Mémoires, à paraître








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Pierre-Yves Beaurepaire

L’espace des francs-maçons

une sociabilité européenne au XVIIIe siècle

Du même auteur :

Les Francs-Maçons à l’orient de Clermont-Ferrand au XVIIIe siècle, Clermont-Ferrand, Presses de l’Université Blaise-Pascal, 1991, Institut d’Etudes du Massif Central, XLI, 365 p.
Franc-maçonnerie et cosmopolitisme au siècle des Lumières, Paris, EDIMAF, 1998, 128 p.
L’Autre et le Frère. L’Etranger et la Franc-maçonnerie en France au XVIIIe siècle, Paris, Honoré Champion, Les dix-huitièmes siècles 23, 1998, 872 p. Prix Le Monde de la Recherche universitaire.
avec Charles Giry-Deloison, La Terre et les Paysans en France et en Grande-Bretagne XVIIe-XVIIIe siècles, Neuilly, Atlande, Clef-concours, 1999, 351 p.
La République Universelle des francs-maçons. De Newton à Metternich, Rennes, Ouest-France, De mémoire d’homme : l’histoire, 1999, 210 p.
La Plume et le Compas au siècle de l’Encyclopédie. Franc-maçonnerie et culture de la France des Lumières à la France des notables, Paris, EDIMAF, 2000, 128 p.
édition de La Plume et la Toile. Pouvoirs et réseaux de correspondance dans l’Europe des Lumières, avant-propos de Daniel Roche, Arras, Artois Presses Université, Histoire, 2002, 346 p.
avec Dominique Taurisson, Edition électronique du Journal du baron Marie Daniel Bourrée de Corberon, Paris-Saint-Pétersbourg-Paris 1775-1785 : http://www.egodoc.revues.org/corberon/
L’Europe des francs-maçons XVIIIe-XXIe siècles, Paris, Belin, Europe & Histoire, 2002, 325 p.
Nobles jeux de l’arc et loges maçonniques dans la France des Lumières. Enquête sur une sociabilité en mutation, Montmorency, Ivoire-clair, Les architectes de la connaissance, 2002, 245 p.
La France et l’Europe au XVIIIe siècle, Paris, éditions Autrement, Mémoires, à paraître.


Pour Pauline et Robin
Introduction


Franc-maçonnerie, vie de société et réseaux relationnels s’inscrit dans une perspective d’histoire sociale et culturelle résolument européenne. Il s’agit clairement de mettre à profit une conjoncture favorable, marquée par l’ouverture récente de nombreux fronts documentaires, pour relancer de la recherche française en histoire maçonnique qui, pionnière dans les années 1960, s’est progressivement essoufflée, isolée au sein de la communauté historienne, tranchant sur le dynamisme observé en Autriche, en Allemagne, en Italie, en Espagne ou aux Etats-Unis. Elle s’égare même parfois dans une « maçonnologie » (sic) a-scientifique. L’ouverture aux chercheurs en janvier 2002 des fonds « russes » d’archives maçonniques françaises des XVIIIe-XXe siècles rapatriés de Moscou en décembre 2000, la mobilisation des exceptionnelles archives du Grand Orient des Pays-Bas à La Haye, ou du Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz à Berlin, permettent de rompre avec la mono-exploitation paresseuse du fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale de France, pour l’essentiel constitué de listes de membres et de correspondances administratives stéréotypées entre les loges et leur obédience. L’exploitation des écrits personnels ou « ego-documents » et l’attention portée aux réseaux relationnels sont également prometteuses. En effet, elles restituent la trajectoire individuelle, ses mobiles éventuels dans un contexte social, culturel, familial ou professionnel considéré à des échelles imbriquées plus qu’emboîtées –la famille, la nébuleuse huguenote et le réseau négociant européen par exemple-, alors qu’une liste de noms ne permettait pas de poser les questions essentielles : Pourquoi devient-on franc-maçon ? Dans quels buts ? Comment articule-t-on l’affiliation maçonnique avec son dispositif social et sociable ? Dans quelle mesure intervient-elle sur un espace et un réseau relationnels ? Avant d’être une institution, la loge est d’abord une communauté de pairs où un individu s’insère en société.

