I un principe de dénomination








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III LE PRÉ - FAUVISME



Deux artistes vont créer le fauvisme - Henri Matisse et André Derain -, mais au départ, ils travaillent de manière indépendante.
1/Matisse (1869-Nice1954)

En 1891, il s'était inscrit à la célèbre Académie Julian que dirigeaient Bouguereau et Ferrier, deux peintres officiels et académiques dans leur peinture et leur enseignement, afin de préparer l'entrée à l'Ecole des Beaux-Arts. Matisse sera déçu par l’enseignement de l'Académie Julian où les thèmes picturaux étaient ceux de la peinture d'histoire, et le style léché. En même temps, il suit les cours du soir de l'Ecole des Arts décoratifs. Gustave Moreau y remarque Matisse alors qu'il peignait et lui propose de suivre librement ses cours à partir de 1893 à l’Ecole des Beaux-Arts. L’enseignement fondamental de Gustave Moreau tendait à considérer que chaque élève devait découvrir par lui-même sa propre personnalité artistique, plutôt que de suivre les règles transmises par l'Académie.
ŒUVRE : Matisse, La desserte, 1897, peinture
A l’initiative de Moreau, cette œuvre sera présentée au salon de la Société nationale en 1897. Le sujet et la facture sont de style impressionniste. On note un emploi de touches juxtaposées avec lesquelles les Impressionnistes rendent vibrante la surface picturale, dans une rupture totale avec le côté léché de l'art académique.
En 1901 et 1903, on remarque une phase de transition chez Matisse. Il explore divers thèmes, il digère lentement des influences multiples. Il s’agit d’une période de maturation.

2/ L'Ecole de Chatou : Henri Derain (Chatou, 1880-1954) et Vlaminck (Paris 1876-1958)
Derain rencontre Vlaminck dans un train au cours de l'été 1900. Ils ont le même âge (20 et 24 ans). Le lendemain, ils se retrouvent pour peindre. Ce fut probablement la première fois que Vlaminck montrait son travail à un autre peintre. Vlaminck est habité par un esprit révolutionnaire anarchiste. Il lit Zola, Marx et Kropotkine. C’est une période où existait en France une escalade de l'agitation ouvrière dans les régions rurales et en ville. Tous deux adhèrent à l'esprit des sympathisants anarchistes du début du siècle parmi lesquels se trouvaient nombre de néo-impressionnistes.

Hiver 1900-1901 : Derain et Vlaminck partagent un atelier dans un restaurant abandonné de l'île de Chatou, en banlieue parisienne. Derain y trouve une nouvelle liberté. Ces deux peintres sont autodidactes, ils n’ont pas suivi de véritable enseignement artistique. Ils explorent des thèmes liés à l'activité des bords de Seine, c’est-à-dire qui traduisent une vision du monde différente de l'impressionnisme. Le dynamisme et l’activité s’opposent à la passivité et à la nonchalance. Ils veulent transmettre une vision brute de la réalité.
OEUVRE : Derain, Paysage à Chatou, 1901-1902, peinture

Le thème correspond à l’activité des bords de Seine qui traduit une vision du monde différente de l’Impressionnisme. C’est une œuvre à mi-chemin entre l'observation et l'imagination. La touche est énergique, et les couleurs expressives.
Entre 1902 et 1904, Derain fait son service militaire

L’année 1904
Au cours de l’été 1904, Matisse est à Saint-Tropez auprès de Signac.
Signac est le père du néo-impressionnisme, un mouvement qui est à la fois une théorie (le divisionnisme – division de la lumière blanche par le spectre selon un point de vue scientifique) et un procédé (le pointillisme – petites touches de couleurs, comme des points, juxtaposées les unes à côté des autres). Signac s’appuie sur le texte du scientifique Chevreul, Loi du contraste simultané des couleurs et du mélange optique, paru en 1839. A Saint-Tropez, Matisse réalise une peinture dans l’esprit du néo-impressionnisme :
OEUVRE : Luxe, Calme et Volupté, 1904, Matisse, huile sur toile, conservée au musée d’Orsay
- Titre emprunté à un poème de Baudelaire (L'invitation au voyage), poète de la sensibilité moderne.

