Littérature russe








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III. CE QUI A CONTRIBUÉ À L’AGRANDISSEMENT TERRITORIAL DE L’ÉTAT RUSSE.



Pour qu’un état d’aussi grandes dimensions eût pu se constituer il a fallu encore autre chose que le territoire uniforme qui était là : l’homme a dû prendre une part active à sa construction, en profitant des circonstances propices qui lui étaient offertes. C’est ce que le peuple russe a fait en colonisant le pays. Il fallait également trouver les moyens de locomotion indispensables pour parcourir les énormes étendues que le colonisateur trouvait devant lui dans sa marche vers les frontières naturelles de son territoire : ces moyens étaient fournis par la nature elle-même qui a mis à la disposition de l’homme des fleuves d’une richesse et d’une longueur extraordinaires.

Les fleuves.



Arrêtons-nous sur ce point. Il n’y a pas un autre pays au monde qui possède un système fluvial aussi remarquable que la Russie d’Europe. Le massif du Valdaj présente quatre pentes inclinées vers les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est et l’ouest. Chacune de ces pentes donne naissance à un régime hydrographique particulier. Il y a des fleuves plus ou moins importants, plus ou moins droits ou tortueux ; les uns traversent des lacs et en sortent à nouveau, d’autres ont un cours uni, sans accidents, mais tous ils roulent leurs eaux vers les frontières naturelles de la plaine qui constitue l’Europe orientale, c’est à dire vers les mers. La Volga se jette dans la Mer Caspienne, le Dnĕpr dans la Mer Noire ; la Dvina débouche dans la Mer Baltique et plus précisément dans le golfe de Riga. La Lovât’ jette ses eaux également dans la Baltique (le golfe de Finlande) en passant par le Lac d’Ilmen’, la rivière Volchov, le Lac de Ladoga et la Néva. En outre cette même Lovât’ communique aussi avec la Mer Blanche par la rivière Onĕga, le lac du même nom et une infinité de petites rivières et de petits lacs.

Ainsi quatre mers éloignées, les frontières naturelles de la Russie d’Europe, sont rapprochées par des voies fluviales presque ininterrompues qui connaissent seulement quelque transbordements insignifiants. Le centre est aussi en communication avec les plus lointaines limites de l’état. En outre les bassins de ces fleuves sont riches d’affluents qui s’en vont de tous côtés, à droite et à gauche de l’artère principale, de sorte que le régime des eaux d’une région est en contact avec celui de la région voisine. On peut dire par conséquent que la Russie est couverte d’un réseau hydrographique accompli. Rappelons maintenant qu’il y a mille ans non seulement on ne connaissait pas les chemins de fer, mais même les routes n’existaient pas encore ; les voyages à pied, surtout dans les régions du nord s’effectuaient exclusivement à travers les forêts vierges, les marais et les fondrières ; on peut donc facilement se rendre compte de l’immense rôle civilisateur que ces grands fleuves étaient appelés à jouer, car ils constituaient de véritables voies de communication et servaient au rapprochement de différentes contrées. C’était un vrai don que la nature faisait à l’homme primitif et l’homme a su l’utiliser.

Ce que nous venons de dire au sujet des fleuves de la Russie d’Europe se rapporte aussi, jusqu’à un certain point, à la Sibérie et surtout à la Sibérie occidentale, où les affluents de l’Ob’ se rapprochent sensiblement de ceux de l’Yenisej.

Les fleuves russes servaient de routes non seulement en été et au printemps, mais aussi en hiver. Un écrivain russe, Zabĕlin, dit : „En hiver, au beau milieu des forêts sombres, dépourvues de routes aménagées, on pouvait facilement et librement circuler en suivant le cours d’une rivière congelée qui, tout en faisant des détours et en se repliant sur elle-même, finissait toujours par mener jusqu’au but qu’on voulait atteindre.“ Ce moyen de locomotion est encore en vigueur de nos jours là où il correspond toujours aux conditions locales, par exemple dans les régions situées au delà de l’Oural.

La colonisation.



