I un principe de dénomination








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le Dandy


Duchamp va créer une nouvelle figure de l’artiste qui ne doit plus rien à l’artiste romantique et pas davantage à l’artiste de la bohème. Le dandy pratique le détachement suprême. Il est un observateur dépassionné, ce qui ne veut pas dire insensible. Il observe, il dissèque, il scrute, il décortique, il analyse. Le poète Jules Laforgue, très apprécié de Duchamp, lui servi de modèle. Le dandy tel que Duchamp l’incarne à une intelligence si aiguisée, et une culture si grande, qu’il est contraint à mettre du doute sur tout, sur l’art, sur les hommes, sur l’amour. Mais il souhaite rendre hommage au monde et à la vie par l’art. L’humour est une arme à double tranchant.



  • L’artiste entrepreneur


Duchamp innove également en inventant la figure de l’artiste entrepreneur qui connaîtra aussi un déploiement important dans l’histoire de l’art du XXe siècle. Au temps de l’ère industrielle, il s’agit de s’approprier les objects manufacturés produit en série dans les usines. Mais pourquoi ne pas dupliquer ce modèle industriel, et pénétrer le système marchand en créant une entreprise qui produirait des objets au statut indéterminé ? L’objet manufacturé conçu par l’artiste serait ainsi comme un parasite dans l’univers du capitalisme naissant qui parviendrait à en subvertir la marche implacable.
ŒUVRE : Duchamp, Belle Haleine, Eau de Voilette, 1921, flacon de parfum
Il s’agit d’un prototype de parfum de toilette dont l’étiquette avoue l’hommage : il est pour Rrose Sélavy. Duchamp souhaitait le faire réaliser en série par une entreprise industrielle, qui en assurerait aussi la diffusion et la vente, mais il n’a pas réussi à en trouver une qui accepte l’expérience. Etre précurseur rend parfois les rencontres plus difficiles. Le projet restera à l’état de prototype. Il est inachevé, mais on sait que nombre d’œuvres très importantes de l’histoire de l’art sont restées à un état inachevé. Et l’humour sur le mode du calembour est toujours présent pour créer un état latent entre l’œuvre et le spectateur. D’autres artistes, plus particulièrement après la seconde guerre mondiale, se feront les dignes héritiers de Duchamp et deviendront des artistes entrepreneurs à part entière.
Au demeurant, la postérité de Duchamp dans l’histoire de l’art du XXe siècle est immense. Nombre d’artistes se réclameront de son influence. Dans le champ du Pop Art : Andy Warhol, Robert Rauschenberg, Jasper Johns. Dans le champ du Nouveau Réalisme : Arman, Martial Raysse, Daniel Spoerri. Dans le domaine de la performance : Andy Warhol, Michel Journiac, Urs Luthi. Dans le domaine de l’artiste entrepreneur : Andy Warhol, Fabrice Hybert. Et tant d’autres…
6. DADA (1916-1922)

Le mouvement DADA est déterminé par l’état de guerre. Il naît après la déclaration de la première guerre mondiale. Cet évènement historique se révèle déterminant tant du point de vue des intentions esthétiques et politiques des artistes concernés qu’au niveau de se constitution temporelle et géographique. DADA va naître du combat d'artistes contre "LA FOLIE MEURTRIERE DU TEMPS". C’est ainsi qu’ils évoquent la guerre. DADA va naître de la protestation. Attention ! Les artistes du collectif DADA sont contre les « ismes » de l’art (fauvisme, cubisme, futurisme, etc.) car tous les mouvements artistiques qui ont précédé la guerre n’ont pas pu l’empêcher d’advenir. Ils sont donc jugés faibles dans leur proposition plastique. La dignité et l’ambition de l’art pour les artistes DADA, c’est la lutte pour un monde meilleur. Les « ismes » correspondent donc pour eux à un immense échec. Néanmoins, on retrouvera dans DADA une dimension utopique inhérente à l’esprit de l’avant-garde. Ce sont les historiens de l’art qui ont conçus, a posteriori, le vocable Dadaisme, mais il faut noter combien cette appellation est antinomique avec l’esprit DADA.