- Mise-en-œuvre d'une technique divisionniste et thème inspiré de l'idéal utopique de cette école. Matisse réfléchit sur l'harmonie du rapport entre la vision intérieure et la réalité physique du motif.

- Touches à la Signac. Les néo-impressionnsites optèrent pour le coup de pinceau le plus anonyme possible. Aucune ligne de contour n’est présente. La couleur s'éloigne de la nature ; elle ne reproduit pas le réel.

- L’apport personnel de Matisse : l’emploi de couleur violente et d’une facture rigoureuse engendrent une force qui contrebalance la sérénité de la scène.
Automne 1904

Derain revient du service militaire. Ce n'est probablement que cette année-là que Matisse découvre les peintures des deux jeunes peintres de Chatou, ce qui dut le conforter dans ses recherches. Des échanges entre Matisse et Derain naissent à ce moment-là.
OEUVRE: Derain, La Seine au Pecq, hiver 1904-1905, peinture
C’est la première toile où l'on peut parler de vraie révolution plastique. Il y a transposition. Il s'agit de traduire la sensation d'une chose perçue. Il faut remarquer la perspective plongeante (vue de dessus). La construction de l'espace par la couleur se situe dans un abandon du ton local. Chaque couleur existe par rapport à sa complémentaire. L'opposition des couleurs donne le sens du langage plastique. La lumière est dans la couleur. La dysharmonie favorise la force de l’expressivité.
IV - L’ EPANOUISSEMENT DU FAUVISME DE 1905 à 1907
Au cours de l’été 1905, Derain et Matisse partent à Collioure, près de la Méditerranée, où ils s’installent tout l’été. Cette période va être celle d’un intense accomplissement. Les deux peintres travaillent vraiment ensemble, ils forment un collectif. Une de leur découverte, cruciale, porte sur la façon dont les couleurs mêmes pouvaient projeter la lumière, sans recourir aux contrastes de tons ni aux mélanges optiques. La question principale — le véritable sujet d'inquiétude — étant de savoir jusqu'à quel point il était impossible de laisser dominer la couleur, de lui soumettre la peinture.


  • MATISSE


Toutes les toiles que Matisse peint à Collioure traitent de la substance même des choses. Les éléments de la nature revêtent une densité et une substance non naturelles.
ŒUVRE : Matisse, La Moulade, été 1905, peinture
La Moulade est une plage de Collioure. La gamme chromatique est différente de sa période néo-impressionniste. Les touches sont séparées : Matisse abandonne la touche divisée. Aucune trace de dessin ne se remarque. La construction existe par la couleur seule, et le chromatisme acquiert de la liberté car il est moins contrôlé. La surface se met à vibrer, à papillonner. La falaise est rose car cela renvoie à la chaleur et à la lumière du matin. Le sol est bleu-vert car il s’agit d’un espace d’ombre et de fraicheur. La lecture de cette œuvre est possible par la vérité des couleurs sans recherche de rendu scientifique (le mélange optique de Chevreul qui est utilisé par les néo-impressionnistes).
OEUVRE : Matisse, Fenêtre ouverte à Collioure, été 1905, peinture
On remarque un mélange de pointillisme et d'aplat. Le dessin est renforcé par rapport à La Moulade. Matisse applique le principe d’égalité en traitant le premier plan et l’arrière plan du tableau, avec les mêmes touches séparées (elles ont toutes la même taille), ce qui place l’ensemble de la toile au même niveau. L'abolition de la perception traditionnelle de la distance séparant la toile et le spectateur constitue précisément l'une des caractéristiques du fauvisme. Pour le chromatisme, le vert domine à gauche, le violet, à droite : il s’agit de deux couleurs complémentaires qui font sens par leur juxtaposition. Ainsi, en effet, la lumière est à droite, l'ombre à gauche
ŒUVRE : Matisse, La Sieste, été 1905, peinture
La gamme chromatique dominante correspond au rouge et au vert qui sont des couleurs complémentaires. Matisse privilégie l’évocation d'ensemble plutôt que le détail, car il recherche à traduire une harmonie. Certains détails sont ainsi laissés sous silence. Pour la lisibilité, la couleur devient ligne. L’intérieur et l’extérieur sont traités à l'identique. Nous ne sommes pas non plus dans la représentation de la mimesis. La femme sur le balcon ne porte pas une robe rouge, mais elle est peinte en rouge, une couleur chaude, qui traduit la sensation de chaleur ressentie sur le balcon. C’est l’heure de la sieste, il fait chaud. Dans la chambre, il fait frais, la couleur dominante, le vert, est une couleur froide. On lit le tableau par le langage même des couleurs. L’artiste cherche à traduire l’immuable d’un instant
- DERAIN
OEUVRE : Bâteaux à Collioure, Derain, été 1905, peinture
Derain privilégie très souvent les vues plongeantes, ce qui permet une construction étagée et donc l’affirmation du plan de la toile. Il intègre des lignes et des aplats même dans ses toiles les plus "confettis".

