Principes de la science sociale








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§ 7. — La science sociale, qui contient et concrète toutes les autres, attend encore son propre développement. Obstacles qu'elle rencontre. L'étude métaphysique de l'homme doit être remplacée par son étude méthodique. Les lois physiques et les lois sociales sont indivisibles dans l'étude de la société, tous les phénomènes de cet unique sujet ne formant qu'une seule science.


Les causes de l’existence d’un état de choses semblable s’expliquent facilement. Parmi toutes les autres sciences, la science sociale est la plus concrète et la plus spéciale, celle qui dépend le plus des branches plus anciennes et plus abstraites de nos connaissances, celle dans laquelle il est le plus difficile de recueillir et d’analyser les faits, et, par conséquent, la dernière qui fait son apparition sur la scène du-monde. Parmi toutes les sciences, c’est également la seule qui affecte les intérêts des hommes, leurs sentiments, leurs passions, leurs préjugés, et, conséquemment, la seule dans laquelle il est très-difficile de trouver des individus comparant des faits, uniquement dans le but d’en-déduire la connaissance qu’ils sont destinés à fournir. Traitant, ainsi qu’elle le fait, des rapports réciproques de l’homme avec ses semblables, il lui faut lutter partout contre les attaques des individus qui recherchent la jouissance du pouvoir et du privilège aux dépens des autres hommes. Le souverain tient en faible estime la science qui enseigne, à ses sujets, à mettre en doute qu’il exerce justement son pouvoir par la grâce de Dieu. Le soldat ne peut croire à une science qui songe à anéantir son métier, ni le partisan du monopole accepter volontiers les avantages de la concurrence. L’homme d’État vit en dirigeant les affaires de la société, et il n’a qu’un médiocre désir de voir les membres de cette société instruits sur la direction de leurs propres affaires. Tous ces individus tirent profit de l’enseignement du mensonge, et, conséquemment, regardent d’un œil défavorable ceux qui cherchent à enseigner la vérité. Le propriétaire du sol croit à une certaine doctrine, et son tenancier à une autre, et, en même temps, celui qui alloue le salaire envisage toutes les questions d’un point de vue directement opposé à celui où se place l’individu qui reçoit ce même salaire.
C’est ici que nous nous trouvons en face d’une difficulté contre laquelle, ainsi que nous l’avons déjà dit, aucune autre science n’a eu à lutter. L’astronomie, pour se frayer sa voie, et arriver à la hauteur merveilleuse où nous la voyons aujourd’hui, n’a rencontré qu’une opposition momentanée de la part des écoles, par la raison qu’aucun individu n’était intéressé personnellement à continuer d’enseigner la révolution du soleil autour de la terre. Pendant un certain temps les professeurs, laïques et spirituels, se montrèrent disposés à nier le mouvement de celle-ci ; mais le fait demeura prouvé et l’opposition cessa. Il en fut de même également lorsque la géologie enseigna, pour la première fois, que la terre existait depuis bien plus longtemps qu’on ne l’avait cru jusqu’alors. Les écoles qui représentaient le passé agirent alors ainsi qu’elles l’avaient fait du temps de Copernic et de Galilée, dénonçant comme hérétiques tons les individus qui mettaient en doute l’exactitude de la chronologie admise ; mais bien qu’il se soit écoulé peu de temps depuis cette époque, l’opposition a déjà disparu. Les Franklin, les Dalton, les Wollaston, les Berzelius, ont poursuivi leurs recherches sans redouter les attaques ; car il était peu probable que leurs découvertes dussent faire tort à la bourse des propriétaires de terres, des marchands ou des hommes d’État. La science sociale, cependant, se trouve encore la plupart du temps entre les mains des hommes des écoles, et partout soutenue par ceux qui tirent profit de l’ignorance et de la faiblesse du peuple.
Les hommes qui occupent des chaires, en Autriche et en Russie, ne peuvent enseigner ce qui est défavorable aux droits divins des rois, ou favorable à l’accroissement de la puissance populaire. Les doctrines des écoles françaises varient de temps à autre, selon que le despotisme cède devant le peuple ou le peuple devant le despotisme. L’aristocratie territoriale de l’Angleterre s’est montrée satisfaite le jour où Malthus la convainquit que la pauvreté et la misère des classes populaires résultaient, nécessairement, d’une grande loi émanant d’un Créateur qui n’est que sagesse et bienveillance, et l’aristocratie industrielle n’est pas moins satisfaite lorsqu’elle voit établi (au moins le pense-t-elle) ce fait, que les intérêts généraux du pays doivent être favorisés par des mesures qui ont pour but la production d’une quantité abondante de travail à bon marché, c’est-à-dire mal rétribué.
