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passivité indispensable dans la vie de famille ainsi organisée.

Quant à Lambert, c’est l’homme heureux dans toute sa franchise. Pas de contrainte, un laisser-aller sincère qui me touchait plus que toutes les protestations. Il n’avait pas besoin de nous dire que nous étions chez nous, en étant chez lui. Cela se sentait de reste.

La soirée fut charmante. Maurice, malgré ce qu’il m’avait dit encore le matin même, semblait se livrer tout entier. Il était plein de cordialité ; je remarquai même – et ceci soit dit sans reproche, – que, lorsque son regard s’arrêtait sur Mme Lambert, il était plein de douceur, je dirai même de langoureux intérêt.

Après le dîner, Lambert et sa femme descendirent. Car il est inutile de dire qu’il n’y avait point de servante. Maurice et moi restâmes seuls avec Mme Gérard.

– Ainsi, demanda Maurice, continuant une conversation précédemment commencée, les pauvres enfants se sont mis en ménage sans patrimoine ?

– Hélas ! oui, monsieur, répondit Mme Gérard, il y a de cela six ans maintenant. Mais voici le plus cruel. Mon mari avait un ami intime, que j’appellerais presque un frère. Cet ami lui avait formellement promis qu’à sa mort il laisserait sa petite fortune à notre fille. Mon mari mourut le premier ; son ami me répéta sa promesse ; et quand le mariage se fit, je comptais pour mes chers enfants sur cet héritage plus ou moins prochain. Mais un accident amena la mort de cet ami, et...

– Et il n’avait pas fait de testament, acheva Maurice.

– En effet. Vous savez que ce sont là des choses qu’on remet toujours au lendemain. C’est une faiblesse qu’il est bien difficile de blâmer...

– Si bien que cette dot, sur laquelle pouvait compter Lambert, s’évanouit tout à coup...

– Oh ! il ne se plaignit pas. Il se mit au travail avec courage et persévérance. Du reste, vous savez aussi bien que moi la façon dont il se conduit... C’est un cœur d’or.

– Et quel était le chiffre de cette petite fortune ?

– Une centaine de mille francs. Mais, entre les mains de Lambert, ce fût devenu une véritable fortune ; car il est bien intelligent, monsieur, et si vous l’aviez entendu expliquer ses plans...

– Avant le désastre, bien entendu.

– Certainement. Depuis il n’en a plus parlé.

Lambert et sa femme rentrèrent dans le salon.

La soirée s’écoula. Vers dix heures, Maurice se plaignit d’une douleur névralgique à la tempe.

– Vous n’auriez pas un peu de laudanum ? demanda-t-il à Lambert.

– Non, répondit celui-ci, ni rien qui y ressemble.

– Cela se passe, du reste.

Quelques personnes étaient venues achever la soirée chez les Lambert ; je ne fis guère attention à elles, car je ne les connaissais point. Je remarquai seulement une veuve d’une trentaine d’années, assez gentille.

Mme Gérard, voyant que je la regardais, me dit à voix basse et en souriant :

– Si vous n’étiez pas si jeune, voilà une charmante femme... et cinq ou six mille livres de rente.

– Et pas de testament à faire, dit Maurice en souriant et du même ton.

Je quittai la maison, enchanté de ma soirée. Je ne voulus même point, en sortant, demander à Maurice quel était son avis. Je sentais que ses préventions m’auraient fait l’effet d’une véritable ingratitude.

Quelques mois se passèrent. Aucune circonstance ne se produisit, du moins à ma connaissance, qui pût influer d’une façon défavorable sur mes relations avec Lambert. Je dois reconnaître, d’ailleurs, que Maurice paraissait avoir abandonné son système d’ironie à l’égard de sa victime, comme j’appelais Lambert en plaisantant. Maurice ne me parlait jamais de lui. Seulement, une nouvelle invitation nous ayant été adressée par Lambert, Maurice l’avait refusée, mais très poliment.

Nous continuions, comme par le passé, à nous réunir tous les quinze jours dans la soirée, au café dont j’ai déjà parlé. C’étaient toujours les mêmes parties de cartes et de dominos.