La Franc-maçonnerie qui s’épanouit sur le chantier de la République universelle des francs-maçons et au sein du royaume européen des mœurs est d’emblée européenne, c’est donc à cette échelle que son succès au XVIIIe siècle doit être appréhendé. Ses réseaux de correspondance, ses périodiques –car il existe une presse maçonnique- et son marché du livre, ses régimes de hauts grades, ses milliers de loges maçonniques –900 en France à la fin de l’Ancien Régime- assurent un maillage de l’espace européen sans équivalent. Articulé à la nébuleuse huguenote, aux réseaux d’information diplomatiques et négociants, il met en place un dispositif performant de « gestion de la mobilité » (Daniel Roche) en Europe, ce qu’ont bien compris les aventuriers qui s’y infiltrent pour parvenir jusqu’aux cercles aristocratiques et mondains les plus étroits. Intégrer la dimension européenne, c’est également prendre en compte l’existence d’une Maçonnerie brillante, offrant une offre de divertissement mondain variée –bals, concerts et théâtre amateurs- dans un espace qui transcende la frontière entre espaces domestique et public pour intégrer le temple de la loge, la vie de société, les châteaux et les hôtels particuliers. On met ainsi en évidence la plasticité et la résistance d’un modèle aristocratique –que l’on redécouvre également à propos des salons- de sociabilité maçonnique, qui permet de contester la thèse de Ran Halevi sur Les loges maçonniques dans la France d’Ancien Régime. Aux origines de la sociabilité démocratique et de nuancer le modèle habermasien d’une sociabilité maçonnique « bourgeoise » laboratoire de L’Espace public. Les loges de cour existent au XVIIIe siècle, elles ont un pouvoir d’attraction considérable qui déborde largement la sphère aristocratique.

La création d’un Réseau scientifique pour l’étude de la communication dans l’Europe moderne, la mise au point d’une base de données relationnelles, le développement d’un outil d’instrumentation électronique performant, Arcane, permettent à la fois d’intégrer de nouveaux outils d’information et d’analyse, de proposer une cartographie dynamique de l’espace européen des Lumières, et surtout d’articuler des recherches trop souvent cloisonnées : l’essor de la Franc-maçonnerie européenne mobilise et éclaire les ressources de la nébuleuse huguenote, l’étude du versant maçonnique du Kavaliertour –voyage de formation et d’agrément nobiliaire- intéresse l’histoire de la formation des élites européennes et de leur entrée dans le monde.

Cet ouvrage milite pour une histoire sociale et culturelle de la Franc-maçonnerie étroitement articulée aux nouvelles approches de la vie de société et de la sociabilité des élites européennes. Le chapitre premier présente donc moins un état des lieux exhaustif de la recherche ou un bilan historiographique, qu’un état des forces, des moyens. Il met en évidence dans une perspective européenne leur faiblesse en France, le problème du renouvellement des générations de chercheurs, l’absence de reconnaissance institutionnelle, et les risques d’une marginalisation croissante au sein de la sphère universitaire, le paradoxe de la Franc-maçonnerie étant ce décalage entre un observatoire privilégié, un laboratoire du lien social et cette marginalisation. Il faut réfléchir à une organisation nouvelle de la recherche en histoire sociale et culturelle de l’espace européen des Lumières. L’enjeu est non seulement le travail en équipe -par opposition au travail individuel voire solitaire- mais l’interconnexion entre des champs disciplinaires différents, des objectifs qui ne le sont pas moins, des espaces divers, sans qu’aucun protagoniste de l’échange n’y perde son identité. Les outils d’édition et d’instrumentation électroniques présentés dans le chapitre deux montrent que, sans céder à l’illusion de l’intelligence artificielle, une organisation réticulaire et souple de la recherche, favorisant les échanges d’information et de compétence au rythme et à l’intensité souhaités par chacun, sans créer des structures aussi lourdes qu’improductives, est possible. Si l’on veut recentrer la Franc-maçonnerie dans le dispositif de la recherche scientifique, il importe de penser l’organisation de ce dernier en réseau, comme un espace relationnel où tisser des liens, présenter une offre d’informations, d’outils et de compétences, favoriser les échanges, se nourrir régulièrement des apports méthodologiques et des questionnements venus d’autres terrains ouvre l’univers des possibles. C’est ce que l’historien de la médecine Marc Ratcliff étudiant la manière dont Abraham Trembley (1710-1784) réussit à intéresser, mobiliser et finalement passionner l’Europe savante du XVIIIe siècle pour la recherche sur le polype (Hydra viridissima) et sa régénération nomme la « stratégie de la générosité ». Sous la forme d’études de cas, les chapitres trois et quatre précisent et éprouvent ces deux axes stratégiques : faire le choix résolu d’une approche européenne -ce qui n’interdit en aucune manière de varier la focale-, sinon la richesse des dispositifs -mais aussi certaines de leurs faiblesses-, des échanges, l’intensité des rivalités et des affrontements, les recompositions spatiales peinent à être restituées ; associer pour un profit mutuel la recherche sur la sociabilité maçonnique aux enquêtes qui enrichissent et renouvellent notre approche de la vie de société.

