Livre V : La civilisation des Arabes








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Romans et nouvelles. - En dehors de la poésie, tous les genres de littérature : romans d'aventures, d'amour, de chevalerie, etc., ont été cultivés par les Arabes. Tout ce qui concerne la psychologie des personnages est faiblement traité ; mais les aventures merveilleuses dont sont semés les récits leur donnent toujours un intérêt très vif. Avec leur imagination brillante, ces incomparables artistes embellissent tout ce qu'ils touchent. 1
Les Arabes ont été les véritables créateurs des romans de chevalerie. « En Espagne, dit Sedillot, l'imagination des poètes s'exerçait dans les nouvelles et les romances ; les sectateurs de Mahomet furent toujours de grands conteurs ; le soir ils se rassemblaient sous leurs tentes pour entendre quelque récit merveilleux auquel se mêlaient, comme à Grenade, la musique et le chant ; le romancero, composé de pièces traduites ou imitées de l'arabe, retrace avec exactitude les fêtes du temps, les jeux de bagues, les courses de taureaux, les combats des chrétiens et des musulmans, les hauts faits et les danses des chevaliers, et cette galanterie délicate et recherchée qui rendit les Maures espagnols fameux dans toute l'Europe. »
Parmi les contes arabes les plus connus, il faut surtout mentionner ceux d'Hariri, d'Hamadrani et des auteurs des Mille et une Nuits.
Les « Séances d'Hariri » sont célèbres dans tout l'Orient. Né en 1054, Hariri mourut en 1121, à Bassorah, après avoir eu la réputation d'être un des hommes les plus savants de son siècle. La Bibliothèque nationale de Paris et celle de M. Schéfer possèdent un bel exemplaire illustré d'un manuscrit de cet ouvrage.
Hamadrani, mort en 1007, acquit également une grande célébrité dans ce genre de composition. Sa mémoire était telle, qu'il récitait un poème qu'il avait entendu une seule fois. Il était célèbre égalementé par la pureté du langage et le choix des expres­sions dans ses improvisations.
De tous les ouvrages des conteurs arabes, le plus connu est assurément le mer­veilleux livre des Mille et une Nuits. Son origine a été très discutée ; il semble démontré aujourd'hui que c'est un recueil composé de morceaux d'époques fort diffé­rentes. Quelques-uns sont antérieurs au dixième siècle, comme le prouve la mention faite par Maçoudi dans son livre Les Prairies d'or, composé à cette époque. On y trouve des récits d'origine hindoue et persane ; mais la plupart ont été composés du treizième siècle au quinzième siècle par des Arabes d'Égypte. M. Weil, professeur de langues orientales à Heidelberg, dit, dans la préface de l'édition allemande qu'il a donnée des Mille et une Nuits d'après le texte oriental, que, sans le moindre doute, la plupart de ces contes sont arabes, et fort différents de ceux d'origine persane et hindoue figurant dans le recueil qui était également connu sous le même nom dans les premiers siècles de l'islamisme.
Ce livre est certainement, malgré ses défauts trop visibles, un des plus intéressants ouvrages qui aient jamais été écrits. J'ajouterai que sa lecture est aussi instructive qu'intéressante, et peut fournir des renseignements très précis sur les mœurs des Arabes, leur façon de sentir et de penser à certaines époques.
L'histoire qui sert de préambule à l'ouvrage est, à ce dernier point de vue fort curieuse. Elle jette une vive lumière sur la psychologie intime des Orientaux, le côté impulsif de leur caractère, leur opinion sur les femmes, etc. Les contes et les légendes d'un peuple constituent une source de documents que l'histoire a négligés pendant longtemps, mais dont on commence aujourd'hui à comprendre l'importance. Dans notre étude d'une population fort curieuse que nous avons eu l'occasion d'observer dans les monts Tatras, l'analyse des chants populaires et les légendes nous ont fourni les plus précieux renseignements pour la reconstitution psychologique des ancêtres d'un peuple dont on n'avait jamais écrit l'histoire.




Dans l’édition papier de 1980

apparaît à la page 353
la figure # 224
Frise d'une coupe arabe formant inscription par la déformation
de la partie inférieure des personnages
.
téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).
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Fables et proverbes. - Les fables, apologues et proverbes, sont très en faveur chez les Orientaux. Ils constituent un genre de littérature qui parle clairement à l'esprit, et se fixe aisément dans la mémoire, alors que les raisonnements abstraits fatiguent et s'oublient vite.
Le plus célèbre des fabulistes est le légendaire Lokman : Mahomet en fait dans le Coran le type de la sagesse. Certains auteurs le font contemporain de David et même d'Abraham ; d'autres supposent que l'auteur des fables est un personnage différent postérieur à Mahomet, La ressemblance de ses apologues avec ceux d'Ésope semble indiquer qu'ils furent empruntés à cet auteur ou au moins qu'ils dérivent d'une source commune.
Les proverbes arabes sont très nombreux. L'Espagne et le reste de l'Europe en ont emprunté beaucoup. Une grande partie de ceux qui constituent le fonds inépuisable de la sagesse de Sancho Pança ont une origine musulmane.
Pour donner une idée des proverbes arabes, j'en citerai quelques-uns empruntés à un travail de M. Piesse :