Un soir, c’était en plein été, le 12 août 187., il était environ sept heures. Nous avions dîné ensemble, Maurice et moi. Nous nous dirigeâmes vers notre café ; quelques-uns de nos collègues nous avaient précédés. La conversation s’engagea, puis on apporta les cartes. Les parties s’organisèrent. Quelqu’un fit alors remarquer que Lambert n’était point encore venu, et le fait était d’autant plus extraordinaire que sa ponctualité était la même, qu’il s’agit du travail ou d’une partie de plaisir. Huit heures sonnèrent. Lambert ne venait pas. Je ne sais quelle vague inquiétude s’emparait de moi.

– Lambert serait-il malade ? dis-je à voix haute.

– Impossible, répondit quelqu’un. N’est-il pas venu au bureau dans la journée ? N’est-il pas parti en même temps que nous, bien portant comme à l’ordinaire ?

On me suggéra l’idée de l’aller chercher ; je ne sais qui. Mais ce n’était pas Maurice, qui paraissait absorbé dans une laborieuse partie de piquet. Je pris mon chapeau, sortis du café, et, quelques minutes après, je sonnais à la porte de Lambert.

Il vint m’ouvrir et parut surpris de me voir.

– Qu’y a-t-il donc ? me demanda-t-il.

Sa femme était derrière lui ; j’entrai dans la chambre. La vieille mère se trouvait à sa place accoutumée.

– Mais, répondis-je en riant, il y a simplement ceci : on vous attend au café, et je viens vous enlever.

Lambert sembla hésiter, puis :

– Non, pas ce soir, dit-il. Il fait si chaud que, ma foi, j’aime mieux rester ici, bien à mon aise... on étouffe dans votre café !

– Tu m’as promis de rester, dit doucement sa femme.

– Vous voyez, reprit Lambert, ma parole est engagée.

– Ah ! madame, fis-je en m’adressant à la femme, nous ne vous prenons votre mari qu’une seule fois en quinze jours : Vous n’avez pas le droit de le garder, il est à nous...

Enfin, j’insistai tant et si bien, que Lambert se décida : il embrassa sa femme qui sourit en levant le doigt comme si elle eût voulu lui exprimer un mécontentement plaisant ; il serra la main de sa belle-mère et me suivit.

Sa femme nous accompagna jusqu’au palier.

– Ah ! dit Lambert en se retournant, n’oublie pas de rentrer l’oiseau avant de te coucher... Il y a eu de l’orage quelque part, et la nuit pourrait être fraîche.

– Oui, mon ami.

Je note ces futiles circonstances, parce que pas un détail de cette scène n’a pu sortir de ma mémoire, en raison des événements terribles qui l’ont suivie.

– Ma foi, me dit Lambert, comme nous nous dirigions vers le café, je ne sais quelle paresse me tenait aujourd’hui, mais je m’étais bien juré cependant de ne pas sortir.

– Je suis un tentateur, répliquai-je ; mais en somme vous n’êtes peut-être pas fâché d’avoir été tenté.

Nous arrivions. Un instant après, Lambert était engagé dans une vigoureuse partie de dominos à quatre. Maurice était son partner.

La soirée se passa comme à l’ordinaire. Dix heures sonnèrent.

À ce moment, la porte du café s’ouvrit violemment ; une femme haletante, essoufflée, se précipita dans l’intérieur, courut à Lambert, le prit par le bras, et d’une voix que l’émotion rendait presque inintelligible :

– Monsieur ! monsieur ! venez vite ! Ah ! mon Dieu ! la pauvre femme !

Nous restâmes stupéfaits. Lambert était devenu horriblement pâle.

– Qu’y a-t-il ? Qu’est-il arrivé ? demandâmes-nous tout d’une voix.

Nous apprîmes alors qu’un horrible accident venait d’arriver ; Mme Lambert était tombée par la fenêtre, et s’était tuée sur le coup.

Nous nous élançâmes aussitôt, sans raisonner, vers la maison de notre ami, qui, plus prompt que nous, courait de toute la vitesse de ses jambes. Maurice lui-même semblait très ému, et m’entraînait en me serrant le bras. Nous pénétrâmes dans la cour de la maison, encombrée par les voisins et les locataires.

