nous sommes là à l’aube de quelque chose à la fois d’inquiétant et d’extrêmement intéressant.
Intervenant :
Le danger ici est qu’il s’agit d’économies tout à fait parallèles qui ne sont soumises pour l’instant à aucune taxation.
Intervenant :
Juste une petite réflexion ; je ne suis pas sûr que les personnes qui ont été mises hors du circuit économique puissent par la suite se réorganiser. Parfois lorsque le chômage perdure dans des familles, ce sont des savoirs faire qui s’évaporent. Parfois il y a une pauvreté sociale tel que cela atteint un point de non retour. La spontanéité de réorganisation après des séismes sociaux ne me semble pas forcément évidente.
Bernard Perret :
Il est vrai que l’on a aucune garantie que cela se passe bien partout. Il est d’abord nécessaire de constater l’hétérogénéité des tissus sociaux, et des aventures qui vont se passer à partir de cela. La situation des capitaux sociaux et entrepreneurs sociaux qui existent dans différents lieux est très hétérogène.


Intervenant :
Je termine sur une dernière question. Je crois qu’il existe une espèce de convergence dans l’ensemble des débats et qui marque quelque chose d’assez irréversible, soit la propagation spontanée des systèmes, etc… je rebondis en constatant que notre système actuel produit de l’exclusion et je me demande si ce basculement de système irréversible ne produira pas d’autres types d’exclus, ceux qui ne sauront pas s’adapter à ce changement. Cela sera-t-il forcément un monde meilleur ?



Philosophie & Management – www.philosophie-management.com

catherine_reverend@orange.fr laurent.ledoux@bnpparibasfortis.com

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