Livre V : La civilisation des Arabes








télécharger 1.49 Mb.
titreLivre V : La civilisation des Arabes
page21/21
date de publication21.01.2020
taille1.49 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > histoire > Documentos
1   ...   13   14   15   16   17   18   19   20   21
Boletin de la sociedad geografica de Madrid », l'Espagne dont la richesse agricole, sous les Arabes, était si grande, a aujourd'hui 45 pour cent de son sol presque entièrement improductif. 10 pour cent seulement sont encore très fertiles. Parmi les causes les plus importantes de cet état misérable se trouve le déboisement presque total de la péninsule par ses habitants.

À ne consulter que les chiffres bruts de la statistique, l'Espagne semblerait jouir depuis quel­ques années d'une prospérité remarquable. Les exportations, qui s'élevaient à 237 millions dans la moyenne décennale de 1860 à 1870, ont dépassé 500 millions dans la période 1870-1880 ; mais quand on soumet ces chiffres à l'analyse on découvre bientôt que les causes de cette progression sont tout à fait accidentelles. Elle résulte simplement, en effet, de ce que le phylloxéra ayant détruit plus du tiers du vignoble français, nos commerçants ont dû s'adresser à l'Espagne pour se procurer le vin qui leur manquait. De 1870 à 1882 le nombre d'hectolitres de vin envoyés par elle en France s'est élevé de 300,000 à 6 millions c'est-à-dire qu'en dix ans l'exportation espagnole des vins est devenus vingt fois plus forte. En 1881, la valeur des vins achetés par la France à l'Espagne s'est élevée à 264 millions.

1 Sur les 16,620,000 habitants que compte l'Espagne d'après le dernier recensement, 12 millions, c'est-à-dire les trois quarts d'après les documents officiels, ne savent ni lire ni écrire.

1 Il est difficile d'établir exactement ce que les financiers européens, les juifs surtout, ont soutiré en quelques années aux fellahs. Nous savons par des chiffres publiés par M. Van den Berg, en 1878, que, sur un montant de 1,397,175,000 francs, produit de cinq emprunts, les financiers avaient pré­levé en pots de vin, commissions, etc., la modeste somme de 522 millions. 875 millions seulement sont entrés dans les caisses du gouvernement égyptien. Ce dernier a déjà payé depuis longtemps, rien qu'en intérêts, le montant de sa dette.

2 Les démolitions se font du reste d'une façon fort habile, et jamais le nom des nouveaux maîtres de l'Égypte ne figure dans les ordres de destruction. Pour donner même une satisfaction apparente aux amateurs de l'archéologie, un règlement, inséré au Moniteur égyptien du 12 janvier 1883, porte « qu'on conservera les monuments historiques, religieux ou artistiques mais avec ce petit correctif ingénieux jusqu'à la reconstruction de leurs façades à l'alignement. » La reconstruction à l'alignement de façades de monuments, dont quelques-uns dépassent les dimensions de Notre-Dame de Paris, étant chose un peu compliquée, et le sens du mot « monuments historiques » pouvant être interprété à volonté, ce règlement conservateur n'a eu d'autres résultats que d'accé­lérer les démolitions. Malheureusement, pour les constructeurs de rues européennes et de casernes, on a voulu aller trop vite, et l'ordre d'abattre à la fois cinq des plus beaux monuments du Caire a produit de telles explosions d'indignation chez les artistes que les journaux anglais eux-mêmes ont dû réclamer et qu'il a fallu se résigner à suspendre l'opération. Ce ne fut pas sans difficulté, comme on peut en juger par la réponse suivante faite par le ministre des travaux publics, Ali Pacha Moubarek, à un comité de conservation : « A-t-on besoin de tant de monuments ? Quand on conserve un échantillon, cela ne suffit-il pas ? » argumentation ingénieuse qui conduirait à utiliser comme toile d'emballage les tableaux de Raphaël et de Rubens, sous prétexte qu'un échantillon de chacun d'eux suffirait. Du reste, ajoutait avec éloquence ce ministre, à propos de la magnifique porte de Zowaïleh devant laquelle on exécutait autrefois les criminels : « Nous ne voulons plus de ces souvenirs-là, et nous devons la détruire comme les Français ont détruit la Bastille. »

Les artistes désireux de contempler les restes de ces trésors d'architecture du Caire accumulés par mille ans de civilisation arabe feront bien de se hâter, car bientôt ils auront totalement disparu. En échange de ces débris inutiles d'un autre âge, justement méprisés par les commerçants, le peuple égyptien jouira de tous les bienfaits de la civilisation : il aura des belles casernes, de jolies chapelles protestantes, un nombre respectable de marchands de bibles et d'alcool, et des collections variées de clergymens.

1 La somme retirée depuis vingt ans de l'Inde par l'Angleterre est évaluée à dix milliards, sans compter l'argent dépensé pour entretenir les conquérants, dont chacun reçoit pour son séjour dans la colonie un traitement de ministre ou de souverain. Le séjour des fonctionnaires aux Indes est généralement limité à cinq ans, parce que l'on considère qu'après ce délai, ils doivent avoir réalisé une brillante fortune. Quant à la situation du pays, on peut en juger par le passage suivant de l'auteur anglais que je citais plus haut, M. Hyndman. « Chose effrayante, dit-il, les provinces du nord-ouest en étaient réduites à exporter leurs grains alors que trois cent mille personnes y mouraient de faim en quelques mois, » et il rappelle qu'en 1877, dans la seule présidence de Madras, neuf cent trente-cinq mille personnes sont mortes de faim, suivant les rapports officiels. Cette situation ne fait qu'empirer, car la fertilité du sol diminue rapidement par l'abus des cultures épuisantes que nécessitent les exigences des impôts.