DADA est un mouvement d’avant-garde international. Il se déploie en trois zones géographiques :

  • il naît à Zurich en Suisse, une zone neutre où affluent des réfugiés dès 1915. C’est en 1916, et dans ce pays, que le terme DADA apparaît.

  • Il se poursuit en Allemagne, et plus particulièrement à Berlin à partir de 1918, au moment de l’Armistice.

  • Il trouve des ramifications, mais dans une version moins radicale, à Cologne et à Paris, dans les œuvres des artistes du surréalisme.


Par ailleurs, attention ! Il est erroné d’associer Duchamp à DADA. L’esprit et l’attitude de Duchamp soufflent dans DADA, mais jamais l’artiste dandy ne s’est associé à aucun collectif. Par ailleurs, il existe dans DADA à Berlin une revendication politique franche, voire brutale, qui ne correspond pas au monde de Duchamp. Il en est de même pour Picabia.
DADA est un mouvement qui est déterminé par une attitude. C’est en cela au demeurant que DADA poursuit la création de Duchamp et de Picabia. On retrouve dans DADA le sens de la provocation et un humour iconoclaste. Les artistes DADA refusent le sens préétabli. Ils revendiquent une dimension critique pour transformer l’art, mais jamais ne versent dans le nihilisme. La dimension critique ne cherche jamais à anéantir l’art, à le tuer, mais il s’agit de redéfinir les tenants et les aboutissants de la création artistique. A partir d’une attitude commune, on note un renouvellement plastique extrêmement riche des formes. La libération est toujours à l’ordre du jour :
- ils libèrent le matériau : reliefs, papiers collés

- ils libèrent le mot : les proses libres

- ils libèrent la langue et les lettres : poèmes concrets, sonores, poèmes-affiches

- recherche dans la photographie, création de films abstraits

- recherche dans le domaine de la typographie
Les artistes DADA délaissent la peinture en tant qu’objet tableau, trop passéiste à leurs yeux. L’ambition majeure est vraiment d’opérer une mutation par rapport à l’art né avant 1914 qui, pour les artistes DADA, aurait conduit à la guerre. La question du sens de la création dans sa confrontation à la barbarie est un enjeu majeur de ce collectif. Ils vont créer leurs propres revues, galeries et cabarets afin de dégager la création nouvelle des circuits institutionnels trop traditionnels. Ils opposent une négation farouche à tous les systèmes rigides et aux formes de pouvoir qui vont à l’encontre de la vie. Etablir une relation entre art et vie est le mot d’ordre de DADA qui affirme une énergie sauvage et créatrice. La démarche de ce collectif est fondamentalement positive. DADA affirme la suprématie absolue de l’art quand s’y adonnent des hommes libres.

1 - NAISSANCE DE DADA À ZURICH



  • 1915


DADA naît à l’initiative de Hugo Ball, un écrivain allemand, metteur en scène également. Il souhaite créer Le Cabaret Voltaire, un espace libre, dédié à tous, sans programme préétabli, ouvert à toutes les créations artistiques novatrices. Une ancienne taverne pourra en accueillir les manifestations. A son invitation lancée sous forme de communiqué dans la presse, répondent aussitôt quelques artistes et écrivains :
- Jean Arp (1886-1966) réfugié strasbourgeois (sa mère est française strasbourgeoise, son père allemand). Pour échapper à l'enrôlement militaire en Allemagne, il simule l'aliénation mentale devant les autorités consulaires allemandes de Zurich. Il échappe à l’enrôlement, et se réfugie à Zurich.

- Sophie Taeuber (1889-1943), suisse, artistes plasticienne et danseuse

- Tristan Tzara (1896-1963), poète, arrivé de Bucarest pour exil

- Richard Huelsenbeck, étudiant en médecine, jeune poète allemand
En quelques heures, le groupe est constitué à la faveur de la première soirée du Cabaret Voltaire. A noter que le cabaret est de tradition germanique.