Nous nous frayâmes un passage à travers la foule, et parvînmes au milieu de la cour. Là, un horrible spectacle frappa nos regards.

Une masse sanglante gisait sur le sol. La tête avait frappé le pavé, et sous le choc s’était ouverte ; la cervelle avait jailli hors du crâne. Pauvre petite femme ! Tout ce corps était brisé, écrasé, mutilé ; la face disparaissait sous des plaques sanglantes. Lambert était à genoux auprès d’elle ; il avait passé son bras sous le cou de la morte, et, les yeux fixés sur cette horrible destruction, il restait pâle, inerte, sans voix et sans larmes. Mais on voyait tout son visage se crisper sous les tortures d’une effroyable émotion.

Je ne sache rien de plus terrible. Avoir quitté, il y a deux heures à peine, une femme qu’on aime, l’avoir laissée pleine de vie, de santé, d’avenir... et tout à coup, sans transition, la voir, là, sous ses yeux, inanimée, défigurée, sanguinolente... c’est plus que n’en peut supporter la constitution humaine. Lambert tomba en arrière, à demi évanoui. On l’entraîna loin de cette scène déchirante.

Quant à la mère de cette pauvre femme, son état était plus effrayant encore : elle avait vu sa fille tomber par la fenêtre, et subitement, comme par un coup de foudre, elle avait été frappée de paralysie... ses jambes avaient refusé de la porter, et elle était restée dans son fauteuil, clouée, la tête seule et le cerveau vivant encore en elle... elle attendait qu’on lui remontât le corps de sa bien-aimée...

Nous prîmes le cadavre sur nos bras, et lentement... oh ! bien lentement, comme si nous avions craint de faire du mal à la morte, qui, hélas ! ne pouvait plus souffrir, nous parvînmes à l’appartement de Lambert, et nous déposâmes sur le lit ces restes sanglants et inanimés.

Comment l’accident était-il arrivé ? Comme arrivent tous les accidents. Mme Lambert avait voulu retirer la cage de l’oiseau avant de se mettre au lit. Cette cage était suspendue à un clou, situé en dehors de la fenêtre. À ce moment, avait-elle été prise d’un étourdissement ? avait-elle perdu l’équilibre ? son pied avait-il glissé ? toujours est-il qu’elle était tombée dans la cour, la tête la première, entraînant la cage et, avec une telle force que le clou avait été arraché du mur.

Inutile de dire que la cage avait été brisée en mille pièces.

Les voisins qui occupaient l’appartement d’en face l’avaient vue tomber et avaient poussé des cris déchirants. Mais il était trop tard...

Que faire ? notre présence était inutile. Lambert était assis auprès du lit de sa femme, la tête cachée dans ses mains, ne parlant pas, n’ayant même pas la force de pleurer. Je lui serrai la main en silence, et nous nous retirâmes.

En m’en allant avec Maurice, je ne lui adressai pas la parole. Son visage était blanc comme un linge. En passant devant le ministère :

– J’ai oublié quelque chose au bureau, me dit-il. Attends-moi une minute.

Il monta et redescendit presque aussitôt. Nous nous séparâmes sans nous être dit un mot.

Le lendemain, je passai chez Lambert en me rendant à mon bureau : il se jeta dans mes bras, et pleura.

– Courage, lui dis-je en pleurant malgré moi.

Mais je sentais que les consolations banales n’étaient point de mise en semblable circonstance, et je partis. Naturellement, Lambert ne pouvait venir au bureau de quelques jours.

Maurice s’absenta lui-même pendant une semaine ; il ne rentrait pas chez lui. Enfin, au bout de huit jours, il arriva au ministère :

– Écoute, me dit-il, je vais bien t’étonner. Je donne ma démission et je quitte le ministère...

– Impossible, m’écriai-je, quel est ce caprice ?

– Je veux voyager. Je me sens malade. En somme, ce que nous faisons ici n’est pas gai, viens avec moi. Tu as, comme moi, besoin de distractions.