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ŒUVRE : Bâteaux dans le port, Collioure, le cheval blanc, Derain, été 1905, peinture
Les couleurs pures explosent. Pour le personnage nu situé à droite, le blanc de la toile est utilisé en tant que tel. C’est ce que l’on appelle la réserve (quand le peintre laisse visible la toile vierge). Cela structure les touches séparées et établit entre elles un jeu relationnel. Nous éprouvons la sensation du rougeoiement d'une fin de journée. Derain et Matisse peignent en effet à divers heures du jour, et cherchent à traduire la sensation des choses à un moment donné. Les couleurs sont saturées : la masse dense, paisible et lourde de la mer met tout ce qui l'entoure comme en état d'apesanteur. Le traitement général et sommaire, il est parfois très radical (voir le traitement du cheval : objet et espace de représentation se fondent puisque la réserve de la toile est utilisée).

ŒUVRE : Le port de Collioure ( le cheval blanc), Derain, peinture
Derain assume le caractère subversif du non fini (non finito) traditionnel par rapport à la pratique académique du léché. Le blanc de la toile en réserve jette autant de lumière que les touches de couleur. Il détient un caractère subversif dû au non fini intentionnel par rapport à la pratique académique du léché. En haut à droite, on observe une légère tache qui renvoie au cercle chromatique. Le blanc de la toile jette autant de lumière que les touches de couleur. La spontanéité apparente de nombreuses œuvres laisse supposer qu'elles furent brossées en un tournemain, dans un moment d'inspiration subi, alors qu'elles furent parfois longuement retravaillées.

1905 : LE SALON D'AUTOMNE
Cette exposition représente le plein épanouissement du mouvement. C’est à cette occasion que le terme « fauvisme » est créé, à l’initiative d’un critique d’art, Louis Vauxcelles, qui écrira : "Donatello au milieu des fauves". Il trouve que les couleurs rugissent. Matisse et Derain exposent dans la même salle.
ŒUVRE : Portrait à la raie verte, Matisse, automne 1905, peinture
Il n’y a aucune mimesis. Matisse disait que ce qui l'intéressait le plus, c'était le portrait. Cette peinture transpose le langage plastique du fauvisme dans le thème du portrait. Le fauvisme prouve ainsi qu’il est un langage autonome. Matisse triomphera par un succès de scandale. Les bourgeois sont choqués, alors qu’en vérité, ils ne comprennent pas que la peinture affirme son autonomie par la couleur et qu’il s’agit d’une transposition chromatique dont les relations de teintes sont savamment étudiées. On quitte définitivement la représentation pour l’image. Le caractère hiératique de l’image lui permet d’exister frontalement, comme une icône.

