Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres








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Vent du sud’’
Nouvelle
Maramu la Tahitienne est la maîtresse d’un Blanc qui ne peut l’emmener lorsqu’il revient en France. Elle abandonne leur fils, parce qu’elle ne pouvait pas vivre dans les Îles. Il est déchiré lorsqu’il part à son tour, la retrouver en France.

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‘’Trésor’’
Nouvelle
Une femme blonde fait rêver un petit Jordanien tout juste pubère, qui est le «dernier des Samaweyn», et qui guide cette étrangère dans les ruines de Pétra. Une autre femme lui avait déjà enlevé et emmené au Canada son père, qui avait été le premier à pénétrer dans la cité fabuleuse, et dont il ne lui reste qu’un «trésor», une valise pleine de photos et de lettres. La femme blonde les lit pour lui enfin. Comme dans Pétra, la ville troglodyte, la tradition est morte avec le temps, plus rien ne retient le gamin. Va-t-il partir pour porter son rêve ailleurs? Peut-être lui faut-il plutôt s'isoler au cœur d'un village bédouin, dans les montagnes, pour pouvoir goûter l'existence comme un trésor?
Commentaire
Le «trésor» est-il cette ville antique qui l’ancre à un passé mythique, ou les souvenirs de son père qui l’appellent en Occident?

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Commentaire sur le recueil
Des sept «romances», titre ironique, qui sont autant de tranches de vie presque sans péripéties, seule la première est un petit roman. Les autres sont des fragments d’observations senties, des ébauches de vies, des morceaux de temps interrompu.

Les héroïnes sont des adolescentes sauvageonnes, butées, voyageuses, perdues, abandonnées au seuil de ce territoire qui leur fait peur : le monde des adultes, un monde hostile, affreux, beaucoup trop vaste et, en même temps, étriqué. Elles ont quinze ou seize ans, et, déracinées, ingénues et tragiques, saisies dans leur âge à la fois le plus fort et le plus faible, paumées et touchantes, mal aimées ou pas aimées du tout, elles vivent comme elles le peuvent, de leur corps souvent. Dans l'incertitude d'une enfance à peine achevée, elles ne connaissent que la solitude, que la souffrance infligée par l'indifférence, la méchanceté, la médiocrité aveugle, et la mort. Toutes se posent la même question, lancinante : peut-on faire quelque chose de sa vie? Le thème fédérateur est celui de l’existence qui est rêvée, qui pousse à chercher I'aventure, c'est-à-dire à sortir de I'enfance, à s'affranchir des protections et des tutelles, mais qui se révèle sordide le plus souvent dans la réalité. On retrouve ici l’opposition centrale chez Le Clézio entre la civilisation, qui est raisonnable, réaliste, et le domaine du rêve, du sentiment et de l’inadéquation. Il observe le mal à l'oeuvre partout dans les cœurs, regarde tous ces êtres usés, oubliés et inconnus, qui n’ont d’autre choix que d’accepter les pesanteurs d'un monde violent. Il sait que «c'est dans leur faiblesse qu'on peut apercevoir leur part divine».

Mais on peut trouver que le recueil souffre d’un misérabilisme, d’un simplisme, d’un anachronisme et d’un manichéisme désarmants.

Pour raconter ces histoires pleines de compassion, Le Clézio usa d’un style limpide, économe d'adjectifs et d'adverbes, sans paroles inutiles, sans apprêt, presque sans images, montrant un art d'autant plus sûr qu'il s'efface.

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‘’L'enfant de sous le pont’’

(2000)
Nouvelle
Ali, un sans-domicile-fixe qui vit sous un pont, mendie et ramasse dans les poubelles différents matériaux qu’il pourra ensuite revendre, découvre au bord du fleuve, en plein hiver, une toute petite fille emmaillotée dans un carton. Pensant d’abord qu’il s’agit d’un chat, il se rend compte progressivement qu’il fait erreur. Il tombe alors en admiration devant ce petit être, auquel il donne le nom d’Amina. Il s’évertue à la nourrir ; à la protéger des rats, des policiers, des autres clochards ; à lui trouver des jeux. Mais, un jour, il n’a plus de quoi la nourrir, et décide de la laisser dans une maison où on lui avait donné à manger la veille de Noël, où il y a des enfants et des animaux, où il se dit qu'elle serait heureuse.

