Personnes handicapees et parcours de vie…








télécharger 122.77 Kb.
titrePersonnes handicapees et parcours de vie…
page1/4
date de publication27.03.2017
taille122.77 Kb.
typeCours
ar.21-bal.com > histoire > Cours
  1   2   3   4
PERSONNES HANDICAPEES ET PARCOURS DE VIE…

Chemin faisant…

Le GPS de la vie…

(Non pas Global Positionning System, mais : )

Gestion des Perspectives Subjectives…

L’émoi des mots…

Je déclare la guerre aux circonvolutions langagières… Sus aux euphémismes et périphrases contra phobiques…. Depuis quelques années, les « bonnes conduites », le « bien penser », « le politiquement correct » (Outre le fait qu’il soit curieux d’associer l’adjectif correct au mot politique, mais, bon…) nous imposent des « éléments de langage » qui sont autant de leurres, de pseudo réponses, face aux questions du handicap, de la pathologie et de la souffrance. Ces « expressions modernes » nous conduisent en fait à emprunter des voies trompeuses. Je pourrais parler par exemple de l’accompagnement… Le mot « accompagnement » évoque plutôt des situations de camaraderie, d’amitié ou de fraternité que de relations professionnelles d’aidant à aidés, d’éducateur à éduqués ou de soignant à soignés… Récemment par exemple, alors que je terminais un repas dans un Foyer accueillant des personnes handicapées moteur, l’une des résidentes demande à une AMP de « l’accompagner » en un lieu un peu éloigné de la salle de restauration. Cette dernière accepte et s’assoit sur les genoux de la résidente, et les voilà parties toutes deux en fauteuil électrique le long des couloirs de l’institution dans un grand éclat de rire commun… Nous sommes là dans le compagnonnage, dans la convivialité du « partage du pain » comme nous l’indique bien l’étymologie du mot… Pour autant que cette convivialité soit agréable, intéressante et séduisante, cela ne suffit pas car la relation ainsi instaurée, ce mal nommé accompagnement tend à devenir l’exclusif moteur de la rencontre et du travail, venant remplacer le soin, et le véritable métier des professionnels du médico-social… Hélas, de plus en plus régulièrement l’accompagnement tend à remplacer le soin et la prise en charge, les résidents en difficulté étant confinés à un statut d’usager, clients d’institutions, lesquelles oublient leurs fonctions et leurs missions éducatives, pédagogiques et thérapeutiques. S’impose alors la notion de service répondant à la demande, nécessairement à satisfaire (comme au « Club Med »), oubliant de se préoccuper du besoin, qu’il faudrait chercher à débusquer car il ne s’exprime pas toujours de façon explicite… Je ne suis pas sûr que les personnes dont nous nous occupons se satisfassent d’un accompagnement… Peut-être attendent-elles davantage… Par exemple que nous nous préoccupions d’elles, que nous nous fassions du souci, mot qui a la même racine que soin… Cette idée nous invite à suivre les itinéraires d’Emmanuel Levinas qui nous guide dans une réflexion relative au « souci de l’autre » : « Tout d'un coup, l'autre me regarde et m'oblige. Tout d'un coup, il m'incombe et il m'ordonne de toute sa charge d'indigence et de faiblesse », dans l’aventure de la sensibilité ; ces chemins convergents sont également tracés par Jacques Hochmann, qui parlant de « consolation » manifeste l’intérêt nécessaire et le plaisir de soigner, et aussi par certains psychanalystes qui se sont attachés à décrypter la fonction antalgique des symptômes ou encore les praticiens du quotidien, ES, ME, AMP, AS, etc… qui ont développé des axes de travail et de prise en charge adaptées pour ces personnes, situant le travail de soigner à la croisée des actes, des mots et du corps : c’est sur ces voies que réside aussi l’importance inéluctable de la vie quotidienne.

Ce souci de l’autre s’inscrit dans la mission de l’équipe éducative et soignante, cliniciens de la préoccupation quotidienne, dans les gestes et les pratiques qu’elle met en œuvre, lesquelles donnent SENS aux mots, dans leurs dimensions de « sensorialité appliquée », de « sensualité analysée », « d’historicité et de projection envisagée » et de « significativité assimilée »… En ce domaine, les mots doivent s’étayer sur des actes concrets qui viennent matériellement garantir notre intention bienveillante. « Les témoignages de notre intérêt pour la vie mentale des patients doit emprunter le véhicule de la réalité si nous voulons qu’ils soient perceptibles » (1). Non accompagnés de manifestations concrètes et réelles de sollicitude, les seules paroles, les plus affables qu’elles soient, ne peuvent prendre valeur de signe de prévenance et sont ressenties comme de l’indifférence.

