Notice sur les livres de Denis Duclos disponibles








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20. Tournoi holomédiatique

Lake Land (ASSU district),

Rappahannock River, le 6 Octobre 251



La mince jeune femme blonde au visage trop lisse regarda le public droit dans les yeux, et lui fit partager une fois de plus sa tendre souffrance d’exister. Ses intenses pupilles océaniques captivèrent une audience déjà acquise, dont nombre d’hommes qui appréciaient en outre les formes harmonieuses de son petit corps voilé d’un surplis blanc.

Kiwa Ordeen attrapa immédiatement ses tridispectateurs entre ses jolies lèvres siliconées, et les enlaça dans les rets de sa voix voluptueuse. Elle souligna l’enjeu extra-ordinaire de la session en cours -le maintien du principe de Pluralité, rien de moins, la base même de notre civilisation-.

Elle se tourna ensuite vers ses invités, non moins extraordinaires que l’enjeu : à sa gauche, vêtu de velours gris scintillant le grand et vaste Arlouan Brovet, chef suprême de la guilde des Mers. A sa gauche, en bleu le frêle et nerveux Heridoc, le Tétrapanide représentant le domaine Ar, et partisan le plus résolu du maintien de la partition actuelle et de l’intégrité des territoires, même occupés depuis longtemps par les peuplades de statut indéfini nommées “habitants de la frange”, plus connues sous le sobriquet de “frangins”.

En face d’elle, trois autres personnages passablement plus falots : Didiane Zb’el, la nouvelle directrice de la délégation Vic au Congrès Universel, Vlath Khobar, le vieux journaliste parlant ordinairement du point de vue des Chans (qui boudaient les médias depuis au moins deux cent ans), et un frêle jeune homme blond en uniforme noir, dont Brovet avait tenu à ce qu’il vienne apporter un témoignage direct du “terrain” : Agonem Trillard.

Normalement, Kiwa n’aurait pas dû accepter la présence de ce nouveau venu, qui déséquilibrait la représentation proportionnelle des forces en débat, mais Vadiah la Skoule, l’étrange et attirante adjointe du Mer avait su la convaincre que ce simple témoignage sur “la réalité vécue de la frange” viendrait enrichir le débat sans que les “grands” dussent en souffrir.

La présentatrice avait néanmoins, par acquis de conscience, demandé aux autres participants si la présence de Trillard ne les dérangeait pas. A sa grande surprise, même Heridoc avait applaudi à l’idée.

— Si ce jeune homme nous ramène une expérience vécue, même un peu partiale, cela ne peut qu’enrichir le débat ! avait-il dit, quasiment enthousiaste.
Les lampes rouges à peine rallumées après une pause de “timeless celestial music”, Kiwa attaqua Heridoc, jouant sur les riches harmoniques de sa gorge pour se rendre irrésistible :

— Votre Excellence, êtes-vous en faveur de l’expulsion des Frangins des zones qu’ils occupent dans votre domaine ?

Heridoc ne cilla pas et son sourire s’accentua.

— Les gens de la Frange sont des êtres humains comme les autres. Ils ont choisi, mais le plus souvent ont été contraints, de vivre précairement dans des espaces où ils peuvent échapper aux contrôles tatillons de certaines administrations Vics et Mers. Je suis plutôt fier d’appartenir au parti souverain qui a su les accueillir sans exiger d’eux de se renier. Il vaut mieux organiser cet accueil, ou permettre à ces gens de gagner d’autres lieux plus adaptés, selon leurs désirs propres, mais tout cela n’implique pas de bouleverser notre univers actuel, ni de déstabiliser les Ordres en humiliant plus particulièrement le plus fragile d’entre eux, le monde Ar.

— Vous n’avez pas vraiment répondu à ma question, Excellence, sourit mutinement Kiwa qui enchaîna en se tournant vers Brovet, immédiatement suivie des camicros serviles :

— Maître, vous semblez proposer des mesures plus décisives pour soutenir la cause “frangine”, et lui éviter les humiliations de plus en plus fréquentes de la part d’éléments Ars supposés incontrôlés, c’est bien cela ?

Brovet trouvait que cette petite chaussette médiatique en faisait un peu trop, mais il n’allait pas cracher dans la soupe.