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Dans un entretien avec Tirthankar Chanda paru en 2001, Le Clézio affirma : «La langue française est peut-être mon véritable pays», déplora que «l’institution littéraire française, héritière de la pensée dite universelle des Encyclopédistes, [ait] toujours eu la fâcheuse tendance de marginaliser toute pensée de l’ailleurs en la qualifiant d'"exotique"».

À la suite de l’effondrement, le 11 septembre 2001, des tours du ‘’World Trade Center’’, il pensa que «comme tous les actes de guerre qui exercent une punition collective et visent à tuer une population civile, que ce soit le pilonnage de Berlin, le bombardement atomique de Hiroshima et de Nagasaki ou l'anéantissement de Beyrouth, ce cruel attentat ne pouvait être pardonné

Il publia :

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Révolutions

(2003)
Roman de 500 pages

Dans les années 1950-1960, au temps de la guerre d’Algérie qui se menait de l’autre côté de l’eau, et qui, de ce côté, aiguisait le racisme anti-arabe, Jean Marro, le narrateur, est un garçon qui, à Nice, vit dans un immeuble délabré. Tous les après-midi, à la sortie du lycée, qui, pour lui, est un enfer, il rend visite à sa vieille tante aveugle, Catherine, soeur d'un Jean né en 1907, son aîné de seize ans. Dans la pénombre de son appartement, elle lui raconte l'histoire de ses ancêtres, en particulier celle de Jean-Eudes Marro, qui, séduit par les idées révolutionnaires, a, en 1792, quitté son village, du côté de Lorient, pour rejoindre l’armée de la république, passant par la Lande de la Rencontre et la Pierre des Bretons où, en 1488, six mille Bretons avaient perdu leur indépendance, sous les flèches de cinq cents Anglais, de huit cents Allemands et de huit cents autres soldats, des mercenaires gascons et basques répondant aux ordres de Charles VIII. Il combattit à Valmy. Mais, peu à peu dégoûté par la misère de la Bretagne, et voulant éviter la répression par les révolutionnaires, le 30 thermidor de l’an VI, il s’embarqua avec sa femme, Marie-Anne, pour l’Isle de France, devenue l’Île Maurice, où ils se sont éteints en 1847. Ainsi, grâce à sa tante, Jean Marro comprend que, si une branche de sa famille est bretonne, l’autre a vécu à l’Île Maurice qui lui apparaît comme un paradis perdu. Elle se souvient des détails qui concernent Rozilis, la maison d'ébène, le pays mauricien perdu, la terre qui les a chassés et exilés à jamais. Mais, dans ces récits, il y a des trous, des silences, des choses cachées, qui le font méditer. Aussi reconstitue-t-il le parcours de Jean-Eudes Marro, et, devenu amoureux de Mariam, fait avec elle son voyage de noces à l'Île Maurice. Même s’il visite Paris, Londres où il séjourne pour y faire des études de médecine, Mexico où il assiste à la terrible répression des révoltes étudiantes, il poursuit sa quête, portant à jamais, en lui, l'histoire familiale qui l'avait façonné. À son retour en France, il ne reconnaît rien, tant lui paraît lourd le poids de l’ordre, de la morale, de la rigidité de la société. De vieilles connaissances essaient de l’embrigader dans l’aventure communiste. Cependant, il y a la plage, le soleil, toutes ces jeunes filles près desquelles il noie chagrins, peurs, angoisses.
Commentaire
En épigraphe se trouve une expression bretonne, «Avel aveliou oll avel» («Vent, vents, tout est vent»), dont Le Clézio aurait aimé faire le titre de son livre.

Dans ce roman de la mémoire et de la filiation, plongée dans le temps qui court sur deux siècles, fresque ambitieuse, plusieurs textes s’emboîtent, entrecoupés d’un journal, destins personnels et faits historiques et politiques s'entrecroisant.

Cette oeuvre ouvertement autobiographique (Jean-Eudes Manno est en réalité l’aïeul François Le Clézio), fut, pour Le Clézio, une machine à éclairer son passé. Dans cette histoire de sa famille qu’il présenta comme un roman, il s’approcha au plus près du mystère des ancêtres, mais aborda aussi, à travers Jean, qui est évidemment son alter ego (il est né en 1940, comme lui), qui fait son éducation sentimentale, la part cachée, blessée, de son adolescence, restituant son étonnement, sa mauvaise fièvre, sans rien de compatissant ou de sucré. Mais on peut se demander pourquoi biaiser l'autobiographie sous la fiction puisque la trame mythique suit la réalité des faits historiques et rapportés.