Le système de l’union américaine étant fondé sur l’idée d’une égalité politique complète, nous serions peut-être autorisés à attendre de nos professeurs quelque chose de différent, sinon même de meilleur ; mais dans ce cas nous serions généralement désappointés. A quelques faibles exceptions près, nos professeurs enseignent la même science sociale que celle qui est enseignée à l’étranger par les hommes qui vivent de l’inculcation dans les esprits des droits divins de la royauté ; et ils démontrent que les individus doivent se gouverner par eux-mêmes à l’aide de livres où leurs élèves apprennent : que plus la tendance vers l’égalité augmente, plus augmente aussi la haine entre les diverses classes dont la société se compose. La science sociale, telle qu’on l’enseigne dans les colléges de l’Amérique du nord et de l’Europe, se trouve aujourd’hui au niveau de la chimie dans la première partie du siècle dernier, et elle demeurera telle, aussi longtemps que ceux qui l’enseignent continueront à ne regarder qu’au dedans d’eux-mêmes et à inventer des théories an lieu de porter leurs regards au dehors, sur le laboratoire de l’univers, pour rassembler des faits dans le but de découvrir des lois. En l’absence de ces lois, ils répètent constamment des phrases qui n’ont aucun sens réel et qui tendent, ainsi que Goëthe le dit avec tant de vérité, « à ossifier les organes de l’intelligence, » non-seulement d’eux-mêmes, mais encore de leurs auditeurs (22).
L’état dans lequel existe aujourd’hui la science sociale est celui que M. Comte appelle ordinairement l’état métaphysique, et elle continuera à y demeurer, jusqu’au jour où ceux qui l’enseignent ouvriront les yeux pour reconnaître ce fait, qu’il n’existe qu’un système de lois destiné à régir toute la matière, sous quelque forme que celle-ci se présente ; charbon de terre, arbre, cheval ou homme, et qu’il n’y a également qu’une manière d’en étudier toutes les divisions. « La feuille, dit un écrivain moderne, est à la plante ce qu’un petit monde est au vaste univers, la plante en miniature ; une loi commune les régit toutes deux, et conséquemment toutes les dispositions que nous trouvons dans les parties dont se compose la feuille, nous devons nous attendre à les retrouver dans les parties de la plante, et VICE VERSA. » Il en est de même de l’arbre de la science avec ses nombreuses branches ; ce qui est vrai de sa racine ne peut être qu’également vrai de ses feuilles et de son fruit. Les lois de la science physique sont également celles de la science sociale ; à chaque effort que nous tentons pour découvrir la première, nous ne faisons que nous frayer la route pour découvrir la dernière. « Les générations successives de l’espèce humaine, dit Pascal, à travers le cours des âges, doivent être regardées comme un seul homme, vivant toujours et apprenant sans cesse. » Et parmi les hommes qui ont le plus largement contribué à la fondation d’une véritable science sociale, il faut ranger les maîtres éminents auxquels nous avons de si grandes obligations pour le merveilleux développement de la physique, de la chimie et de la physiologie dans les siècles passés et de nos jours.
L’homme moderne est donc celui qui possède le plus de cette connaissance des actes sociaux, nécessaire pour comprendre les causes des effets si variés enregistrés dans les pages de l’histoire, et pour prédire ceux qui résulteront dans l’avenir des causes existant aujourd’hui. L’homme des premiers âges du monde ne possédait guère de la science que l’instrument nécessaire pour l’acquérir, et ce qu’il en acquérait était d’un caractère purement physique et très-limité dans ses proportions. L’homme de nos jours n’est pas seulement en possession de la science physique, et dans une proportion prodigieuse si on la compare à celle qui existait il y a un siècle ; mais il y a ajouté les sciences chimique et physiologique qui, alors, étaient à peine connues, et il a prouvé que les lois qui régissent les premières et en même temps les plus abstraites, sont également celles qui régissent les sciences plus concrètes et spéciales. Si donc cette idée de Pascal est vraie, que nous devons considérer la succession indéfinie des générations humaines comme un seul homme, ne doit-il pas arriver que les lois de toutes les branches les plus anciennes et les plus abstraites de la science se trouvent également vraies, en ce qui concerne la science éminemment concrète et spéciale qui embrasse les rapports de l’homme en société ; et qu’en conséquence, il sera démontré que toutes les sciences n’en forment qu’une seule dont les parties diffèrent, comme les couleurs du spectre solaire, mais produisant ainsi que le rayon du soleil, lorsqu’on ne l’a pas décomposé, une seule lumière blanche et éclatante.
Démontrer que les choses se passent ainsi, tel est l’objet du présent ouvrage.

CHAPITRE II.

DE L'HOMME, SUJET DE LA SCIENCE SOCIALE.

§ 1. — L'association est essentielle à l'existence de l'homme ; comme les planètes gravitent l'une vers l'autre, de même l'homme tend à se rapprocher de son semblable. Les centres locaux équilibrent et répartissent les masses selon les lois de l'ordre et de l'harmonie. La centralisation et la décentralisation sont analogues et également nécessaires, parmi les planètes et au sein des sociétés. Preuves tirées de l'histoire des nations. La liberté d'association maintenue par la balance des attractions. Le bien-être des individus et des agglomérations sociales dépend de leur somme de liberté.