Il découvrit son sourire débonnaire dissymétrique et exagéré, vaguement inquiétant, et que les camicros étaient programmés pour estomper.

— Je crois que son Excellence Heridoc Ilno vous a fort bien répondu au contraire, se paya-t-il le luxe d’affirmer. La politique Ar est effectivement, et sans ambigüité sauf au niveau de quelques fous racistes, de bien accueillir les Frangins sur leurs terres. Le problème, voyez-vous, est qu’en l’affaire la bonne volonté ne suffit pas.

A moins de transgresser les lois de propriété et de transmission intertribales, le monde Ar ne peut d’aucune manière intégrer la population des franges dans ses rangs, de telle sorte que celle-ci devient inéluctablement une sorte de groupe hors caste, voué nécessairement à la marginalité, et contraint de se contenter des terrains les moins hospitaliers, les plus malsains. Nous voulons remédier à cet état déplorable qui devient maintenant un véritable problème de l’humanité. Déjà, les autorités Chan nous ont fait savoir que le population des franges dépassait la dizaine de millions d’individus. Rien de grave du point de vue démographique, mais vous rendez vous compte du potentiel déstabilisateur que porte en elle cette présence ? On comprendrait, à la limite, le désir de vengeance de quelques jeunes Ars se sentant dépossédés de leur droit à la chasse, ou même à la simple présence dans des zones où les Frangins sont devenus, de fait majoritaires...
Vlath Khobar, invité ensuite à prendre la parole, bredouilla quelques platitudes académiques sur le rôle initiatique de la rivalité chez les jeunes Ars. Puis Didiane Zb’el s’emberlificota tellement dans des phrases préparées qu’elle fut habilement éconduite et se rabattit sur la rassurante bouteille de vivendelle pure, placée devant chaque participant.

Quant à Trillard, il n’était pas question de l’interroger sur ses opinions générales, mais seulement sur le témoignage qui accompagnerait un petit clip-relief. Son tour fut donc passé.

— Croyez-vous à la vengeance de vos frères Ars ? demanda abruptement Kiwa en se retournant vers Heridoc.

Celui-ci se tut assez longuement pour obliger les camicros à saisir son image de plus près, scrutant son visage calme, sculpté par l’intériorité.

Il eut alors un sourire d’enfant.

— Aimez-vous jouer à cache-cache, Mademoiselle Kiwa~ ?

— Euh, je... Ne sortez-vous pas du problème ? Votre Exc..

— Je crois que certains ont intérêt à faire croire à l’esprit de vengeance. Je crois que derrière l’image des “Ars en colère” se cachent des personnes qui ne sont pas en colère, mais qui sont très froidement capables de faire croire à la colère des Ars, par exemple en organisant des provo-cations. Non seulement je le crois, mais je dispose de preuves consistantes à ce sujet. Et je rajouterai encore un point à ce propos : je dispose de preuves consistantes quant à l’appartenance de ces personnes à un certain ordre, représenté à un haut niveau dans cette émission, et qui n’est évidemment pas le mien.

Kiwa Ordeen, ébranlée par le tour inattendu que prenait le débat, hésita quelques dixièmes de secondes et décida de jouer le jeu.

— Votre Excellence, si j'ai bien suivi, vous semblez vouloir porter des accusations graves. Si j’ai bien compris votre propos, et pour le traduire en clair, vous nous dites que l’ordre Mer, ici représenté par maître Brovet, connu de tous, est responsable de provocations montées contre les Ars et tendant à prouver leur agressivité envers les Frangins ?
A quelque distance de la “bulle-plateau”, dans la chaude pénombre des dispositifs robotisés de prise de vue, quelques hommes s’affairaient devant des tables de contrôle. Parmi eux, un homme mûr, aux tempes argentées et à la moustache en balai, paraissait manquer de familiarité avec les ustensiles de monitoring sonore. Lors de la déclaration du Tétrapanide, il laissa tomber un rouleau de câbles, et se redressa, soudain totalement accaparé par la scène en cours. La sueur dégoulinant de son cuir chevelu sous la chaleur éprouvante des projecteurs, Fran -car c’était lui- bandait ses énergies pour faire face à l’événement à venir.