Chapitre I
La recherche maçonnique en France et en Europe :

Esquisse d’un bilan comparé

I  Un déficit de légitimité et d’investissement scientifique

Chaque année la bibliographie maçonnique s’enrichit en France de plusieurs dizaines d’entrées1. Si l’on retranche les dossiers racoleurs d’hebdomadaires en mal de tirages élevés sur les « réseaux d’influence maçonniques » ou les travaux rédigés en dehors de tout sérieux scientifique, la moisson n’en demeure pas moins abondante. Mais ces fruits sont non seulement de qualité inégale –ce qui n’est pas propre à la recherche maçonnique- mais également trompeurs, car ils nourrissent une illusion, celle de la bonne santé de la recherche maçonnique en France2. Elle reste effet en marge des champs de recherche « légitimes » de la corporation historienne et partant à l’écart de la reconnaissance académique. Depuis vingt ans, le nombre de thèses soutenues ou en cours est très bas3. Elles sont dans leur grande majorité l’œuvre d’érudits profanes ou francs-maçons qui ont fourni un travail de terrain important mais entrepris le plus souvent hors des canons universitaires. C’est le cas dernièrement de la thèse de Pierre Guillaume sur La Franc-maçonnerie à Reims 1740-2000 soutenue le 19 juin 2002. A titre de comparaison, le Centro de Estudios Históricos de la Masonería Española de l’Université de Saragosse dirigé par José Antonio Ferrer Benimeli a lancé une vingtaine de thèses d’histoire régionale sur le XIXe-XXe siècles afin de couvrir méthodiquement le territoire hispanique, métropolitain et colonial. Cette pénurie de thèses résulte de l’assèchement en amont du vivier des maîtrises et des Diplômes d’études approfondies. La Franc-maçonnerie n’attire pas les étudiants et leurs directeurs de recherche en dépit de l’existence de fonds documentaires accessibles, proches et volumineux,  de la découverte régulière de nouveaux gisements1, et des efforts des obédiences libérales pour ouvrir leurs archives et bibliothèques2. Dans ces conditions, on ne peut s’étonner des trous béants décelés dans la couverture de l’espace maçonnique français au XVIIIe siècle. Du point de vue de l’histoire régionale la thèse de doctorat d’Etat de Michel Taillefer sur la Franc-maçonnerie toulousaine3, et la thèse d’Eric Saunier sur 6000 francs-maçons normands4 font figure d’exception. On en oublierait même que la première a déjà vingt ans. Les principales métropoles maçonniques françaises, malgré des effectifs de plusieurs centaines de frères, une forte implication dans les échanges européens, ne sont pas connues en profondeur. Les travaux du regretté Johel Coutura pour Bordeaux sont avant tout des listes de membres –périmées depuis le retour des « Archives russes »- et de courtes fiches biographiques5. Lyon, Strasbourg et Marseille auxquelles nous avions consacré trois chapitres de L’Autre et du Frère n’ont pas bénéficié de l’attention qu’elles méritent. La thèse d’Albert Ladret est en tout point déficiente, sans problématique, ni sérieux travail sur les sources1. Du coup, les travaux anciens d’Alice Joly sur Jean-Baptiste Willermoz demeurent la référence et sont réédités2, or la Franc-maçonnerie lyonnaise ne se réduit pas au fondateur du Régime Ecossais Rectifié. La Maçonnerie marseillaise n’est connue que par l’étude que