L’histoire de la colonisation russe ne rentre pas dans le programme du présent ouvrage. Rappelons seulement ce que nous venons de dire plus haut : la colonisation spontanée, œuvre du peuple lui-même, et celle qui a été organisée par le gouvernement se superposaient d’une façon si compliquée qu’il est quelquefois difficile de se rendre compte de la situation : on peut souvent se demander s’il s’agit d’un mouvement populaire soutenu ou provoqué par le gouvernement ou bien de moyens employés par celui-ci, entraîné par celui-là. Cette complexité qui brouille les cartes et qui constitue le trait caractéristique du problème trouve sa pleine confirmation dans les événements historiques.
A. Le Nord.
1. Les premiers pas dans la colonisation du Nord remontent aux temps préhistoriques et se rattachent aux relations commerciales avec l’orient arabe par l’intermédiaire des Bulgares, par la Volga et la Mer Caspienne. Le mouvement partant de Novgorod se propageait graduellement vers l’Est. Les premières colonies furent établies dans la région de la Volga supérieure. Telle est l’origine des villes de Rostov et de Souzdal’.

2. La ligne de Novgorod-Souzdal’ a servi de point d’appui au mouvement ultérieur qui s’est tourné décidément vers le Nord. Cette colonisation qui a acquis au peuple russe la partie septentrionale de l’immense plaine de l’Europe orientale, est, comme la précédente (Rostov-Souzdal’), d’origine exclusivement populaire, d’autant plus qu’à ce moment-là on ne peut vraiment pas encore parler de „gouvernement“ comme d’une force qui dirige et gouverne. Mais aussitôt que l’autorité s’est sentie assez forte pour se mettre à la tête du mouvement, elle n’est pas restée en arrière.

3. Les premiers colons sont des ,,ouškouiniky“, des „povolniky“, des troupes libres, formées de volontaires. Ces hommes arrivaient parmi les indigènes, construisaient des bourgs qu’ils fortifiaient, s’adonnaient à la chasse et à la pêche, recueillaient le sel, le miel et la cire, mais surtout imposaient le „yassak“ et recouraient à la force quand la population indigène refusait de payer. Avec le temps ces incursions en pays étranger furent réglementées : les „ouškouiniky“ se mettaient d’accord avec les autorités de Novgorod, avec lesquelles ils partageaient ensuite leurs bénéfices. Le gouvernement allait encore plus loin : il distribuait aux gens qui étaient à leur service des terres se trouvant en territoire indigène, construisait pour les défendre des places fortes, des bourgs et des remparts. Ainsi, grâce à la collaboration de ces deux forces, le peuple et le gouvernement, tout le Nord fut occupé petit à petit. C’est à ces pionniers-guerriers que Novgorod était redevable de l’agrandissement extraordinaire de ses possessions : ce qui était appelé alors la commune libre de Viatka, avec la ville de Khlynov (la Viatka actuelle) était une véritable région d’immenses dimensions.

4. Au XVe siècle, quand la principauté de Moscou commença à s’accroître, la colonisation eut cette ville pour base et se dirigea vers le Nord. L’occupation des territoires septentrionaux, vue de Moscou, représentait l’affaiblissement de Novgorod, en portant atteinte à son indépendance politique ; c’est pourquoi l’idée en fut accueillie par les autorités moscovites avec empressement. Moscou ne fournit cependant pas son contingent d’ ,,ouškouiniky“ qui furent remplacés par des éléments plus paisibles. Les Stroganov, par exemple, reçurent la région de la Kama supérieure et du Cerdyn’, une contrée qui dépassait les 140 verstes carrées et ils y déployèrent une activité civilisatrice extraordinaire.

