Recherches philosophiques sur les Égyptiens & les Chinois








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Aloys KO et Pierre-Martial CIBOT
REMARQUES

SUR UN ÉCRIT

DE M. P**




à partir de :

REMARQUES SUR UN ÉCRIT DE M. P**

intitulé : Recherches philosophiques sur les Égyptiens & les Chinois.

par Aloys KO*

et Pierre-Martial CIBOT (1727-1780)
Mémoires concernant l'histoire... des Chinois, tome deuxième, pages 365-574. Nyon l'aîné, Paris, 1777.

*L'auteur des Remarques n'est pas précisé dans l'ouvrage. L'attribution est rappelée par J. Dehergne (Une grande collection..., B.E.F.E-O., 1983) : "Il s'agit d'un écrit de Ko aidé par Cibot, comme le prouve Pf. 924, note 3".

Édition en mode texte par

Pierre Palpant

www.chineancienne.fr

mai 2014

Nemo enim potest in valle stare, & de monte loqui :

Sed aut ubi stas inde loquere, aut unde loqueris ibi sta. CHRIS.

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p.365 Nous avons balancé longtemps si nous attaquerions les Recherches philosophiques sur les Égyptiens & les Chinois ; non pas que nous vissions aucune difficulté à pulvériser ce qu'on y avance du ton le plus capable & le plus triomphant ; mais nous n'en sentions ni l'utilité ni la convenance : un livre de cette espèce portant sa réfutation dans les principes d'où il part & dans les conséquences où il mène. Un missionnaire européen de nos amis n'a pas été de cet avis, & nous a déterminés à prendre la plume. Puisque l'épidémie du philosophisme, nous a-t-il dit, fait tous les jours tant de ravage dans une certaine sphère de lecteurs, il est de la charité chrétienne de sauver de ce danger p.366 ceux qui sont encore capables de voir avec leurs yeux & de juger par ce qui leur reste de sens & de raison. N'ayant rien de solide à opposer à un motif si pressant, nous ne songeâmes plus qu'à nous décider sur la manière dont il convenait de s'y prendre. Plus nous y avons réfléchi sérieusement, plus nous nous sommes confirmés dans la pensée qu'il suffirait de relever les faussetés, les méprises & les fables qui tombent sur des choses qui ne demandent ni science ni critique ; parce que les lecteurs les moins en état de distinguer le vrai du faux, sauront à quoi s'en tenir sur un écrivain qui s'y est pris avec si peu d'art & d'adresse pour surprendre leur bonne foi. Si les gens de lettres & les savants jugeaient qu'il fût à propos de répondre avec l'appareil de la critique & de l'érudition à quelques articles particuliers, nous nous ferons un devoir de déférer à leurs désirs & de ne pas épargner nos soins.

Première remarque. C'est un bonheur que les voyageurs se soient contredits eux-mêmes, sans quoi il ne serait pas aisé 1 de les convaincre qu'ils nous en ont imposé. (Page 1, Édition de Berlin 1773).

Tout change sans cesse dans le monde politique & civil comme dans le monde physique : ce qui est aujourd'hui ne sera pas demain. Les dates, par conséquent, sont partie de la vérité de l'histoire & de tout récit. Ce serait bien tant pis pour les critiques, s'ils confondaient, nous ne disons pas une dynastie, un siècle, mais même un règne avec p.367 l'autre. Joindre les Tcheou aux Han, les Han aux Tang, les Tang aux Song & les Song aux Ming & à la dynastie régnante, serait encore plus insoutenable que de joindre ensemble le printemps & l'été, l'automne & l'hiver. Il ne tient qu'à quiconque le voudra de faire une peinture ridicule de quelque héros que ce soit, en transportant les actions d'un âgé dans l'autre, ou en réunifiant les différents âges dans le même. La critique d'autrefois rapprochait un récit de l'autre & fondait ses conséquences sur le nombre, le poids & l'accord des témoignages : celle d'aujourd'hui élève ses assertions sur des mots isolés qu'elle recueille & rapproche comme elle l'entend. Autant vaudrait-il décrire l'habillement des Français, en prenant dans l'histoire des trois races la description des différences parties dont il est composé.