Ce souci conduit effectivement à prendre en charge les résidents car il s’agit bien en effet d’un travail, difficile et dont la pénibilité psychique vaut bien celle physique des maçons… L’idée de la prise en charge n’induit pas nécessairement son caractère totalitaire qui irait à l’encontre de la préservation de l’autonomie du Sujet, mais considère la réalité d’une part de dépendance et d’aide, voire de suppléance nécessaire. L’idée de la prise en charge induit également la guidance, la réflexion clinique qui conduit à des indications d’actions, une compétence des acteurs, une opérativité constructive, lesquels répondent aux besoins dont les professionnels, en équipe ont fait l’hypothèse à partir de leur écoute de l’autre et de ce qu’ils en observent dans une attitude, inquiète de son potentiel mieux être. Prendre en charge quelqu’un, c’est accepter d’être chargé de mission. C’est devenir responsable, c’est  être capable de développer des relations ou il est nécessaire de décrypter les rouages transférentiels et contre transférentiels, c’est posséder des connaissances et des savoirs faire, c’est pouvoir travailler en équipe pour mobiliser une dynamique constructive de créativité et de pertinence face aux situations complexes… Ainsi, ni le seul accompagnement (ou l’on fait « à côté » du Sujet, c’est-à-dire que l’on est donc souvent « à côté de la plaque »), ni l’exclusive « prise en charge » (ou l’on agit pour le Sujet, ce qui n’est déjà pas si mal, mais qui contient l’ambiguïté de signifier à la fois à la place de et à l’intention de) ne sont des expressions entièrement satisfaisantes. Dès lors, faut-il leur substituer ou plutôt leur adjoindre l’expression proposée par Saül KARSZ qui prône la prise en compte (laquelle considère l’autre à une place de Sujet désirant et entend quelque chose de ce dont il est de fait déjà porteur. Cette prise en compte consiste à « faire avec ») ? Peut-être en fait s’agit-il là de trois temps et trois axes du travail qui restent liés et complémentaires.

  • On nous dit également qu’il convient de nommer celles et ceux dont nous nous préoccupons en tant que « personne en situation de handicap », comme si le handicap était un sac ou une valise que l’on porte et que l’on pourrait poser quand il pèse trop… C’est bien pourtant le handicap, intrinsèque du sujet, indissociable de la personne qui structure son identité en tant que partie intégrante de son histoire de vie. Le handicap, la pathologie sont fondamentalement liés à la personne humaine qui en souffre. Cet état (pour autant qu’il puisse être évolutif), est constitutif du soi et de « l être au monde » selon la terminologie de Husserl et des phénoménologues qui soulignent justement le caractère essentiel du vécu. Les terminologies « personnes en situation de handicap », « personne avec autisme » entretiennent l’illusion que la souffrance pourrait avoir une vie propre, indépendante de la personne et donc que le sujet serait d’une certaine façon indemne des difficultés qui forgent pourtant son rapport au monde, aux autres et à lui-même. Les euphémismes bien-pensants, çà donne peut être bonne conscience, mais çà n’arrange rien, et çà m’agace ! Arrêtons de mentir à ceux et à celles qui attendent de nous bien plus que de la compassion, arrêtons de nous mentir ! Je vais donc plutôt vous parler des personnes handicapées, en suivant les parcours des vies qui sont les leurs : hier, aujourd’hui et demain…

HIER…

  • Entre Adam et Eve et la dernière pluie, dont en fait personne n’est né, il y a l’histoire singulière de chacun… Depuis les ébats de nos parents qui nous ont conçu probablement dans la joie et la bonne humeur, jusqu’à aujourd’hui, il s’en est passé des choses ! C’est notre histoire, riche, mouvementée, plus ou moins chaotique, parsemée d’évènements agréables et douloureux, parfois traumatiques, parfois fantastiques, exaltants ou dramatiques. Rien ne se perd, mais tout s’est créé pour contribuer à ce que nous sommes aujourd’hui et qui oriente et conditionne notre avenir

  • L’histoire de sa vie, de son parcours, çà se raconte, ça se re-conte en pensée ou en récit… Conter, ça compte : l’étymologie nous dit qu’e cela consiste à « rassembler ses pensées ». Encore faut pour cela que la matière à penser ne soit pas enfouie, enterrée, occultée par une partie seulement de la vie (institutionnelle par exemple…)

    • Raconter (se raconter ou raconter à quelqu’un) sa vie, c’est lui donner du sens ou plus encore c’est donner du poids au sens qu’elle a. Organiser en un récit des souvenirs, des évènements, des émotions, des rencontres c’est se l’approprier.