5. Les „ouškouiniky“ qui étaient tous, plus ou moins, des guerriers et des aventuriers, étaient suivis de près d’un élément plus paisible, du cultivateur et du trafiquant. Le paysan „se frayait un passage à travers les bois, choisissait les emplacements qui lui convenaient, détruisait par le feu la végétation qui les recouvrait et sur la terre ainsi débarrassée qu’il labourait il faisait ses semailles et établissait ses habitations. Ainsi se formaient les premiers groupes de maisons, les premiers villages construits en bois. On se trouvait bientôt à l’étroit ; alors une partie des habitants se détachait du noyau primitif et allait plus loin, en mettant le feu à de nouvelles étendues boisées et en formant de nouveaux villages et de nouveaux champs.“

6. La région finlandaise, couverte de bois, ne convenait pas seulement à l’agriculture. Elle était aussi riche en matières premières qui pouvaient convenir à l’exploitation. On vit bientôt naître des villages d’un caractère industriel particulier : il y en avait dont les habitants s’occupaient de pêche dans les rivières et dans les lacs, d’autres où on vivait de la chasse au gibier à poil, d’autres encore où on fabriquait le charbon ou le goudron, où on ramassait la résine, le sel ou bien on extrayait le minerai de fer. La ville de Rybinsk était à son origine un dépôt de poisson (ryba) ; la ville de Soligalič dans le gouvernement de Kostroma s’appelait anciennement Sol’ Galitskaja (du mot sol’ = sel) ; les fameux Stroganov (anciennement Struganov) transportaient leurs marchandises sur les rivières au moyen de navires dits „strugy“, d’où leur surnom de Struganov.

7. Les monastères. La colonisation du Nord ne s’explique pas que par des raisons d’ordre purement économique. Des raisons de caractère religieux y ont aussi contribué et ont provoqué la fondation de nombreux monastères. Cette colonisation monastique, tout aussi bien que la précédente, suivait deux voies distinctes : l’un des deux courants partait de Novgorod et l’autre de Moscou et ils se dirigeaient soit vers la Mer Blanche, soit vers l’Océan Arctique du côté de l’Oural. Les monastères pénétraient dans les forêts de Vologda et de Kostroma ; on les voyait pousser au bord des fleuves et des lacs et sur les îles lacustres.

Comment ces monastères se constituaient-ils ? C’était d’abord une cellule solitaire, puis d’autres cellules qui venaient s’y ajouter. D’un effort commun on construisait une petite église ; on travaillait ensemble à abattre une portion de la forêt qui l’entourait. Ensuite on allait demander aux autorités ecclésiastiques locales la bénédiction pour fonder un monastère et au prince de la région l’autorisation d’exploiter ses terres et ses eaux, le droit d’y installer à cet effet des paysans. La place ne manquant pas l’autorisation était facilement accordée : et voilà qu’apparaissaient de nouveaux venus qui construisaient des groupes de maisons et des colonies : la région se peuplait et s’animait. Avec le temps ces quelques maisons devenaient de véritables gros villages et quelquefois des villes. Ainsi les villes de Kirillov sur le Lac Blanc, Kaljazin, Vetlouga, Kašin, Vamavin, Oustjoug et autres étaient à l’origine des monastères, entourés de leurs premiers paysans.

Nous voyons par conséquent que la colonisation monacale entraînait à sa suite la colonisation paysanne, en lui assurant une base : le moine était suivi de près du laboureur, du trafiquant et de l’exploiteur. Il y a eu des cas où, au contraire, c’était le paysan qui entraînait à sa suite le religieux. Ključevskij dit qu’il est quelquefois impossible de démêler „où et quand l’un des deux courants a précédé l’autre“, mais que „le lien entre ces deux mouvements est évident".

Quoi qu’il en soit, dans la colonisation monacale les motifs religieux n’ont pas tardé à se confondre intimement et à jamais avec des motifs d’ordre économique. En effet le monastère grandit et il doit nourrir ses habitants : il organise alors des propriétés rurales, exploite ses abeilles et ses salines, jette les filets dans les rivières et les lacs poissonneux. D’autre part des bienfaiteurs riches, dévoués à l’église, lui font des donations pour le salut de leur âme et transforment petit à petit les religieux en de riches propriétaires fonciers. De son côté le gouvernement accorde l’exemption des impôts, ce qui attire vers ces terres une main d’œuvre paysanne vigoureuse. Ainsi bien des couvents, en s’enrichissant, deviennent des centres influents pour la vie économique de la région. Il en fut ainsi de la fameuse Troitse-Serguievskaja Lavra, des couvents de Kirillo-Bĕlozerskij, Solovetskij, Valaam etc.

