I un principe de dénomination








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Un contre pouvoir


Les artistes DADA de Berlin sont farouchement opposés à la République de Weimar. Ils se sont rangés du côté de la révolution spartakiste. Ils veulent créer un art comme arme de la lutte par la force de l’esthétique, mais ils vont aussi créer un contre-pouvoir. Ils sont très en danger dans leur situation d’artistes d’avant-garde car la censure est très sévère alors en Allemagne. La situation berlinoise donne au mouvement DADA une impulsion plus populaire, plus violente. Les artistes se heurtent aussi aux interdictions de publication. DADA à Berlin présente un tour politique concret. Ils vont faire des interventions publiques : panneaux, slogans, fausses informations. Ils parodient la presse. Ils tournent en dérision l’organisation de la société. Pour eux, la République de Weimar reconduit une situation et des valeurs passées qui ont conduit au désastre (esprit de soumission, ordre bourgeois, église, enseignement, armée). C’est donc une République mortifère qui entrave la liberté, et donc la vie. Par leur art, ils veulent dénoncer le mensonge de la République de la Weimar, et apporter un potentiel de vie riche en libertés.
Dès 1918, le collectif DADA crée à Berlin le Club DADA qui est l’équivalent du Cabaret Voltaire, mais aussi une revue. La même année, le manifeste DADA des artistes berlinois est signé par Huelsenbeck.


  • Le photomontage


Des formes artistiques spécifiques caractérisent DADA à Berlin. On voit en effet la naissance du photomontage. C’est Raoul Haussmann qui en donne la définition : "Le photomontage apparaît dans l'environnement dénonciateur et ravageur de dada comme "une nouvelle unité qui dégageait du chaos de la guerre et de la révolution une vision reflet optiquement et conceptuellement nouvelle". C’est l’artiste ingénieur qui est revendiqué ainsi. Il s’agit de construire, d’assembler des pièces une à une. Cette nouvelle identité de l’artiste est à mettre en relation avec le temps de l’ère industrielle. En effet, le mot photomontage est né de la culture industrielle : un monde de machines, un monde de turbines. Dans les usines, on assemble pièce à pièce pour créer un ensemble. Il y a donc une transposition de ce processus de l’usine vers l’art, dans un esprit de démocratisation de l’art et de revendiquer un art du temps présent. Le photomonteur est un mécanicien de l'image, qui assemble des pièces détachées pour produire un message, une œuvre directement transmissible. Avec le photomontage, c’est l’intégration de la photographie comme matériau d’une image composite. Les artistes DADA s’approprient des photographies récupérées dans les journaux, les magazines, et les détournent pour recomposer de nouvelles images. C’est un art très adapté à la propagande politique.