— Encore un pas et Heridoc ne pourra plus faire machine arrière, chuchota-t’il.

— Oui, répondait à cet instant le Tétrapanide à la question-piège de la présentatrice blonde. C’est exactement cela. Je...

Semblant se dilater à gauche de Kiwa Ordeen, le chef de la guilde Mer s’était lancé dans un éclat de rire homérique mais calculé, et se calma pour s’excuser :

— Ma réaction intempestive s’explique trop aisément, Mademoiselle Ordeen. Ce type d’accusation est si banal que j’hésite à croire que son Excellence lui porte le moindre crédit. Le genre de preuves dont de faux journalistes abreuvent tous les jours les médias du monde entier ne peuvent convaincre personne, pas même les plus naïfs...

— Les preuves ordinaires, oui, dit calmement Heridoc. Pas celles concernant le dépôt en territoire Ar de flèches empoisonnées manufacturées dans des laboratoires Mers.
Il y eut soudain un grand silence, et tous les participants au plateau regardèrent Heridoc consternés, comme si ce dernier avait transgressé un tabou absolu. Littéralement écrasée sur le bureau, la jeune Kiwa Ordeen se sentit perdue. Puis, lentement, elle revint à la surface et décida d’assumer la scène, désormais placée sous le signe de la tragédie et du sacrifice. Si elle s’en sortait, ce serait le rôle de sa vie.
Au delà de la grande pièce, elle pouvait presque palper le vaste vortex de passions médiatisées qui était en train de se constituer dans l’éther autour du centre vide qu’elle formait avec ses invités, et de se déployer sur la planète entière. Partout, les gens faisaient taire leurs voisins ou leurs enfants pour venir s’agglutiner autour des holos, et les régler en grandeur maxi pour assister à une mise à mort grandiose. La victime n’en était pas encore connue, mais ce ne pourrait être que l’un des deux grands mastodontes en présence : Brovet ou Heridoc, le Hérault Mer ou le héros des Ar. Les autres n’existaient déjà plus, transformés en simples motifs de texture, plats et sans voix.

— Que voulez-vous dire ? demanda tranquillement Brovet, souriant plus que jamais.

— Oui, votre Excellence, il faut vous expliquer, renchérit Kiwa Ordeen la voix enrouée, dépouillée de sa fausse assurance voluptueuse habituelle. Nos tridispectateurs attendent avec nous tous de savoir ce que sont ces flèches empoisonnées, une figure de style sans doute, et les laboratoires Mers qui les auraient... manufacturés ? Vous nous faites languir.
Fran se demandait comment Heridoc avait osé se lancer dans ce procès en ne disposant que des quelques informations dispensées par Boscione et lui-même. S’il pouvait maintenant intervenir, tout serait différent... Il serra les poings, enragé, mais impuissant. Zgav avait raison : impossible, même d’un poste d’ingénieur du son situé à quelques mètres du plateau de se faire voir de participants éblouis par l’ambiance lumineuse. Le regard de Heridoc avait plusieurs fois paru traverser l’épaisseur des rayonnements étincelants, mais ce n’était qu’illusion. Pour le Tétrapanide, l’au-delà du plateau n’était qu’un trou noir, une absence de réalité, seulement occupée par le mystérieux appareillage des camicros multiples. Quant à crier pour se faire reconnaître du Tétrapanide, c’était peine perdue : les rangées d’absorbeurs soniques disposées en chicane autour de la table ronde avalaient plus sûrement les bruits extérieurs qu’une plaque de verre épais. La sympathique connivence de Martella (qui détestait cordialement l’ambitieuse présentatrice d’Univers III) n’avait servi à rien.
Heridoc semblait savourer le suspens qu’il avait déclenché. On attendait de lui qu’il parle de preuves, qu’il détaille son accusation. Eh bien, disait déjà son regard amusé, voila qui sera fait, et bien fait.

Ce fut seulement après quelques minutes que Fran s’interrogea sur l’identité du jeune homme blond qu’il ne voyait que de dos et dont le nom -Trillard- ne lui disait strictement rien. Il se déplaça de quelques mètres pour voir le tridi de contrôle qu’un technicien du mixage observait en permanence et son cœur eut un raté : Trillard était Ménanchton, son étudiant-espion... et assassin virtuel !

