I un principe de dénomination








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3. FUTURISME : 1909 - 1914

Le futurisme qui se déploie en Italie, correspond au premier mouvement d’avant-garde qui va présenter l’ensemble des caractéristiques inhérentes aux avant-gardes (la sensibilité révolutionnaire, le désir utopique de changer le monde, les manifestes). Ce mouvement correspond à une révolution permanente qui va envahir tous les champs de l’activité humaine, de l’art à la politique. Pour les artistes de l’avant-garde, l’art doit être une force vitale à l’œuvre au sein même de la société. La finalité de la création, pour eux, c’est de mêler art et vie.
L’Italie à la fin du XIXe siècle présente une culture qui suit difficilement le développement du progrès industriel. Depuis toujours, la société italienne a vécu sur un parfait équilibre entre ville et campagne. Mais avec la mise en place de l’ère industrielle, trois villes deviennent prédominantes, et l’emportent sur Rome, Florence et Venise. Il s’agit de Turin, Gènes et Milan qui représentent la croissance du triangle industriel. La voiture incarne en Italie la modernité. 1897 voit la première course automobile, sur une distance de 31 kilomètres ! Exceptionnel exploit pour l’époque. Turin est la ville où l’industrie Fiat voit le jour en 1899. En 1901, lors de la première grande fête consacrée à l’automobile, un prix est attribué à Ettore Bugatti, un nom qui deviendra célèbre à échelle internationale dans le monde automobile.
L’Italie représente à la fin du XIXe siècle un pays sans avenir, sans futur. Pensons à Venise où le temps semble suspendu, car le poids du passé est immense. Certes, le beau y règne, mais la jeunesse s’y ennuie et sait que son avenir est figé. Avec l’ère industrielle, ce n’est plus le passé qui va dominer, mais le futur. L’idéologie du progrès, d’un demain toujours mieux que hier, l’emporte dans les esprits. A l’alliance du futur et du progrès va s’adjoindre l’éloge de la vitesse, emblématique de la modernité en Italie via l’univers de l’automobile. On comprend donc bien pourquoi l’esthétique de la vitesse va devenir le langage plastique des artistes futuristes.
Du point de vue politique, 1861 a vu la proclamation de l’unité italienne. Le pays doit donc conquérir son identité nationale. L’Italie doit aussi assumer l’idée politique de la nation, ce qui va à l’encontre de son passé millénaire, façonné par la mosaïque des cultures régionales et par la grande tradition de Rome, la ville fondatrice de valeurs universelles. Les avant-gardes vont avoir le courage de rompre avec ce passé glorieux pour exister en assumant les bouleversements qui en résultent. Au début du XXe siècle, l’Italie va regarder vers les autres capitales européennes, afin de se ressourcer sur les courants majeurs de l’art européen.

1 - Les Manifestes : quelques bombes futuristes
La fondation du Futurisme vient des milieux littéraires, pour s’ouvrir dans un deuxième temps, au milieu des arts plastiques. La personnalité centrale est Filippo Tommaso Marinetti, poète et écrivain italien [Alexandrie; Egypte 1876 – 1944]. Il veut que le pays accède à un RISORGIMENTO culturel et artistique à même de lui rendre son rang de grande nation au sein de la modernité. Il passe son enfance en Egypte où sa famille est installée. Sa mère, une femme très cultivée, fille unique d’un professeur de lettres, lui transmet l’amour de son pays, l’Italie, dont elle a grande nostalgie : son histoire, les arts, la littérature, ses modes de vie, etc. Le jeune Marinetti découvre donc l’Italie sur le mode de l’imaginaire, de la rêverie. Il ne peut pas les éprouver au regard du réel. Il se crée un héros, comme souvent le font les enfants. Ce sera Giuseppe Garibaldi, homme politique célèbre pour ses exploits militaires [1807-1882], ce qui renforce une vision imaginaire de l’Italie. En 1859, à la tête d’un corps d’armée qu’il avait levé lui-même, Garibaldi vainquit les Autrichiens à Varèse et à Brescia. Marinetti a un tempérament fougueux : il introduit Zola clandestinement au collège jésuite, et se fait mal voir de certains enseignants. Il a très jeune une conscience sociale et politique, et se met à écrire de la poésie vers quinze ans.

