Notice sur les livres de Denis Duclos disponibles








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Le monde contemporain comme approche du moment paradoxal de la métaphore orchestrale



Notre registre est ici celui d’une analyse d’une proposition acceptée aujourd’hui -de façon explicite ou surtout implicite, délibérée ou surtout sous contrainte- par une majorité des Humains contemporains, vivant en deuxième décennie du XXIe siècle. Cette proposition, comme toutes les propositions, est une métaphore, une comparaison tenue pour juste, sinon exacte. En l’occurrence, on pourrait l’énoncer ainsi (avec de nombreuses variantes) : l’unité pacifique du genre humain (rendue nécessaire par les armes thermonucléaires et biologiques) passe par un cadre commun d’échanges matériels, tout comme la maisonnée nécessite une règle entre ses membres pour être une unité de vie soutenable.

Comme toutes les métaphores « orchestrales», celle-ci repose sur une comparaison entre le petit monde des gens et le grand monde universel. Ainsi, par exemple, de l’Oumma (la communauté des Croyants), qui se compare à Ummi (la mère), ou de la Patrie ; ainsi de « l’Heimat » germanique, du « Home Office » britannique, ou de la « grande famille humaine » qui, selon René Cassin, soutient la déclaration universelle des droits de l’Homme depuis 1948. Et comme toutes les métaphores orchestrales et toutes les métaphores en général, celle de la société-monde comme économie connaît une « destinée ». Autrement dit, elle voit son sens évoluer, se modifier avec le temps et les nombreux débats qu’elle rencontre.
En général, avant d’être oblitérée par l’Histoire des idées, des mots et des réalités, une métaphore devient métonymie puis catachrèse37. Pour le dire simplement : de proposition, elle devient affirmation autoritaire, puis évidence, formule incontestable et incomparable.

Le moment métonymique est celui où nous employons le terme (par exemple « économie », ou « écologie ») pour tout ce à quoi il réfère dans l’implicite (comme le respect mutuel des membres de la maisonnée, leur intérêt commun, l’intendance, etc.) Le moment catachrétique est celui où nous avons carrément oublié que le mot renvoie à une comparaison : ainsi encore d’économie ou d’écologie, dont seuls les érudits se souviennent qu’ils désignaient quelque chose d’intérieur à la maison. Et finalement, inspirée par le refoulement catachrétique, la métaphore évolue vers sa propre négation comme proposition, pour devenir l’assertion arbitraire de « maîtres du monde » qui ne perçoivent plus cet engagement que comme unique rationalité de gestion possible.

Cette destinée est pathétique, parce qu’elle ne fait qu’exprimer la quête des Humains pour croire « dur comme fer » que ce qu’ils disent sont les choses elles-mêmes, alors qu’elles ne sont, dans tous les cas, que des projets avancés par certains intérêts ou groupes d’intérêts.

Et cette quête est pathologique parce qu’elle est inévitable dans une condition humaine totalement inféodée au paradoxe de la parole, et qui cherche toujours à en sortir par une « vision » cristallisée dans des catégories, et qui rallierait « tout le monde ».

La parole humaine (le trait culturel réservé au genre humain à la différence des langages non paroliers) a en effet ceci de particulier : elle suppose l’adhésion d’un sujet. Or, sans cette adhésion, l’accès à l’humanité est impossible ou très difficile.

Autrement dit : nous ne sommes pas libres de ne pas choisir la liberté. Notre liberté de sujets de la parole est fondée sur l’obligation absolue de parler… c’est-à-dire de nous engager librement dans l’acte de parole. A l’instant même où nous proférons la phrase : « je choisis de ne pas parler », je démontre que je ne choisis pas, puisque je dois d’abord parler pour la phrase ait un sens, voire une application pratique réelle38. Mais en même temps, puisque je parle, même en me taisant, je pose bien un acte qui ne vaut que comme preuve de liberté de le faire !