Sous les assauts croisés des autres participants, com-plices ou effrayés, Heridoc ressemblait à un vieil olivier sous l’orage. On eut dit qu’il allait se briser, se consumer de l’intérieur, mais non : il demeurait placide, pliait en souriant, feuillolait, plaisantait, puis revenait à sa présence ordinaire.

Il leva le doigt timidement et le vacarme s’apaisa comme par miracle.

— Mademoiselle Ordeen, puis-je vous demander une faveur ?

— Bien sûr, dit Kiwa, complètement dépassée. Je vous en prie.

— Puisque Maître Brovet a utilisé le concours de ce jeune cadet, j’apprécierais que vous acceptiez le témoignage d’un ami qui m’est cher.

— Aucun problème assura généreusement Kiwa, nous structurons une Com avec qui vous voulez. Va-t-il nous appeler ?

— Je ne crois pas, dit doucement Heridoc, je crois qu’il est ici, dans cette salle, avec nous.

— Comment ? coassa Kiwa, je ne comprends pas.
Le cœur de Fran battit encore la chamade.

— Bon d’la ! Ils veulent tous ma mort ce soir, songea-t-il en s’avançant au devant de l’appel, aussitôt contré par deux Polmers farouches.

— Je vais vous expliquer, chère mademoiselle. Mon ami Fran Millegrain, bien connu de nos milieux acadé-mamiques, enfin chanaux comme on dit aujourd’hui, est parti en mission pour moi sur ce sujet, et le voila revenu avec une moisson impressionnante de données factuelles. Je suis sûr qu’il a réussi à nous rejoindre. Fran, êtes-vous là ? Venez donc nous retrouver !

— J’arrive, répondit Fran, écartant sans ménagement les bras soudain immobilisés des deux malabars abasourdis.

— Mm, je vous en prie, prenez place, dit Kiwa Ordeen se raccrochant désespérément à son rôle d’animatrice “in”. Les invités de mes invités sont... mes invités, acheva-t-elle avec effort, laissant transparaître du même coup sa réticence à prononcer le mot “ami”.

Fran s’assit au bout de l’ovale, le plus loin possible de Trillard, et, tandis que Kiwa tentait de récapituler l’enchaî-nement des coups de théâtre pour un public en hausse d’audience de plus en plus vertigineuse, il interrogea du regard avec insistance Heridoc qui se contentait de sourire sans paraître comprendre.
— Attendez, dit Brovet d’un ton souverain. J’ai accepté de participer à une émission d’échanges d’opinions. Pas de répondre d’accusations...

— Qui a dit qu’il s’agissait d’un procès, Maître ? dit Heridoc. Appréhenderiez-vous les éclaircissements que pourrait apporter M. Millegrain ?

Brovet sursauta. Il n’était pas accoutumé à la tonalité métallique dans la voix du vieux Tétrapanide. Son hésitation d’une fraction de seconde lui enleva la chance d’occuper le terrain par la diversion. Déjà Fran prenait la parole, cornaqué par Heridoc comme par un avocat. Il exposa un certain nombre de cas concrets de provocations par de prétendus Ars, puis afficha ses doutes sur l’authenticité des agresseurs.

— Parlez-nous de votre mission à Aragnol.
Brovet, qui attendait cela, demeura impassible mais Fran remarqua que Trillard, qui évitait son regard depuis le début, s’agitait, mal à l’aise, et essuyait les grosses gouttes de sueur qui coulaient sur ses joues hâves.

Fran détailla l’affaire aussi concrètement que possible et demanda à Kiwa de pouvoir utiliser le logement de pastille tridi qui se trouvait devant lui.

— Faites, Monsieur, mais si la scène que vous allez nous montrer est trop violente, la censure automatique peut s’exercer, et...

— Je demanderai aux organisateurs de l’émission de suspendre toute censure, intervint le Tétrapanide. J’engage ma parole sur le sérieux de l’information apportée par Fran Millegrain. J'ajoute que des documents très semblables ont été diffusés en leur temps sur d’autres massacres. Celui-ci ne présente aucune originalité de ce point de vue. Sa spécificité réside ailleurs.
La danse n’avait en elle-même rien de terrible et il fallut que Fran explique que les danseurs en transe en train de s’écrouler ne se relèveraient pas, pour laisser le côté tragique s’imposer aux esprits blasés de tridispectateurs, jusqu’à la séquence de la femme crachant le sang, puis celles, horribles, d’enfoncement des flèches dans les nuques des videts agonisants.