Jacques Choisez a consacrée à Saint-Jean d’Ecosse3, loge de la chambre de commerce, à partir des registres que l’auteur, ingénieur bruxellois, avait acquis lors d’une vente aux enchères. Son travail publié à compte d’auteur se présente sous la forme d’un collage artisanal des meilleurs morceaux des dits registres. Sa lecture donne une idée au chercheur de la richesse du document, qui mériterait une véritable mise en perspective historique. Ayant rencontré en 1995 à force de persuasion l’auteur aujourd’hui décédé, j’avais pu obtenir un accès partiel et contrôlé à ses archives, dont un premier aperçu avait été publié par la Revue Historique4, mais Jacques Choisez s’était toujours opposé à ce qu’une copie microfilmée soit réalisée et déposée au fonds maçonnique du Cabinet manuscrits de la Bibliothèque Nationale. Strasbourg quant à elle, véritable plaque tournante des échanges maçonniques européens5, doit se contenter du mémoire de maîtrise -remarquable- de Bertrand Diringer, Franc-maçonnerie et société à Strasbourg au XVIIIe siècle6. L’excellence de ce travail a eu comme effet pervers de freiner d’autres recherches au lieu de les encourager. Il forme même l’essentiel de la documentation du chapitre que Margaret C. Jacob consacre à Strasbourg dans Living the Enlightenment. Freemasonry and politics in Eighteenth-Century Europe7. Or, des archives françaises –les fonds revenus de Russie- et allemandes –au Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz de Berlin-Dahlem mais aussi dans les dossiers restitués aux loges en correspondance avec les ateliers strasbourgeois-, permettent de renouveler en profondeur notre information sur l’activité maçonnique à Strasbourg et ses interactions européennes. Comme on le verra au chapitre deux, on ne peut plus aujourd’hui considérer avec Jürgen Voss que « dans l’état actuel1 des recherches […] la première loge franc-maçonnique est créée à Strasbourg en 1757 »2. Ce déficit affecte également notre connaissance de la Franc-maçonnerie parisienne. Le sujet de thèse déposé par Irène Diet : Recherches sur la sociabilité maçonnique à Paris à la fin du XVIIIe siècle en décembre 1987 sous la direction de Michel Vovelle, semble abandonné3, et si quelques mémoires de maîtrise ont été réalisés, l’essentiel du fonds maçonnique du Cabinet des manuscrits reste en jachère, sans parler des sources profanes qui permettraient d’entreprendre une véritable prosopographie des élites maçonniques parisiennes. Ici, encore les listes et répertoires maçonniques établis par Alain Le Bihan dans les années 1960 tiennent lieu par défaut d’études d’histoire sociale et culturelle4. Qui sait d’ailleurs que l’auteur considérait ces travaux comme des outils de travail et qu’aujourd’hui très âgé il conserve les manuscrits de plusieurs ouvrages qui n’ont jamais été publiés ? A contrario, la réédition en l’état de Loges et chapitres de la Grande Loge et du Grand Orient de France (2e moitié du XVIIIe siècle) en 1990 est en soi révélatrice d’un tarissement de l’investissement scientifique. Enfin, Mathieu Marraud manque l’occasion dans sa thèse sur La noblesse de Paris au XVIIIe siècle de faire véritablement retour aux sources –l’auteur n’en cite d’ailleurs aucune- et de les soumettre à un questionnaire et à une lecture renouvelés1.