  • 1916 : Naissance du mot DADA


Quelques jours après l'ouverture du Cabaret Voltaire, le 5 février 1916, le collectif détermine leur projet qui atteindra toute les formes d’expression pour un bouleversement général de la création artistique et un hommage à la vie libre.

OEUVRE : Hugo Ball déclamant un poème, performance, Le Cabaret Voltaire
Le Cabaret Voltaire devient rapidement un café littéraire et artistique où vont être organisées des soirées poétiques, des spectacles et des expositions. Les artistes y récitent des poèmes, montent des spectacles de théâtre - ballet où ils portent des masques, présentent des œuvres provocantes sur les murs.

Sur un document d’archive, on observe Hugo Ball déclamant un poème phonétique. Il s’agit en effet d’inventer un nouveau langage qui ne porte pas les traces meurtrières de la guerre et du passé. Les poèmes phonétiques conçus et écrits par Hugo Ball s’inspirent du langage primitif, un langage élémentaire. Ses poèmes appartiennent aussi au visible. Il s’agit d’un langage visuel. L’association des lettres majuscules, des lettres minuscules, des jeux typographiques les plus variés, la mise en valeur de la forme et de la dimension des caractères contribuent à placer le poème dans le monde du visible. Il s’agit de déclamer le poème en s’inspirant de son écriture. Par exemple, les lettres en caractères gras, sont prononcées avec plus de volume, ou bien les mots en italique sont dits plus vite, etc. Mettre en évidence un corps parlé s’impose. DADA contribue à l’invention de la poésie sonore. Sur le document d’archive, on voit Hugo Ball, vêtu d’un chapeau et d’une cape en papier, qui déclame le poème Karawane. Le souffle, la puissance vocale, le ton plus ou moins grave, plus ou moins aigu, contribuent également à faire de cet évènement une représentation à part entière. Le spectateur écoute cette mélopée, ce chant primitif, ce langage d’un autre monde avec stupeur, émotion et fascination, entre rires et larmes. Voici quelques lignes du poème Karawane de Hugo Ball :

KARAWANE

jolifanto bambla ô falli bambla

grossiga m'pfa habla horem

egiga goramen

higo bloiko russula huju

On ne sait pas exactement qui a trouvé le mot DADA. Il existe différents témoignages qui sont parfois même contradictoires. Le mot aurait été trouvé en ouvrant au hasard un dictionnaire. Il est erroné d’associer à DADA le sens de cheval de bois. Qui a trouvé le mot ? Ball ? Huelsenbeck ou Tzara ? On ne sait, car les artistes ont volontairement brouillé les cartes afin que soit maintenu l’idée du collectif. C’est au collectif DADA que revient l’invention du mot DADA. Il faut aussi le situer dans la continuité de la poésie sonore. C’est un mot sonore, composé de la répétition d’une syllabe, qui claque sous la langue quand on le prononce. DADA transmet une énergie. DADA est hors du sens commun car les artistes du collectif sont en rupture avec le langage traditionnel et le sens établi, conventionnel, qui est porteur de trop de compromis et d’idéologie. La phonétique prédomine sur le sens. DADA est un cri de ralliement. Les artistes refusent la psychologie corrélative au langage traditionnel, l’inspiration affiliée à la création artistique et les vieilleries métaphysiques. DADA invite à aller en avant.


  • Les artistes du premier collectif DADA



JEAN ARP
Il a fait ses études en Allemagne, et a collaboré au Blaue Reiter. Il est tout à la fois poète et plasticien. Ses écrits, rédigés entre 1920 et 1965, sont rassemblés aux éditions Gallimard, dans la collection blanche, sous le titre de « Jours effeuillés ». Ils sont étudiés dans les départements de littérature dans les universités françaises, mais aussi allemandes ou américaines. Sa renommée est aussi grande en tant que poète qu’artiste plasticien, et l’on ne peut dissocier ses deux activités créatrices qui iront l’amble tout au long de sa vie. Ses poèmes déconstruisent, avec rigueur et humour, le langage mais sont aussi dotés d’un imaginaire sensible. Dans ses écrits, on peut lire :
"dada est le fond de tout art. dada est pour le sans sens ce qui ne signifie pas le non-sens. dada est sans sens comme la nature. dada est pour la nature et contre l'"art". dada est direct comme la nature et cherche à donner à chaque chose sa place essentielle. dada est pour le sens infini et les moyens définis.

la vie est le but de l'art. l'art peut mécomprendre ses moyens et ne faire que mirer la vie au lieu de la créer. alors les moyens sont illusionnistes descriptifs académiques."