L'homme, élément MOLÉCULAIRE de la société, est le sujet de la science sociale. Il partage avec les autres animaux le besoin de manger, de boire et de dormir, mais son besoin le plus impérieux est celui de l'association avec ses semblables. Né le plus faible et le plus dépendant de tous les animaux, il exige le plus de soins dans son enfance et doit son vêtement à des mains étrangères, tandis que la nature le fournit aux oiseaux et aux quadrupèdes. Capable d'atteindre le plus haut degré de science, il vient au monde dénué même de cet instinct qui enseigne à l'abeille et à l'araignée, à l'oiseau et au castor à construire leurs demeures et à pourvoir à leur subsistance. Dépendant de sa propre expérience et de celle des autres pour tout ce qu'il connaît, il a besoin du langage pour le mettre à même, ou de retenir les résultats de ses propres observations, ou de profiter de celles des autres ; et sans l'association, il ne peut exister aucune espèce de langage. Créé à l'image de celui qui l'a fait, il devait participer à son intelligence, mais ce n'est qu'au moyen des idées qu'il peut mettre à profit les facultés dont il a été doué ; et sans le langage il ne peut exister d'idées — ni pouvoir de penser. Sans le langage, il doit donc demeurer dans l'ignorance des facultés qui lui ont été accordées pour remplacer la force du boeuf et du cheval, la vitesse du lièvre et la sagacité de l'éléphant, et rester inférieur aux brutes. Pour que le langage existe, il faut qu'il y ait association et réunion d'hommes avec leurs semblables ; et c'est à cette condition seulement que l'homme peut être considéré comme tel ; ce n'est qu'à cette condition que nous pouvons concevoir l'être auquel nous attachons l'idée d'homme. « Il n'est pas bon que l'homme vive seul, a dit le Créateur, » et nous ne le trouvons jamais vivant dans cet état ; les souvenirs les plus anciens du monde nous présentent des êtres vivant réunis et employant des mots pour exprimer leurs idées. D'où sont venus ces mots? D'où est venu le langage? Nous pourrions, avec tout autant de raison, demander pourquoi le feu brûle-t-il? Pourquoi l'homme voit-il, sent-il, entend-il, marche-t-il. Le langage échappe à ses lèvres, par une inspiration de la nature, et le pouvoir d'employer les mots est une faculté essentielle qui lui est propre, et qui le rend capable d'entretenir commerce avec ses semblables et en même temps apte à cette association sans laquelle le langage ne peut exister. Les mots société et langage représentent à l'esprit deux idées distinctes, et, toutefois, aucun effort de notre esprit ne pourrait nous faire concevoir l'existence de l'une sans y joindre celle de l'autre.
Le sujet de la science sociale est donc l'homme, c'est-à-dire l'être auquel ont été accordées la raison et la faculté d'individualiser les sons, de manière à donner une expression à toutes les variétés d'idées, et qui a été placé dans une position où il peut exercer cette faculté. Isolez-le, et avec le pouvoir de la parole, il perd le pouvoir de raisonner, et avec celui-ci, la qualité distinctive de l'homme. Rendez-le à la société, et en recouvrant la puissance du langage, il devient de nouveau l'homme qui raisonne.
Ici se présente la grande loi de la gravitation moléculaire, comme condition indispensable de l'existence de cet être que nous connaissons sous le nom d'homme. Les particules de matière ayant chacune une existence indépendante, l'atome d'oxygène ou d'hydrogène est aussi parfait et aussi complet qu'il pourrait l'être, s'il était réuni à des millions d'atomes semblables à lui. Le grain de sable est parfait, soit qu'il vole emporté par le vent, ou qu'il demeure avec d'autres grains de sable sur les rivages du vaste Océan Atlantique. L'arbre et l'arbuste, transportés de pays éloignés et placés seuls dans une serre, produisent les mêmes fruits et donnent les mêmes odeurs qu'au moment où ils se trouvaient dans les bois d'où ils ont été transplantés. Le chien, le chat et le lapin, pris individuellement, possèdent toutes leurs facultés, placés dans un état d'isolement complet. Il n'en est pas ainsi à l'égard de l'homme. L'homme sauvage, partout où on l'a rencontré, a toujours prouvé que, non-seulement il était privé de la faculté de raisonner, mais privé également de l'instinct qui, chez les autres animaux, remplace la raison, et par conséquent, de tous les êtres, le plus dénué de ressources.
L'homme tend, nécessairement, à graviter vers son semblable. De tous les animaux, il est le plus disposé à se réunir en troupeau, et plus est considérable le nombre d'hommes réunis dans un espace donné, plus grande est la force d'attraction que ce centre exerce, ainsi qu'on l'a vu par l'exemple des grandes villes de l'ancien monde, telles que Ninive et Babylone, ainsi qu'on le voit aujourd'hui à Paris, à Londres, à Vienne, à Naples, à Philadelphie, à New-York et à Boston. Là, comme partout ailleurs, la gravitation est en raison inverse de la distance.
