Sont étudiés avec une attention particulière








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André Durand présente
Les nouvelles d’Edgar Alla POE
Sont étudiés avec une attention particulière :
‘’Metzengerstein’’ (page 2)

‘’Bérénice’’ (page 9)

‘’Morella’’ (page 11)

‘’Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall’’ (page 13)

‘’Ligeia’’ (page 19)

‘’La chute de la maison Usher’’ (page 25)

‘’William Wilson’’ (page 27)

‘’L’homme qui était refait’’ (page 31)

‘’Double assassinat dans la rue Morgue’’ (page 33)

‘’Une descente dans le Maelström’’ (page 36)

‘’Éléonora’’ (page 40)

‘’La lettre volée’’ (page 43)

‘’Le portrait ovale’’ (page 44)

‘’Le scarabée d’or’’ (page 48)

‘’Le chat noir’’ (page 50)

‘’Souvenirs de M. Auguste Bedloe’’ (page 53)

‘’La vérité sur le cas de M. Valdemar’’ (page 66)

‘’Mellonta tauta’’ (page 69)

Bonne lecture !
‘’Metzengerstein’’

(janvier 1832)

’’Metzengerstein’’
Nouvelle de 9 pages

Une très grande haine existait depuis des siècles entre les familles hongroises des Berlifitzing et des Metzengerstein. Or, tandis qu’un incendie ravageait les écuries du vieux comte Berlifitzing, le jeune et cruel baron Frédérick Metzengerstein fut intrigué par, sur une tapisserie de son palais qui représentait une ancienne bataille, la modification étrange d’un cheval des Berlifitzing dont le « cavalier déconfit mourait sous le poignard d’un Metzengerstein ». Ses valets lui amenèrent un cheval qui portait, marquées au fer sur le front, les lettres W. v. B., qui étaient les initiales de Wilhelm von Berlifitzing qui disait pourtant que ce cheval ne lui appartenait pas. Un autre valet lui apprit la disparition du cheval de la tapisserie. Enfin, on lui rapporta que le vieux comte Berlifitzing, ayant la passion des chevaux et ne songeant qu’à eux, était mort en essayant de les sauver. Le jeune baron, qui était pourtant un débauché, cessa de fréquenter la société, ne faisant que monter « ce grand cheval impétueux, hors nature, couleur de feu », ayant pour lui un « attachement pervers » non sans toutefois être effrayé. Une nuit de tempête, il était parti sur le cheval quand le palais connut « un feu immense et immaîtrisable » vers lequel revint la monstrueuse monture, dont le baron n’était pas le maître, pour se précipiter « dans le tourbillon de ce feu chaotique ». Puis la tempête s’apaisa et « un nuage de fumée s’abattait pesamment sur les bâtiments sous la forme distincte d’un gigantesque cheval. »
Analyse
Intérêt de l'action
La nouvelle était une parodie masquée des grands succès du jour qu’étaient les romans noirs du préromantisme anglais ou allemand : elle était sous-titrée : « A tale in imitation of the German ». On y a vu en effet une imitation des ‘’Élixirs du diable’’ d'E. T. A. Hoffmann, mais aussi du ‘’Château d'Otrante’’ d'Horace Walpole (qui pourtant ne fut publié qu’en 1907). Comme les textes gothiques, la nouvelle baigne dans un univers mystérieux, vague, lointain, relégué dans une sorte d'atemporalité, ayant d’abord été sous-titrée ‘’The Hungarian myth’’ avant de devenir ‘’A tale in the imitation of the German’’.

Mais on a aussi avancé qu’elle pourrait dériver d’une histoire de fantôme de la Nouvelle-Angleterre, "The buccaneer" par Richard Henry Dana.