    • Les liens avec nos trajets sont indestructibles et agissent tant dans notre rapport au monde actuel, à sa réalité, qu’à notre imaginaire et subrepticement à notre inconscient et à sa part symbolique : tout cela est constitutif de notre identité et en retracer le fil contribue à renforcer celle-ci d’autant plus si elle est fragile.

    • « Le récit de vie est un outil d’historicité, permet de retravailler sa vie : renouer avec son histoire est un moyen de jouer avec le temps, de reconstruire le passé, de supporter le présent et d’embellir l’avenir » dit le sociologue Vincent De Gauléjac. J’ajouterai que ce récit est le meilleur moyen

      • De lui donner du sens (sensoriel, sensuel, directionnel et signifiant)

      • De situer le Sujet dans son essence. Sa qualité d’être et … son énergie.

      • Pour aider la personne à se réapproprier sa propre existence et donc à en maîtriser quelque chose à l’agir plutôt que la subir.

    • Les institutions sont souvent des tueuses d’histoire elles occultent l’histoire, la scotomisent : on ne sait souvent rien de l’histoire du sujet… Pire on dit parfois qu’il ne faut rien savoir de celui que l’on accueille pour « lui laisser une chance d’être différent » Foutaise !

La psychologie permet de comprendre l’importance de ce que l’on appelle la fonction narrative, contemporaine de l’essor du Symbolique, de la représentation de soi ancrée dans la culture. L’histoire fabrique l’individu.

Cette fonction narrative est développée par le philosophe Paul Ricœur en ces termes (2) :

« L’identité narrative, constitutive de l’ipséité, (de la conscience de soi-même) peut inclure le changement, la mutabilité, dans la cohésion d’une vie. Le sujet apparaît alors constitué à la fois comme lecteur et comme scripteur de sa propre vie selon le vœu de Proust. Comme l’analyse littéraire de l’autobiographie le vérifie, l’histoire d’une vie ne cesse d’être refigurée par toutes les histoires véridiques ou fictives qu’un sujet se raconte sur lui-même. Cette refiguration fait de la vie elle-même un tissu d’histoires racontées. […] L’identité narrative n’est pas une identité stable et sans faille ; de même qu’il est possible de composer plusieurs intrigues au sujet des mêmes incidents […] de même il est toujours possible de tramer sur sa propre vie des intrigues différentes, voire opposées. […] En ce sens, l’identité narrative ne cesse de se faire et de se défaire."

Ainsi l’accès à la fonction narrative, auto énoncée ou relatée par d’autres, peut-elle constituer un outil qui permet de se dégager de l’emprise de la souffrance et de la métaboliser en temps qui passe, en attente, impatience et espoir…

L’importance de la dimension dynamique de l’histoire personnelle s’illustre en permanence au fil de la clinique..

C’est Roger, qui lors de son arrivée dans une institution, au moment de son accueil est invité par le directeur à se raconter… Ce qu’il fait longuement et avec euphorie… Devant le regard sidéré de l’infirmier qui l’accompagne : depuis 10 ans qu’il vit au fond d’un Hôpital psychiatrique, il n’a pas ouvert une seule fois la bouche. Il y était considéré comme muet, ce qui d’ailleurs était consigné comme tel dans son dossier d’admission… « Je n’avais rien à dire » déclare-t-il quand on l’interroge à ce sujet…

C’est Pierre, qui est opposant lors des toilettes et autres moments de la vie quotidienne ou il est sollicité… Jusqu’à ce qu’une AMP grâce à une intuition de grande pertinence se met à lui parler patois en le tutoyant : il devient le plus charmant et le plus passionnant des résidents quand il évoque sa vie à la ferme de son enfance et toutes les anecdotes qui vont avec… En patois périgourdin, bien sûr ! Il commente ce revirement de comportement en déclarant : « cRezioy qu’eRez touy coun aqui » « je croyais que vous étiez tous cons ici ».