La vie sous l'aile d'une mouche vaut encore mieux que le sommeil du cimetière. Profite de ta jeunesse, la vie n'a qu'un instant.
Dissipe tes chagrins ce soir ; tu ne sais pas ce qui t'arrivera demain.
Fréquente un forgeron, tu attraperas de la suie ; fréquente un parfumeur, tu emporteras l'odeur du bouquet.
L'amour se passionnerait pour un morceau de bois sec.
Qui prend une femme pour sa beauté sera dupé, qui l'épouse à cause de sa fortune est un être cupide ; mais celui qui la choisit pour son bon sens peut dire qu'il est marié.
Si les femmes vous aiment, que de portes elles vous ouvriront ! mais si elles vous détestent, avec un fil d'araignée elles dresseront devant vous une muraille de fer.

Une médiocre aisance avec la paix du cœur vaut mieux que l'opulence avec des soucis.

Dans une bouche qui sait se taire une mouche ne saurait entrer.

La prudence, c'est la moitié de la vie. On dit même que c'est la vie toute entière.

La souris ne peut engendrer qu'une souris.

L'arbuste qui produit la rose produit aussi l'épine.

Prends conseil de celui qui te fait pleurer et non de celui qui te fait rire.

Faire à propos c'est le succès.

Il y a trois qualités qui en valent trente : la beauté, la pitié et la discrétion en amour.

Il y a deux créatures qui ne sont jamais rassasiées : l'homme de science et l'homme d'argent.



Dans l’édition papier de 1980

apparaît à la page 354
la figure # 225
Inscription arabe moderne, relevée dans une maison de Damas par l'auteur.
téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).
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Histoire. - Les historiens arabes furent nombreux : Hadji Khalfa, dans sa Biblio­thèque orientale, en cite douze cents. Comme tous les historiens du moyen âge, imités en cela par beaucoup d'auteurs modernes, ils manquent généralement d'esprit critique. Je dis généralement parce qu'il en est un petit nombre, Ibhn Khaldoun entre autres, qui possédèrent à un haut degré cette faculté maîtresse.
Un des plus anciens historiens arabes est Tabari, qui composa à la fin du neu­vième siècle une chronique universelle allant du commencement du monde jusqu'à 914 de J.-C. Un des plus célèbres est Maçoudi, qui vivait au dixième siècle, et composa plusieurs ouvrages historiques tels que : l'Histoire du temps, les Prairies d'or, etc. « Lorsqu'on parcourt ses ouvrages, dit M. Quatremère, on est vraiment stupéfait en songeant sur quelles matières diverses il avait écrit, et combien de questions importantes et difficiles se trouvaient résolues dans ses diverses produc­tions. Son érudition était immense pour le temps où il florissait ; non seulement il avait lu et médité tous les livres qui concernaient les Arabes, mais il avait embrassé dans ses vastes recherches l'histoire des Grecs, des Romains, et de toutes les nations orientales, soit anciennes, soit modernes. »

Les historiens arabes ont composé plusieurs histoires universelles. On peut citer notamment parmi eux Aboulfarage, mort en 1286.
Ibhn Khaldoun, né en 1332, est l'historien doué du sens critique dont nous par­lions plus haut. Il est l'auteur d'une Histoire des Berbères où sont exposés, en débutant, d'excellents principes de critique historique. Son ouvrage a été traduit en français.




Dans l’édition papier de 1980

apparaît à la page 355
la figure # 226
Inscription arabe moderne relevée dans une maison de Damas par l'auteur.
téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).
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Makrisi, contemporain du précédent, composa une histoire d'Égypte qui est encore la meilleure source à consulter pour cette contrée. Elle devait faire partie d'une chronique générale qui aurait eu 80 volumes.
Howairi, qui mourut en Égypte en 1331, composa une grande Encyclopédie historique.
Aboulfeda, souverain de Hamah, mort en 1331, connu à la fois comme historien, géographe et guerrier, écrivit une histoire du genre humain fort utile à consulter pour tout ce qui concerne l'Orient.
Les biographies furent également nombreuses chez les Arabes. La plus connue est la Bibliothèque orientale d'Hadji Khalfa, mort en 1658. Elle contient 18 500 indica­tions d'ouvrages orientaux, avec les noms des auteurs et une notice bibliographique sur chacun d'eux.