Les choses étant ainsi, comment se fait-il que tous les membres de la famille humaine ne tendent pas à se réunir sur un seul point de la terre? C'est en vertu de l'existence de la même loi simple et universelle, grâce à laquelle se maintient l'ordre magnifique du système dont notre planète forme une partie. Nous sommes environnés de corps de diverses dimensions, et quelques-uns d'entre eux sont eux-mêmes pourvus de satellites, chacun ayant son centre local d'attraction, au moyen duquel ses parties sont maintenues dans leur union. S'il était possible que cette puissance d'attraction fut annihilée, les anneaux de Saturne, les lunes de notre terre et de Jupiter, se briseraient en morceaux et tomberaient comme une masse de ruines, sur les corps auxquels ils servent maintenant de satellites. C'est ce qui a lieu par rapport aux planètes elles-mêmes. Quelques petits que soient les astéroïdes, chacun a en lui-même un centre particulier d'attraction qui lui permet de conserver sa forme et sa substance, malgré l'attraction supérieure des corps plus considérables qui l'entourent de toutes parts.
Il en est de même dans notre univers. — Considérez les centres d'attraction vers lesquels les hommes gravitent, centres dont quelques-uns exercent plus ou moins d'influence. Londres et Paris peuvent être envisagés comme les soleils rivaux de notre système planétaire, chacune de ces villes exerçant une attraction puissante ; et sans l'existence de l'attraction, en sens contraire, de centres particuliers, tels que Vienne et Berlin, Florence et Naples, Madrid et Lisbonne, Bruxelles et Amsterdam, Copenhague, Stockholm et Saint-Pétersbourg, l'Europe offrirait le spectacle d'un vaste système de centralisation, dont la population tendrait toujours vers Londres et Paris, pour y faire tous ses échanges et par suite en recevoir ses lois. Il en est de même aussi dans l'Union. Tout le monde s'aperçoit combien est puissante, même aujourd'hui, la tendance qui porte les populations vers New-York, malgré l'existence de centres locaux d'attraction que leur offrent les villes de Boston, de Philadelphie, Baltimore, Washington, Pittsburg, Cincinnati, Saint-Louis, la Nouvelle-Orléans, Augusta, Savannah et Charlestown, et les nombreuses capitales des États qui forment l'Union. Si nous arrivions à ne plus tenir compte de ces centres d'attraction et à établir à New-York un gouvernement central semblable à ceux d'Angleterre, de France ou de Russie, non-seulement cette ville prendrait un développement pareil à celui de Londres, mais bientôt même il le dépasserait, et l'effet qui en résulterait serait le même que l'effet produit dans le monde astronomique par une série de faits analogues. Les gouvernements locaux tomberaient en pièces, et tous les atomes dont ils se composaient tendraient, tout d'abord, à se porter vers le nouveau centre de gravitation qui aurait été produit ainsi. L'association locale et volontaire formée pour les divers besoins de la vie, au milieu de ce qui ne serait plus alors que les provinces d'un grand état central, cesserait d'exister ; mais, à sa place, on ne retrouverait plus que l'association forcée entre des maîtres, d'un côté, et des subordonnés de l'autre. Toute localité environnante qui aurait besoin de faire tracer une route ou construire un pont, d'établir une banque ou d'obtenir le redressement de ses griefs, serait conséquemment obligée d'adresser sa demande à la grande ville, placée à plusieurs centaines de milles et de rétribuer une armée de fonctionnaires avant de pouvoir obtenir l'autorisation désirée, ainsi que cela se pratique aujourd'hui en France. Toute association qui aurait à souffrir de taxes trop lourdes ou d'autres mesures vexatoires dont elle voudrait être allégée, chercherait à se faire entendre, mais sa voix serait étouffée par celle des hommes qui profitent de pareils abus, ainsi qu'on le voit aujourd'hui à l'égard des plaintes adressées au Parlement de l'Irlande ou de l'Inde. Au lieu de se transporter comme aujourd'hui à la petite capitale de leur État, située dans leur voisinage immédiat, et d'obtenir, sans frais, les lois nécessaires, ils se verraient forcés d'employer des agents pour la négociation de leurs affaires ; et ces agents, ainsi que cela a lieu maintenant en Angleterre, amasseraient des fortunes énormes aux dépens des pauvres pétitionnaires placés à de si grandes distances. On assiste déjà à beaucoup de faits pareils, à Washington, et cependant combien cela est insignifiant si on le compare à ce qui arriverait, si toutes les affaires traitées par les législatures d'États et les bureaux de comtés rentraient dans les attributions du Congrès, ainsi que cela a lieu aujourd'hui pour le Parlement britannique!