Dans le domaine plastique, Arp est l’inventeur du relief découpé. Ce genre se développera seulement dans les années 1960 aux Etats-Unis ; on parlera alors de Shaped Canevas. Frank Stella, artiste américain, en est un des représentants majeurs. Mais Arp en est le précurseur. Il s’agit de réinventer le tableau afin d’en faire un objet non illusionniste mais qui se situe dans l’espace réel, et dont la matérialité du médium est affirmée.
OEUVRE : Arp, La mise au tombeau des oiseaux et des papillons (Portrait de Tristan Tzara), 1916-1917
En temps de guerre, il ne faut pas oublier que les artistes ne disposent que de faibles moyens financiers. Cette situation les conforte dans l’idée de travailler avec des matériaux de récupération, mais il s’agit d’une démarche esthétique visant à redonner vie à des matériaux voués au déchet, à la mort. Arp récupère des caisses, des planches, des morceaux de bois divers. Puis, il les découpe selon des formes biomorphiques, des formes inspirées du monde invisible du vivant. Il superpose ensuite plusieurs formes découpées et les relie en laissant les vis apparentes. L’idée est de donner à voir la fabrique pour contrer l’illusionnisme. L’ensemble évoque un bas-relief de la modernité. Certaines formes débordent littéralement ; elles sont libres, détachées de tout cadre qui les enfermerait. Elles semblent en expansion. Sur certains éléments, Arp a posé une fine couche de peinture afin de créer un jeu chromatique et rythmique, entres surfaces unies et surfaces mouchetées. Il ne s’agit pas d’une œuvre abstraite, mais d’une œuvre qui désigne l’abstraction pour en assurer le dépassement. Arp est un artiste d’une sensibilité extrême. La nature est l’espace qui l’inspire le plus. Il en aime les processus formels et la pureté. Le titre crée un décalage entre langage et visuel. Il ne s’agit pas d’interpréter l’œuvre par le titre, mais d’assumer et d’apprécier la mise en suspens qui résulte du décalage. A noter que le décalage n’est pas de même nature que celui créé par Duchamp. Ici, avec Arp, on confine à la poésie, à la quête de l’absolu, à une forme de grâce. Avec ses tableaux découpés, Arp cherche à dépasser le statut traditionnel du tableau.

OEUVRE : Arp, Trousse d'un Da, 1921
Pour Trousse d’un Da, Arp a utilisé des matériaux récupérés sur une plage où il se promenait. Ce sont des bois de flottaison. Ses matériaux sont pour lui très précieux car il considère qu’ils ont été purifiés par la nature, alors que les matériaux trouvés dans la ville sont porteurs des menaces de la guerre, de son potentiel mortifère. Trousse d’un Da renvoie par un jeu de langage à trousse de survie. Da renvoie à DADA dont les créations doivent lutter contre « la folie meurtrière du temps » et la mort qui se déploie dans son sillage.