(Voir le jeu des couleurs, couleurs primaires, couleurs secondaires, couleurs complémentaires, couleurs froides, couleurs chaudes : il en résulte en vérité un équilibre parfait, une harmonie, et non pas un côté criard).
Hiver 1905-1906 : Derain à Londres
1904 voit l’entente cordiale franco-anglaise.
Derain cherche la manifestation des formes dans la lumière. Londres lui propose un sujet proche de ce qui l'intéresse (la vie au bord de la Seine, la vie au bord de la Tamise). C’est un sujet de la vie moderne, de Chatou à Londres. Il s'éloigne d'une sensualité trop directe pout tendre à une équivalence plus subtile. Les couleurs froides vont dominer.
OEUVRE : Derain, Pont de Charing Cross, 1906, peinture

Construction avec une courbe qui unifie l'ensemble des parties de la composition. Courbe et horizontale. La couleur se répand.

MATISSE
OEUVRE : La Joie de vivre, Matisse, 1906, collection Du Dr Barnes, peinture
Cette oeuvre sera présentée au Salon des Indépendants. Le thème renvoie à Cézanne, aux Grandes Baigneuses. Cette peinture conjoint les deux thèmes classiquement opposés de la Bacchanale et de la Pastorale, et donc l’élan dionysiaque et la paix apollinienne. On observe une arabesque stylisée et un ton pur. Le thème de la danse renvoie aussi à la danseuse Isadora Duncan, la plus célèbre des danseuses de la nouvelle vague, qui dansait pieds nus. Le tableau renvoie à l’idée de danse sacrée. Etre triste est un péché : il faut célébrer la joie de vivre par la danse.


La libération de la couleur qui naît avec le cubisme trouvera un déploiement plus particulièrement important après la seconde guerre mondiale, dans le cadre de l’expressionnisme abstrait américain, entre autres exemples. Le peintre Marc Rothko a ainsi beaucoup regardé Matisse. Mais la génération punk a également regardé Matisse dont La femme à la raie verte, qui incarnait alors l’insoumission eu égard aux conventions et aux normes.

2. CUBISME : 1908-1913

Le cubisme poursuit la naissance des avant-gardes à Paris, capitale où la création artistique est alors la plus riche, la plus novatrice et la plus célébrée.

I Les Demoiselles d'Avignon, PICASSO, 1907 : Un emblême de la modernité
ATTENTION ! Cette célèbre peinture de Picasso précède le cubisme, mais ne l’incarne pas. Elle présente plusieurs langages plastiques, alors que ce qui donne de la cohérence à un « isme », c’et la cohérence, et l’unicité d’un même langage plastique.


  • Date : la peinture est commencée au cours de l'hiver 1906, et laissée en état pendant l'été 1907. On connaît de nombreuses esquisses qui retracent histoire de cette peinture. Picasso les a réalisées avant de se consacrer entièrement à cette peinture.

  • Le titre : Le poète Max Jacob avait au départ donné un titre au tableau de Picasso : Le bordel philosophique (à Barcelone, il existe la rue d'Avignon qui est la rue des bordels). Le titre renvoie au thème des prostitués, ce qui n’est pas novateur. Pensons à Toulouse-Lautrec, Degas, etc. Mais pourquoi philosophique ? Sur une première esquisse, on pouvait voir un jeune homme entrant qui portait dans ses mains une tête de mort. Picasso s’intéresse à la conjonction de la mort et du plaisir. Puis, peu à peu, Picasso va se concentrer sur la représentation du corps, sur l’anatomie. Il abandonne la présence de cet homme, l’anecdote et la peinture philosophique.

La composition : Depuis des études récentes, on sait que la composition doit beaucoup à un tableau que Picasso aurait vu au cours de l'hiver 1905-1906 : La Vision de St Jean (Le Greco). Les figures, longues, présentent un élancement digne du Greco. C’est manifeste aussi pour le drapé situé derrière les personnages. Picasso a aussi beaucoup regardé Le Bain Turc d’Ingres, une peinture pour laquelle Ingres a réalisé de nombreuses ébauches. Le thème des figures statiques dans un espace fermé est celui de Picasso. La nature morte au premier plan (les fruits ; raisins, poires, etc.) dans Les Demoiselles représente la sexualité, le plaisir, la jouissance.