La tendance de la capitale d'un État à la centralisation est, à son tour, considérablement neutralisée par l'existence de centres opposés d'attraction dont le siège se trouvé dans les divers comtés, et dans les nombreux bourgs et villes de l'Union, chacune gouvernant ses affaires personnelles et offrant des lieux où les populations des divers districts et de tout le pays même se rencontrent et se mettent en contact, pour l'échange des produits matériels ou intellectuels de leur travail. Annulez les centres dont nous parlons, centralisez les pouvoirs des villes et des comtés dans les législatures d'État, et la puissance de l'association locale — dans l'étendue des États, se trouvera en grande partie annihilée. La capitale d'un État, ou celle de l'Union, se développerait rapidement, ainsi que le ferait le soleil, si l'attraction particulière des planètes était supprimée. La splendeur de tous deux s'accroîtrait considérablement, mais dans l'espace maintenant traversé par les planètes le mouvement cesserait d'exister, ainsi que cela arriverait dans l'étendue de l'Union, si elle dépendait d'un centre unique ; et sans mouvement il ne peut y avoir ni association, ni force, ni conséquemment progrès.
Il y a plus, avec le développement de la centralisation, on verrait une diminution dans la force neutralisante qui maintient les familles réunies malgré l'attraction exercée par la capitale. Tout ce qui tend à l'établissement de la décentralisation et à la production de l'emploi local, du temps et du talent, tend aussi à donner de la valeur à la terre, à en favoriser la division et à permettre aux parents et aux enfants de rester plus étroitement unis entre eux, et plus sont forts les liens qui relient les membres des diverses familles dont la société se compose, plus sera complète la révolution qu'elles accompliront sur leur axe, et plus sera considérable l'attraction au sein des agglomérations sociales qui constituent l'État. Tout ce qui, au contraire, tend à la diminution du travail local, tend aussi à immobiliser le sol, à rompre les liens de famille et à favoriser l'érection de grandes villes aux dépens du pays tout entier, ainsi que nous l'avons vu en Italie, en Irlande, dans l'Inde et en Angleterre, et ainsi qu'on le voit aujourd'hui dans ce fait du développement rapide de nos villes, accompagné, comme cela a toujours lieu, par suite de l'exil volontaire de nos populations dans des parties lointaines du territoire, d'une diminution constante dans la faculté d'associer et de combiner leurs efforts.
L'histoire nous fournit à chaque page la preuve que la tendance à l'association, cette tendance sans laquelle l'être humain ne peut devenir l'être auquel nous appliquons la dénomination d'homme, s'est développée partout avec l'accroissement du nombre et de la force des centres locaux d'attraction et a décliné avec eux. De pareils centres se trouvaient dans presque toutes les Iles de la Grèce, tandis que la Laconie et l'Attique, la Béotie et Argos, l'Arcadie et l'Élide, Mégare et Corinthe pouvaient se féliciter d'avoir leurs centres propres et individuels. L'association locale y existait à un degré qui n'avait pas encore été égalé dans le monde ; et cependant la tendance à l'association générale se manifestait dans la fondation des jeux Isthmiques et Néméens, et de ces jeux Olympiques plus célèbres encore, qui attiraient et réunissaient tous les hommes distingués par leurs facultés physiques ou intellectuelles, non-seulement dans les États et les villes de la Grèce même, mais encore jusqu'au fond de l'Italie et de l'Asie. Nous trouvons dans la ligue des Amphictyons une nouvelle preuve de la tendance à l'association générale, comme conséquence de l'association locale ; mais là, malheureusement, l'idée ne fut pas complètement développée. La puissance d'attraction de ce soleil du système social ne fut pas suffisante pour maintenir l'ordre dans le mouvement des planètes qui, par suite, s'élancèrent follement hors de leur orbite et s'entrechoquèrent.
C'est à raison de l'action égale des forces contraires que le monde céleste peut nous révéler une harmonie si merveilleuse et un mouvement si continu ; et c'est au même principe développé dans notre pays, à un degré plus considérable que dans aucun autre pays de la terre, que nous devons de constater que l'histoire de l'Union n'a présenté aucun cas de guerre civile, en même temps qu'elle a présenté une somme d'activité pacifique bien supérieure à celle qui existe ailleurs. Détruisez les gouvernements d'États et centralisez le pouvoir entre les mains du gouvernement général, et vous aurez pour résultat une diminution constante dans la puissance d'association volontaire en vue des travaux de la paix, et un accroissement dans la tendance à l'association forcée ayant la guerre pour but. Détruisez le gouvernement central et les conflits entre les divers états deviendront inévitables. Les populations de la Grèce avaient encore à apprendre toutes ces vérités, et les conséquences s'en retrouvent dans les guerres fréquentes qui éclataient entre les états et les villes ; résultat de l'établissement d'un gouvernement fortement centralisé, maître absolu des dépenses demandées au trésor public, qui se remplissait des impôts levés sur mille cités sujettes. Depuis lors ces cités perdirent le pouvoir de s'associer pour la détermination de leurs droits respectifs et durent recourir, pour obtenir justice, aux tribunaux d'Athènes. C'est à Athènes que s'adressaient tous ceux qui devaient payer de l'argent à l'État ou en recevoir, tous ceux qui avaient des causes à plaider, tous ceux qui recherchaient des places donnant pouvoir ou profit, tous les individus qui se trouvaient dans l'impossibilité de vivre dans leur pays et ceux encore qui préféraient la rapine au travail ; à chaque pas dans cette direction, la décentralisation céda devant la centralisation, jusqu'à ce qu'enfin Athènes et Sparte, Samos et Mitylène et tous les autres états et villes de la Grèce furent enveloppés dans une commune ; l'Attique même, devint en grande partie la propriété d'un seul homme, entouré d'une multitude d'esclaves ; la disposition à l'association volontaire et le pouvoir de la mettre en pratique avaient disparu complètement.
