IV. dystopies et anti-utopies sont-elles libertaires ?








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IV.dystopies et anti-utopies sont-elles libertaires ?


Le genre utopique des contre-utopies est désormais très bien connu, mais se limite trop souvent au groupe ZAMIATINE-HUXLEY-ORWELL, car la plupart des dystopies sont liées au contexte difficile du XXème siècle : guerres mondiales, crises socio-économiques, chocs nucléaire et bactériologique, désastre écologique ou climatique, États autoritaires et totalitaires, eugénisme et génocides...

Mais ce genre est certes beaucoup plus important et varié, et possède de nombreux antécédents.
Mon postulat de départ est que bien des caractéristiques des dystopies, qui visent à dénoncer et contrer (via des réfractaires et autres dissidents) le côté infernal et néfaste de l’utopie (de l’utopie au sens classique, c’est à dire conformiste et anti-individualiste), notamment ses aspects autoritaires et totalitaires, permettent de ranger ce genre parmi les écrits libertaires (même si les conservateurs et réactionnaires - pour reprendre la terminologie de MESSAC1 - de tout poil s'y abreuvent également). Présenter l'horreur possible ou potentielle, c'est stimuler les résistants et les réfractaires afin de tout faire pour l'éviter.

Ainsi, comme l'écrit en avril 2015 les Jeunesses libertaires de Madrid, «nous avons la possibilité d'utiliser les dystopies imaginées ou écrites pour tenter de mettre en avant toutes les similitudes qu'elles ont avec le monde dans lequel nous vivons, et ainsi contrer l'usage que le pouvoir fait d'elles. Ce que nous voulons n'est pas une société totalement réglée, mais une société qui s'adapte à la nature humaine et à son environnement, sans pouvoir ni autorité : le communisme libertaire»2.
D'autre part quasiment toutes les dystopies peuvent aussi se lire comme des histoires d'hérésies et/ou de résistances libertaires, victorieuses ou écrasées, puisque pointent dans la plupart d'entre elles des individus réfractaires et désobéissants, voire des groupes dissidents et/ou rebelles.
Ce deuxième chapitre listant des écrits utopiques libertaires, vise donc à fournir une plus claire présentation du genre contre-utopique, à bien mettre en évidence ses aspects libertaires, et à dresser une liste et une mini-anthologie plus complète que ce que l’on rencontre en général sur ce thème.

IV. dystopies et anti-utopies sont-elles libertaires ? 1

A. Des ambiguïtés dans la définition : 4

B. L’anti-utopie, une utopie réellement romanesque et libertaire ? 6

C. Quels précurseurs peut-on mettre en avant ? 7

1. Quelques œuvres à contenus contre-utopiques partiels 8

2. «La Mappe-Monde, nouvelle papistique» contre-utopie de 1566 ? 8

3. La première dystopie attribuée à COMENIUS (KOMENSKY) ? 8

4. Les utopies satiriques, un genre ancien : l’importance de SWIFT 8

5. Une contre-utopie formosane au début du XVIIIème siècle 11

6. Bernard MANDEVILLE : réalisme, scepticisme, et individualisme 11

7. Antoine François PRÉVOST D’EXILES, dit l’Abbé PRÉVOST (1697-1763) 12

8. L’abbé Gabriel-François COYER (1707-1782) 12

9. TIPHAIGNE DE LA ROCHE « Histoire des Galligènes » (1765) 13

10. L'anti-utopie religieuse de PILATI en 1768 13

11. L’anti-utopie de TRIGUEROS en 1782 13

12. Les utopies hostiles aux Lumières : des contre-utopies ou des utopies anti-démocratiques ? 14

13. Jeremy BENTHAM et le Panoptique 1787-1791 15

14. La contre utopie russe de Polydore (1794) 15

15. L’ambiguïté de Donatien-Alphonse marquis de SADE (1740-1814) 15

D. Quelques cas particuliers à l’époque contemporaine 16

1. t’SERSTEVENS A. « Un apostolat » 16

2. Les utopies réactionnaires et conservatrices du XIXème : importantes anticipations des anti-utopies ? 16

3. Une « veine gothique » de l’anti-utopie en fin du XIXème° siècle ? 19

4. Jules VERNE, WELLS et STAPLEDON ? 20

a) Une anti-utopie assez manichéenne chez Jules VERNE 20

b) WELLS (1866-1946) le vrai fondateur du genre ? 21

c) Originalité anti-utopique chez STAPLEDON 23

E. la contre-utopie « étouffante » 23

F. Antériorité ou similarité : la pensée anti-bureaucratique anarchiste 23

G. Autre similarité anti-utopique : les récits critiques de voyages dans les « pays de l’avenir radieux » 24

H. Quelques exemples significatifs de contre-utopies aux XIX, XX et XXI° siècles... 26

1. Avant 1900 : contre-utopies du XIX° siècle : 26

2. Au tournant du XXème siècle : de 1900 à 1917 : 37

3. De 1917 à 1990 : de la Révolution bolchevique à la Chute du Mur de Berlin 45

a) De la Révolution à la « Grande Guerre Patriotique » 1917-1945 45

b) De la Seconde Guerre Mondiale à la fin de « l’Empire soviétique » 1945-1990 63

