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XI


Il n’y a plus à hésiter. Je ne peux plus vivre ainsi. Vingt fois déjà, j’ai passé la nuit au pied du Black-Castle. Vingt fois, j’ai entendu les mêmes voix poussant leurs hou ! lugubres ; vingt fois, à la même fenêtre, j’ai vu sautiller et s’obscurcir les mêmes lumières.

Et puis, j’ai revu, blanchâtre au bout de l’allée, la petite chapelle.

Tout mon être est surexcité. On ne pourra pas m’accuser d’impatience, de précipitation.

Demain ! demain !

XII


Le Black-Castle se trouvait hors de la ville, à deux milles du dernier faubourg. Le parc était spacieux, trois routes se croisaient à l’entrée même de la propriété, puis s’unissaient en une seule, montant vers le nord.

Les trois autres côtés du parc – dont les murs formaient un parallélogramme – donnaient sur des terrains vagues, non cultivés, et, par conséquent, non peuplés.

J’y avais mis de la patience. J’avais apporté moi-même une échelle de corde, garnie de crampons en fer, et je l’avais enfouie au pied du mur d’enceinte. J’avais, bien entendu, constaté d’abord que l’entablement du mur présentait une saillie suffisante pour que mes crochets pussent s’y fixer aisément.

Autre détail important. Car je n’étais pas homme à rien négliger. Il n’y avait à l’intérieur ni jardinier ni chien de garde, – pas une créature vivante.

Une fois déjà, le matin, j’étais parvenu à regarder par-dessus la crête de la muraille, et au pied de la maison, j’avais aperçu une porte vermoulue, entrouverte et laissant entrevoir la première marche d’un escalier. Évidemment c’était un escalier de service, qui – autrefois – était destiné aux domestiques. Car il y a quelque dix ans, la maison appartenait à un gentleman du nom de Richardson, qui était mort subitement quatre mois après sa femme, et qui menait grand train, à ce qu’on m’avait assuré.

Toutes mes mesures étaient bien prises. J’avais une lanterne sourde qui se pouvait attacher à ma ceinture et dont l’ouverture – soigneusement entretenue – ne laissait échapper de lumière que tout juste ce qu’on voulait. J’avais d’abord pris un couteau ; mais à quoi bon ? Un couteau m’avait paru inutile et je l’avais rejeté.

Mes pieds étaient chaussés de souliers épais à semelles d’étoffe, ne faisant aucun bruit...

J’éprouvais un âpre plaisir à passer en revue mon arsenal d’investigateur. J’étais froid et calme ! Au pied du mur j’attendais que six heures sonnassent, car je savais qu’il me restait tout le temps nécessaire pour être – avant eux – dans la maison.

Allons, l’heure est venue ! L’échelle s’accroche au mur, la lanterne est à ma ceinture..., courage !

XIII


Je suis chez moi !... enfin !... je suis rentré en courant, en fuyant. Comment ai-je retrouvé ma route ! il me semblait que j’étais entraîné dans un rhombus vertigineux. Ma tête éclate sous les coups de la harpie migraine. Confierai-je au papier ce que j’ai vu, ce que je sais ! J’hésite, car je ne puis croire moi-même à la réalité de cette scène atroce. Et cependant cela est, j’étais bien éveillé, – oh ! oui, bien éveillé. Maintenant le cauchemar danse dans mon cerveau, dont les parois plient sous cette sarabande comme un plancher mal lié. Étrange cauchemar, en vérité, n’étant que le souvenir d’un homme éveillé, et qui eût souhaité de dormir...

Où en étais-je resté ? Ah ! je sais... J’avais jeté l’échelle de corde sur le rebord du mur, et les crochets avaient trouvé leur point d’appui. Je montai lentement, avec précaution. Puis, arrivé à la crête du mur, j’attirai l’échelle à moi, et je la suspendis, de telle sorte que je pusse descendre. Je faisais tout cela régulièrement, sans me hâter, car je savais que j’avais tout le temps nécessaire.

Je me trouvai dans le parc. C’était, ma foi, assez loin de la maison. Je traversai plusieurs allées, et je dus passer devant la petite chapelle blanche dont j’ai parlé... Là, inconsciemment, je me sentis saisi de nouveau par une impression indéfinissable... le rayonnement de ce monument affectait mes nerfs ; mais je ne m’arrêtai pas. Je tendais à la petite porte que j’avais vue. Je l’eus bientôt atteinte. Je la poussai. Les gonds étaient rouillés, et, en tournant, la porte fit entendre comme un râle, dont l’écho se répercuta dans l’escalier. Car, je ne m’étais pas trompé, il y avait là un escalier. La lune s’était levée de bonne heure, ce soir-là. Et sa lueur blanchâtre, se heurtant contre le cadre de la porte, découpait sur les premières marches un rectangle éclatant. Au-dessus, l’obscurité..., une obscurité en quelque sorte humide. Il me semblait entendre la muraille et le bois des marches craquer sous le rongement de la moisissure, dont l’odeur âcre me prenait à la gorge.

Il y avait longtemps qu’on n’était passé par là. Mais – fait bizarre – par une sorte de révélation intuitive, il me sembla – d’où venait cette pensée qui s’imposait à mon esprit comme une certitude ? – que c’était par là que l’on était sorti. Quand cela ? Je n’aurais su le dire... Cependant j’aurais pu formuler ma préoccupation : Quand s’étaient posés les termes du problème ?