OEUVRE : Haussmann, Dada siegt, 1920, photomontage
Il faut noter que le photomontage est une forme de papiers collés. La photographie est un nouveau matériau très percutant. Dada siegt (Dada vaincra) présente tous les éléments du monde présent : l’argent (la caisse enregistreuse), la production industrielle (la démultiplication d’une même forme), les hommes de pouvoir. L’image est tour à la fois fragmentée et recomposée en un tout qui vaut pour représentation d’un monde où dada siegt. L’art triomphera donc sur les forces maléfiques. On retrouve ici la dimension utopique des avant-gardes. On note aussi sur ce photomontage la présence d’images scientifiques - celles de l’écorché et du cerveau. Haussmann s’intéressait à la psychanalyse alors bien développée en Allemagne. Comment comprendre ce qui se passe dans le cerveau de l’homme ? Qu’est-ce que l’inconscient qui le gouverne ? Une force vitale ou une force mortifère ? Otto Gross était un médecin psychiatre-psychanalyste, disciple de Sigmund Freud, très billant, et connu des artistes berlinois. Gross voyait dans la psychanalyse un moyen de libérer les hommes des structures sociales et patriarcales. Il s’intéressait aussi beaucoup à la folie et portait attention aux aliénés et à leurs productions plastiques. Pour Otto Gross, il était peut-être sain de ne pas avoir pu supporter psychiquement la guerre. Les « monstres » étaient peut-être en définitive ceux qui ne s’étaient pas écroulés pendant la guerre. Il pensait que la folie ne devait pas être réprimée mais au contraire étudiée pour mieux apprécier la profondeur de l’humanité. L’image du cerveau humain au premier plan du photomontage est à regarder dans ce contexte.
OEUVRE : Haussmann, ABCD, 1923-1924, papiers collés
Haussmann utilise ici à la fois des photographies et des papiers découpés de provenances très diverses : tickets, affiches, tracts, billet de banque... C’est une représentation de la vie à Berlin. La bouche ouverte qui mord les lettres est comme un grand cri, un appel au ralliement DADA. Ce qui intéresse aussi Haussmann, c’est que tous ces matériaux sont anonymes. On retrouve une attitude revendiquant la distanciation. Il faut noter que ni fond ni motif n’est ici privilégié. Une oblique dynamique l’ensemble. Ce qui est à voir et ce qui est à lire comptent à égalité.
OEUVRE : Hannah Hoech, Coupé au couteau de cuisine, 1919, photomontage
Hannah Hoech réalisera aussi de nombreux photomontages. C’est la compagne de Raoul Haussmann, et il faut noter combien elle réussit à faire une œuvre toute personnelle, dotée d’un féminisme engagée. Dans ce photomontage, on note une composition spatiale très intéressante. Deux éléments sont prioritaires du point de vue iconographique : les visages humains et les engrenages (les roues). Mais il faut noter qu’aucun n’est prédominant. Aucune hiérarchie n’existe et tout l’espace est occupé par ces images. Il y a une accumulation très importante qui ne laisse la place à aucun vide, aucun repos dans l’image générale. Hoech établit une analogie entre les têtes humaines et les engrenages. Que ce passe-t-il dans la tête de l’homme ? Quels en sont les rouages ? Quels en sont les mécanismes ? Cette œuvre est aussi une critique virulente de la machine, de la machine de guerre.
OEUVRE : Hannah Hoech, Da-DANDY, 1919, photomontage
Si le texte de Baudelaire évoque le dandy en des termes masculins, il existe aussi un dandy féminin doté des mêmes caractéristiques. C’est ce que représente ici l’artiste dans une œuvre d’un féminisme revendiquée. Hoech s’intéresse aussi au prototype de la femme moderne qui est diffusée par les magazines de l’époque : les cheveux courts, la coupe à la Louise Brook, le rouge à lèvres, la cigarette, les talons… Elle a découpé dans différents magazines plusieurs images de femmes, mais le photomontage montre à quel point c’est toujours le même modèle. La composition relève de la mosaïque. Da-Dandy questionne le nouveau statut de la femme moderne. On note aussi la présence d’un trait de craie rouge sur l’image qui englobe l’ensemble des visages féminins. Ce cerne rouge dessine un profil masculin qui pose la question du nouveau regard masculin sur la femme, qui interroge le désir masculin eu égard au da-dandy.

Comme Sophie Taeuber, avec qui elle a été amie, Hoech réalisera aussi des marionnettes.
OEUVRE : John Heartfield, Après 10 ans, père et fils, 1924, photographie
Cette œuvre est une photographie réalisée à partir d’un photomontage. Heartfield, le plus politique des artistes DADA berlinois, pointe le détournement que l’on peut opérer du sens des images. Le photomontage initial, composé de trois photographies prélevées dans la presse, a donc été photographié, puis agrandi. Les trois photographies initiales choisis par Heartfield se laissent encore deviner dans la photographie finale : une armée de militaires décorés de médailles, un cortège de squelettes et une armée d’enfants. La photographie définitive unifie et rassemble les trois images initiales pour interroger la destinée de la nation allemande. Nos propres enfants vont-ils reproduire dans le futur le massacre de la guerre avec son cortège de morts ? La dénonciation de l’armée est ici évidente, et la censure sera très menaçante pour l’artiste. L’art est pour lui une arme persuasive. Heartfield a été très inspiré par le monde de la caricature, très présent et de qualité en Allemagne. Il rend visible les mensonges politiques. Au moment où il réalise cet assemblage de trois photographies en une unique image, en 1924, on fête les dix ans de la déclaration de guerre. D’où le titre donné a sa photographie.