— C’est abominable ! s’écria Didiane Zb’el, et elle rejeta son beau voile d’organza jaune sur son visage. Je ne veux pas en voir davantage. Que fait le Censuromat ?...
Quand certains protagonistes commencèrent à s’en prendre rageusement à Cardoy, les questions affluèrent à l’esprit de millions d’holospectateurs : pourquoi atta-quaient-ils brusquement ce type qui filmait tranquillement depuis déjà longtemps ?

Puis la caméra bascula sous l’effet d’un coup violent, et les holoplateaux s’éteignirent. Mais immédiatement après la fin du rush, Fran programma le pilote de lecture sur l’image qui l’intéressait. Il fit grandir le personnage qu’il avait déjà sélectionné chez lui et, le faisant tourner sur lui-même, il montra en gros plan l’épaule tatouée du numéro à douze chiffres et trois lettres.
— Vous avez déjà pu constater à quel point était grossière l’imitation des vêtements Ars, non seulement ceux portés par les videts, victimes de cette atroce cérémonie, mais aussi ceux de leurs agresseurs, dit Heridoc. Je peux vous assurer que personne, parmi les gens du Domaine que je représente, n’oserait porter de tels déguisements. Mais peu importe : une chose est encore plus évidente. Aucun Ar ne s’abaisserait à inscrire dans sa peau une immatriculation typiquement Mer.

— Mais rien ne dit que ce numéro soit une immatriculation Mer ! s’insurgea brusquement Brovet, de plus en plus blême. C’est une invraisemblable comédie ! Sont-ce là toutes vos “preuves” ? Je veux bien croire que M. Fran Millegrain est de bonne foi, mais il s’est laissé abuser. Il est extrêmement aisé de truquer un tel film d’un bout à l’autre. Des experts vous démontreraient en quelques instants qu’il s’agit d’une production de synthèse~ !

— Ah mais c’est bien vrai, dit Vlath Khobar qui se demandait depuis quelque temps comment arrêter de faire tapisserie, plusieurs études Chan montrent que le trucage de documents visuels est devenu un véritable sport !

— C’est justement pourquoi ce numéro est important, Maître, l’interrompit calmement Heridoc. Pouvez-vous nous garantir la libre interrogation des fichiers, sans filtrage ni surimposition ? continua-t-il en regardant Brovet dans les yeux.

Interloqué, celui-ci s’entendit répondre :

— Mais bien entendu, l’ordre Mer n’a rien à cacher.

— Surtout au Tétrapan, renchérit Kiwa.

— Notez bien que nous n’avons aucune obligation, répondit Brovet, mais je ne vois pas pourquoi nous nous opposerions à la requête. Puisqu’il ne s’agit pas, de toute manière, d’un chiffrage Mer.

— Je n’en suis pas aussi certain que vous, dit Fran qui lança l’interrogation immédiatement. Les robots virtuels commencèrent le tri de milliards de données et se heurtèrent tous au portail de l’institution de Langloch, avant que certains ne soient redirigés vers d’autres hypersites, probablement créés dans l’instant, par les ordys de contre-offensive.

— Mm, vous voyez, dit Heridoc, ravi d’avoir pris son adversaire de vitesse. Il y a tout de même de sérieuses préventions contre l’info Mer. Toutes les demandes sensibles d’images sont bloquées devant le site de ce groupe spécial, une fameuse école de formation des élites Mer, puis déroutées. Cela me renforce dans l’idée que votre agence éducative est peut-être pour quelque chose dans cette affaire.

— Certainement pas, je ne vous permets pas de...

Brovet avait de plus en plus de mal à se contenir, mais il savait que sembler irrespectueux envers le vieillard serait pire que tout. Il se força à se calmer et à sourire, ce qui aggrava son cas, car le tremblement de ses larges mâchoires de carnassier, aussitôt saisi par les camicros, laissa une impression durable sur les tridispectateurs.