  • Diversité dans le traitement plastique : complexité et incohérence


Cette œuvre est discordante, incohérente et offensante par ses brutalités. C’est ainsi qu’elle est perçue à l’époque. Trois traitements plastiques distincts se laissent voir :

- les personnages au milieu : les visages sont vus de face. Le dessin est minimal, l’ovale du visage presque parfait.

- le personnage à gauche : Caractère minéral du traitement et plan du nez très accentué. Le travail sur les ocres et les bruns est très important. On note une alliance de l’ombre et du dessin ; le dessin existe ainsi dans l’espace et non pas dans le plan. Il existe une recherche de construction par plans du corps.

- le personnages à droite : l’accent est mis sur le nez, et même sur l’arête du nez, par un travail dessin-couleur. Ce n’est pas un dessin conventionnel, il s’agit d’un système graphique et chromatique qui s’oppose au fond. L’articulation des plans dans l’espace donne une sensation de volume

Picasso travaille sur la déstructuration du visage afin de donner à ressentir par le regard le visage comme un volume, mais aussi la structure sous-jacente, l’ossature, du visage.
OEUVRE : Nu (Grande Baigneuse), BRAQUE, 1907-1908, peinture
Braque et Picasso travaillent ensemble, en tandem. On le voit bien sur ce tableau. Mais Braque reprend ici les lignes parallèles obliques du dessin-couleur, alors que le chromatisme est différent.


  • Commentaire des Demoiselles d'Avignon


C’est donc un tableau qui restera inachevé. Le système graphique-chromatique sera très peu exploité par Picasso car il présente une trop grande complexité. Il va donc abandonner le système graphique-chromatique des hachures, mais conserver la problématique centrale des Demoiselles qui correspond à la question des volumes dans l’espace.

Il existe une rupture avec le fauvisme. Se souvenir que les avant-gardes se développent selon une logique de rupture et de renouvellement. Picasso connaissait Matisse. Il avait visité le Salon d’Automne de 1905 où il a admiré la « cage aux fauves ». Mais il reproche l’excès de planéité aux tableaux fauves.

En 1908, Braque et Picasso engendrent une rupture radicale avec le système de représentation illusionniste. Cette période fondamentale permet le passage d’un système de représentation à un autre. On note un changement avec la perspective et le système de représentation classique.

II - BRAQUE ET PICASSO : LE PREMIER STYLE (1908 - 1911)



  • 1908 : naissance du cubisme


Braque et Picasso se concentrent sur les peintures qui présentent une cohérence du langage plastique. On peut vraiment alors parler de cubisme.
OEUVRE : Picasso, Nu dans la forêt, (L'Ermitage, Leningrad), 1908, peinture
Il s’agit d’un nu dans un paysage, un thème classique. La gamme chromatique est limitée. On note combien l’accent est mis sur le volume. La construction du nu est de type géométrique. Elle est articulée par plans, mais de manière spécifique, car il existe une alternance de plans dans la lumière et de plans dans l’ombre. On note aussi la substitution du traitement des hachures par une articulation des plans par un clair-obscur moderne. Chaque plan a en effet une couleur spécifique, et l'articulation des plans entre eux se fait par le contraste clair/sombre. Ainsi, le sombre donne la sensation que le plan s’enfonce dans la toile. On parle de clair-obscur géométrisé.