Les chiffres produits par M. Hyndman et publiés dans la revue The Nineteenth century sous le titre : la Banqueroute de l'Inde n'ont pas été contestés. La seule réponse qui ait pu être faite pour justifier le tribut annuel de 500 millions que l'Angleterre extrait de l'Inde est celle donnée dans la Fortnightly Review que « cet argent n'est pour les peuples de l'Inde que le prix d'un gouvernement pacifique et régulier. » L'expression de « pacifique » appliquée à un régime qui fait mourir de faim en une année plus d'hommes que n'en ont jamais coûté les guerres les plus meurtrières paraîtrait sans doute un peu exagérée aux Hindous.

1 Je renvoie le lecteur aux faits que j'ai rapportés dans mon dernier ouvrage, L'homme et les sociétés » (t. II, p. 91), relatifs à la conduite habituelle des blancs en Afrique et en Océanie, et je rappellerai seulement, en passant, le procédé ingénieux qu'emploient les capitaines de navires anglais pour se procurer des ouvriers dans les îles mélanésiennes. Il consiste simplement à attraper par quelque stratagème et notamment en leur prodiguant des démonstrations amicales, le plus grand nombre possible de naturels, à leur couper immédiatement le cou et à échanger avec des chefs de tribus rivales chaque tête contre un certain nombre d'ouvriers. Ces derniers sont engagés pour un temps très court, mais, bien entendu, on ne leur rend jamais ensuite leur liberté. Ce sont des faits analogues qui ont conduit le savant naturaliste de Quatrefages aux conclusions suivantes, dans son livre sur l'espèce humaine : « Au point de vue du respect de la vie humaine, dit-il, la race blanche européenne n'a rien à reprocher aux plus barbares. Qu'elle fasse un retour sur sa propre histoire et se souvienne de quelques-unes de ces guerres, de ces journées écrites en lettres de sang dans ses propres annales. Qu'elle n'oublie pas, surtout, sa conduite envers ses sœurs inférieures ; la dépopulation marquant chacun de ses pas autour du monde ; les massacres commis de sang-froid et souvent comme un jeu ; les chasses à l'homme organisées à la façon des chasses à la bête fauve ; les populations entières exterminées pour faire place à des colons européens ; et il faudra bien qu'elle avoue que si le respect de la vie humaine est une loi morale et universelle, aucune race ne l'a violée plus souvent et d'une plus effroyable façon qu'elle-même. »

2 J'engage les personnes qui voudraient connaître l'opinion des Orientaux les plus éclairés sur les Européens à lire un remarquable article, publié en 1878 dans la Revue scientifique par M. Masana Maéda, commissaire général du Japon à la dernière grande exposition de Paris. Bien qu'obligé par sa position officielle et par la nationalité du journal dans lequel il écrivait, à voiler sa pensée, l'auteur s'exprime fort clairement. Après avoir expliqué la désastreuse influence exercée par les Anglais sur les Chinois dans le but unique de leur soutirer de l'argent, il montre qu'au Japon « les étrangers, soit à la ville, soit à la compagne, n'ont aucun respect pour tout ce qui les environne, et ne se font pas scrupule de dévaster la propriété d'autrui... Ils ne font pas plus de cas des lois que des mœurs. »

1 Il existe un journal arabe à Constantinople et une dizaine en Syrie, dont trois Revues hebdoma­daires. Des journaux d'intérêts locaux s'impriment dans la plupart des pays où se parle l'arabe.
1   ...   13   14   15   16   17   18   19   20   21

similaire:

Livre V : La civilisation des Arabes icon7e Biennale des cinémas arabes à Marseille

Livre V : La civilisation des Arabes iconCours de M. Jérôme Kerlouegan () Mme Christine Nguyen Tri chi 003...
«Initiation à la civilisation et à l’histoire de la Chine ancienne et impériale». Ce n’est pas que l’histoire politique mais aussi...

Livre V : La civilisation des Arabes iconLes conquêtes arabes

Livre V : La civilisation des Arabes iconLa civilisation de l'âge du fer, deux grandes périodes
«période de Hallstatt» ou «civilisation de Hallstatt» (du nom d’un site archéologique autrichien). La production et l’utilisation...

Livre V : La civilisation des Arabes iconEssai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan
«dépassés» par les océans et ceux-ci par l’espace interplanétaire et bientôt intersidéral a donné lieu à l’émergence d’une civilisation...

Livre V : La civilisation des Arabes iconCours et séminaire de monsieur le professeur Jean-Marie Delmaire...
«Langue, civilisation hébraïques et histoire du judaïsme», Université de Lille III, 1986-1987 à 1988-1989

Livre V : La civilisation des Arabes icon1 Histoire des arts/ Civilisation

Livre V : La civilisation des Arabes iconL’utilisation de l’arche en architecture commence dès l’antiquité....

Livre V : La civilisation des Arabes iconL'Institut du Monde Arabe est un lieu de culture fruit d'un partenariat...

Livre V : La civilisation des Arabes iconI. Le soudan, La première civilisation de l'univers
Quel sujet de méditation de voir la barbarie et l'ignorance actuelle des coptes, issus de l'alliance du génie profond des égyptiens...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com