Mais Arp travaille aussi avec des matériaux récupérés dans les villes, comme pour l’œuvre précédente, La mise au tombeau des oiseaux et des papillons. En temps de guerre, on trouve partout des déchets résultant des explosions. L’art permet de lutter contre la perte, la destruction. L’art doit assurer une transmutation. Les artistes DADA croient en l’énergie transformatrice de l’art. Le déchet se transmue en œuvre d’art, et retourne à la vie.
Arp s’intéresse aussi aux lois du hasard, mais dans un état d’esprit – là encore – très différent de celui de Duchamp. Arp n’est ni un iconoclaste, ni un provocateur. Il souhaite laisser l’élémentaire et le spontané agir en toute liberté. Arp aime l’humour selon une veine ludique.
OEUVRE : Arp, Selon les lois du hasard, 1916, papiers collés
Arp a réussi à dépasser l’abstraction, il va réussir à dépasser aussi les papiers collés. Il en garde le principe, mais en renouvelle le processus créatif. Pour cette œuvre, il explore « les lois du hasard » afin d’observer quelles formes en résultent. Une méthode est conçue au préalable de la réalisation. Des papiers de récupération – souvent des papiers d’emballage - servent de matériau. Arp les découpe au massicot afin de ne pas faire intervenir la main. Il souhaite un art du détachement, un détachement en quête de délicatesse et de grâce. Puis, il place les éléments ensemble, dans un chapeau ou une caisse. Enfin, Arp prend un par un chacun des papiers découpés, les tire au sort, et les agence sur le support selon un rythme chromatique et spatial. On note une volonté d’intervenir le moins possible. Cela correspond à une éthique artistique. Il s’agit de se débarrasser de l’omniprésence du moi artistique, de l’ego, afin de se débarrasser de l’égoïsme.
Pour Arp, l’art doit tendre à incarner une force susceptible de faire naître le bien. Il cherche un ordre qui dépasse la logique humaine. C’est la raison pour laquelle il s’inspire de la nature et du hasard, deux entités pour lui supérieures à la supposée raison humaine. Arp cherche un moyen de rédemption de la folie humaine, en réconciliant l'homme et l'ordre naturel.

SOPHIE TAEUBER
DADA est un des premiers mouvements artistiques, pour ne pas dire le premier mouvement artistique, qui comprend autant d’artistes femmes que d’artistes hommes. Cela résulte du climat de guerre, de la solidarité qui en résulte au-delà des questions de sexe, mais cela résulte aussi de la montée, certes, encore timide, du féminisme. Sophie Taeuber fait partie des artistes féminines de la modernité. Rien à voir avec une Camille Claudel qui se situe encore dans le romantisme. Jean Arp et Sophie Taeuber se rencontrent au Cabaret Voltaire, et deviendront très vite mari et femme. C’est un beau couple d’artistes. Chacun d’eux a réussi à préserver son autonomie, et développe sa création personnelle. La formation de Taeuber lui donne un statut particulier au Cabaret Voltaire. Entre 1910 et 1914, elle suit une école d’arts appliqués. C’est un enseignement non traditionnel, loin des Beaux-Arts, qui lui donne une impulsion nouvelle et favorable à son épanouissement. Elle vient aussi du milieu de la danse à haut niveau. En effet, elle a fait partie de la troupe de Rudolf von Laban, autrichien, inventeur d'un système de notation chorégraphique. Von Laban commence en Suisse, en 1905, puis rencontrera un rayonnement international. La célèbre danseuse Mary Wigman a étudié avec Laban. Il s’agit de libérer la danse de ses conventions jugées rigides. Le corps s’ouvre à la nudité, les mouvements sont libres : von Laban a le désir de réconcilier l’homme et la nature. Taueber est donc une artiste de l’avant-garde avant de répondre à l’invitation de Hugo Ball. Au Cabaret Voltaire, elle dansera au demeurant souvent sur les onomatopées déclamées de Hugo Ball. Taeuber est tout à la fois danseuse et artiste plasticienne. En 1916, elle est nommée professeur à l’école des Arts Appliqués de Zurich. Elle est donc la seule artiste du collectif DADA de Zurich à avoir un salaire. Elle sait être généreuse.
OEUVRE : Taueber, Symétrie pathétique, 1916-1917, tapisserie
Sa formation en arts appliqués la rend libre d’investir de nombreux domaines laissés en marge de la création artistique. La hiérarchie entre arts nobles et arts appliqués disparaît avec les avant-gardes, et Taeuber joue un rôle important dans cette entreprise. Avec les avant-gardes historiques, on passe du domaine des Beaux-Arts au domaine des Arts Plastiques qui accueillent beaucoup plus de pratiques. C’est une étape importante en terme de démocratisation de l’art. Il s’agit de ne plus s’adresser à une supposée élite, mais de s’ouvrir bien davantage à un humanisme dans le sens fort du vocable. Taeuber va donc utiliser la tapisserie pour opérer un dépassement du tableau. La tapisserie est un élément important dans l’art du Moyen Age. Pensons à la célèbre tapisserie de Bayeux. Taeuber va concevoir la tapisserie de la modernité artistique. Elle délaisse la figuration et la narration de la tapisserie traditionnelle, pour privilégier la réalisation de motifs géométriques simples qui pointent l’abstraction pour mieux la dépasser. De nouveau, il faut bien comprendre que Arp et Taeuber ne développent par un art abstrait, mais utilisent le langage abstrait pour innover avec de nouvelles propositions artistiques. Le titre crée un décalage qui ne peut prétendre à l’interprétation de l’œuvre. Taeuber expérimente de nouvelles techniques pour dépasser le tableau. Ses tapisseries, elle les accrochait, dans le cadre des expositions au Cabaret Voltaire, au mur, comme des tableaux mais d’un nouveau genre. La tapisserie correspond par ailleurs à un mode de réalisation impersonnelle. L’ego de l’artiste, les affects, n’interviennent pas.