Le visage est moins expressif que dans Les demoiselles d’Avignon, mais on y gagne un puissant mouvement d’ensemble. Le langage plastique du clair-obscur géométrisé fonctionne pour l’ensemble de l’œuvre, même au niveau des yeux.
Il faut observer la discordance qui existe dans la représentation des épaules. Comment la regarder ? Comment la comprendre ? En fait, l’une est vue de face (celle de gauche), l’autre est vue de dessus (celle de droite). Picasso travaille à la représentation de la multiplication des points de vue. Il établit ainsi une RUPTURE avec la perspective à point de fuite unique. Cette recherche poursuit celle de Cézanne qui a donné un caractère minéral à la représentation des corps.
OEUVRE : BRAQUE, le Viaduc à l'Estaque, été 1908, peinture
Braque passe alors ces vacances à l’Estaque, le lieu de Cézanne ! Le thème de cette peinture est au demeurant cézannien. La vue est plongeante, et le chromatisme également cézannien (les ocres, les bleus). Braque est moins intéressé par le nu que Picasso. Le choix iconographique du viaduc favorise la recherche de la géométrisation en peinture. Les arbres continuent à indiquer la présence de touches, alors que pour les maisons les aplats chromatiques dominent. On note le même système de clair-obscur géométrisé que pour Picasso. Il existe ici un entassement des plans, une négation du vide. Braque est très novateur, mais il n’a pas la personnalité subversive de Picasso, il n’est pas provocateur. Il faut aussi remarquer les légères distorsions (les toits semblent un peu brinquebalants) qui témoignent de la recherche de représentation des différents points de vue.

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OEUVRE : BRAQUE, Les instruments de musique, peinture
Braque est amoureux de la musique. Il s’agit d’un thème exclusivement signé Braque.

Au cours de l’automne 1908, on peut voir à Paris une exposition des peintures de Braque et de Picasso chez Henry Kahnweiler, un marchand célèbre. Le critique d’art Louis Vauxcelles écrira un article où il parlera de « cubes ». C’est de là que vient le terme cubisme : "Monsieur Braque est un jeune homme fort audacieux. L'exemple déroutant de Picasso et de Derain l'a enhardi... Il méprise la forme, réduit tout, sites, figures et maisons, à des schémas géométriques, à des cubes." Il faut noter que les œuvres de Braque et de Picasso ne sont pas exposées dans les salons à Paris.

Le cubisme correspond davantage à une analyse de la pensée de la forme dans l’espace qu’une analyse de la sensation de la forme dans l’espace.



  • 1909 : la postérité du premier style



OEUVRE : PICASSO, Femme jouant de la mandoline, Leningrad, peinture
L’iconographie renvoie au thème de la femme dans un intérieur clos. On quitte l'expérimentation. Picasso complexifie le premier style afin de pousser la création jusqu’à ses limites. Il faut noter la monumentalité, l’équilibre. Le visage présente la représentation d’une multiplicité des points de vue. Le spectateur le voit à la fois de face et de trois quarts. Une monumentalité, un équilibre, prédominent. Picasso ouvre le cubisme à un chromatisme plus riche. Le rouge et le vert, les couleurs principales du fauvisme de l’été 1905, sont des couleurs complémentaires et leur choix renforce l’équilibre.

OEUVRE : PICASSO, Usine à Horta de Ebro, été 1909, peinture
Horta de Ebro est un village en Espagne où Picasso va passer l'été avec sa compagne, Fernande Olivier. Le paysage se prête à la recherche car c’est un paysage emprunt d’urbanisme qui témoigne ainsi de la révolution industrielle. Il s’agit de la représentation d’une usine. Picasso reprend le clair-obscur géométrisé pour le traitement des arbres mais le chromatisme maintient un ton local (le vert). C’est beaucoup moins simplificateur dans l’articulation des plans. On note aussi une distorsion des plans : il n’y a pas de parallèles strictes pour les toits. Les formes sont pensées dans un rapport spécifique à l’espace et au temps. C’est la dimension métaphysique du cubisme. Le cubisme, c’est une pensée de l’exploration de l’espace avant-gardiste. L’essence de l’espace correspond à l’ensemble de ses possibilités. Le concept de simultanéité est ainsi fondamental, et les artistes cherchent ainsi à explorer la matière dans tous ses rapports externes et internes. A cette époque, on parlait beaucoup, dans la presse, dans les médias, de l’existence d’une quatrième dimension. On précisait aussi que l’air et la lumière sont faits de particules invisibles à l’œil nu mais qui existent pourtant bien de manière réelle. Picasso et Braque s’y intéressent beaucoup. Ils cherchent le langage plastique à même de représenter tout cela, et de pointer que le regard à l’œil nu ne suffit pas pour embrasser la visibilité du monde. Mais, grâce à l’art, on peut par le regard explorer un autre espace-temps, voir une invisibilité.