Nous remettant, comme Modiano, dans les plis de l’Histoire française récente, il décrit Nice pendant la guerre d’Algérie, les étés lourds, la mer plate, les palmiers immobiles, les volets clos, les bistros calfeutrés, les jeunes gens qui disparaissent, les menaces, les mensonges, le racisme antiarabe, les informations qui égrènent le nombre d’accrochages et de fellaghas piégés, enchevêtrés de fil de fer, tués d’une balle dans la tête, les cinémas tiédasses où le public applaudit des actualités montrant des chaussures d’Algériens vides dans le désert, les soldats qui meurent dans les Aurès, la violence du monde extérieur qui pétrifie une conscience. On est stupéfait de voir que Jean a été arraché à ses espérances et à son adolescence par la découverte du cauchemar historique, par cette décolonisation pourrissante et honteuse. On comprend que la mort de son ami, Santos, la découverte du cauchemar historique ont sans doute transformé Le Clézio en Adam Pollo, jeune homme sauvage, voyant schizophrène.

La richesse du livre tient aussi aux jeunes filles : Jeanne-Odile, Alison, Sara, Mariam, auprès desquelles Jean noie ses chagrins, ses peurs, ses angoisses, sans aucun sentimentalisme. Ces moments touchants donnent ses clairières à un livre qui, dans l’ensemble, est sombre : l’évocation de la vieille Europe, des années soixante, du poids de l’ordre, de la morale, de la société qui semble avoir repris la rigidité et les mêmes mensonges que Sartre vomissait dans ‘’La nausée’’, Le Clézio apparaissant là le digne fils des existentialistes.

On goûte les pages magnifiques consacrées à Valmy, et pour lesquelles Le Clézio s’inspira de Goethe (‘’La campagne de France et de Mayence’’, 1817).

À rebours des modes, il pratiqua une écriture intérieure, intime et lointaine, déroula une prose élégante, mélodique et un peu mélancolique.

Interviewé, il confia : «Vous savez, j'écris toujours le même livre, et je remets sans cesse mes pas dans mes pas. Mes ancêtres bretons, la guerre d'Algérie, Londres et Nice, le souvenir de Salinger, la violence qui s'impose à des jeunes gens qui, du jour au lendemain, deviennent chair à canon potentielle, c'est ça le matériau de "Révolutions’’....»

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L'Africain

(2004)
Autobiographie de 112 pages
En 1948, après la séparation due à la guerre, Le Clézio, qui avait huit ans, accompagné de sa mère et de son frère, quitta Nice pour retrouver au Nigéria un père qu'il ne connaissait pas, et qui y exerçait la profession de médecin. Il découvrit l'Afrique, sa beauté, sa puissance et sa violence, une liberté de mouvement, de pensée et d'émotion totalement nouvelle : «En Afrique, l’impudeur des corps était magnifique.» Être, son frère et lui, les seuls enfants blancs, courir pieds nus sur la terre rouge au milieu des fourmis et des termites, s’émouvoir devant les Africaines, «leur stature, leurs seins lourds, la peau luisante de leur dos», s’ébattre avec ses petits camarades noirs au «gland rose circoncis» et au «bouton du nombril pareil à un galet cousu sous la peau», voilà comment s’effectua pour lui, au moyen de son corps, «l’entrée dans l’antichambre du monde adulte». Il résume cette initiation à l’extase africaine par des mots très simples : «Toute cette chaleur, cette brûlure, ce frisson». Mais, encore pétrie d’animisme et de fétichisme, cette Afrique était répugnante aussi : on y saisit, chez un boucher, de la viande de porc qui, selon la rumeur, serait plutôt de la chair humaine ; à côté de mains coupées de gorilles vendues comme souvenirs, on trouvait, disait-on, des mains d’enfants. Les Africains lui paraissaient responsables de leur violence aussi bien que de leur souffrance.