8. Le schisme au XVII-e siècle. Pour compléter le tableau de la colonisation du Nord de la Russie, rappelons le raskol, c’est à dire le schisme, qui s’est produit au XVII-e siècle. La réforme religieuse du patriarche Nikone a obligé de nombreux dissidents à chercher un refuge et a ainsi contribué à peupler d’énormes régions couvertes de bois et situées le long de la mer, où furent organisées des propriétés agricoles et des centres industriels, habités par les Pomorey (Vygoretskije skity).
B. Le Sud.
Il n’est pas facile de nos jours de se transporter par la pensée à 400 ou même 350 années en arrière. Actuellement la région où coule la rivière Oka est excessivement peuplée et présente un caractère russe très prononcé ; les villes de Toula, Kolomna, Rjazan’, sont si rapprochées de Moscou, dont elles semblent constituer une banlieue, qu’il est impossible de se figurer les temps où cette même rivière constituait la frontière politique de la Moscovie et, comme telle, portait le nom significatif de Bereg (bord, frontière). Et pourtant il est bien vrai qu’au delà de ce „Bereg“, au delà de cette limite, vers le sud, il n’y avait alors rien qui fût russe. C’était une vaste ceinture de forêts inhabitées et puis une région encore plus vaste de steppes, un véritable océan, ou, comme on disait alors, la prairie sauvage : terre ouverte à tous ceux qui avaient le goût de l’aventure.

Le Russe de ces temps-là était attiré vers le Midi par deux appâts : 1. la richesse du sol qui récompensait plus vite et plus largement que dans le Nord les efforts du cultivateur et, 2. la liberté, l’immensité des étendues qui s’ouvraient à tous les éléments antigouvernementaux, comme les appelle l’historien Solovjev : c’était des gens en état de contumace qui fuyaient, les uns le châtiment qui les menaçait, les autres les lourdes obligations qu’on leur imposaient, les troisièmes l’esclavage, auquel on les avait réduits.

Si même les autorités moscovites avaient voulu s’opposer à cette colonisation spontanée du Midi, elles n’auraient pas pu y parvenir ; du reste elles étaient plutôt disposées à l’encourager, en faisant profiter la collectivité du malheur de quelques-uns. Plus le „Bereg“ s’éloignait vers le sud, et plus le centre se sentait en sûreté et plus il devenait difficile aux Tatares de faire irruption sur le territoire de la Moscovie, en renouvelant les dévastations de Tokhtamys et de Devlet-Guirej.

Et parallèlement à la colonisation spontanée nous voyons celle qui était organisée par le gouvernement : voici les lignes „zasĕčnyja“, les postes avancés, la barrière vivante d’hommes qui devaient veiller à la sécurité des œuvres de défense et avertir le centre, lors de l’approche du danger. Cette colonisation organisée a assumé des proportions considérables à partir d’Ivan le Terrible et a continué à se développer tout le long du XVII-e siècle, en portant les frontières toujours plus loin, vers le sud.

Une fois consciente de sa force, Moscou passe du système des lignes de défense, c’est à dire d’une guerre purement défensive à une guerre offensive. C’est la période de la campagne de Crimée, menée par le prince V. V. Golicine, de celle d’Azov de Pierre le Grand, des expéditions de Münnich et finalement de la conquête de la Crimée. Dorénavant ce ne sera plus le peuple qui entraînera le gouvernement, en le contraignant à des mesures administratives correspondantes, mais ces mesures seront prises, afin de favoriser le mouvement populaire et lui assurer la liberté d’action et la réussite dans la colonisation des pays nouveaux. Telle est l'origine de la Nouvelle Serbie sous Élisabeth, du Novorossijskij kraj, de la colonisation de la Kouban’, des colonies allemandes sur la Volga inférieure dans la seconde moitié du XVIII-e siècle.
C. L’Est et le Sud-Est.
Les territoires situés au delà de la Volga.
La conquête de Kazan’ et d’Astrakhan’ a nécessairement amené un mouvement en avant dans les steppes de la Volga. Les motifs en étaient identiques à ceux qui nous poussaient vers le Midi ; la colonisation spontanée s’est confondue ici comme ailleurs avec la colonisation gouvernementale. Nous pénétrons dans l’intérieur de la région des Baškirs, 34 ans après la prise de Kazan’ nous construisons dans le cœur du pays la ville d’Oufa (1586) ; grâce aux Stroganov nous civilisons la région de la Kama et le lointain pays de Cerdyn’ et dépassons l’Oural. Yermak Timofeievič, cosaque du Don, avec ses compagnons est assurément une figure de hasard dans ces régions, mais l’apparition des Russes de l’autre côté du Kamennoj Poyjass est loin d’être fortuite. Le gouvernement établit dans la partie méridionale de la chaîne de l’Oural des postes militaires formés de cosaques : ce sont les lignes Isetskaja, Orenbourgskaja, Oural’skaja. Ces deux dernières ont conservé leur importance jusqu’à la moitié du siècle dernier, c’est à dire jusqu’au moment où notre avance énergique en Asie Centrale a fini par les rendre inutiles.