Enfin, Poe, qui a souvent emprunté des idées à ‘’The adventures of a younger son’’ (1831) (‘’Mémoires d’un gentilhomme corsaire’’) d’Edward John Trelawny, a créé un jeune homme volontaire, indiscipliné, qui correspond au personnage de ce roman semi-autobiographique. L’expérience que vit Metzengerstein peut être partiellement basée sur l’aventure de Trelawny qui, à Bombay, lutta avec un cheval extraordinaire, quoique pas surnaturel, qui se battit comme un lion, montra «un esprit indépendant», et parvint finalement avec lui à une entente telle qu’ils parurent «ensemble en public comme deux personnes mariées», tout comme «l’attachement pervers du baron pour sa monture de récente acquisition [...] devint à la longue, aux yeux de tous les gens raisonnables, une tendresse horrible et contre nature. » De plus, la conduite tapageuse de Metzengerstein célébrant son héritage fut définie dans les termes exacts que Trelawny avait utilisé pour décrire ses propres actions : les deux jeunes hommes «out-heroded Herod» («firent pâlir le nom d’Hérode»).
Cette histoire fantastique de monstre protecteur, d’animal qui joue les bons génies, repose sur la croyance en la métempsycose (réincarnation, transmigration des âmes), qui est mentionnée dès le début, bien que Poe a toujours manifesté à son égard un profond mépris, considérant qu’elle relevait de l'aliénation mentale.

Reposant sur un procédé de devinette, elle se déroule rapidement :

1. L’épigraphe (« Pestis eram vivus, moriens tua mors ero » signifie littéralement « Vivant, j’ai été votre peste, je mourrai par votre mort ») qui est déjà une prophétie, puis la prophétie elle-même : « Un grand nom tombera d'une chute terrible quand, comme le cavalier sur son cheval, la mortalité de Metzengerstein triomphera de l'immortalité de Berlifitzing » annoncent le thème.

Mais le narrateur (qui joue le rôle habituel du narrateur dans les histoires fantastiques, soit celui d’un observateur sceptique) n'y voit qu'une « superstition absurde», aux termes « tout à fait saugrenus ». Est avancée une hypothèse : « La prophétie semblait impliquer - si elle impliquait quelque chose - un triomphe final du côté de la maison déjà plus puissante» (les Metzengerstein).

2. Première confirmation : le feu prend dans les écuries des Berlifitzing (est insinuée une explication : ce serait un forfait du jeune Frédérick von Metzengerstein).

Contrepoint : l'angoisse de Frédérick qui, contemplant une tapisserie de son château, constate qu’un cheval ayant appartenu à un Berlifitzing s'anime, disparaît et finalement réapparaît sous l'apparence q'un animal réel et indomptable (aucune explication n’en est donnée). La tapisserie joue donc un grand rôle car, comme y apparaît déjà le cheval qui a vu mourir l’ancêtre, elle insère le passé dans le présent, confirme l'« ancienne prophétie », annonce les événements, participe à l’action, la tête du cheval changeant de position, le cheval entier disparaissant.

3. Deuxième confirmation : mort du seigneur Berlifitzing (une explication est donnée : c’est un accident).

Contrepoint : la « mélancolie » désespérée de Frédérick (l’explication en est : solitude, orgueil, maladie). Il accepte le cheval monstrueux (qu’il voit bien comme une réincarnation du comte).

4. Troisième confirmation : l’unique passion du baron pour le cheval (ennemi qu'il maîtrise mais dont il sait qu'il sera victime par un châtiment accepté).

Contrepoint : le feu au palais Metzengerstein ; cavalier et cheval confondus disparaissent dans l'incendie.

5. Vérification : la fumée qui a la forme d’un cheval. La prophétie est réalisée : Metzengerstein a bien triomphé de Berlifitzing, mais le cheval est immortel.
Le déroulement inéluctable est comparable à celui d'une tragédie où s'exerce une fatalité, où le crime est puni par une puissance surnaturelle qu'on peut cependant refuser de voir pour s'en tenir à une explication rationnelle. Cette hésitation est propre au fantastique, genre de la nouvelle, qui est une histoire de monstre (le monstre étant un être ou une chose qui échappe à son rôle habituel : c'est bien le cas de ce majestueux cheval au sujet duquel s’impose l’hypothèse qu’y est entrée l’âme du comte Berlifitzing pour que s’accomplisse la prophétie, lancée dans l’introduction, qui annonçait l’immortalité du comte qui vengerait son meurtre en tuant le baron. Avec ce cheval, qui est en fait son ennemi, le comte de Berlifitzing, le baron a une passion qui le détourne du monde et dans laquelle il trouve une punition morbide et finalement un châtiment. L’histoire atteint son apogée quand le palais des Metzengerstein prend feu.