IIe remarque. Les véritables philosophes cherchent à connaître les nations. (ibid.)

Soit : mais leurs oui & leurs non, leurs louanges & leurs blâmes, leurs approbations & leurs censures, qui se heurtent, se croisent, se renversent à tout coup, révèlent aux moins pénétrants jusqu'où on peut compter sur leurs recherches. Les plus célèbres rentrent à cet égard dans la foule des écrivains les plus bornés. Cela doit être ainsi, quand on veut risquer non seulement son avis, mais même un système sur les faibles avances de quelques lectures sans principes & sans règles, & surtout sans un certain fonds de connaissances. Les écrits d'un seul de ces messieurs eussent été dangereux pour le peuple des lecteurs. L'ensemble de tous leurs écrits porte son contrepoison dans les contradictions innombrables dont ils fourmillent. L'épidémie du philosophisme fit beaucoup de ravages dans notre Chine sous la grande dynastie des Song. Si quelque curieux d'Europe voulait se donner la satisfaction de voir l'histoire des symptômes & des causes, des progrès & des crises, p.368 des développements & des ravages de cette contagion, il n'a qu'à lire les Annales de cette fameuse dynastie.

« Les Song, dit Lin-tché, faute de voir que la liberté de penser & d'écrire entraîne celle d'oser & d'agir, ne furent plus à temps pour sauver l'État, de la confusion d'idées & de l'horrible corruption de mœurs qu'avaient produites le plébicisme littéraire, le fanatisme des opinions & la haine de toute espèce de joug. Tous les ressorts de l'autorité étaient débandés, ou avaient perdu leur force, quand ils songèrent à à sauver l'État. Tout ce qu'ils tentèrent ne servit qu'à faire voir que le mal était incurable. Le désespoir qu'en conçurent les peuples hâta la dernière crise & produisit ces convulsions de révolte, ces défaillances de patriotisme & ces désordres qui ouvrirent la Chine aux Mongoux.

Que tous les siècles apprennent de là, continue notre lettré, que les vérités capitales & de besoin étant les seules qui soient à la portée de la multitude, c'est exposer la tranquillité publique que de vouloir l'initier à des connaissances plus relevées. De célèbres lettrés ont prouvé très doctement, les uns, que les révolutions de vingt-cinq siècles, sans en excepter celle de Tsin-chi-hoang, n'avaient pas été si funestes à la sainte doctrine de l'antiquité que les spéculations des Song ; d'autres, que l'on n'avait jamais dicté tant de mensonges & d'absurdités, ni cru tant de fables & de contradictions que dans le temps qu'on prétendait tout savoir ; ceux-ci, que plus on s'avançait du côté des connaissances frivoles & superflues, plus les nécessaires étaient négligées & sans honneur ; ceux-là, qu'à force d'écrire sur tout, on en était venu à ne bien écrire sur rien, en sorte que les orateurs, les poètes, les moralistes & les historiens des derniers temps des Song ne sont que des écumeurs de phrases au prix des anciens... L'intempérance & le p.369 raffinement sont aussi funestes dans les sciences que dans les aliments. Il faut qu'il y ait des lettrés comme il faut qu'il y ait des colons, des soldats, des artisans & des marchands ; mais les colons, les soldats, les artisans & les marchands ne doivent pas plus se mêler de science que les lettrés de labourer, de se battre & de trafiquer. L'œil doit voir, la main agir & le pied marcher. Sin-ouen, Liv. III, art. 2.

IIIe remarque. On n'a pas vu un assesseur en état de comprendre une proposition d'Euclide (page 4).