Mais il découvrit aussi un père qui n'avait pas vu grandir ses fils, qui était un homme meurtri par son métier, qui était devenu un anticolonialiste imprégné de l’âpre sagesse de l’Afrique (quand, en 1968, il constata qu’un des plus grands génocides de l’Histoire, celui des Biafrais, était provoqué indirectement par la Grande-Bretagne et les États-Unis qui, soucieux avant tout de protéger les puits de pétrole et les «pipe-lines», laissèrent le général nigérian Adekunle décréter un blocus pour affamer la province séparatiste, il cessa de parler jusqu’à sa propre mort), qui, surtout, parfait étranger au monde de l'enfance, était dur, manquait de tendresse, imposait une discipline implacable, battant comme plâtre ses fils.

Il raconte l'histoire de son père à partir des photographies qu’il avait prises dans sa propre jeunesse et au cours de sa vie africaine : «Avec son Leica à soufflet, il collectionne des clichés en noir et blanc qui représentent mieux que des mots son éloignement, son étonnement devant la beauté de ce nouveau monde.» Cet homme vécut comme un sacerdoce tant son métier de médecin de brousse que son amour pour le continent noir. On le suit depuis le départ de l'Île Maurice du fait de la guerre qui avait été une rupture, la famille devant fuir en 1919, dans son passage par l'Angleterre, où il fit ses études de médecine, avant de se rendre pratiquer dans la Guyane anglaise, puis en Afrique, le continent auquel il avait donné sa vie, qu’il ne quitta jamais réellement, même lorsqu'il s'installa définitivement, et comme en exil de lui-même, dans le sud de la France, pour une vingtaine d'années, pensant que l'Angleterre l'avait abandonné, qu’il avait poursuivi une espèce de quête à laquelle il avait dû renoncer, se murant en vieillissant. «Ce pays sera le sien. Il est probable que personne ne l'aura mieux ressenti que lui, à ce point parcouru, sondé, souffert. Rencontré chaque habitant, mis au monde beaucoup, accompagné d'autres vers la mort.» On découvre sa vie d'aventurier sur les hauts plateaux de l'Ouest camerounais ou les collines nigérianes ; on lit les pensées qui, selon son fils, ont pu traverser son cerveau ; on voit ce qu’il a pu voir. On entrevoit aussi la passion amoureuse qui lie l'homme à sa femme, la mère de l'auteur. «Les nuits sont violentes, brûlantes, sexuées... J'imagine qu'ils font l'amour cette nuit-là, au rythme des tambours qui vibrent sous la terre, serrés dans l'obscurité, leur peau inondée de sueur... Puis ils s'endorment à l'aube, dans le souffle froid du matin qui fait onduler le rideau de la moustiquaire, enlacés, sans plus entendre le rythme fatigué des derniers tam-tams.» Finalement, le livre est le terrible inventaire d'un amour filial jamais consommé, un périlleux constat d'échec, car la rencontre fut impossible entre un père qui était enfermé dans un exil intérieur, et un fils qui s’était construit, hostile, face à la figure autoritaire.
Commentaire
Dans cette reprise et cette suite d'”Onitsha”, par le truchement du rêve et de la mémoire, Le Clézio voulut d'abord «simplement» raconter l'histoire d'un père, dont il ne livre jamais le prénom, faire un portrait à l'acide de ce médecin misanthrope en Afrique. Il reconstitua les grands traits de ce qu’il avait pu ressentir à l’âge de huit ans, entrelaçant l'histoire individuelle et l'histoire du monde, confrontation qui, d'une certaine façon, renouvela le genre autobiographique.

La composition du livre conduit d’abord en Afrique, fait revenir en France, passe à la fin de la vie du père (page 56), repart à ses débuts en Guyane, etc., aller et retour qui se font très en douceur. La narration se déroule dans un perpétuel présent où se mêlent en fait différents temps : «L'entrée dans Obudu, je m'en souviens bien (présent de l'écriture) : la route sort de l'ombre de la forêt et entre tout droit dans le village, en plein soleil. Mon père a arrêté son auto, avec ma mère il doit parler aux officiels (présent du passé)» (page 11) - «D'où vient que j'en garde la marque (présent de l'écriture) […], comme si tout cela s'était passé hier? […] Avant ma naissance, raconte ma mère (présent du passé), elle voyage à cheval dans l'ouest du Cameroun, où mon père est médecin itinérant (présent passé antérieur)» (page 32). À ces décalages s'ajoute l'enlacement texte-photos (qui sont authentiques).