Rhétorique et éloquence. - Les auteurs arabes attachaient une grande importance à la forme de leurs écrits ; aussi leur doit-on beaucoup d'ouvrages de rhétorique et de grammaire. Dans la seule bibliothèque de l'Escurial, qui ne représente qu'un insigni­fiant débris de la littérature arabe de l'Espagne, échappé par hasard à la destruction, Casiri en a trouvé plus de trois cents sur la rhétorique. Ces ouvrages n'ont pas été traduits, et je crois qu'il n'y aurait qu'un intérêt bien faible à ce qu'ils le fussent. L'étude de la grammaire et de la rhétorique peut servir à polir le style, mais ne le crée pas. Ce sont les oeuvres d'un peuple, et non ses traités de grammaire qu'il faut étudier, pour juger de sa littérature. Ce n'est guère d'ailleurs qu'avec ses oeuvres littéraires que se forment sa rhétorique et sa grammaire.
Ce n'est pas non plus dans les traités de rhétorique et de grammaire que nous pouvons juger de l'éloquence des Arabes. En dehors de l'enseignement des univer­sités, ils ne pouvaient connaître que l'éloquence religieuse. Leur régime politique n'en comportait pas d'autre. Cette éloquence sacrée est toute-puissante sur les foules en Orient ; mais les productions de leurs orateurs ne sont pas venues jusqu'à nous.




Dans l’édition papier de 1980

apparaît à la page 356
la figure # 227
Fragment d'inscription d'un coffret persan incrusté de nacre (collection Schefer) ;
d'après une photographie de l'auteur.
téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).
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Le résumé qui précède ne doit être considéré que comme un court extrait d'un sommaire de l'histoire de la littérature des Arabes. Il peut suffire cependant à faire pressentir l'importance et la variété de leurs travaux littéraires. Dans un ouvrage aussi condensé que le notre nous ne pouvions nous proposer d'autre but.

Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884)
Livre cinquième: La civilisation des Arabes

Chapitre III
Mathématiques et astronomie

1. – Mathématiques


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L'étude des mathématiques fut très répandue chez les Arabes. Ils cultivèrent surtout l'algèbre, et on leur a même attribué l'invention de cette science ; mais ses principes étaient déjà connus depuis longtemps. Les progrès qu'ils lui firent subir la transformèrent d'ailleurs entièrement. C'est à eux, également que sont dues les pre­mières applications de l'algèbre à la géométrie.
Le goût de l'algèbre était si répandu que, sous le règne d'El Mamoun, au com­mencement du neuvième siècle de notre ère, ce prince chargea un mathématicien de sa cour, Mahommed ben Musa, de composer un traité d'algèbre populaire. Ce fut dans la traduction de cet ouvrage que les Européens puisèrent plus tard leurs pre­mières notions de cette science.
L'impossibilité d'exposer les travaux mathématiques des Arabes, sans entrer dans des détails trop techniques, m'oblige à mentionner seulement les plus importants. Telles sont l'introduction des tangentes dans les calculs trigonométriques, la substi­tution des sinus aux cordes, l'application de l'algèbre à la géométrie, la résolution des équations cubiques, l'étude approfondie des sections coniques. Ils transformèrent entièrement la trigonométrie sphérique, en ramenant la résolution des triangles à un certain nombre de théorèmes fondamentaux qui lui servent encore de base.
L'introduction des tangentes dans la trigonométrie fut d'une importance consi­dérable. « Cette heureuse révolution dans la science, dit M. Chasles, dans son Aperçu historique des méthodes en géométrie, qui en bannissait les expressions composées et incommodes contenant le sinus et le cosinus de l'inconnue, ne s'est opérée que cinq cents ans plus tard chez les modernes ; on en fait honneur à Regiomontanus ; et près d'un siècle après lui, Copernic ne la connaissait pas encore. »


2. - L'astronomie
chez les Arabes

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L'astronomie fut une des premières sciences cultivées à Bagdad. Elle eut pour adeptes, non seulement les Arabes, mais encore leurs successeurs, et notamment Oloug Beg, petit-fils de Tamerlan, célèbre par la publication de ses Tables astro­nomiques et qu'on peut considérer comme le dernier représentant de l'école de Bagdad. Cette dernière fleurit en réalité de 750 à 1450 de notre ère, c'est-à-dire pendant sept cents ans.
Bagdad fut un des principaux centres de cet enseignement ; mais ce ne fut pas le seul. De l'Asie centrale à l'Atlantique, les observatoires étaient nombreux ; on en trouvait à Damas, Samarcande, le Caire, Fez, Tolède, Cordoue, etc.
Les principales écoles d'astronomie furent celles de Bagdad, du Caire et de l'Espagne. Nous dirons quelques mots de chacune d'elles.
Dès que les khalifes Abassides eurent fixé à Bagdad, ville fondée en 762, le siège de leur empire, ils donnèrent une grande impulsion à l'étude de l'astronomie et des mathématiques, firent traduire Euclide, Archimède, Ptolémée, et tous les livres grecs traitant de ces sciences, et appelèrent à leur cour les savants jouissant de quelque réputation.
Sous Haroun al Raschid, et surtout sous son fils Mamoun (814-833), l'école astronomique de Bagdad produisit d'importants travaux. Le recueil des observations faites dans les observatoires de Bagdad et de Damas fut consigné dans un ouvrage dit
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