La nouvelle peut être considérée comme une de ses meilleures par l’unité du ton et de l’expression, le maintien d’un suspense jusqu’à une apogée frappante.
Intérêt littéraire
Le style de Poe est intense, et son traducteur, Baudelaire, l'a respecté : « magnificence plus que féodale » - « le Grand Ennemi, prince des ténèbres » - « dents sépulcrales » - « stupéfié par la terreur » - « cheval gigantesque couleur de feu » - « furie redoublée » - « ce grand cheval impétueux hors nature » - « l'attachement pervers du baron pour sa monture » - « une tendresse horrible et contre nature » - « ses féroces et démoniaques inclinations » - « dompter le diable même » - « les intraitables audaces s'accordaient bien avec son caractère » - « accorder un caractère surnaturel et monstrueux à la manie du cavalier et aux capacités de la bête » - « violenter les esprits les plus sceptiques et les plus flegmatiques » - « œil sérieux et quasi humain » - « la ferveur extraordinaire d'affection » - « triomphante méchanceté » - « un feu immense et immaîtrisable » - « une masse épaisse et livide » - « une impétuosité qui défiait le Démon de la Tempête lui-même » - « lutte surhumaine » - « le tourbillon de ce feu chaotique » - « une lumière d'un éclat surnaturel » - « un gigantesque cheval ».

On trouve des comparaisons saisissantes (« une flamme comme un suaire »), des personnifications (« le mugissement des flammes et le glapissement du vent »), l'hyperbole « faire pâlir le renom d'Hérode ».

Là où la traduction de Baudelaire peut être critiquée, c'est pour avoir laissé passer l'anglicisme « un maniaque » pour « un fou » (« a maniac »), bien que le mot avait aussi ce sens en français autrefois et que Baudelaire emploie d'autres mots et expressions qui sont pour nous des archaïsmes : « en discord » - « roide » - « désavouer tout droit sur la bête » - « une pique héréditaire » - « pansement » - « à l'entour » - « un objet » (ce qui désigne tout ce qu’on voit, être animé ou inanimé).
Intérêt documentaire
Se profile dans la nouvelle, sans qu’il soit avoué, ce totémisme qui imprègne le folklore et, par suite, les écrits fantastiques, car le cheval est, en quelque sorte, le totem des Berlifitzing. Or le totémisme est lié à l’exogamie qui veut qu’on aille obligatoirement prendre femme dans un autre clan. Un tel système ne fonctionne pas sans mal car on n’a pas de pires ennemis que ses voisins, surtout quand on a besoin d’eux. Ici, les Metzengerstein et les Berlifitzing sont voisins comme l’étaient les Capulet et les Montaigu. Les deux familles sont opposées par une haine ancestrale, plus ou moins explicitée dans le texte. Mais il apparaît que, tandis que les Metzengerstein comptent des ecclésiastiques, des champions du Dieu chrétien, les Berlifitzing auraient une origine sarrasine (« ancêtre sarrasin de la famille de son rival » - « Berlifitzing sarrasin »), c'est-à-dire musulmane, ce qui est grave dans un pays, la Hongrie, qui s'est défendu pendant des siècles contre la pression des Ottomans, considérés comme des sectateurs du diable. Les Metzergerstein sont caractérisés par le cheval de guerre, les Berlifitzing par la chasse : deux formes de chevauchées. Le dernier des Metzergerstein renonce à se marier alors que la race est sur le point de s’éteindre : conduite scandaleuse pour une aristocratie rurale (comme celle que Poe avait connue en Virginie), et qui fait le désespoir de toutes les mères de la région.