Je sentais – oui, c’était plutôt un sentiment (je dirais presque une sensation) qu’une idée – que la topographie du mystère cherché pouvait se tracer en un triangle, dont la chapelle eût été le sommet et dont la porte que je franchissais et la chambre que j’avais vue éclairée eussent été les deux autres angles.

Je m’engageai courageusement dans l’escalier. Nul bruit. J’entrouvris la lanterne que j’avais détachée de ma ceinture, et je montai. Mes pas ne faisaient aucun bruit. Je comptais les marches, machinalement, uniquement pour obéir au besoin qui me possédait de donner un aliment à mon attention.

Ai-je dit que la maison avait deux étages, sans compter un rez-de-chaussée et un sous-sol ?

J’atteignis le premier étage. Là, je refermai ma lanterne, car une ouverture ménagée dans la muraille permettait à la lune d’éclairer le palier. Je vis une porte à ma droite. Évidemment elle donnait accès dans les appartements. Cependant je m’arrêtai un moment, et je réfléchis.

La fenêtre que j’avais vue éclairée était la troisième, à partir du côté de la maison regardant le parc. Donc il y avait, de l’autre côté de cette porte – qui était là devant moi – une ou deux pièces, éclairées par les deux fenêtres sombres. De plus, sur ces deux fenêtres, je n’avais remarqué aucun reflet de lumière, si léger qu’il fût. Donc, il n’existait pas de communication directe, patente, entre ces pièces et celle que je voulais surveiller.

Ceci me décida. Je cherchai la serrure. Elle s’ouvrait au moyen de ces becs de canne si fréquents dans nos vieilles maisons. Je posai la main dessus et je poussai.

La porte résista. Évidemment elle était fermée en dedans. Mais comment ? je craignis alors d’avoir commencé trop tard et de n’avoir pas le temps de prendre toutes mes dispositions avant l’arrivée de mes hommes.

Il fallait d’abord savoir si la porte était fermée par un double tour ou par tout autre moyen. Il y avait une serrure : je soufflai vigoureusement par le trou, et j’acquis la certitude que la clef n’était pas en dedans. Alors, j’ouvris de nouveau le bec de canne, et appliquant en même temps mon épaule à la hauteur de la serrure, j’appuyai de tout mon effort. Je remarquai alors que la porte cédait dans cette partie depuis le sol. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas de double pêne, mais qu’un verrou au-dessus de la serrure retenait la porte à l’intérieur.

Oh ! je ne fus pas long à avoir raison du verrou. J’avais pris mes précautions. J’introduisis un petit ciseau ad hoc dans la rainure de la porte, et lorsque j’eus trouvé exactement la place où était ce verrou, je fis pénétrer mon ciseau de façon à ce qu’il touchât le plat du verrou ; et, alors, par une série de petits mouvements, faisant levier, je repoussai le verrou dans sa gâche. Je n’étais pas fatigué ; car ce travail n’avait exigé aucun effort, et cependant mon front ruisselait de sueur.

Mais courage ! Je ne suis pas ici pour m’arrêter à des détails de cette nature. Je pousse la porte lentement. Car je crains encore que les gonds ne soient rouillés. Au contraire, ils glissent comme s’ils étaient posés sur une rondelle de velours.

Où suis-je ? l’obscurité est profonde. Ah ! ma lanterne. C’est une vaste pièce, toute revêtue de vieux chêne, sombre et noir. Deux fenêtres. Ceci me rassure. Je n’ai pas besoin d’aller plus loin. Mais, avant tout, une précaution. Comment pénètre-t-on de cette pièce dans celle qui se trouve plus loin. Je promène ma lanterne sur la muraille. Nulle ouverture visible, pas de porte. C’est étrange, en vérité.

Voyons l’ameublement. Auprès de la porte par laquelle je suis entré, une alcôve, un lit de chêne, vieille forme, à baldaquin. Des rideaux en tapisserie, avec une chasse qui court et grimace. Le lit est défait. Comment cela ? Quelqu’un couche-t-il donc ici ? Mais non. Je les soulève, et la poussière forme une raie brune justement à l’endroit où ils se séparent.

Personne ne couche là, actuellement. La chose est claire. Mais pourquoi ce lit n’a-t-il pas été remis en état ? et depuis combien de temps ?

Depuis combien de temps Golding et ses amis se réunissent-ils là ? Il me semble que ces deux circonstances doivent se rattacher l’une à l’autre.

Procédons rapidement à notre examen.

En face de la porte par laquelle je suis entré, un immense bahut de chêne. Ah ! il est plus haut que cette porte. Qui me dit qu’il n’a pas été placé là exprès pour condamner l’issue que je cherche ? Il faudra que je trouve le moyen de vérifier cette supposition. Les fenêtres ? fermées d’épais volets, recouverts de rideaux en tapisserie. Bien. Quelques chaises, des escabeaux. Un bureau dans un coin, et c’est tout. De la poussière, beaucoup de poussière. On n’entre jamais ici. Ceci ne fait plus doute.

Mais j’entends du bruit. Oui, c’est bien la grille du parc qui tourne et grince. Pas un moment à perdre. Je vais à la porte, je la referme, je pousse le verrou, puis je tourne le ressort de ma lanterne. Plus rien, plus une lueur. Je suis seul, nul ne sait que je suis ici. Oh ! comme il fait sombre !
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