Cette faiblesse de l’investissement scientifique se manifeste aussi dans les grandes revues nationales ou régionales où les articles relevant de l’histoire maçonnique sont rares. Les propositions ne sont pas rejetées2, elles font défaut. En outre la mise sur pied d’un numéro thématique paraît aujourd’hui impossible, sauf à recourir massivement aux collaborations étrangères3. A titre de comparaison, en Italie, Zeffiro Ciuffoletti a pour l’histoire moderne coordonné un numéro spécial d’ il Vieusseux sur La Massoneria e le forme della sociabilità nell’Europa del Settecento en 1991, et Fulvio Conti a dirigé le dossier Massoneria e politica in Europa fra Ottocento e Novecento publié dans Memoria e Ricerca, Rivista di storia contemporanea, en 1999. En Autriche, Helmut Reinalter a même pu lancer en 2000 une revue internationale semestrielle consacrée aux études maçonniques : Zeitschrift für Internationale Freimaurerforschung. Dix-Huitième siècle, revue annuelle de la Société française d’étude du XVIIIe siècle, à dominante littéraire mais accueillante aux historiens, représente un cas à part : non seulement un numéro thématique sur La Franc-maçonnerie avait été publié en 1987 sous la direction de Daniel Ligou4, mais les comptes-rendus sont nombreux, et chaque numéro annuel contient, sauf exception, au moins un article se rapportant directement à la Franc-maçonnerie. Cette situation originale tient à la fois à l’histoire de la Société, de son Conseil d’administration, au goût des dix-huitiémistes littéraires pour ce qu’ils nomment à tort ou à raison « histoire des idées », et à la sympathie de nombre d’entre eux pour la Franc-maçonnerie des Neuf Sœurs et d’Helvétius. Mais du coup, si la recherche maçonnique universitaire s’exprime davantage dans un cadre littéraire –revues, colloques et congrès international des Lumières1-, cela a nécessairement des répercussions sur les thèmes, la problématique et l’écriture, et sur le positionnement au sein de la sphère historienne.

Si, ces premières observations faites, on cherche à établir un diagnostic pour proposer une stratégie de relance, il faut s’intéresser aux structures d’encadrement de la recherche existantes. Significativement, aucune ne relève directement de l’histoire moderne et contemporaine. Les « maçonnologues » français cultivent souvent la nostalgie de l’époque heureuse où Jacques Brengues était titulaire d’une chaire de maçonnologie (sic) à l’Université de Rennes dans les années 1970. En réalité et plus modestement, Professeur de Littérature française spécialiste du XVIIIe siècle, il animait un séminaire d’étude maçonnique et dirigea plusieurs thèses en ce domaine2. Par la suite cet enseignement spécialisé et le séminaire ont disparu. En revanche, au sein du Centre d’Etude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIe et XVIIIe siècles (CELLF) de l’Université Paris IV Sorbonne, UMR 8599 CNRS, Charles Porset anime l’équipe Recherches sur les Lumières l’Illuminisme et la Franc-maçonnerie créée en 1996. Mais son responsable reconnaît clairement que cette équipe n’a d’existence qu’administrative et virtuelle. Il en est le seul membre actif, ce qui ne l’empêche pas de déployer à titre personnel une remarquable activité de prospection3 et d’édition critique de sources maçonniques. En poursuivant notre tour d’horizon, nous arrivons à la Ve section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, section des sciences religieuses, où Antoine Faivre, germaniste, anime un séminaire réputé consacré à l’Histoire des courants ésotériques et mystiques dans l’Europe moderne et contemporaine1. En raison de l’imbrication entre la nébuleuse ésotérique et la sociabilité maçonnique, dont on aura de nombreux exemples dans les chapitres suivants, ce séminaire a servi de cadre et d’auditoire à de nombreuses recherches sur la Franc-maçonnerie, mais pour l’essentiel consacrées au symbolisme et à l’étude des rituels de hauts grades. Malgré le nom du séminaire, l’histoire sociale et culturelle y est très marginale2. De même, du côté de la sociologie des religions, Emile Poulat et Jean-Pierre Laurant se sont avant tout intéressés à l’antimaçonnisme3. La retraite de ces différents chercheurs pose clairement le problème de l’absence à ce jour d’un quelconque support institutionnel capable d’encadrer les chercheurs et de leur apporter un soutien logistique. Il n’est d’ailleurs pas certain que dans le contexte universitaire et culturel français, la création d’un centre spécialisé soit une solution particulièrement heureuse. Personnellement, nous ne le croyons pas, car ce serait courir le risque de marginaliser davantage4 la recherche maçonnique, alors qu’elle a désespérément besoin d’être vivifiée par les échanges avec l’histoire « profane ». Nous y reviendrons.