Si nous jetons nos regards sur l'Italie nous y apercevons une série de faits analogues. Aux époques les plus anciennes de leur existence l'Étrurie et la Campanie, la Grande-Grèce et le territoire montueux des Samnites, offrirent à l'observateur des villes nombreuses, servant chacune de centre à un canton, dans l'étendue duquel existait à un haut degré l'habitude de l'association locale et volontaire. Avec le temps nous voyons cette habitude disparaître graduellement, et d'abord parmi la population de Rome même, occupée perpétuellement à troubler ses pacifiques voisins. La ville centrale se développant à l'aide du pillage, à chaque pas fait dans cette direction, les centres locaux d'attraction diminuèrent d'importance, et il devint de plus en plus nécessaire de recourir à l'arbitrage de Rome même. A mesure que le pouvoir se centralisa de plus en plus dans l'enceinte de ses murs, sa population devint aussi de plus en plus dépendante du trésor public, et la puissance de l'association volontaire disparut peu à peu, eu même temps que l'Italie tout entière offrit le spectacle de grands seigneurs habitant des palais et entourés de troupeaux d'esclaves. Tant que les forces opposées étaient restées en équilibre, l'Italie avait fourni au monde des hommes ; mais à mesure qu'elle décline, elle n'offre plus chaque jour que des esclaves, tantôt sous les haillons de misérables mendiants, tantôt revêtus de la pourpre impériale.
En étudiant l'histoire de la République et de l'Empire, nous voyons qu'on doit attribuer la longue durée de leur existence à ce fait, que la population des provinces possédait en très-grande partie la faculté de se gouverner elle-même, pourvu qu'elle se soumit seulement à l'accomplissement de certaines obligations envers le gouvernement central. Pendant plusieurs siècles l'association locale appliquée à presque tous les besoins demeura intacte ; les bourgs et les villes s'imposaient elles-mêmes leurs taxes, fixaient leurs lois et choisissaient les magistrats qui devaient en surveiller l'exécution.
L'Italie moderne, depuis l'époque des Lombards, a présenté pendant une longue suite de siècles, ce fait remarquable de la relation qui existe entre l'attraction locale et le pouvoir de l'association volontaire. Milan, Gênes, Venise, Florence, Rome, Naples, Pise, Sienne, Padoue et Vérone, formaient chacune des centres d'attraction semblables à ceux qui avaient existé autrefois en Grèce ; mais faute d'un soleil doué d'une force attractive suffisante pour maintenir l'harmonie du système, elles se faisaient une guerre perpétuelle, jusqu'à ce qu'enfin l'Autriche et la France en vinrent à centraliser dans leurs mains le gouvernement de la Péninsule ; et l'habitude de l'association volontaire disparut entièrement.
L'Inde possédait des centres nombreux d'attraction. Outre ses diverses capitales, chaque petit village présentait une communauté sociale se gouvernant elle-même ; dans laquelle le pouvoir de s'associer existait à un degré qu'on ne trouvait guère aussi considérable en d'autres pays ; mais avec le développement du pouvoir central à Calcutta, l'habitude et la faculté d'exercer la puissance d'association ont presque entièrement disparu.
L'Espagne avait de nombreux centres locaux. Dans ce pays l'association existait dans de grandes proportions, et non-seulement parmi les Maures, peuple éclairé, mais encore parmi les populations de la Castille et de l'Aragon, de la Biscaye et du royaume de Léon. La découverte de ce continent, dont le gouvernement espagnol devint le seigneur absentéiste, augmenta considérablement le pouvoir central et fut accompagnée d'un affaiblissement correspondant dans l'activité et l'association locale ; les conséquences en sont manifestes dans la dépopulation et la faiblesse qui en résultèrent à partir de cette époque.