C’est à ce moment qu’Agonem Trillard, impassible, demanda la parole d’une voix douce.

— Son Excellence Heridoc Ilno a peut-être raison, dit-il. Maître Arlouan a sans doute oublié que certaines brigades de Cadets ont été immatriculées de cette façon il y a quelques années, lors de stages extrêmes au D.I.E.U. La raison alléguée était, je crois, que ce contrôle classique des identités et d’informations jointes était finalement plus fiable que par des implantations sous-cutanées de nano-identifiants, souvent brouillés par la prolifération de nano-virus artificiels.
Brovet regardait le jeune homme, les yeux un peu exorbités, se demandant si oui ou non ce blanc-bec était en train de le trahir.

— Or, continua Trillard, vous savez que dans la première génération d’occupants des planètes-vaisseaux, beaucoup de jeunes pionniers ont été atteints d’affections psychiques graves. Nombre d’entre eux n’ont jamais guéri et plusieurs ont fini leur carrière comme mercenaires, notamment dans les rangs de bandes frangines incontrôlables.

Brovet soupira et son petit œil d'ours kodiak brilla un instant de reconnaissance : la manœuvre de son poulain était suprêmement habile.

Pendant que Trillard essayait d’intoxiquer tout le monde, Fran tentait désespérément de contacter Zgav, mais le Mer était en train de dresser un véritable mur de filtrage et de reconstruction virtuelle autour du studio tridi, et rien ne passait, en dehors des signaux de l’émission en direct à laquelle l’Ordre n’osait pas toucher.
Soudain Heridoc se raidit et prit l’air absent caractéristique de la personne qui reçoit une Com interne. Il eut un geste d’approbation et leva la main.

La petite Kiwa s’empressa de faire taire les autres interlocuteurs, et Trillard lui-même fut obligé d’inter-rompre son long exposé séducteur.

— M. Trillard, je suis désolé, mais un informateur personnel me dit que vous êtes vous-même la personne qui, dans le film, porte le tatouage en question.. Est-ce vrai~ ?

Agonem se figea, instantanément changé en statue de cire blanche. Son regard trembla puis se fixa désespérément sur son protecteur, Brovet.

Il y eut un silence d’acier liquide.

Et lourdement, le maître Mer prit, comme à regret la posture du défenseur :

— Voyons, votre Excellence, vous ne suggérez tout de même pas que ce jeune homme dénude son épaule devant les camicros ?

— Je crois que si, Maître. Ce serait la manière la plus simple de démontrer à tout le monde que son accusateur a tort.

— Mais enfin, cet accusateur...

— Faites comme s'il s’agissait de moi-même, continua Heridoc impitoyable.

Agonem se leva brusquement :

— Per... Personne ne peut m’obliger à une telle indignité. Au revoir Messieurs.

Ce fut son tour d’être stoppé dans son élan par les mastodontes, mais un geste de Heridoc le libéra. Mieux valait qu’il soit arrêté dehors.

— Il doit être bien clair que ce départ précipité ne peut valoir pour une preuve de culpabilité, tonna Brovet. Chacun peut comprendre à quel point notre jeune cadet a été saisi et choqué.

— Il n’en subsiste pas moins un certain doute, dit Heridoc. Je crois qu’il serait juste que M. Agonem Trillard accepte une vérification de la part d’une police Pangov de son choix. Dans le cas où il est innocent, je lui fais mes excuses d’avance et le Tétrapan envisagera évidemment les dédommagements d’usage.

Mais s’il se révèle qu’il a réellement participé en personne au massacre d’une centaine de personnes en visite dans les Pyranes, et cela déguisé en guerrier Ar, personne ne pourra plus empêcher de penser qu’au moins une provocation a été ainsi montée pour faire croire à la criminalité de mes concitoyens. Et que cette provocation a été le fait de personnes très proches de la haute direction de l’ordre Mer. Car enfin, Maître, n’est-ce pas vous-même qui nous avez recommandé ce jeune homme comme l’un de vos disciples, et particulièrement digne de votre confiance ?

Brovet s’étrangla et ce fut d’une voix blanche qu’il réussit à objecter :

— Comment pouvez-vous... ? Votre Excellence, permettez-moi de ne.... pas partager votre point de vue...