La calomnie est, de toutes les ressources de la satire, la plus prompte & la plus facile ; mais encore y a-t-il des vraisemblances à garder. 1° Il y a une École de mathématiques à Pe-king. Quand l'oncle de l'empereur qui en avait la surintendance & la direction, fut mort, le sixième des princes fils de l'empereur en a été chargé, & s'en est fait honneur jusqu'à vouloir assister aux examens. 2° On n'est admis dans le tribunal des Mathématiques, on n'y parvient à des grades supérieurs qu'autant qu'on a fait preuve de capacité. 3° Ce sont les Chinois & les Tartares du tribunal qui font tous les calculs pour le calendrier, pour les éclipses, &c. Les Européens ne font que les revoir, les vérifier, & en constater l'exactitude. 4° Le R. P. Ricci a mis les premiers livres d'Euclide en chinois ; les RR. PP. Verbiest, Adam Schal, &c. ont donné successivement un grand nombre de traités sur toutes les parties des mathématiques, & des tables de toutes les espèces. Plusieurs de ces livres sont à la bibliothèque du Roi. 5° On a imprimé ces dernières années, à la suite des tablettes chronologiques de Kang-hi, un calendrier général qui va jusqu'en 1832 ; & dans le manuscrit que le tribunal des Mathématiques a présenté à l'empereur, on a mis toutes les éclipses de soleil & de lune.

IVe remarque. On ose nous assurer qu'ils ont porté la morale à un degré de perfection où il n'a jamais été possible d'atteindre en Europe. Je suis fâché de n'avoir pu découvrir la moindre trace de cette philosophie si sublime ; & cependant je ne crois pas avoir manqué absolument de pénétration en un point si essentiel (page 6).

Quand on avance de pareilles proportions, il faudrait citer ses autorités. Un mot de plus ou de moins les dénature au point de n'être pas reconnaissables. La grande science de la morale renferme la religion, la politique, la jurisprudence, la connaissance de l'homme & le détail de ses devoirs. Nous défions qui que ce soit de prouver la fausseté des propositions suivantes : Qu'on trouve dans les King, dans les livres de Confucius & de son école, des principes, des règles & des détails de morale, dont l'ensemble est infiniment au-dessus de tout ce qui a été dit, écrit & pratiqué par les anciens peuples de la gentilité d'Europe. Le Chou-king, le Chi-king, le Hiao-king, le Ta-hio, le Tchong-yong, le Lun-yu & Mong-tsee sont traduits : qu'on trouve quelques livres des Grecs & des Romains qui puissent être mis en parallèle avec eux, & se soutenir dans la balance. 2° Que si l'on ne peut pas démontrer rigoureusement que la morale des trois premières dynasties était de tout point la morale de la religion naturelle, il est encore plus difficile d'articuler sur des preuves solides & décisives qu'elle s'en éloignait dans des choses graves. 3° Que ce n'est que par la supériorité de la politique & de la jurisprudence de la Chine qu'on peut résoudre le problème de la durée de ce grand empire, le plus ancien de l'univers. Un philosophe est bien court de philosophie, quand il ne sent pas que l'ascendant seul d'une morale nationale & universelle a pu sauver le fonds du gouvernement & de la législation, des naufrages des p.317 mauvais règnes & des révolutions générales, subjuguer des conquérants victorieux & barbares, replier un siècle sur l'autre pour réformer les abus. Aussi M. de Mairan, qui n'avait pas manqué absolument de pénétration en un point si essentiel, tirait bien des conséquences en faveur de la morale chinoise, des vingt lustres de paix dont cette grande monarchie avait joui lors de la date d'une de ses dernières lettres. 4° Qu'on a imprimé en Occident, avec la permission expresse ou tacite de la police, des maximes sur les devoirs réciproques du père & du fils du prince & du sujet, du mari & de la femme &c. qui auraient excité des clameurs générales dans les dix-sept provinces de l'empire. Si on les avait laissé passer dans quelque livre, l'empereur eût été effrayé sur son trône des plaintes innombrables qui auraient réclamé sa justice ; & pour apaiser les peuples il eût fallu réparer ce grand scandale par la punition de ceux qui l'auraient causé, ou même de ceux qui ne l'auraient pas prévenu ou arrêté. 5° Qu'il est également absurde, ridicule & impie de mettre la morale de Chine en parallèle avec celle de l'Europe, éclairée de tous les rayons de l'Évangile.