Le Clézio avait découvert l'Afrique, qui devint si importante pour lui : «C'est à l'Afrique que je veux revenir sans cesse, à ma mémoire d'enfant. À la source de mes sentiments.» - «Si j'entre en moi-même, si je retourne mes yeux vers l'intérieur, c'est cette force que je perçois, ce bouillonnement d'énergie… Non pas une mémoire diffuse, idéale : l'image des hauts plateaux…, les visages des vieillards, les yeux agrandis des enfants rongés par la dysenterie…, le murmure des plaintes. Malgré tout cela, à cause de tout cela, ces images sont celles du bonheur, de la plénitude qui m'a fait naître.» (page 77). Il nous y emmène par l'évocation de lieux, de réalités, mais surtout à l'aide des mots, des noms aux sonorités envoûtantes qu'il glisse entre ses impressions et ses souvenirs, et qui reviennent hanter sa prose si maîtrisée : «Ogoja», «Enugu», «Obudu», «Baterik», «Ogrude», «Obubra», «Ibos», «Yoroubas». On apprend plein de choses sur la brousse, les médecins, la société coloniale britannique. Les personnages africains semblent sortir tout droit du paradis terrestre. Par contraste avec cet hymne à l'Afrique sensorielle, le regard sur l'Angleterre colonialiste est sévère,  le livre donnant une autre vision des colonies.

Le portrait du père fut, d’une certaine façon, une entreprise de démolition, car, s’il avait été auparavant magnifié, vu comme un héros, il fut soudain humanisé, même s’il garda de l'ampleur, une stature qui lui faisait peur d'ailleurs. On est étonné que cet homme rigide, peu sympathique, ait été si anti-conventionnel, ait eu le goût de l'aventure. Cependant, Le Clézio écrivit pour que son histoire ne se perde pas, et non pour régler ses comptes : on ressent bien les griefs qu'il a pu avoir, mais ils ont disparu, il a atteint une sorte de sérénité (que lui aurait donnée l’Afrique?) ; il conserva une distance face à cet homme, mais avait un profond respect pour ce qu'il avait été et ce qu’il avair fait ; il conserva de la reconnaissance. Cette année avec son père le marqua beaucoup, prit une dimension formidable. On peut se demander dans quelle mesure il imagina cette figure, inventant son roman familial, ce qui transparaîtrait dans la fantaisie de certaines scènes : la mère qui de la foudre fait un jeu, le père découpant le poulet au scalpel, les parents faisant l'amour ; le pathétique d’autres : les lettres annuelles, dernier lien avec l'Afrique, qui n'arrivent plus (page 79).

Les lecteurs découvrent un autre Le Clézio, “L'Africain” étant sans doute le plus bouleversant de ses livres parce qu’il fait voir la fêlure au fond de lui. Une fois le livre refermé, il nous semble soudain mieux comprendre l'auteur qui, quarante ans après “Le procès-verbal”, donna ici son livre le plus personnel.

On a le sentiment que son style aussi a changé : devant la luxuriance et les sensations fortes de l’Afrique, au contact du foyer familial, au souvenir brûlant du père, l'écriture est devenue plus chaude, s’est gonflée d'émotions, de sensibilité, a gagné encore en sensualité. Cette écriture sensorielle évoque peu d'événements, mais fait passer plein de choses à travers la peau, les oreilles, les yeux, le corps. Le Clézio montra des choses intimes sans effets larmoyants : «Je ne parle pas de nostalgie. Cette peine dérélictueuse ne m'a jamais causé aucun plaisir. Je parle de substance, de sensations, de la part la plus logique de ma vie.» (page 103). Rapproché de ses origines, il écrivit avec moins de distance, mais sa prose était toujours aussi maîtrisée : «Il devait ressentir le passage du temps comme un flot qui se retire, abandonnant les laisses du souvenir.» (page 97). Tout ce qui est dur, fermé du côté du père, fait, par opposition, éclater la liberté offerte par les grands espaces d’une Afrique poétisée, la vivacité de la population africaine.

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En 2005, fut créée, à l’université de Savoie, une association des lecteurs de Le Clézio.

Pendant deux ans environ, principalement à Albuquerque, il écrivit :

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