ŒUVRE : Taeuber, Les marionnettes, 1918
Par la danse, elle a beaucoup appris sur le théâtre de marionnettes. Elle va réaliser des marionnettes qui sont pour elles des œuvres à part entière, des marionnettes faites de formes simples, élémentaires, et dotées de couleurs primaires et secondaires. La marionnette devient une métaphore de l’humain. L’art questionne l’humanité en temps de guerre. Qui tire sur les fils de la marionnette ? Qui guide la marionnette ? Taeuber, comme tous les artistes DADA, s’interroge sur les fils de la destinée humaine.



  • 1917 : Ouverture de la Galerie Dada


En 1917, le collectif DADA de Zurich décide d’ouvrir sa propre galerie afin d’exposer les œuvres plastiques. Ils doivent être autonomes car aucun mécène ne les subventionne. Non pas parce que leur talent n’est pas reconnu, quoique de manière minoritaire, mais parce que le temps de la guerre l’impose. Puis, en 1918, le collectif conçoit le manifeste DADA. C’est Tzara qui le signe. Il faut lire ce texte dans le livre de Tzara, Dada est tatou. Tout est Dada (voir bibliographie). Il s’agit d’une critique féroce du langage traditionnel. Enfin, Tzara et ses amis créent une revue où il publie des poèmes, des textes, etc. C’est la revue DADA qui paraîtra de 1917 à 1920.

2 - LE MOUVEMENT DADA EN ALLEMAGNE
Ce qui caractérise le mouvement DADA en Allemagne, et le distingue de DADA à Zurich, c’est l’engagement politique. On peut vraiment parler d’art politique pour les artistes DADA qui fondent leur collectif à Berlin en 1918. Parmi les artistes fondateurs, il y a Raoul Haussmann, Hannah Hoech, mais aussi Richard Huelsenbeck qui est finalement rentré de Zurich. Le rôle de ce dernier est important car il crée une passerelle entre DADA à Zurich et DADA à Berlin. C’est un témoin. Le collectif DADA à Berlin va vouloir être un contre-pouvoir au régime politique de l’Allemagne, une révolution dans la révolution. Avec la guerre, l’Empereur Guillaume II ranime le nationalisme. En 1918, alors que la situation est très difficile, il exhorte la population à tenir bon. On lui répond par un important mouvement de grèves en demandant des négociations de paix immédiate. Il en résultera la Révolution de Novembre. La mutinerie des forces navales en novembre 1918 est très célèbre. En conséquence, le 9 novembre 1918, l’Empereur abdique et se réfugie en Hollande. Deux Républiques sont alors proclamées : la République Allemande socialiste et la République Allemande. Mais à l’initiative révolutionnaire des communistes, une insurrection des spartakistes aura lieu. On connaît l’épisode tragique de la mort de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht. Le Kaiser va partir, les généraux vont rester, et les communistes vont tomber. Enfin, la République de Weimar est proclamée en 1919. Elle se déclare socialiste, mais va en vérité reconduire toutes les valeurs de la droite.

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