Mais a-t-il vraiment renoncé à se marier? Il adopte un cheval, lui donne une écurie à part, le panse lui-même, ne voit plus personne : la zoophilie n’est pas loin, et Poe en est parfaitemnent conscient. Mais c’est une zoophilie qui prend tout son sens quand on sait que le cheval est un Berlifitzing. Le dernier des Metzergerstein a épousé le totem de l’ennnemi.

Enfin, le totémisme est un moyen d’affirmer l’identité du clan, et c’est ici qu’intervient l’allusion au début à la métempsycose Poe nous indiquant qu’en Hongrie on croyait aux « doctrines de la métempsycose ». Cette métempsycose, fort peu orientale, comme il le note lui-même, implique que l'âme du comte Berlifitzing s’est placée, à sa mort, dans ce cheval monstrueux qui aurait provoqué la mort du baron pour réaliser une vengeance.
Intérêt psychologique
Metzengerstein est un jeune débauché, méchant, orgueilleux (il a « une idée exagérée de son importance et de sa dignité »). Mais quelle est la cause de sa méchanceté? Poe nous dit qu'il souffre d'une « anxiété accablante sur ses sens », qu'il fait des « rêves avec la certitude d'être éveillé », qu'il a une « mélancolie morbide ». C'est donc un héros romantique, un grand réprouvé qui commet le mal par dégoût de la vie dont il a usé tous les plaisirs. On peut le comparer à Caligula (qui, à son cheval favori, Incitatus, outre une écurie de marbre et une mangeoire en ivoire, fit donner une troupe d’esclaves et du mobilier, projetait même, dit une légende, de le faire consul), surtout après ce qu'en a fait Camus. Il accepte ce cheval comme son châtiment, mais il lutte d'abord contre lui et, quand il revient de ses chevauchées avec une « expression de méchanceté décidée », c'est qu'il est parvenu, une fois encore, à dominer l'animal. Il ne le pourra cependant pas quand il sera emporté dans le feu.

Poe puisa dans sa vie pour créer ses personnages, et on peut établir une analogie entre Metzengerstein et ses propres troubles nerveux, sa propre mélancolie. On peut aussi comparer le baron à William Wilson qui, lui aussi, est un débauché, puni par l'affrontement avec son double qui est sa conscience.
Intérêt philosophique
‘’Metzengerstein’’ devint sur le divan de Marie Bonaparte représentatif de « l'union incestueuse de la mère et du fils ».

Plus raisonnablement, il faudrait conclure de cette nouvelle que la richesse, la haute position sociale, favorisent l'exercice du mal, de « l'action diabolique ». Les rapports du baron avec le cheval monstrueux traduisent ce comportement de l’être qui, à la fois, accepte et se rebelle contre le châtiment qu'il sait avoir mérité. Ce cheval, bras de la vengeance (surtout dans la perspective de la métempsycose), donne l'assurance de l'exercice, plus ou moins tôt, d'une justice immanente, d’une justice supérieure à laquelle on n'échappe pas. La nouvelle, de simple imitation d’histoires gothiques, est devenue une puissante allégorie du mal conduisant à sa propre destruction.
Destinée de l’oeuvre
La nouvelle fut publiée pour la première fois dans ‘’The Philadelphia Saturday courier’’, du 14 janvier 1832. Il s’y trouvait alors une description de la mort de la mère du baron qui fut ensuite supprimée.

Elle fut la première de Poe publiée, mais il n’y a aucune raison de croire qu’elle fut la première qu’il ait écrite.

Elle eut du succès et établit la réputation de Poe.

Baudelaire fut le premier à la traduire en français. Il donna à sa traduction la dernière place dans ses ‘’Histoires extraordinaires’’.

En 1967, la nouvelle fut portée à l’écran par le sulfureux Roger Vadim dans un sketch du film ‘’Histoires extraordinaires’’, tourné avec Jane et Peter Fonda dont il a fait des cousins maudits, elle libertine, lui reclus.

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