En 1894, sa famille revient en Italie. Il s’installe donc à Milan, une des villes du triangle industriel, à l’âge de dix huit ans. De fait, il aura toujours une vision décalée de l’Italie, mais aussi une vision idéale, qui va le conduire à pousser très loin la dimension utopique des avant-gardes correspondant à un désir de changer le monde.
La poésie et le vers libre
Il faut noter que le mot LIBERTÉ est le fer de lance, le mot d’ordre des avant-gardes. Lors des années qui précèdent la fondation du mouvement futuriste, Marinetti fréquente les milieux littéraires parisiens et s'intéresse au débat sur la forme poétique instauré par le vers libre et poursuivi par le symbolisme finissant.

Avant la fondation même du futurisme, Marinetti s’intéresse aux courants les plus novateurs de la poésie. Il se rendra même à Paris. Le vers libre correspond à une suite de vers réguliers mais de longueur inégale et dont les rimes sont combinées de façon variée (en opposition avec la poésie classique, traditionnelle). Le vers libre poursuit la recherche des vers non rimés et irréguliers déjà explorée par les symbolistes. Marinetti rencontrera un de ces poètes symbolistes. Il s’agit de Gabriele d’Annunzio [1863 – 1938], écrivain italien, qui avait une sensibilité décadente, mais aussi un intérêt pour l’occultisme (la transmission d’énergie d’un individu vers un autre). Marinetti lit aussi Mallarmé, Baudelaire, ainsi que Nietzsche et Marx. Son intérêt se déplace de l’énergie médiumnique vers l’énergie électrique, plus représentative de l’ère industrielle. Ne pas oublier que les connexions neuronales, les synapses du cerveau, induisent aussi une énergie électrique.

En 1905, Marinetti crée la revue POESIA dont il sera le directeur. Il y publiera une enquête internationale sur le vers libre. Dans les colonnes s’exprime le refus de la forme fermée. Il faut exprimer la vie contemporaine dont la vitesse est le symbole. Il s’agit aussi de détruire la syntaxe : « Les mots en liberté » ! Pour Marinetti, l’art peut instaurer une éthique du progrès par sa propre révolution formelle.



  • Manifeste du Futurisme : parution dans Le Figaro, le 20 février1909


La première parution se fait à Paris, puis la version italienne est publiée à Milan dans la revue Poesia en date des mois de février-mars 1909. Milan devient alors la ville fondatrice des avant-gardes en Italie. Le texte du manifeste témoigne d’un style très lyrique, voire ampoulée, qui veut traduire une sensibilité exaltée, anarchiste. Voici quelques extraits :
"Nous voulons exalter le mouvement agressif"
"Nous déclarons que la splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l'haleine explosive... une automobile rugissante qui a l'air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace".
Marinetti va tenter d’organiser une alliance politique entre le mouvement futuriste et les groupuscules anarcho-syndicalistes. L’énergie active devient une force de progrès. Marinetti va réaliser les premières actions artistiques de l’histoire de l’art du XXe siècle (on les retrouve dans DADA, dans le mouvement Fluxus dans les années soixante, etc.). Ce sont des formes de performances. Il va intervenir dans plusieurs villes italiennes. Entouré de jeunes poètes, Marinetti, sur scène, développe ses idées politiques et esthétiques. Il adopte la harangue comme forme d’action artistique où son corps devient un médium. C’est l’artiste en porte parole. Il a énormément voyagé, et a fait connaître son projet esthétique et politique sur ce mode. Il choisissait les points stratégiques, là où les nœuds conflictuels se cristallisaient. Cette forme de protestation correspond donc à une forme artistique. L’œuvre est tout à la fois l’objet dans sa matérialité ET l’action elle-même qui garantit le salut de la création. Ces actions s’accompagnaient de distribution de manifestes comme des tracts, par exemple.