  • Le ready made revisité



OEUVRE : Haussmann, Tête mécanique "L'Esprit de notre Temps", 1919, MNAM
Haussmann, mais aussi Taeuber, va réaliser des œuvres sur le mode de l’appropriation d’un objet manufacturé. Mais il s’agit d’une revisitation du ready-made car l’état d’esprit est ici très différent. Il s’approprie une marotte de coiffeur sur laquelle il dispose différents éléments récupérés, dont un instrument de mesure, une plaque portant un point d’interrogation, et une timbale coiffant le haut du crâne. Il s’agit de renouveler la sculpture par le biais de l’assemblage, un mode de composition qui met en relation différents éléments apparemment disparates au départ. Haussmann continue à s’interroger sur le cerveau de l’homme. Est-il vide ? Creux comme une marotte ? Peut-on le mesurer ? S’il est aussi pathétique, autant le coiffer d’une timbale. A propos de cette œuvre, Haussmann a écrit un texte où il précise ses intentions :
"Depuis longtemps, j'avais découvert que les gens n'ont pas de caractère et que leur visage n'est qu'une image faite par le coiffeur

Pourquoi alors ne pas prendre une tête réalisée par un esprit simple et naïf, sur laquelle les apprentis coiffeurs s'exercent pour faire des perruques.

Seulement l'idée !

je voulais dévoiler l'esprit de notre temps, l'esprit de chacun dans son état rudimentaire. On racontait des merveilles sur le peuple des penseurs et des poètes. Je croyais mieux les connaître.

Un homme de tous les jours n'avait que les capacités que le hasard lui avait collées sur le crâne, extérieurement, le cerveau était vide."
DADA à Berlin présente une force satirique indéniable. Le 24 juin 1920, le collectif organisera la Grand Foire Internationale DADA, à Berlin, où ils présenteront au public leurs œuvres.



  • Le cas Kurt Schwitters


L’artiste Kurt Schwitters qui vit à Hanovre a souhaité intégrer DADA de Berlin, mais l’appartenance au collectif lui a été refusée. En 1917, il a exercé une activité de dessinateur de machines dans une usine. De cette pratique, il va développer une création où le thème de la roue a une place importante. Pour lui, la représentation de la machine devient le réflecteur des projections d’émotions humaines. Dans ces œuvres qui mixent peinture et matériaux de récupération, il développe une conception du mouvement relevant de la succession de rotations et de glissements. Son art parvient à associer comique et gravité. Schwitters est également un très grand écrivain qui a beaucoup apporté à la poésie sonore. Il faut lire, il faut écouter sa célèbre Ursonate (voir www.ubu.com). A partir de 1918, il devient ami avec Haussmann, mais autant Haussmann sera favorable à son admission dans le club DADA, autant Huelsenbeck va refuser. Pourquoi ? Huelsenbeck reproche à Schwitters de dissocier engagement artistique et engagement politique. Il est vrai que l’artiste de Hanovre partage les opinions politiques des artistes berlinois, mais considère que l’art perd en force s’il devient un instrument de la propagande. Haussmann est tolérant, ouvert, mais pour Huelsenbeck, cette prise de position est rédhibitoire. Haussmann et Schwitters resteront amis et continueront à échanger sur la création artistique. Schwitters en viendra à donner le nom de MERZ à son art, en réponse à sa non admission dans DADA. Il a écrit :
"Je dénommais MERZ ma nouvelle manière de travailler avec, en principe, n'importe quelle matériau. C'est la deuxième syllabe de Kommerz (commerce). Il m'aaparut sur un tableau MERZ où avait été collé, parmi les formes abstraites, le mot MERZ, découpé dans une annonce de la KOMMERZ-UND PRIVATBANK. En se situant par rapport aux autres parties du tableau, ce mot était devenu partie intégrante de celui-ci et il devait donc rester là. (...) Plus tard j'étendis cette définition d'abord à mes poèmes, car depuis 1917 j'en écris, et enfin à toutes mes activités. Désormais je me dénomme moi-même "MERZ". K.S.
MERZ est donc un fragment. Ce choix répond à son intérêt pour les matériaux de récupération qui sont souvent des fragments, des débris. Schwitters était connu à Hanovre pour aller dans les maisons bombardées où il glanait ses matériaux, les mettant dans de grands sacs qu’il ramenait chez lui. Son art est un art de la mémoire. Il souhaite conférer à ce qui a été détruit une dignité nouvelle. Artiste protéiforme, il avait aussi une activité de typographe, de maquettiste rémunérée. Il faisait en effet la communication visuelle de la ville de Hanovre. Sa création présente donc de nombreux points communs avec celle du collectif DADA, mais elle demeure MERZ.