En Allemagne, nous trouvons la patrie de la décentralisation européenne, de la jalousie contre le pouvoir central et du maintien des droits locaux ; et la conséquence de ce fait a toujours été parmi ses populations une tendance à l'association, très-prononcée, tendance qui de nos jours a eu pour conséquence l'union de ses agglomérations sociales formant le Zollverein, un des événements les plus importants à enregistrer dans l'histoire de l'Europe. Comme la Grèce, l'Allemagne a toujours manqué d'un soleil autour duquel ses nombreuses planètes pussent accomplir leur pacifique révolution, et de même qu'en Grèce, les pouvoirs extérieurs à son système ont dû armer une société contre une autre, dans une mesure qui a retardé considérablement le progrès de la civilisation à l'intérieur, bien qu'en thèse générale elle soit peu intervenue par ses progrès au dehors (1).
Forte pour se défendre, elle a donc été conséquemment faible pour prendre l'offensive, et n'a point montré de disposition à faire des guerres de conquête ou à lever des impôts sur ses voisins plus pauvres, ainsi qu'on l'a vu dans un pays placé près d'elle, la France, où le pouvoir est fortement centralisé. Toujours riche en centres locaux d'attraction, il a toujours été impossible d'y créer une grande ville centrale destinée à diriger les manières de penser et d'agir, et c'est à cela qu'il faut attribuer ce fait, que l'Allemagne prend si rapidement aujourd'hui la position de centre intellectuel principal, non-seulement de l'Europe, mais du monde entier.
Parmi les États de l'Allemagne il n'en est aucun dont la politique ait tendu aussi fortement que celle de la Prusse au maintien des centres locaux d'action, comme avantageux à la fois aux plus précieux intérêts du peuple et de l'État. Toutes les anciennes divisions, depuis les communes jusqu'aux provinces, ont été soigneusement conservées, ainsi que leurs constitutions ; et nous voyons, comme conséquence de ce fait, la population marchant très-rapidement vers la liberté, tandis que l'État fait de non moins rapides progrès en richesse et en pouvoir. Les résultats pacifiques de la décentralisation se manifestent là pleinement dans ce fait, que, sous la conduite de la Prusse, l'Allemagne du Nord a été amenée à un vaste système de fédération, grâce auquel le commerce intérieur a pris un rang qui correspond presque exactement à celui des États-Unis.
Nulle part en Europe, la décentralisation n'avait été plus en vigueur, et nulle part la tendance à une association pacifique, ou, en d'autres termes, la force de résister aux attaques du dehors, résultat de l'union, ne s'était montrée plus complètement qu'en Suisse, malgré l'existence des dissidences religieuses les plus profondes. Les guerres et les révolutions de la période qui se termine en 1815, les révolutions continuelles et le développement toujours croissant de la centralisation en France, ont cependant produit en Suisse leur effet accoutumé, en donnant naissance à l'établissement d'une centralisation plus prononcée, sous l'empire de laquelle les cantons plus faibles ont été privés des droits dont ils avaient joui depuis plusieurs siècles ; et la tyrannie et l'oppression remplacent peu à peu la liberté et l'immunité, en matière d'impôts, qui existaient antérieurement.
La Révolution française anéantit les gouvernements locaux qu'elle aurait dû fortifier ; et c'est ainsi que la centralisation augmenta lorsqu'elle aurait dû diminuer ; les conséquences de ce fait se manifestent dans une succession perpétuelle de guerres et de révolutions. On fit un grand pas vers la décentralisation lorsque les terres des nobles émigrés et du clergé furent partagées entre le peuple ; et c'est aux effets neutralisateurs de cette mesure qu'il faut attribuer la force croissante de la France, malgré son système excessif de centralisation.
La Belgique et la Hollande nous offrent des exemples remarquables de l'efficacité de l'action locale pour produire des habitudes d'association. Dans ces deux pays les bourgs et les villes étaient nombreux, et les résultats de la combinaison des efforts se révèlent dans la fertilité merveilleuse de contrées qui, primitivement, étaient comptées au nombre des plus pauvres de l'Europe.