La Sibérie.

La colonisation de la Sibérie a marché à pas de géant. Les „zemleprokhody“ russes l’ont traversée d’un bout à l’autre de l’ouest à l’est en une centaine d’années tout au plus. Voici un tableau chronologique de ce mouvement :

1582 fondation de Tobol’sk.

1604 fondation de Tomsk.

1628 fondation de Krasnoiarsk.

1632 fondation de Yakoutsk.

1640—1650 le cosaque Vasilij Piatkov et un des pionniers de l'industrie, Yerofej Khabarov, découvrent le fleuve Amour.

1648—1649 Semjon Deiniev parcourt le détroit de Bering ; il débouche dans l’océan Arctique en suivant le fleuve Kolyma et remonte l’Anadyr’ jusqu’à la mer Okhotsk.

1652 fondation d’Irkoutsk.

1658 fondation de Neréinsk sur la Silka. Cette ville devient bientôt le point de départ de la navigation sur l’Amour.

En d’autres termes : une fois abattue par les armes de Yermak la puissance de Koučoum, il ne nous a fallu pas plus de 20 ans pour dépasser le fleuve Ob’ : encore 20 ans et nous voilà sur le fleuve Yenisej. Le Vilim, un puissant affluent de ce dernier, nous mène presque aussitôt à Yakoutsk. La génération de Yermak n’était pas encore disparue que déjà les Russes naviguaient sur le gigantesque Amour et touchaient le point extrême du continent asiatique, d’où il n’y a qu’un pas jusqu’à la terre la plus avancée de l’Amérique.

Le procès de pénétration du peuple russe dans l’intérieur de la Sibérie s’est effectué en quatre étapes successives.

1. C’est presque toujours le cosaque „zemleprokhod“ qui pénètre le premier dans les terres nouvelles et les parcourt en long et en large. Il est tout à ses recherches, mais il avance le plus souvent à tâtons, se laisse guider par les accidents de la chasse ou par le courant qui entraîne sa barque. Parfois c’est un formidable bond en avant ou de côté qu’il fait et le voilà dans la ville actuelle de Yakoutsk, où il s’établit bien avant la fondation de la ville d’Irkoutsk ; ou bien il se jette vers le détroit de Bering ou sur l’Amour. Il n’y a là ni plan, ni but déterminé.

2. Le cosaque est suivi de près du chasseur qui a pour but l’exploitation des richesses naturelles du pays : celui-ci s’occupe aussi de recherches, mais il ne laisse presque rien au hasard et il a déjà une idée assez nette de la région, où vont se développer ses opérations. En outre sa sphère d’action est beaucoup plus restreinte et plus limitée. Mais ce chasseur est encore un nomade qui ne saurait se fixer nulle part.

3. À côté du chasseur-pionnier nous voyons toutes sortes de déclassés („gouljaščie ljudi“) qui suivent aussi le cosaque-marcheur dans sa course aventureuse. Comme ce dernier ils agissent sans plan et sans but arrêté. Il y en a qui demain deviendront peut-être des cosaques, ou des chasseurs-trafiquants ou bien qui s’établiront définitivement dans le nouveau pays ; ceux-ci se confondront ensuite avec la quatrième catégorie d’immigrants sibériens d’apparition plus tardive, la catégorie des agriculteurs.

4. C’est précisément cette classe, formée par les laboureurs, les „pašennyje ljudi“, comme on disait alors, qui a cimenté la colonisation sibérienne. Cette immense contrée s’est amalgamée de telle façon avec le reste de la Russie, qu’elle a fini par devenir une partie inséparable du vaste Empire Russe.

L'immigration n'est pas une émigration.

Ce n’est qu’en Russie et peut-être aux États-Unis que nous remarquons ceci. Pizarre et Almagro qui ont jeté les bases des possessions espagnoles en Amérique ; les Portugais en Afrique ; les Anglais en Asie, en Australie et en Afrique ; les Hollandais dans l’Afrique méridionale ce sont tous des émigrants, des gens sortis de leur propre pays. Notre colonisation, par contre, est une immigration, la croissance d’un organisme et non pas une scission ; notre territoire s’élargit sans qu’il se produise de déchirure. Il en a toujours été ainsi et cela a duré jusqu’à nos jours.

Ce qui s’est produit à une époque relativement rapprochée à propos du lac Marko-Koul’ est là pour confirmer notre idée. Cette vaste étendue lacustre, très poissonneuse, entourée de terres fertiles a fait partie de l’Empire de Chine jusqu’en 1883 ; mais bien avant cette date le laboureur et le commerçant russes l’ont convoitée. Ils se sentaient attirés non seulement par les richesses naturelles du lac lui-même, mais aussi par les forêts qui l’entouraient, où abondait le gibier à poil, par la fécondité du sol, et par les prairies plantureuses, recouvertes d’une herbe à hauteur d’homme. Afin de prévenir le conflit menaçant il ne restait plus qu’à conférer une forme juridique légale à une mainmise effective : et c’est ce qui s’est produit dans l’année mentionnée, où les gouvernements russe et chinois ont signé un accord, en vertu duquel la région du lac Marko-Koul’ est devenue une possession russe.

Comme la colonisation de l’Amérique du Nord, la colonisation russe ne saurait être identifiée avec l’idée de conquête dans la stricte acception du mot. La colonisation russe a toujours été, plus ou moins, un mouvement spontané : c’était surtout une manifestation des forces agissantes du peuple. Par contre, les conquêtes russes sont le résultat d’actions inspirées par le gouvernement, savamment combinées, étudiées à l’avance et entreprises les armes à la main.

À vrai dire ces conquêtes n’ont commencé qu’à partir de la moitié du XVI-e siècle, après que les khanats de Kazan’ et d’Astrakhan’ avaient été détruits. Elles se sont ensuite interrompues pendant un siècle et demi. Ce que le tsar’ Aleksej Mikhajlovič a repris de force aux Polonais n’était pas une conquête : c’était une rentrée en possession des biens que nous avions perdus jadis. Il serait plus juste de dire que nos conquêtes ont commencé au XVIII-e siècle. Pierre le Grand a conquis les rives de la Baltique ; Catherine II celles de la Mer Noire et la Crimée ; Alexandre I-er la Pologne et la Finlande ; Nicolas I-er le Caucase ; Alexandre II l’Asie Centrale. Mais toutes ces conquêtes datent d’une époque ultérieure, où l’état avait déjà élargi ses frontières au moyen de la colonisation des territoires voisins, s’était renforcé, était devenu dans son essence une grande puissance et possédait les moyens nécessaires pour entreprendre de semblables conquêtes. Mais pendant les premières 700 années de notre existence historique (862—1552) la Russie s’est agrandie de façon pacifique. Ainsi la Sibérie, jadis un pays étranger, peuplé d’aborigènes, était devenue une région russe.

Mais il faut faire une réserve : le mot „pacifique“ ne doit pas être pris au pied de la lettre. Nous l’employons pour souligner la différence essentielle qui existe entre la colonisation russe, œuvre des forces dynamiques du peuple et les conquêtes, dues aux actions entreprises à divers moments par le gouvernement et résultant des guerres soutenues par le gouvernement russe contre les états environnants.

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