  • 1910




  • PICASSO va réaliser une série composée de trois portraits, Ambroise Vollard, Henry Kahnweiler, Wilhelm Uhde.


OEUVRE : PICASSO, Portrait d'Ambroise Vollard, peinture
De nouveau, le chromatisme est plus uniforme, plus clair. La figure n’a pas de lignes qui la séparent du fond, mais la lisibilité est sauvegardée. On ne peut pas regarder cette œuvre de manière excessivement rapide, il faut la scruter pour la voir vraiment. Dans ce tableau, la composition ne présente aucune hiérarchie. Toutes les parties sont traitées de la même manière.
OEUVRE : PICASSO, Portrait de Kahnweiler, peinture
Il faut remarquer, comme pour le précédent portrait, que l’artiste fait usage de la notion de signe. Un signe suffit à représenter l’ensemble : quelques lignes pour les mains et pour les cheveux, mais aussi pour la bouteille. L’ère industrielle a développé dans les villes la visibilité de signes (les logos par exemple qui se développent au début du siècle).

Il faut pénétrer la relation à l’œuvre par l’observation qui allie l’œil et la pensée. L’analyse de la forme est si profonde, si précise, que la forme semble éclater, semble être pulvérisée dans l’espace. Les deux artistes cherchent à aller au-delà de l’apparence des choses et à atteindre leur substance même.


  • BRAQUE poursuite la même recherche. Les deux artistes travaillent en tandem


OEUVRE : Broc et violon, Braque, 1910
C’est à cette époque que dans ses toiles apparaîtra un clou EN TROMPE L'OEIL. Les limites de la représentation sont atteintes. Braque et Picasso sont conscients que s’ils poursuivent leur expérimentation, ils vont basculer dans l’abstraction, mais ils refusent cela.

III - PHASE DE RESTRUCTURATION : 1912 - 1914



  • 1911 : Année représentant un point de bascule. Les deux artistes inventent de nouveau moyens pour continuer leur renouvellement important de la représentation


OEUVRE : PICASSO, hiver 1911-1912, Femme à la Guitare (ma Jolie), peinture
Apparemment, on ne note pas de différence avec les tableaux précédents. La notion de signe (un simple triangle pour la main, la clé de sol en bas pour indiquer le monde de la musique, les lignes parallèles qui représentent la guitare), l’uniformité du camaïeu, mais un élément est nouveau ! Il s’agit de la présence de lettres en bas « MA JOLIE ». Du point de vue biographique, il faut savoir que ce tableau est une déclaration d’amour déguisée à Eva, future compagne de Picasso, qu’il avait rencontrée dans un bar sur l’air d’une chanson à la mode « Ma jolie ».

Se souvenir que Braque et Picasso vivent à cette époque-là à Montmartre dans l’esprit de la bohème. Les rencontres des artistes dans les bars sont très fréquentes.

Les lettres sont posées en aplats. Elles sont donc hors espace. C’est un RAPPEL. Le plan retient la représentation. Le langage est en effet une spécificité de l’être humain qui lui permet d’entrer en relation avec le réel. Avec l’ère industrielle, le rapport entre le mot et l’image se développe (les affiches dans les metropolis). Et puis, l’humour crée une distanciation. Il s’agit donc toujours de représenter le réel de manière nouvelle, avec de nouveaux moyens plastiques.
ŒUVRE : BRAQUE, Le portugais, 1911, peinture
Les lettres sont posées via le moyen du pochoir. Braque était peintre en bâtiment pour gagner sa vie, et il travaillait aussi dans le domaine de la décoration. C’est lui qui eut l’idée de transposer dans la création artistique des processus issus du quotidien. Dans le cubisme, il y a un désir de démocratiser l’art. C’est très important. Cela témoigne de la sensibilité des avant-gardes qui refuse un public élitiste, bourgeois, comme détenteur des normes de goût. Il s’agit de faire en sorte que l’art s’offre à tout un chacun. L’abandon de la hiérarchie entre culture populaire et culture savante commence à ce moment-là (et non pas avec le Pop Art comme on l’entend trop souvent !). Les innovations techniques les plus importantes du cubisme viennent souvent de Braque. Un changement important apparaît alors : la peinture, c’est aussi le non peint.