  • Ouverture du futurisme aux peintres


Plusieurs artistes peintres vont se rendre aux soirées et aux actions de Marinetti. Cette ouverture correspond à une prise de conscience générale. Les artistes peintres qui intègrent le futurisme sont :
Giacommo BALLA ( 1871-1958)

Umberto BOCCIONI (1882-1916)

Carlo CARRA (1881-1966)

Luigi RUSSOLO (1885-1947)

SEVERINI (1883-1966)
C’est Boccioni le premier qui se rend à une des soirées de Marinetti. Puis, il en parle à Russolo. Ils projettent ensemble d’écrire un manifeste. Severini les rejoint. Ce dernier est celui qui connaît le mieux l’avant-garde parisienne car il a fait des séjours dans la capitale. Puis Boccioni décidera de contacter Balla, son ancien maître.
Le Manifeste des peintres futuristes, est proclamé dans un théâtre à Turin, le théâtre Chiarella en 1910. Cela répond également à une volonté de démocratisation. Les artistes vont à la rencontre du public.
Extraits du manifeste (voir bibliographie)
"Le geste que nous voulons reproduire sur la toile ne sera plus un instant fixé du dynamisme universel. Ce sera simplement la sensation dynamique elle-même.

En effet, tout bouge, tout se transforme rapidement. Un profil n'est jamais immobile devant nous, mais il apparaît et disparaît sans cesse. Etant donnée la persistance de l'image dans la rétine, les objets en mouvement se multiplient, se déforment en se poursuivant, comme des vibrations précipitées, dans l'espace qu'ils parcourent. C'est ainsi qu'un cheval courant n'a pas quatre pattes, mais il en a vingt, et leurs mouvements sont triangulaires."
"Nos corps entrent dans les canapés sur lesquels nous nous asseyons, et les canapés entrent en nous. L'autobus s'élance dans les maisons qu'il dépasse, et à leur tour les maisons se précipitent sur l'autobus et se fondent avec lui."
NOUS DECLARONS :

7. "Que le dynamisme universel soit être donné en peinture comme sensation dynamique".
Tout au long du développement du futurisme, de nombreux manifestes seront publiés et dits dans les Soirées Futuristes qui ont lieu dans les théâtres. Les Soirées Futuristes sont organisées dans toutes les villes de la Péninsule pour propager les idées des futuristes sur l’art, la politique et le monde. Elles offrent au public des actions éphémères, qui sont les premiers happenings. Provoquer le public appartient à la forme de l’action. Le plus important est que le public réagisse, peu importe s’il s’agit de sifflets. On y joue aussi des pièces de théâtre burlesques. L’intervention de la parole est très importante. Il faut mettre les Soirées Futuristes en parallèle avec les soirées DADA qui auront lieu au Cabaret Voltaire. Elles intègrent donc des formes d’action symboliques.

2 – La primauté de l'idéologie

L’une des caractéristiques de la genèse futuriste fut la priorité de sa définition idéologique avant l’accomplissement d’une véritable révolution formelle. En priorité, il semble fondamental aux artistes d’insérer l’œuvre d’art dans la société. L’artiste doit être pour eux un opérateur de l’action. Une dimension sociologique apparaît ici.

L’art ne doit plus être une activité jugée stérile, c'est-à-dire exclusivement contemplative : « Les musées sont des cimetières ». L’art doit être une force vitale à l’œuvre au sein même de la société. C’est la fin de l’artiste bohème, la fin de l’artiste romantique. Une rupture s’opère ici. L’artiste devient un opérateur culturel, en revendiquant un nouveau rôle social et une participation directe au monde de l’histoire. L’artiste met en évidence dans son œuvre tout à la fois son moi psychique ET son moi social. Il peut produire de l’histoire, c’est-à-dire produire des évènements, autant que des œuvres matérialisées.

