Littérature russe








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V. À LA RECHERCHE D’UN CENTRE POLITIQUE.



L’état russe, né et grandi dans des frontières qui par leur propre nature étaient incertaines et instables, longtemps n’a pas su trouver son propre centre de gravité, son pivot politique. Il y a à cela une double raison : 1. l’étendue du territoire national qui s’est imposée dès les premiers moments, et, 2. l’absence de frontières naturelles.

Dans l’Europe Occidentale c’est justement le contraire qui s’est produit : dans la plupart des états le centre politique a été trouvé d’emblée et a persisté à se maintenir dans la localité primitive. Ceci grâce au fait que les territoires de dimensions relativement exiguës étaient pourvus de frontières naturelles : il y avait là précisément ce qui faisait défaut en Europe Orientale.

Nous en avons un exemple frappant en France, où, du temps des Romains, on a vu apparaître sur les rives de la Seine l’ancienne Lutèce. En devenant avec le temps Paris, cette ville a présenté et présente encore l’aspect d’un véritable îlot (Île de France), se dressant au milieu d’une multitude de villes et de villages français : c’est là le véritable centre où convergent les regards du pays entier. Un phénomène à peu près semblable s’est produit en Angleterre, au Danemark, en Suède, en Belgique avec leurs capitales : Londres, Copenhague, Stockholm et Bruxelles.

Si en Allemagne ce n’est pas tout à fait la même chose c’est que l’unification politique du peuple allemand, ou pour mieux dire, la nécessité de trouver un centre politique unique ne s’est fait sentir qu’à une époque plus récente. Même de nos jours l’Allemagne ne constitue pas une puissance souveraine unique : elle est encore, comme autrefois, un conglomérat d’états disparates alliés. Aux temps où les empereurs allemands étaient élus et où il y avait des dynasties rivales, le centre politique devait nécessairement être mobile et changer souvent de place. Au XVI-e siècle il s’était établi sur les rives du Danube à Vienne, mais depuis plusieurs dizaines d’années il s’est transféré à Berlin. Y restera-t-il ?

L’Espagne présente une certaine analogie avec l’Allemagne. Madrid est la capitale unique des temps modernes, mais autrefois la péninsule Ibérique était divisée en plusieurs provinces indépendantes et naturellement chacune d’elle avait son centre particulier. Mais depuis que ces provinces se sont fondues en un seul pays elles ont fini par trouver un noyau politique commun.

Ce que nous venons de dire à propos de l’Europe Occidentale ne fait que relever les particularités opposées de l’Europe Orientale. L’aube de l’histoire russe se lève sur une étendue territoriale immense : dans le Midi elle touche Kiev, si nous laissons de côté à dessein les rives nord-ouest de la Mer Noire (peuplées jadis d’ouliči et de tiverci) ; au nord elle arrive jusqu’au lac de Ladoga, au nord-est aux forêts vierges finnoises et la ville de Rostov. Et ce n’est que le point de départ. Presque aussitôt les frontières s’élargissent : à l’ouest de Kiev elles se rapprochent de la Galicie, à l’est du détroit de Kerč, au nord et au nord-est elles englobent le bassin supérieur de la Volga et tout le Nord de la Russie actuelle avec les plaines marécageuses sur les bords de l’Océan Glacial.

Toute cette énorme surface constitue un seul état. Il y avait, il est vrai, plusieurs provinces et plusieurs principautés, mais chacune avait la conscience d’appartenir à une seule grande unité politique. Ni les discordes, ni les rivalités ne parvenait à faire oublier cela, d’autant plus que ces discordes et ces rivalités éclataient le plus souvent entre les princes et non pas entre les principautés.

L’ensemble des terres russes a été envisagé longtemps au point de vue des caractéristiques ethniques : l’unité de race, la communauté de langage, la similitude de mœurs et de religion. Ce n’était pas l’unification politique qui déterminait cet ensemble, d’autant plus que l’état était embryonnaire et se trouvait en présence d’obstacles résultant de la dimension du territoire : ce n’était pas facile de trouver un centre dans une pareille étendue.

Les premières tentatives dans ce sens ont été faites naturellement sur la voie fluviale conduisant en Grèce : c’est là qu’ont été ressenties les premières impulsions à l’unité politique et la vie du peuple y était la plus intense. Mais la région traversée par cette voie fluviale était encore trop vaste pour être gouvernée par un seul prince ; en outre l’intensité de la vie qui y régnait contribuait précisément à ce que la lutte entre les intérêts opposée y fût plus âpre et plus implacable qu’ailleurs.

La sourde rivalité entre Novgorod et Kiev, mal éclairée par les documents historiques, dura longtemps : chacune de ces deux villes voulait être le centre du pays. Kiev fait pencher la balance de son côté, mais Novgorod n’abandonne pas la partie et défend ses positions jusqu’à la fin du XV-e siècle. Les efforts de Novgorod pour résister au courant qui menaçait de l’entraîner dans l’orbite d’une vie étrangère, celle de Kiev d’abord et de Moscou ensuite, retardèrent la solution du problème concernant le choix du centre politique. Dans sa lutte pour l’indépendance Novgorod se faisait forte des particularités de son organisation politique et de la situation géographique occupée par son territoire.

Toutefois Kiev n’a pas joui longtemps des fruits de sa victoire : l’invasion des Polovci, en menaçant de destruction tout le Midi de la Russie, a bientôt montré que Kiev ne pouvait pas être le centre vital du pays. La voie fluviale menant en Grèce et dont Kiev commandait les abords était devenue un véritable couloir de passage. Les Obres et les Avares, les Polovci et les Varègues, les Polonais et les Lithuaniens et plus tard encore les Allemands et les Suédois, tous ont tenté de s’en rendre les maîtres, tous ont saccagé les habitants, ont violé leur liberté, ont imposé des tributs, ont emmené des captifs. Le jeune organisme politique était encore faible et ne pouvait pas se défendre efficacement. Comment l’ordre aurait-il pu triompher au milieu des luttes et du désarroi créé par le contraste d’intérêts divergents ? La situation géographique de Kiev rendait cette ville organiquement incapable d’assimiler les différents peuples et d’en constituer un état russe unique.

Alors l’esprit du peuple russe s’est tourné ailleurs et a cherché à tâtons un autre point de repère. Il a jeté les yeux sur Halič, sur Volyn’, avant d’arrêter ses regards sur Moscou. Mais Halič et surtout Volyn’ étaient en contact trop proche avec les terres environnant le Dnĕpr et ne pouvaient par conséquent pas non plus remplir le rôle qu’on voulait leur assigner ; du reste elles étaient trop exposées à la menace des Polonais, des Hongrois et plus tard des Lithuaniens.

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