« C’est Jacqueline de Romilly, vieille dame traversée par une culture incommensurable qui dit (3 ): « Le souvenir prend une telle force qu’il semble appartenir au présent, ou plutôt qu’il vous attire dans sa propre réalité et vous laisse dérouté, émerveillé. On se retrouve dans l’évènement, en plein dedans. Les choses ont lieu autour de soi. Et non seulement elles ont lieu, mais elles n’ont jamais cessé d’être, comme si on avait soudain accès à un monde existant à tout jamais. ».

C’est Sibille dont les hallucinations et les délires sont peuplées des épisodes, souvent douloureux qui ont marqué sa vie.

Ce que l'inconscient dit, à travers le délire, dans son cas comme dans bien d’autres, c'est la nécessité de la continuité historique pour le sujet, c'est la révolte du sujet face à l'interruption du lien ; ce que l'hallucination assure, c'est précisément le maintien au cœur du psychisme, de cette continuité vitale. Certes le Moi conscient de Sibille a bien enregistré la réalité, la réalité de la fragilité, la réalité d'une enfance et d'une jeunesse abîmée et blessée, la réalité de la solitude après la mort des parents, la nécessité d'un asile protecteur. Sibille dit clairement ses mauvais souvenirs, son désir, contre ce que disent les voix, de rester dans l’institution qui l’accueille.

Entre, comme le dit Cyrulnik, la trace fatale des tragédies de l'enfance gravée telle une empreinte sur le palimpseste de notre cerveau, et le récit, que cette trace alimente, et qui la recompose en un événement, une organisation, un ordonnancement du Monde, il y a ce saut libérateur qu'autorise la parole. Quand la parole vient à défaillir, quand l'arrimage dans le milieu s'interrompt, quand le milieu n'est plus celui à qui l'on raconte et qui entend, alors ne reste plus que la déshumanisation ou le sursaut du délire comme ultime et salvateur récit.

Comment, entre trace, récit et écoute, partager avec Sibille la douleur de l'exil, la douceur de l'asile, les menaces du passé et les bonheurs d'antan ?

AUJOURD’HUI

  • Le bonheur, justement, parlons en…

« Chercher le bonheur dans cette vie, c’est là le véritable esprit de rébellion »

(Henrik Ibsen, poète et auteur dramatique norvégien de la fin du XIXème siècle)

La question qui pourrait donc se poser c’est comment favoriser la rébellion des personnes handicapées ?
  1   2   3   4

similaire:

Personnes handicapees et parcours de vie… iconAccessibilité des personnes à mobilité réduite aux
Les établissements recevant du public définis à l’article R. 123-2 et les installations ouvertes au public doivent être accessibles...

Personnes handicapees et parcours de vie… iconRapport rédigé par
«L’offre de logement public pour personnes handicapées en Région de Bruxelles-Capitale»

Personnes handicapees et parcours de vie… iconRésumé : Cette étude se propose de porter un regard sur l'offre des...

Personnes handicapees et parcours de vie… iconAccompagnement des enfants de moins de 3 ans ou des personnes agées...

Personnes handicapees et parcours de vie… iconCéci’T, le tourisme partagé
«Tourisme et Handicap» la mission d’aider concrètement à sa mise en place. Les documents utilisés pour l’évaluation qui précède cette...

Personnes handicapees et parcours de vie… iconDiscours président de la république au congrès de la ces
«flexisécurité», qui entend substituer à la protection des emplois celle des personnes et de leurs parcours

Personnes handicapees et parcours de vie… iconRéflexion sur l’élaboration d’un document expérimental et départemental...
«mise en œuvre de la personnalisation des parcours» compte rendu de la séance 1

Personnes handicapees et parcours de vie… iconScrum master java/J2ee compétences techniques
«Procuration» permettant la création et le suivi de vie des procurations de courriers pour La Poste, au sein d'un équipe de 7 personnes...

Personnes handicapees et parcours de vie… iconNotes relatives au tableau 2 : Programmation et bilan d’une année...
«Projet» fédérateur. Cette fiche-classe constituera une des traces du Parcours d’éducation artistique et culturelle, à côté de l’outil...

Personnes handicapees et parcours de vie… iconAchat en indivision : L'achat en indivision permet à des personnes...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com