Les artistes futuristes vont produire beaucoup d’évènements artistiques et sociaux. Par exemple, en 1911, Boccioni organise une exposition dans la Maison du travail à Milan, dans une usine désaffectée au profit des chômeurs.
L’exaltation permanente du futur engendre une utopie. On veut mettre en avant les potentialités de l’être. Il faut affirmer la force du désir, plutôt que de se reposer sur des acquis. L’art est pour eux une force perturbatrice qui porte en elle un devenir. L'artiste par son œuvre et par son action va influer dans le corps social de nouvelles valeurs esthétiques et politiques inhérentes à la civilisation urbaine et technologique.
La nouvelle religion de la vitesse correspond au mythe de la modernité : EN AVANT ! L’Italie est alors un pays momifié par l’archéologie. Il faut donc lutter contre les forces d’inertie. L’héritage artistique est très fort : l’archéologie (Rome), la Renaissance italienne (Léonard de Vinci, Michel Ange, etc.), le Baroque, etc.

3 – Les réalisations plastiques effectives du futurisme

Cette réalisation se fait lentement, entre 1909 et 1912, et pas toujours avec une égalité dans la qualité.
OEUVRE : BALLA, Lampe à arc, 1909, peinture
C’est la première œuvre futuriste. Le sujet iconographique est totalement nouveau. Il s’agit d’une ampoule électrique, avec un réverbère (au premier plan). C’est la fin du romantique « clair de lune » que l’on voit à l’arrière plan, et donc de la sensiblerie. La sensiblerie est un excès de complaisante eu égard à la sensibilité. Seule la sensibilité vive importe. Dans le Manifeste des peintres futuristes, on peut lire : "Nous exigeons, pour dix ans, la suppression totale du nu en peinture" ; "Contre le nu en peinture, aussi nauséeux et assommant que l'adultère en peinture" C’est l’art de Titien, celui de Bellini qui est pointé. Il faut aussi se souvenir qu’en 1900, une Exposition Universelle a eu lieu où il y avait le très célèbre Palais de l’électricité. Il faut célébrer les nouveaux mythes de la modernité : l’électricité, la voiture, la machine. Le traitement plastique renvoie au divisionnisme, à la diffraction chromatique de la lumière, à l’emploi des couleurs pures et à celui de touches en V, touches en chevrons, qui donnent une sensation de mouvement.
La notion de sensation dynamique est essentielle. Pour ce faire, les artistes doivent trouver de nouveaux éléments compositionnels. La découverte de la photographie impose à la peinture de légitimer son existence. Les artistes futuristes vont s’appuyer sur la CHRONOPHOTOGRAPHIE. Ces inventeurs sont Muybridge, un photographe américain célèbre aussi pour ses paysages de l’Ouest, et Etienne Jules-Marey, un homme de sciences. Ils réalisent des photographies qui donnent à voir la décomposition du mouvement (ainsi, les photographies du cheval au trot et au galop). Les deux peintures suivantes s’inspirent de la chronophotographie. Il peut y avoir aussi une fraicheur dans le futurisme. Cela donne à voir le mouvement et la lumière qui dématérialisent les corps.
1911 : la découverte du cubisme
Boccioni et Carra se rendent à Paris où ils rencontrent Picasso et Braque. Des divergences vont se créer au sein du mouvement quant à l’évolution de leur projet. Certains vont accuser une réception du cubisme dans leurs œuvres, ce qui se traduira par une cristallisation des formes, une pulsation rythmée des volumes ou encore une conception élastique de l’espace.
OEUVRE : Boccioni, Etats d'âme : ceux qui partent, 1911, peinture
Les états d'âme correspondent à des mouvements entre les perceptions sensorielles et le vécu affectif. C’est la raison pour laquelle ce thème entre dans le futurisme. Ils correspondent aussi à des forces psychiques et donc à un dynamisme. Boccioni a réalisé une série de toiles sur ce thème. De longs coups de pinceaux effilochent les formes. Le monde des phénomènes est un champ d’énergie qui transcende la matière.
OEUVRE : Carra, les Funérailles de l'Anarchiste Galli, 1911, peinture
Il s’agit d’un sujet politique. Cette peinture s’inscrit dans la peinture d’histoire. En 1904, Carlo Carra a participé aux manifestations qui ont accompagné les funérailles de l’anarchiste Galli, tué par la police. Cela a engendré le début d’une émeute. C’est la suprématie du chaos sur l’ordre, celle du mouvement sur le statisme. On note certains plans articulés de manière géométrique les uns par rapport aux autres.
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