Littérature russe








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La carte de l’Europe orientale.



Limites de la plaine orientale. Maintenant quittons l’Europe occidentale avec ses péninsules massives qui s’avancent si loin dans la mer, avec ses golfes qui pénètrent si profondément dans le continent, avec ses baies innombrables et sa frange de rades, avec ses énormes îles, pareilles à des géants sortis du sein des eaux, avec ses hautes montagnes qui barrent les routes et semblent vouloir toucher de leurs cimes neigeuses le ciel, quittons tout cela et tournons-nous vers l’Europe orientale. Quelle différence d’aspect ! Nous avons sous les yeux comme une nappe gigantesque, une étendue de pays tout plat, un tapis qui occupe plusieurs centaines de kilomètres carrés de la Mer Blanche à la Mer Noire, des Carpathes à l’Oural. Si dans l’Europe occidentale chaque peuple a son coin bien déterminé, ici on est frappé de la largeur des horizons, de l’étendue illimitée. La vie historique du peuple russe est née sur la grande voie fluviale qui menait en Grèce. Son habitation dès le début, ne possédait ni portes ni fenêtres ; elle n’avait même pas de murs ; ce n’était qu’une longue galerie ouverte de toutes parts : entre qui veut et quand le maître voulait sortir il n’avait que l’embarras du choix quant à la direction à suivre. Pour transformer une pareille galerie en maison habitable, ayant des murs et des cadenas aux portes, il fallait l’élargir jusqu’à ses frontières naturelles. Celles-ci étaient presque toutes bien loin et l’effort consécutif de plusieurs générations a été indispensable pour en arriver là.

Les chemins du nord et du nord-est étaient les moins difficiles. Le tribus finnoises n’ont presque pas opposé de résistance ; le flot montant de la population russe est parvenu sans difficulté jusqu’à l’Océan Arctique, l’Oural et la Kama ; il a facilement, presque naturellement soumis les populations autochtones et s’est en partie mélangé avec elles. La conquête, si on peut parler de conquête en ce cas, s’est effectuée d’elle-même, graduellement, insensiblement. C’est pourquoi le souvenir en est presque effacé et la mémoire populaire n’a pas gardé un seul nom de héros.

Par contre, le mouvement vers l’ouest a été beaucoup plus difficile. Non seulement la nature y a dressé des obstacles à chaque pas, mais les hommes se sont comportés d’une façon bien différente. Les Lithuaniens et les Polonais se sont opposés à la marche des Russes. Quelque temps après les Suédois, les Allemands et ces mêmes Polonais nous ont barré la route de la Baltique. Ils étaient du reste eux-mêmes désireux d’avancer en sens contraire et s’il est vrai que plus tard l’élément lithuanien a fini par se dissoudre complètement dans le torrent russe, on ne peut pas en dire autant des Polonais. Tout le long de notre histoire nos différends avec la Pologne ont connu des chances variables : „Tantôt notre parti, tantôt le leur s’est courbé, bien des fois sous l’orage1.

Hélas, la „vieille querelle des Slaves entre eux“ n’est pas encore terminée de nos jours !

Du côté du sud-est, comme nous l’avons dit plus haut, la configuration physique du sol rattache la plaine de la Russie d’Europe à la plaine Danubienne, mais ce lien naturel a été rompu dès le début par ceux-là mêmes qui nous avaient déjà barré le route de la Mer Noire, c’est à dire par les nomades d’Asie. Leur pression se faisait sentir surtout au sud et au sud-est, car ils étaient intéressés à ce que la „galerie“ russe restât ouverte de ce côté comme autrefois.

Ainsi le travail d’adaptation des anciennes frontières ethniques aux frontières que la nature assignait à l’homme ne s’effectuait pas partout de la même façon : au nord il s’était accompli facilement et insensiblement ; à l’est, du côté de la Volga et au delà il nécessita des efforts considérables : les Russes n’y pénétrèrent qu’à la fin du XVI-e siècle, aux temps du dernier souverain de la lignée des Riourikovič. À l’ouest, dans la direction de la Mer Baltique, l’effort fut encore plus soutenu : la Russie s’y affermit seulement au commencement du XVIII-e siècle, sous Pierre le Grand, tandis que dans le Sud, sur la Mer Noire, elle pénétra encore plus tard, à la fin de ce même XVIII-e siècle, sous Catherine II. Étant donné que la frontière territoriale occidentale était marquée par la main de l’homme dans une région absolument uniforme, où la nature n’avait pas pu assigner de bornes aux différents groupements ethniques, cette frontière était continuellement exposée à tous les hasards : tantôt elle s’éloignait, tantôt elle se rapprochait. C’est ce qui arrive encore maintenant.

La Russie hors de Russie. À ce que nous venons de dire ajoutons encore une remarque. Les frontières qui, grâce au traité de Riga, ont été établies depuis peu par les bolchéviks entre la Russie et la Pologne „irrédente“ ont de nouveau créé ce que dans le langage de l'ancienne Moscovie s’appelait „la Russie hors de Russie“. Cela signifie que, tôt ou tard, une nouvelle Catherine II doit apparaître pour refaire le travail de jadis, pour réunir à la mère patrie les territoires qui lui ont été arrachés et pour laver l’affront qui a été fait à l’honneur national et à la dignité du peuple.

Les deux poumons. Quelle que soit la gravité de l’atteinte qui nous a été portée par la donation à la Pologne des territoires appartenant à la Russie, le coup qui nous serait infligé si on nous privait du littoral de la Baltique et de la Mer Noire serait encore plus cruel. Ces deux mers sont les deux poumons, au moyen desquels la Russie respire. L’homme peut-il vivre sans respirer ? On nous menace de la constitution d’un état „Ukrainien“ : ce serait pour nous la perte d’un poumon. On veut faire rebrousser chemin à l’histoire, mais ceci ne ferait qu’engager le peuple russe à reprendre la lutte, à se frayer un passage vers le Midi et à s’y consolider. Il est évident que, si la nécessité s’en présente, la Russie n’hésitera pas devant ce devoir, d’autant plus que ce sera pour elle une question de vie ou de mort.

C’est sans le vouloir et sans parti pris que j’ai touché à un des problèmes les plus brûlants de l’actualité : j’ai voulu seulement, en me servant d’exemples tangibles, démontrer l’importance des frontières politiques marquées par la nature et souligner la différence qui existe entre celles-ci et les frontières artificielles fixées par les hommes, surtout quand ils se laissent entraîner par la passion et la soif de vengeance. Renoncer à la Baltique ou à la Mer Noire ou s’accommoder définitivement de la frontière polono-russe actuelle serait non seulement rejeter la Russie au XVII-e ou même au XVI-e siècle, non seulement méconnaître le travail des générations qui nous ont précédés, mais équivaudrait à un démenti formel, infligé à la vérité qu’elles ont soutenue... Ce serait, enfin, refaire toute l’histoire de notre passé, revoir toutes les valeurs établies, renoncer à notre admiration pour bien des personnages historiques qui ont mérité notre dévouement et dont nous gardons dans notre cœur le souvenir reconnaissant.

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