Ve remarque. La fureur de mutiler des milliers de garçons par an (page 71.

La totalité des eunuques qui sont dans le palais de l'empereur, dans ceux des princes du sang & dans leurs sépultures, ne va pas à huit mille ni même à sept. La plupart des eunuques ont été mutilés dans leur première enfance, ils vivent aussi longtemps au moins que le reste des hommes, peut-être plus. Si des milliers de garçons en augmentaient le nombre chaque année, que deviendraient-ils ? La philosophie de notre auteur en est encore à quelqu'une des anciennes dynasties, & n'est pas arrivée à la dynastie régnante des Tartares. Si ces connaissances étaient p.372 moins en retard, il saurait que l'empereur Kang-hi introduit des filles tartares du Poi dans le palais, pour y faire le service domestique, puis des femmes encore qui servent par quartier, comme les soldats, & qu'il réduisit les eunuques, dont il diminua beaucoup le nombre, à balayer les cours du palais, ainsi qu'il le raconte aux princes ses enfants, en leur recommandant de ne les jamais tirer de l'abaissement où il les a mis. Du reste la morale n'est responsable nulle part des abus qu'elle condamne. Aucune loi n'ordonne ni ne permet même la mutilation, & tout le monde sait qu'elle est positivement flétrie par la doctrine sacrée de la piété filiale.

VIe remarque. Jamais leurs législateurs n'ont eu la moindre idée des bornes du pouvoir paternel (page 7).

Le recueil qu'on a envoyé en France depuis peu sur la piété filiale 2 anéantira une calomnie si mal imaginée, & réfutée d'avance par la louange que tous les peuples ont donnée au respect & à l'amour des Chinois pour leurs pères & mères depuis Chun jusqu'à Kien-long, actuellement sur le trône ; car les bons fils supposent les bons pères, comme les bons citoyens les bons princes. La piété filiale répond de la douceur des mœurs domestiques, comme la pudeur du sexe de la chasteté des mœurs publiques. Si un de nos lettrés avait à discourir sur le philosophisme d'Occident, il tirerait de terribles conséquences contre lui de ses propos sur la piété filiale ; & un censeur de l'empire croirait trahir la patrie, s'il ne le dénonçait pas avec éclat.

VIIe remarque. On n'a pu jusqu'à présent, concevoir en Europe pourquoi les marchands de la Chine sont si fripons (page 7).

L'acheteur & le vendeur ont chacun leurs p.373 balances, nous dit-on, à quoi servirait donc d'en avoir de fausses ? Si les marchands chinois sont tyriens, carthaginois & grecs sur l'article de la bonne foi, c'est que le seul frein de la conscience & de la religion peut contenir la cupidité dans les bornes de la justice. Mais cette remarque dont bien des Remarqueurs ne voudraient probablement pas, une fois supposée, nous disons tout bonnement : fripon avec fripon, corsaire avec corsaire font mal leurs affaires. Le vendeur perdrait sur le faux carat de l'argent ce qu'il gagnerait sur la contrefaction de sa marchandise. Reste donc à dire que les marchands chinois friponnent avec les étrangers. Or, toutes les nations commerçantes conviennent que les gros négociants de Canton portent dans le commerce toute la bonne foi qui y est nécessaire pour l'utilité réciproque du vendeur & de l'acheteur. Il serait aisé d'innocenter les petits marchands, & de mettre en question, soit par qui a commencé la friponnerie, soit qui la poussée plus loin. Si les représailles étaient moins indignes d'un honnête homme, nous en aurions beaucoup à dire sur les barriques qu'on remplissait d'eau de mer, en disant : Cette eau-de-vie sera bonne de reste pour les Chinois.

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