La plupart des autres pays d’Europe ne connaissent pas cette absence de support institutionnel. Sans chercher à proposer un panorama complet, nous nous en tiendrons à quelques éléments de comparaison, en excluant d’emblée la Belgique qui forme un cas d’espèce. Les origines maçonniques de l’Université Libre de Bruxelles et les liens très fort qui l’unissent encore au Grand Orient de Belgique donnent en effet à l’Institut d’étude des religions et de la laïcité des moyens considérables –l’ASBL1 –(équivalent de nos associations loi 1901)- La Pensée et les Hommes qui gravite autour de l’Institut a sa propre collection au sein des Editions de l’Université de Bruxelles, ses émissions sur la chaîne de télévision publique RTBF et de radio- qui ne se comprennent que dans le contexte belge. A contrario, en Espagne, la Franc-maçonnerie a repris « force et vigueur » selon l’expression consacrée il y a moins de trente ans, et les effectifs maçonniques restent très limités. Pourtant et malgré de fortes oppositions initiales2, elle dispose de deux centres de recherches historiques particulièrement actifs : le Centro de Estudios Históricos de la Masonería Española de l’Université de Saragosse déjà évoqué et l’Institut de recherche sur le libéralisme, le krausisme et la Franc-maçonnerie de l’Université pontificale Comillas de Madrid, de création plus récente. En raison du développement avorté de la Franc-maçonnerie en Espagne au XVIIIe siècle3, ils se concentrent sur les XIXe et XXe siècles, même si José Antonio Ferrer Benimeli qui dirige le Centre de Saragosse a longuement travaillé sur les rapports entre l’Eglise et la Franc-maçonnerie, à partir des Archives secrètes du Vatican4. Le Centre de Saragosse a organisé depuis 1983 huit symposia internationaux sur l’histoire maçonnique espagnole, coloniale et européenne. Récemment publiés, les actes du dernier d’entre eux, organisé à Ségovie en 2000, La Masonería española en el 2000. Una revisión histórica, de plus de 1 000 pages, donnent une idée de l’ampleur de ces manifestations5. L’approche du fait maçonnique reste cependant très traditionnelle et peine à intégrer les méthodes de l’histoire sociale comme de l’histoire des cultures politiques. C’est pourquoi des chercheurs du Centre de Saragosse, notamment Pedro Álvarez Lázaro et Enrique M. Ureña, spécialiste internationalement reconnu du krausisme, tous deux de la Société de Jésus comme José Antonio Ferrer Benimeli, l’ont quitté pour fonder l’Institut de recherche sur le libéralisme, le krausisme et la Franc-maçonnerie. Ce laboratoire de l’Université Comillas cherche clairement à favoriser l’étude des rapports entre Franc-maçonnerie et espace public et des cultures politiques des francs-maçons sur des bases européennes1.

Dans le domaine germanique, le principal centre de recherches se trouve à l’Université d’Innsbruck : Internationale Forschungsstelle « Demokratische Bewegungen in Mitteleuropa 1770-1850 », dirigé par Helmut Reinalter2. Il a également adopté une posture résolument européenne. