Littérature russe








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IV. L’ESPRIT D’EXPANSION DU PEUPLE RUSSE.



Un grand peuple doit posséder un grand territoire. Un grand peuple doit nécessairement posséder un vaste territoire. Dans un pays limité par un horizon étroit il n’y a pas la place nécessaire pour qu’un peuple qui est appelé à devenir grand puisse déployer ses ailes. Les conditions morales et sociales qui, seules, peuvent favoriser l’éclosion de plans grandioses ne peuvent s’y produire et l’esprit de l’homme n’y saurait oser. Ce n’est que sur l’océan en tempête que l’on prend conscience de ses forces : c’est la lutte menée en grande envergure qui permet le développement complet et multiple de toutes les facultés humaines. Là où l’eau est stagnante les forces se replient et finissent par s’atrophier. En présence d’un horizon enfermé de toutes parts et d’une eau dormante l’esprit créateur est forcément privé d’étendue et d’universalité.

Exemples d’expansion. Rappelons l’universalité de l’ancienne Rome ; le vol majestueux de l’Église Catholique avec sa conception du glaive spirituel et temporel ; l’idée que les empereurs allemands du moyen âge avaient du pouvoir et que l’Europe Occidentale a caressée jusqu’au début du XIX-e siècle. Les Arabes ont créé leur grande culture et ont par là contribué à enrichir le patrimoine commun seulement après avoir dépassé les limites de l’Arabie, être pénétrés dans l’Asie Antérieure et avoir poussé bien loin au nord des Pyrénées. L’époque où dans les domaines des rois d’Espagne „le soleil ne se couchait pas“ a été celle de la plus grande activité intellectuelle du peuple espagnol ; par contre, une fois que les frontières de l’Espagne ont été ramenées aux confins de la péninsule Ibérique ce pays est tombé au rang de puissance de second ordre et non seulement dans le domaine politique, mais aussi dans celui de la culture. C’est tout naturel : s’il est vrai que „les grands voyages conviennent aux grands navires“, selon le dicton populaire russe, il est évident qu’un bassin exigu ne peut abriter que des barques légères.

Les deux types d’expansion. Le territoire qui appartient à un état du nombre des grandes puissances peut être une étendue unie ou bien être constitué de parties détachées n’ayant pas de connexion extérieure. L’Europe Occidentale, divisée de tous temps en un certain nombre d’états distincts ne pouvait pas fournir l’étendue nécessaire à l’expansion simple : il a fallu bâtir et consolider l’édifice en incorporant des régions situées hors d’Europe. L’exemple en avait été donné jadis par l’ancienne Grèce qui avait disséminé partout dans le vaste monde ses nombreuses colonies. Si, à un certain moment, la parole des rois d’Espagne avait été d’un poids réel dans les rapports internationaux, grâce aux dimensions des territoires qui leur appartenaient, l’Angleterre de nos jours perdrait une grande partie de son importance si elle était privée de ses dominions ou de ses colonies dans les différentes parties du monde. La France, en vouant toute son attention à ses colonies d’Afrique et d’Asie, suit le même chemin. Le coup le plus formidable qui a été porté à l’Allemagne à l’issue de la Grande Guerre n’est pas la reprise de l’Alsace ou de Poznan, mais l’enlèvement de ses colonies africaines. Voilà pourquoi les peuples qui possèdent un esprit vigoureux et qui ont la conscience d’une force dépassant leurs moyens actuels cherchent à s’épancher au dehors, soit en s’agrandissant à l’étranger, comme le peuple italien, soit en tendant toutes leurs forces du côté de la mer, afin de s’assurer un libre débouché, comme c’est le cas pour le peuple yougoslave trinitaire.

Mais l’histoire connaît d’autres pays qui n’ont pas suivi la voie de la colonisation d’outre-mer, car ils n’en avaient pas besoin : ces pays sont la Russie et les États-Unis d’Amérique.

La Russie. Le flot du peuple russe, dans son continuel mouvement s’est répandu jusqu’aux bords de la Mer Baltique, de la Mer Noire, et de l’Océan Glacial ; en escaladant la chaîne du Caucase il est parvenu jusqu’au haut plateau de l’Arménie, s’est arrêté aux pieds du Pamir, de la chaîne de l’Altaj et aux abords de l’Océan Pacifique. Les Russes allaient toujours de l’avant, mais ils n’émigraient pas comme les peuples d’Europe Occidentale, ils ne perdaient jamais le contact territorial avec leur patrie. La Russie n’a jamais eu de colonies et n’a jamais été une métropole. Le mouvement en avant du peuple russe a formé une bande interrompue, un véritable tapis qui s’étendait de la Vistule et le Pruth jusqu’aux extrêmes limites de la Kamčatka.

Les États-Unis d’Amérique. Il en est de même des Américains du Nord qui se sont répandus en masse compacte sur toute la surface de leur continent sans rencontrer dans cet immense espace d’obstacles sérieux et en constituant un puissant état. La croissance de cet organisme n’est évidemment pas encore terminée : les Américains du Nord ont déjà pénétrés dans l’Amérique Centrale et ont commencé à la submerger ; ils ont attiré dans leur orbite le Panama et le Honduras ; leur présence se fait sentir au Mexique. À ce propos il faut remarquer que l’Amérique Centrale ne constitue pas un monde à part, mais elle est une continuation géographique naturelle de l’Amérique du Nord avec laquelle elle est contiguë et dont elle ne diffère point. C’est dans cette fusion territoriale que se trouve le gage le plus sûr du triomphe de l’expansion américaine.

Quant aux possessions insulaires des États-Unis la chose est quelque peu différente et si les îles Sandwich se trouvent encore dans la sphère d’influence géographique de la République Américaine du Nord, les Philippines sont déjà tout à fait en dehors et peuvent par conséquent être facilement perdues. La menace du Japon se fait déjà sentir.

La Rome antique. Ressemblances et diversités. Il y a des traits qui rapprochent la Russie et les États-Unis de l’ancienne Rome, mais l’universalité de cette dernière est issue de conditions qui ne ressemblent qu’en partie à celles de la Russie et des États-Unis. La base sur laquelle reposait Rome n’était pas la terre ferme, mais la mer, ou, pour mieux dire, le littoral de la Méditerranée. En outre Rome a fait son apparition sur l’arène de l’histoire à un moment où l’Europe entière, à l’exclusion peut-être de la Grèce, se trouvait encore plongée dans un état voisin de la barbarie, de sorte que les Teutons, les Bretons, les Belges, les Gaulois et les Ibères de ces temps-là ne pouvaient pas opposer aux légions romaines, avec leur technique perfectionnée et leur culture, la même résistance qu’elles rencontreraient actuellement de la part d’organismes politiques tels que l’Allemagne, l’Angleterre, la France ou l’Espagne.

Il y a encore une différence à signaler. Tandis que les Romains, avant de paraître sur la scène historique mondiale, ont travaillé pendant plus de quatre siècles (753—343) à se consolider dans des limites géographiques très restreintes qui n’allaient pas au delà du Latium, le peuple russe, dès les premiers pas de son histoire, a débordé dans d’immenses plaines quasi-désertes. Sur les rives du Tibre les hommes se sont habitués de bonne heure à agir en commun ; la vie y était intense comme dans une fourmilière ; on y élaborait d’un commun accord les rapports sociaux, on éduquait le sentiment du devoir civique ; des mesures législatives strictement déterminées empêchaient tout écart et toute action arbitraire ; chacun savait pertinemment ce qui était permis et ce qui ne l’était pas. La personnalité était entièrement soumise à l’état et l’idéal de tout citoyen était de devenir un bon serviteur de l’état.

Par contre, dans les vastes plaines de la Russie, l’homme a longtemps été abandonné à lui-même. L’état s’est constitué lentement et la personnalité s’est développée presque sans freins, en considérant l’état non comme un idéal, mais plutôt comme une entrave. De là l’apparition des „ouškouinikis“, des cosaques et des paysans vagabonds.

L’esprit latin et l’esprit slave. Tout ceci a produit la différence profonde qui existe entre le caractère de ces deux races. L’esprit latin, en s’élaborant, est devenu austère, rigoureux, avec un penchant très prononcé vers la raison, tandis que l’esprit slave ne connaît pas la méthode, laisse parler son cœur et est souvent entraîné par l’enthousiasme. Le premier a été élevé dans le culte du devoir et de la discipline ; le second se laisse aller à la fantaisie du moment et est enclin à considérer la discipline comme un affront personnel. Il en est résulté que l’état romain a atteint une extraordinaire solidité ; son effondrement ne s’est produit que lorsque le génie romain est arrivé à son déclin, après avoir donné au monde le spectacle admirable d’une apothéose. Par contre, l’empire de Russie a fait naufrage au moment culminant de sa puissance et le peuple russe doit maintenant bâtir à nouveau.

Encore quelques mots sur ,,l’impérialisme“ russe. En parlant de la tendance du peuple russe à l’expansion il faut revenir sur la question de „l’impérialisme“ russe. Quand nous avons parlé de la pénétration russe en Asie nous avons déjà eu l’occasion de dire qu’il serait erroné d’attribuer ce mouvement à un penchant vers l’impérialisme. Il y a ici lieu d’élargir notre champ d’observation.

L’impérialisme a des points communs avec le chauvinisme ; il dénote une désir continuel de posséder toujours plus, d’accaparer toujours de nouveaux territoires, de nouveaux marchés, une soif de domination qui est toujours prête à assujettir des états plus faibles sans tenir compte de leurs intérêts, en créant ainsi un éternel foyer de mécontentement et de révolte. Napoléon I-er et Guillaume II, voilà des impérialistes. Ce qui se passe dans la péninsule apennine c’est de l'impérialisme encore. Mais la Russie n’a jamais connu un impérialisme pareil, si ce n’est qu’une seule fois, par exception, et encore par une fausse interprétation d’un point de vue. Nous entendons parler de l’annexion de certains territoires de la couronne de Pologne sous Alexandre I. La Russie en a été du reste cruellement punie. L’épine qu’elle s’est plantée elle-même dans le corps n’a pas cessé de la faire souffrir pendant tout un siècle. Et la Russie n’a pas encore fini de purger son crime : nous voyons des provinces éminemment russes que les bolchéviks ont jetées en proie à la vengeance polonaise, nous ressentons le joug humiliant et la persécution de tout ce qui en Pologne porte un nom russe.

Répétons : la Russie, dans l’ensemble de son peuple, n’a jamais connu l’impérialisme. L’agrandissement de son territoire national a été un phénomène imposé par les circonstances et s’est presque toujours produit d’une façon irrésistible : très souvent ceux-là mêmes qui conduisaient consciemment le peuple russe à l’élargissement de ses domaines territoriaux se rendaient parfaitement compte des inconvénients et des dangers que présentait cette manœuvre, mais ils n’avaient pas le choix.

La croissance extraordinaire du territoire russe a été déterminée par deux facteurs principaux : 1. la nécessité d’une légitime défense à l’Orient et, 2. le besoin d’assurer au peuple un courant d’air respirable à l’Occident et dans le Midi. Si la Russie ne s’était pas mise en sûreté du côté de l’Asie, si elle ne l’avait pas repoussée en la mettant dans l’impossibilité de nuire au paisible progrès du peuple russe et si en même temps elle ne s’était pas assuré l’accès à la Mer Baltique et à la Mer Noire elle aurait péri par étouffement dans le centre de sa plaine de l’Europe Orientale, acculée aux peuplades asiatiques et dans l’impossibilité de se frayer un passage pour prendre part à la vie historique mondiale. Dans ces conditions peut-on dire que la poussée russe vers ces deux mers fût le résultat d’une politique impérialiste ?

Ainsi nous voyons : d’un côté les nomades de la steppe et de l’autre une barrière qui empêche tout rapprochement. La steppe houleuse, si semblable à la mer, aussi inconstante et agitée qu’elle, risquait d’absorber par le vide le peuple russe qui aurait pu périr, comme on périt en mer, tandis que la barrière d’Occident, si elle n’avait pas été démolie à temps, aurait contribué à transformer la Russie Européenne en Russie d’Asie.

Du reste nous considérons souvent à la légère le partage de la Pologne et le confondons avec l’annexion des terres polonaises, en oubliant la différence qui existe entre la politique de Catherine II et celle de son petit-fils l’empereur Alexandre et en leur attribuant les mêmes intentions et une même idée générale. C’est là une grave erreur. Catherine n’a pas partagé la Pologne : elle n’a fait que ramener dans le sein d’une mère commune les régions qui depuis des temps immémoriaux étaient peuplées de Russes ou de tribus russifiées : elle mettait en pratique la théorie de „la Russie hors de Russie“ qui depuis Ivan III faisait partie du programme politique russe, transmis de génération en génération. Peut-on appeler cela de l’impérialisme ? Dans ce cas les rois de France avec leur Guerre de Cent Ans pour la délivrance ces provinces françaises du joug anglais étaient aussi des impérialistes. Et le roi du Piémont a aussi fait preuve d’impérialisme en chassant les Autrichiens de l’Italie du Nord à laquelle il a donné la possibilité de vivre en une patrie commune avec les autres peuples de la péninsule apennine.

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