J’étais dans une de ces dispositions d’esprit où les résolutions violentes semblent être un soulagement. Je ne sais comment ni pourquoi, mais j’imitai Maurice, nous envoyâmes tous deux notre démission au ministère, et, le soir même, nous partions pour l’Angleterre.

Il n’entre pas dans mon dessein de raconter les incidents de nos pérégrinations. Nous visitâmes successivement les trois royaumes : l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande ; nous passâmes ensuite en Belgique, puis en Allemagne. Au bout d’un an, nous nous trouvions à Francfort, venant de Hombourg, où nous étions restés deux mois. Nous étions au mois de septembre ; il y avait donc treize mois environ que nous avions quitté la France.

Les premières étapes de notre voyage avaient été dévorées avec une inconcevable rapidité. Maurice m’entraînait, comme s’il eût voulu fuir quelque chose. Je l’avais interrogé. Je lui avais demandé s’il était survenu dans son existence un de ces terribles accidents qui font de la distraction une nécessité. Il m’avait répondu négativement ; mais je n’avais pu m’empêcher de supposer qu’il ne me disait pas la vérité. Mon imagination était même allée plus loin ; et j’avais tenté d’établir un lien entre la mort de Mme Lambert et ce départ précipité. Des relations auraient-elles donc existé entre elle et mon ami, sans que je le susse ? Ainsi aurait pu s’expliquer aussi l’antipathie que lui inspirait le mari ? Mais il était impossible pour moi de m’arrêter à cette hypothèse. À Paris, Maurice vivait en quelque sorte avec moi ; nous ne nous quittions pas, et chacun de nous savait, heure par heure, ce que l’autre faisait. Avait-il donc connu cette pauvre femme autrefois ? Pourquoi m’en eût-il fait mystère ? Ces sortes d’aventures n’avaient jamais été secrètes entre nous ; et nous nous faisions part de nos peines ou de nos joies de cœur. Puis Mme Lambert avait à peine vingt-trois ans, lorsque la mort l’avait frappée. Elle s’était donc mariée à seize ans. Comment Maurice l’eût-il connue avant son mariage ? J’abandonnai cette supposition.

J’essayai plusieurs fois d’amener la conversation sur l’événement douloureux qui avait précédé notre départ ; mais, à chaque tentative, je remarquai que Maurice détournait la conversation. Si bien que je me décidai à m’abstenir de toute allusion à ce sujet.

Nous étions tenus régulièrement au courant de ce qui se passait à Paris ; dans chaque ville, nous trouvions des lettres et nous nous les communiquions. Cependant, j’avais cru remarquer que Maurice me lisait presque toujours les siennes et ne les plaçait pas sous mes yeux. Je pensai que décidément je ne m’étais pas trompé et que quelque rupture, quelque douleur amoureuse avaient motivé son étrange conduite. Je ne m’en plaignais pas, d’ailleurs ; entre temps, il m’était survenu un petit héritage qui me permettait une certaine aisance, si bien que je ne regrettais ni ma position abandonnée, ni l’intéressant voyage auquel je m’étais si rapidement décidé.

Un jour donc du mois de septembre, Maurice, revenant de la poste, où il était allé chercher nos lettres, me dit brusquement :

– Cher ami, nous repartons pour Paris.

J’avoue que ce nouveau caprice me parut intolérable, et, avec une vivacité dont je ne pus me rendre maître, je reprochai à Maurice sa versatilité et surtout la désinvolture avec laquelle il disposait de mon temps et de ma volonté.

Maurice leva sur moi ses yeux tristes et profonds.

– Pardonne-moi, me dit-il, mais il faut, il faut absolument que nous allions à Paris... dans huit jours tu sauras tout, et tu me pardonneras.

Mon ami était si pâle, je compris si bien qu’une émotion terrible et involontaire le dominait, que je lui tendis la main et m’empressai de boucler ma malle, pour partir le plus tôt possible.

Pas un mot ne fut échangé pendant tout le voyage. Maurice s’était appuyé dans l’angle du wagon que nous occupions ; la tête dans les mains, il réfléchissait profondément, puis il me regardait, me souriait et retombait dans ses méditations.