L’humanité se débat dans ce paradoxe fondamental depuis les origines de la culture parolière et ceci dans un emportement constant, parfois tragique, pour une raison simple : sans position de sujet de la parole, je ne peux pas être reconnu par les semblables, et si je ne suis pas reconnu, je meurs de détresse. C’est exclusivement pour être reconnus -à la place du sujet de la parole, et dans une extériorité symbolique à nos corps - que nous parlons, et cela interminablement, au long de nos vies, et d’une vie à l’autre. Et nous parlons ainsi -en proposant des métaphores à l’agrément collectif- pour échapper au paradoxe intime de la parole… en le reconduisant à chaque moment.

La métaphore -et celle qui est la plus partagée- nous sert à croire échapper au paradoxe culturel fondamental. A y croire un moment, un temps, jusqu’à ce que son effet d’illusion s’estompe, ce qui arrive toujours à plus ou moins long terme.

La métaphore est un énoncé propositionnel dont l’inéluc-table transformation est due aux vagues d’objections qu’il reçoit progressivement (notamment de la part de métaphores concurrentes), et qui dessine généralement sa destinée en direction d’une catachrèse, puis d’une assertion dure, unaire, c’est-à-dire sans alternative, sans double même occulte, correspondant souvent à une sorte de ralliement résigné mais très majoritaire. Alors, la métaphore « transformée » se pense dans un état de singularité, de concrétude et de solidité achevée. Erreur : c’est le moment où elle devient le plus fragile, le plus cassante, la plus dépendante.

C’est ce qui commence à arriver dans la période contemporaine à la métaphore géo-éco-démo-cratique. Le triomphe mondial du libéralisme depuis 1989 a correspondu à la fixation catachrétique de cette idée, et 25 ans plus tard nous vivons le début de sa désagrégation comme outil absolu de lecture du réel.

Elle se désagrège en particulier sous les coups de métaphores en compétition, dont certaines, très classiques, comme la haine des cultures différentes, la nostalgie des anciennes métaphores salvatrices -comme les religions- ou simplement le progrès des idéaux de domination et d’exploitation sous le paravent «égalitaire » que serait la « market democracy ».
Ce livre se situe donc d’abord en un point du parcours de la métaphore géo-éco-démocratique : celui où nous commençons à soupçonner qu’elle ne nous exempte pas du paradoxe fondamental, de celui qui nous confronte à notre déréliction mentale, à notre non-reconnaissance par autrui, à notre isolement terrifiant au cœur même du monde des Humains, et donc à la recherche désespérée d’autres « histoires crédibles ».

Ce travail est l’analyse de ce phénomène : l’insinuation d’un doute effrayant au cœur des certitudes les plus ancrées à propos de l’universalité économique/écologique et sociétale, les plus débarrassées de toute contestation, de toute critique. Et c’est du même coup la pose d’une pierre d’attente : celle de l’émergence d’une nouvelle métaphore crédible, au moins pour un temps indéfini par avance.
Si une discipline anthropologique était concernée par notre propos et notre étude, ce serait celle d’une « psycho-histoire », dont nous avons établi quelques linéaments il y a déjà 15 ans dans notre «Entre Esprit et Corps, la culture contre le suicide collectif »39. Nous y mettions en évidence les lentes -ou rapides- embardées que les cultures historiales tracent entre des figures métaphoriques opposées, comme si la perte de croyance en l’une d’elle tendait à nous pousser vers l’autre extrémité « logique ».

Si cette hypothèse n’est pas seulement poétique, nous pourrions soutenir qu’après un Esprit-Monde (au fond bien annoncé par Hegel), viendrait une Pluralité de Corps. Pas une multitude -qui se résorbe trop facilement dans un Esprit global, comme une foule moutonne uniformément dans un Mall unique et massif - mais une pluralité de quelques grandes dimensions humaines irréductibles.
Nous parlerons très peu ici de la métaphore pluraliste que nous développons ailleurs sous toutes ses facettes40, comme solution, mais nous voudrions soumettre au lecteur la proposition détaillée selon laquelle les symptômes du mal être contemporain convergent pour pointer la transformation des métaphores démocratique, économique, écologique41, en système de prisons des peuples, et du même coup pour appeler à des imaginaires qui, bien qu’appuyés sur lui pour émerger, lui échappent.

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