(1) De 1945 à 1968 : glaciation et fermetures… 63

(2) De 1968 à 1990 : quelques ouvertures et un souffle libertaire… 77

4. De 1990 à nos jours : contre-utopies après la chute de « l’empire soviétique » 85

5. Quelques conclusions provisoires 96


Les mondes définis par les œuvres contre-utopiques sont l'inverse des utopies (leur «double inversé»3), dans le sens où elles exposent les «malos sitios - mauvais lieux»4 alternatifs, pas les bons lieux des utopies. Elles sont des utopies non «progressives» (on devrait aujourd'hui dire progressistes), car elles sont «La négation du progrès» note Régis MESSAC5. Ces contre-utopies apparaîtraient également comme des utopies « traditionnelles » («classiques») poussées à l’extrême, jusqu’au bout de leur logique : pour paraphraser le fascisme, « l’État y est tout, l’individu rien ». La liberté individuelle n’existe pas ; les personnes sont broyées ou conditionnées dans des sociétés enrégimentées, uniformes, brutalement égalitaristes ; le milieu ambiant est exploité au maximum et la plupart du temps ravagé... Des élites, des maîtres sans scrupule, des surhommes déshumanisés y font la loi pour leur propre intérêt. Le terme totalitaire vient de soi en les lisant, et l’utopie n’est plus alors que « le chemin de la servitude » comme l’affirme HAYEK6, même si ce pré-libertarien mélange tout, par exemple en positionnant nazisme et dérives utopiques sur le même plan. Même un psychiatre aussi fin que Boris CYRULNIK écrit en 2012, sans nuance et visiblement sans connaissance complexe de l'objet dont il parle, que les «utopies sont meurtrières»7. Pour ces visions simplistes et fausses dans leur généralisation utopies et contre-utopies semblent donc une seule et même chose dans leur délire autoritaire et totalitaire.

Les anti-utopies sur des mondes absurdes, infernaux, terrifiants, « décadents »8, ou incroyablement calmes et statiques (ce qui est également une monstruosité humainement insupportable)... se veulent surtout pédagogiques : voilà ce qu’il ne faut pas faire, voilà ce que l’on doit à tout prix éviter, voilà où on risque d'aller si on ne prend pas garde... Comme l’exprime Georges JEAN, l’anti-utopie dénonce le mécanisme atroce et paradoxal de l’utopie qui aboutit « à l’inverse de ce à quoi elle prétend ». Elle décrit ce qui doit être rejeté. « Le propre de ces romans serait d’installer la conscience du danger chez les lecteurs modernes. Ce sont des fictions qui amènent à réfléchir sur le présent, sur l’ère de l’acculturation des masses et du totalitarisme écrasant » affirme également Kwathar AYED9.

Les contre-utopies sont donc des œuvres politiques au sens fort, puisqu’elles se veulent aussi des critiques cinglantes, « ironiques », « caricaturales »10 ou « désespérées » selon les cas, de sociétés réellement existantes, par exemple le monde plus spécifiquement « soviétique » pour ZAMIATINE ou tous les totalitarismes de son époque pour ORWELL. Dès le XVII° siècle c'est en ce sens qu'agit le libertin Thomas MORTON à Merrymount vers Plymouth. Son New Canaan (1637) peut donc apparaître comme contre-utopique car opposé de manière païenne, festive, syncrétique à l'utopie théocratique des puritains11. Comme le disait Bronislaw BACZKO dans Lumières de l’utopie, en 1978, « l’anti-utopie est une expression parfois plus corrosive et puissante que l’utopie... » pour dénoncer le monde présent. Elle «est la vérité, au sens freudien, de l'utopie, elle révèle de notre réel et de notre monde les vices cachés»12. Cette contre-utopie témoigne d’un violent pessimisme en l’homme, en la nature, ce qui la démarque de presque toutes les utopies classiques qui elles sont largement optimistes et qui popularisent le mythe du bon sauvage. La dystopie peut donc à juste titre être interprétée comme une utopie du « désenchantement »13 qui prospère sur les « ruines des utopies », sur ce monde réel dont les caractéristiques ont parfois largement dépassé dans l’horreur les plus systématiques propositions utopiques.
Ce cri de secours, cette volonté radicale de défendre la liberté... sont de véritables écrits libertaires, même si rarement l’anarchisme y est présenté comme positif ou revendiqué comme idéologie ou même comme fil conducteur (sauf de prestigieuses exceptions comme chez HUXLEY par exemple, ou comme l’utopie ambiguë d’Ursula LE GUIN, à l’époque « auteure » reconnaissant une filiation anarchiste).