Libérant les veines de son cou taurin des plis trop serrés de son poncho anthracite, il secoua sa grosse tête congestionnée et se tut.

Le désarroi même de cette forte personnalité (dont on aurait pu attendre un esclandre sauvage et des promesses de représailles) fit naître une question dans l’esprit de Fran : et si Brovet avait réellement été tenu à l’écart des opérations de ce genre ? C’était presque inimaginable, mais pas totalement impossible.

Quand elle fût sûre qu’Arlouan Brovet, sonné pour le compte, ne répliquerait pas, Kiwa Ordeen, accablée de la certitude que le ciel de l’univers venait de s’écrouler, termina l’émission d’un commentaire aussi neutre que possible. Son sourire aguichant mais factice s’éteignit en même temps que la lampe témoin des camicros et elle s’effondra, tête dans les mains, sanglotant sans fin.

— Voyons, dit Heridoc en lui caressant gentiment les cheveux, ce n’est pas si grave. Vous vous en êtes très bien tirée ! Vous en verrez d’autres !

— Vous croyez, votre Excellence ? chevrota la présentatrice, éperdue de reconnaissance.

Epuisé, Fran s’endormit sous les spots, et le confortable robofauteuil se transforma sous lui en une agréable couchette enveloppante. Lorsqu’il se réveilla au bout d’une heure, le gardien lui remit une enveloppe de la part de Heridoc.

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556 pages, 17 euros, 85 cts

ISBN-13: 978-1516837571

ISBN-10: 1516837576

BISAC: Fiction / Science Fiction / Apocalyptic & Post-Apocalyptic
Une pandémie laisse très peu d'Humains survivre. A-t-elle été volontairement déclenchée ? Un survivant, Loïc a des raisons de le croire. L'enquête doit être menée, car si c'est vrai,"l'Ange de la mort" a sûrement délivré l'antidote à certains. Si ces derniers sont complices, comment tolérer qu'ils vivent dans l'impunité aux côtés des innocents ? Et s'il s'agit de groupes entiers, comment accepter qu'ils repeuplent la Terre dont ils ont fait un immense cimetière ? Pendant ce temps la vie s'organise : des communautés se forment. Mais les gens marchent aussi vers la ville par milliers. Des chefs surgissent, des petits dictateurs s'imposent, des milices quadrillent et embrigadent, surfant sur la servilité volontaire. Comment enrayer l' inexorable prise en masse qui conduirait à la répétition d'une histoire humaine souvent absurde ? Le roman, qui reprend les lignes générales du problème classique du "post-apo" (comme "The Stand" de Stephen King) suit les destinées finalement croisées d'une dizaine de survivants d'âges et de caractères très différents. Il est construit, en un tissage progressif de leurs vies et de leurs actions, sur l'entrelacs d'une quête de vérité, d'une poursuite de criminels hors normes et d'un conte politique et dystopique. Nous sommes suspendus à une question essentielle : le monde qui renaît pourra-t-il ou non s'orienter dans une direction inédite ? Celle de la liberté préférée au pouvoir, cet inlassable phénix ? 
This pandemic allows only a few humans to survive. Has it been deliberately unleashed? A survivor, Loïc, has many reasons to believe that. An investigation must be conducted, because if it's true, the "Angel of Death" has certainly delivered the antidote to some of his friends. If they are his accomplices, how can we tolerate thant they live with impunity alongside innocents? And if they are whole groups, how can we accept that they repopulate the Earth they made a huge cemetery? Meanwhile, life, again, is getting organized: communities are formed. But people also walk to cities by the thousands. Heads arise, small dictators obtrude necessarily , militias surround people and suck them in, surfing on voluntary servility. How to stop the inexorable caking which would lead to the repetition of an often absurd human history? 

The novel, which incorporates the general lines of the classic problem of "post-apo" (like "The Stand" by Stephen King) follows the destinies crossed by a dozen survivors of very different ages and characters. It is built on a progressive weaving of their lives and their actions, on the intertwining of a search for truth, a pursuit of monstrous criminals and an political and dystopian tale. We're hanging on a key issue: is the renascent world will -or not- move in a quite new way? That of freedom preferred to power?

“Bonnes-feuilles” :
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