Enfin nous arrivâmes à Paris : c’était le matin. Nous prîmes une voiture, et, nous étant fait conduire à notre domicile, nous réparâmes le désordre de notre toilette. Puis nous allâmes déjeuner.

– L’heure est venue, me dit tout à coup Maurice. Ne m’interromps pas, il s’agit de Lambert... de cet excellent et honnête M. Lambert. Tiens, lis cette lettre...

Et il me passa une enveloppe qui portait une date ancienne de quatre jours seulement. C’était évidemment le contenu de cette lettre qui avait décidé notre brusque retour.

– Le dernier paragraphe, me dit Maurice

Voici ce que je lus :

« Notre ami Lambert, resté veuf après le terrible accident que vous connaissez, va se remarier. Il épouse Mme Duméril, une veuve qui, dit-on, a quelque fortune. Le mariage se fera dans les premiers jours du mois d’octobre. »

– Eh bien ? demandai-je à Maurice en lui rendant sa lettre.

– Connais-tu cette Mme Duméril ?

– Non, pas que je sache, du moins.

– C’est cette jeune veuve qui se trouvait chez... cet homme, le jour où nous y avons dîné...

Et comme je semblais attendre qu’il continuât :

– Te souviens-tu de ce que je t’ai plusieurs fois répété au sujet de Lambert ?

– Veux-tu parler de tes préventions ? je me souviens parfaitement que tu prétendais ne voir en lui qu’un...

– Qu’un infâme coquin...

– Mais je suppose que tu as abandonné cette opinion, démentie par tant de circonstances ?...

– Si bien démentie que dans quelques heures tu auras la preuve... la preuve, entends-tu bien ? que jamais pire misérable n’a existé.

– Je ne te comprends pas...

– Tu me comprendras. Inutile de te demander si je puis compter sur toi.

– Je voudrais cependant savoir...

– Aie confiance. T’ai-je jamais trompé, et ne t’ai-je pas toujours prouvé jusqu’ici que je voyais juste ?...

L’air d’assurance avec lequel s’exprimait Maurice laissait si peu de prétexte à l’expression d’un doute que je me décidai à me livrer à lui.

– Où allons-nous ? lui demandai-je quand nous sortîmes du restaurant.

– Chez Mme Duméril.

Je sentis que toute question comme toute remontrance seraient inutiles, et je renonçai à deviner son projet.

Chemin faisant, Maurice m’avait appris que, depuis la mort de sa fille, Mme Gérard demeurait chez la jeune veuve, que, d’ailleurs, elle était complètement paralysée et incapable d’aucun mouvement. Seulement l’intelligence était encore vivace, et la vieille dame pouvait parler.

Je reconnus alors que, pendant toute la durée de notre absence, Maurice s’était tenu soigneusement au courant de tout ce qui intéressait Lambert : il n’avait pas quitté le ministère, et notre départ simultané avait même été cause de son avancement rapide. Il était maintenant commis principal à trois mille francs.

Mme Duméril demeurait dans une de ces grandes maisons de la rue de Sèvres qui ont encore conservé les allures hautaines du faubourg Saint-Germain : large porte, large escalier, larges fenêtres, plafonds élevés, de l’air et de la lumière à profusion ; au fond, un jardin. Elle occupait un appartement au deuxième étage, ayant vue sur le jardin.

Maurice demanda au concierge si la veuve était chez elle, et sur la réponse affirmative qui lui fut faite, nous montâmes rapidement. Une servante nous introduisit dans un salon modestement, mais confortablement meublé. Mme Duméril nous reconnut et nous accueillit gracieusement, quoique on pût lire sur son visage une certaine surprise.

C’était une femme de trente ans environ, un peu grasse. Son teint était d’une blancheur de lait, la joue agréablement rosée, l’œil brillant et doux à la fois ; ses cheveux blonds semblaient abondants. En somme, c’était une très gracieuse et, selon l’expression consacrée, une très appétissante personne.

– Madame, lui dit Maurice après que les politesses d’usage eussent été échangées, pardonnez-moi l’indiscrétion de ma demande ; mais est-il
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