  • 1912 : Année qui voit l’invention des collages et des papiers collés.


On peut parler de papiers collés pour une œuvre quand elle est uniquement réalisée avec des papiers de toutes sortes. On parle de collage quand l’œuvre est réalisée avec des papiers collés, mais aussi d’autres matériaux (peinture, corde, graviers, terre, etc.).
OEUVRE : PICASSO, Le poète, 1912
Pour représenter les cheveux du poète, un peigne est passé sur la peinture un peu épaisse encore fraiche. Il s’agit d’un processus issu de la décoration, et non pas un processus issu du métier traditionnel du peintre. La rupture avec les traditions continue.
ŒUVRE : Picasso, Nature morte à la chaise cannée, 1912, musée Picasso, collage
Les matériaux utilisés sont la peinture à l’huile, la toile cirée, la corde. Cette œuvre représente une nature morte du quotidien des artistes (les tables de bars à Montmartre). Les lettres au pochoir désignent le journal : JOU comme journal, jouer, jouir, journée, etc. L’insertion d’un réel morceau de toile cirée imite le cannage d’une chaise. La corde constitue le cadre du tableau. Cela correspond au principe anti classique de mélange des genres. C’est aussi une critique virulente de l’illusionnisme pictural qui sera dénoncé par tous les artistes des avant-gardes. On dénonce le faux de l’illusionnisme par l’emploi du trompe l’œil. On dénonce le faux par la mise en évidence d’un processus de représentation vraiment faux, et donc plus proche de la vérité. Le collage est un moyen parmi d’autres de transposer le réel en images et de poursuivre la rupture avec la représentation traditionnelle.
OEUVRE : PICASSO, Feuille de musique et guitare, 1912, papier collé
Il s’agit ici d’un savoir faire manuel, et non pas d’un savoir faire savant, car ce n’est pas le métier qui fait l’œuvre d’art ! L’œuvre d’art est une représentation symbolique du monde, et un beau métier ni prétend pas nécessairement.

La guitare est évoquée par son matériau (le bois) désigné ici par un papier dont la couleur renvoie à celle du bois. La ligne ondulée au premier plan renvoie à la forme de l’instrument de musique. On note donc que la couleur et la ligne sont ici dissociées. C’est le rapport de l’un à l’autre qui désigne la guitare. De véritables feuilles de musique pointe la fonction de l’objet. Toutes les caractéristiques de l’objet sont donc représentées mais sur le mode de la désignation (notion de signe). Il existe un éclatement, une pulvérisation, de l’instrument de musique dans l’espace en tant qu’objet de la représentation, et c’est les relations entre les différentes instances qui crée dans l’esprit du spectateur (dans son œil mental) l’existence de la guitare par recomposition et par synthèse.

Cette modalité de représentation est tout à fait novatrice, et aura une longue lignée dans l’histoire de l’art du XXe siècle.

L’histoire du cubisme se termine avec la déclaration de guerre. Braque est mobilisé, Picasso, de nationalité espagnole, se trouve dans une autre situation. Les deux amis, et artistes d’une très grande proximité, se disent un jour au revoir sur un quai de gare. Il faut savoir qu’ils ne se reverront jamais. La guerre a engendré ce type de destins. Mais ils continueront après-guerre leur œuvre avec le talent que l’on sait, mais plus jamais en collectif.
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