DADA est un mouvement essentiel des avant-gardes historiques. On y trouve toutes les composantes : manifeste, utopie, invention plastique très riche, innovation dans le domaine du langage, engagement politique, etc. DADA a connu un renouveau très important après la seconde guerre mondiale, tant aux Etats-Unis qu’en Europe, et ce à partir du milieu des années cinquante. Les artistes ont redécouvert DADA. Les happenings des années 1950 et 1960, ceux de John Cage, de Merce Cunningham et de Robert Rauschenberg doivent beaucoup à DADA. L’héritage artistique est considérable, encore aujourd’hui.

COMMENTAIRE DE DOCUMENTS
Identification de l’œuvre : nom de l’artiste, titre, date, médium (peinture, photomontage, collage, etc.), voire lieu de conservation et dimensions.

Présentation générale par une indication de la spécificité de l’œuvre (exemple : Les Demoiselles d’Avignon représente un emblème de la modernité).

I – Analyse du langage plastique de l’œuvre

- l’iconographie

Le thème représenté est-il traditionnel (nu, paysage, tableau d’histoire) ou novateur ? Selon la réponse à la question, il convient d’argumenter. Mettre en perspective historique l’iconographie en vous appuyant sur des exemples. L’iconographie appartient-elle au domaine du visible ou de l’invisible (exemple de l’abstraction) ? L’iconographie renvoie-t-elle à un évènement historique ? etc.

  • la construction spatiale de l’œuvre : perspective, lignes directrices, etc.

  • le chromatisme

  • la lumière

  • le médium : peinture, photographie, papiers, objets, etc.

  • La mise en œuvre du médium : les touches picturales, l’appropriation de photographies et d’objets, le readymade, etc.

  • Les influences de l’artiste

  • Et tout ce qui semble fondamental ! Il s’agit de présenter une analyse détaillée de l’œuvre. Toute description ne peut être que problématisée. Toute description doit être précise, rigoureuse et argumentée



II – Analyse de l’œuvre dans une mise en perspective contextuelle


  • Replacer l’œuvre dans l’œuvre plus large de l’artiste.

Cette œuvre appartient-elle à une série ? Est-elle expérimentale ou de l’ordre de l’aboutissement ? Œuvre de jeunesse ? Œuvre de la fin ? L’artiste réalise-t-il cette œuvre à une occasion précise ?

  • Replacer l’œuvre dans le contexte historique, et analyser ses relations au contexte social et politique

  • Replacer l’œuvre dans un mouvement artistique si besoin est

  • Analyse du contenu de l’œuvre

Quelle pensée du monde l’artiste parvient-il à représenter par son langage plastique ? Quelle représentation symbolique du monde l’artiste nous propose-t-il ? Quelle conscience développe-t-il dans l’esprit du spectateur ? Quel regard, voire quel nouveau regard, nous permet-il d’avoir sur le monde ? Ne pas oublier que l’histoire de l’art est une histoire du regard.

BIBLIOGRAPHIE

*Les ouvrages portant en amont ce sigle sont ceux que je recommande en priorité
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