Ce sont donc bien le procédé, l’intention, la dénonciation et l’avertissement qui sont libertaires, pas forcément l’auteur lui-même, ni parfois la thèse ou l’idéologie qu’il défend ; quelques auteurs sont même à l’antithèse de l’anarchisme, se présentant comme des conservateurs nostalgiques, des opposants réactionnaires au changement, autant contre les valeurs des Lumières que contre le socialisme, fût-il libertaire…

Alain PESSIN (parmi d’autres) va dans le même sens que moi en liant les contre-utopistes aux partisans d’une nouvelle utopie libertaire14. Il les a cependant trop sommairement analysés, même si pour certains d’entre eux (ARISTOPHANE, SWIFT) il propose la superbe formule de « voie noire de l’utopie », noir au sens de trou noir (ou tout s’engouffre, ou tout est possible), noir du drapeau corsaire, ou noir de la bannière anarchiste.
Cependant ces dystopies sont rarement à sens unique, ou totalement désespérée ; elles possèdent souvent une part d'utopie positive, même ténue et vouée souvent à l'échec. Car il y existe souvent des brèches, des lignes de fuite… Ainsi dans la plupart des ouvrages anti-utopiques, le seul recours au monde inhumain est le rebelle, l’opposant, le dissident, le fugitif, le réfractaire, les prolétaires d’ORWELL, les sauvages d’HUXLEY, les résistants souterrains de DESSEVRES… dont la nécessité si souvent affirmée n’est pas sans rappeler les appels à la destruction et à la révolte radicale d’un COEURDEROY ou d’un BAKOUNINE, voire d’un CAMUS proche au cœur de beaucoup de libertaires. Gilles LAPOUGE a dit que le contre-utopiste est « un libertaire libertin individualiste » qui s’oppose au monde où le « bonheur collectif » est en fait destructeur de liberté et de vérité, comme nous le rappelle Cyril MOULARD15. Ces « figures d’opposition » sont de vraies « consciences vives » qui utilisent toutes les failles des systèmes totalitaires décrit pour « pour défier les barricades des mensonges et refuser le bonheur ‘’prêt-à-porter’’ »16. Il est utile de rappeler que les femmes jouent un rôle important parmi ces rebelles positifs (positives ?), et qu'il faudrait donc mettre systématiquement au féminin les catégories énoncées.
Malgré ces quelques aspects positifs, les dystopies dans leur ensemble voient donc dans l’utopie non pas une chance pour l’humanité, mais un risque de dégénérescence terriblement inhumaine qu’il faut empêcher à tout prix. Comme c’est souvent dit à leur propos au XXème siècle, le but n’est pas de réaliser des utopies, mais au contraire d’empêcher qu’elles se réalisent.

Ce risque existe et a existé : il est présent dans les sociétés totalitaires, toutes, y compris celles qui se disaient ou se disent « communistes », « pays du socialisme réel »… C’est pourquoi à la suite De François HOURMANT17 on peut inclure dans la contre-utopie les récits de voyages critiques « au pays de l’avenir radieux».
Ces « lieux du mal » sont combattus par l’ironie, la parodie, la caricature, la parabole, l’allégorie, la fable, le pamphlet... Les ouvrages sont souvent désespérés, mais lucides : pour eux le totalitarisme, l’étatisme omniprésent, l’infantilisation généralisée, le bonheur grégaire, l’asservissement des individus et l’absence de liberté18... sont l’antithèse absolue d’une société libertaire, et malheureusement la barbarie de notre XXème siècle leur donne fréquemment raison. Raymond TROUSSON dès le XVIIIème siècle voit dans ces écrits lucides se déployer les « 4 forces destructrices de l’utopie » (il range effectivement la contre utopie dans le genre utopique littéraire) que sont « réalisme, pessimisme, individualisme et scepticisme »19.

Dénoncer, s’opposer, décrire l’horreur… c’est donc aussi en arrière plan, proposer et susciter l’inverse (une société libre, sinon libertaire). C’est pourquoi ce genre littéraire est souvent largement présent dans toutes les bibliothèques des militants anarchistes.
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