Dans aucune partie de l'Europe la division de la terre n'était aussi complète, ou la possession aussi assurée qu'en Norwége, à l'époque de la conquête de l'Angleterre par les Normands et avant cette époque ; et dans aucune autre partie, conséquemment, la puissance de l'attraction locale ne se manifesta aussi complètement. L'habitude de l'association y existait, conséquemment, à un degré alors inconnu en France et en Allemagne ; elle se développait dans l'établissement « d'une littérature indigène et qui vivait dans la langue vulgaire et l'esprit des populations (2). » Ailleurs, le langage des classes qui ont reçu de l'éducation et celui des classes sans éducation différaient assez profondément pour rendre la littérature des premières complètement inaccessible aux secondes ; et, comme conséquence nécessaire, il y avait « absence de ce mouvement de circulation d'un même esprit et d'une même intelligence parmi les diverses classes qui forment le corps social, différant seulement de degré, et non de nature, chez les plus instruits et chez les plus ignorants ; absence de cette circulation et de cet échange d'impressions au moyen d'une langue et d'une littérature communes à tous, qui seuls peuvent donner l'âme à une population et en faire une nation (3). »
La Norwége devançait aussi les autres nations, par ce fait que les travaux y étaient diversifiés ; ce qui fournissait une nouvelle preuve que l'habitude de l'association y existait. « Le fer, continue M. Laing, est le premier élément de tous les arts utiles, et un peuple qui peut le fondre après l'avoir arraché au minerai, et le travailler de toutes les façons requises pour les constructions maritimes les plus importantes, depuis le simple clou jusqu'à l'ancre, ne pouvait se trouver dans l'état de barbarie complète dans lequel on a voulu nous le représenter. Il possédait une littérature qui lui était propre et des lois, des institutions, des arrangements sociaux, un esprit et un caractère très-analogues à ceux des Anglais, si même ils ne sont la source de ces derniers ; et il devançait toutes les nations chrétiennes dans une branche des arts utiles où il est indispensable d'en posséder une grande réunion : l'art de construire, de gréer et de manoeuvrer de grands navires (4). »
La même habitude d'association locale a toujours existé depuis, accompagnée d'une tendance à l'union, dont les effets se sont pleinement révélés dans l'établissement, depuis quarante ans, d'un système de gouvernement où les forces de centralisation et de décentralisation sont équilibrées avec une exactitude de proportion qui n'a été dépassée dans aucun pays du monde ; et, comme conséquence de ce fait, ce petit peuple a montré une force de résistance à la centralisation qu'on a cherché à faire pénétrer chez lui du dehors, dont on ne trouverait guère un second exemple dans l'histoire (5).
L'attraction des centres locaux, dans toute l'étendue des Iles Britanniques, autrefois si développée, a, depuis bien longtemps, tendu à diminuer considérablement : Édimbourg, autrefois la capitale d'un royaume, est devenue une simple ville de province, et Dublin, jadis le siége d'un parlement indépendant, a tellement décliné, que, sans l'existence de ce fait, que la ville est la résidence où le représentant de Sa Majesté tient ses levers en certaines occasions, il en serait à peine question. Londres, Liverpool, Manchester et Birmingham ont pris un accroissement rapide ; mais, sauf ces exceptions, la population du Royaume-Uni est restée stationnaire dans la période écoulée de 1841 à 1851. Partout s'est manifestée une tendance à la centralisation, accompagnée d'un affaiblissement de l'attraction locale, d'un accroissement dans l'absentéisme et du déclin de la faculté de s'associer volontairement ; ce déclin s'est révélé d'une manière prodigieuse il y a quelques années dans le fait de l'émigration. A chaque pas dans cette direction, on a constaté un accroissement constant dans la nécessité de l'association forcée, qui s'est manifesté par l'augmentation des flottes et des armées et celle des impôts nécessaires à leur entretien.
Les États du Nord de l'Union présentent, ainsi qu'on l'a vu déjà, la combinaison des forces centralisatrices et décentralisatrices dans une proportion qui n'a jamais été égalée en aucun autre pays, et, conséquemment, nous y trouvons existant à un haut degré la tendance à l'exercice de l'action locale pour la création d'écoles et de bâtiments affectés à ces écoles, la construction de routes, la formation d'associations pour presque tous les buts imaginables. Il y a ici une imitation exacte du système de lois qui maintient l'harmonie dans l'étendue de l'univers, chaque État constituant un corps complet en lui-même, pourvu d'une attraction locale qui tend à maintenir sa forme, malgré la tendance à graviter vers le centre, autour duquel lui et les autres États, ses frères, doivent accomplir leur révolution.
Il arrive, comme conséquence de ce fait, que la marche suivie par le Nord de l'Union a toujours été pacifique, et à aucune époque il ne s'y est manifesté le moindre désir d'agrandir son territoire ou d'empiéter sur les droits des États voisins. L'annexion des provinces anglaises, avec ses millions d'habitants libres, augmenterait considérablement la puissance des États du Nord ; et cependant, en même temps qu'ils ont coopéré avec ceux du Sud à l'achat de la Floride et de la Louisiane, et à l'annexion du Texas, on peut regarder la question de l'incorporation du Canada à l'Union américaine comme n'ayant guère fait jusqu'à ce jour l'objet d'un sérieux examen.
Si nous jetons les yeux sur les États du Sud, ils nous offriront un tableau tout opposé.
Là des maîtres sont propriétaires d'individus auquel est refusé tout pouvoir de s'associer volontairement, et qui ne peuvent même vendre leur travail personnel, ou en échanger le produit contre le travail de leurs semblables. Telle est la centralisation. C'est pourquoi nous voyons dans le Sud une tendance si prononcée à troubler ailleurs la puissance d'association. Telle a été l'origine de toutes les guerres de l'Union. La guerre tend à augmenter le nombre de machines humaines portant le mousquet et exigeant pour leur entretien la levée d'impôts considérables, qui seraient mieux appliqués à la construction de routes ou d'usines utiles à l'encouragement de l'esprit d'association.
La barbarie est une conséquence nécessaire de l'absence d'association. Dépouillé de la sociabilité, l'homme, perdant ses qualités distinctives, cesse d'être le sujet de la science sociale.

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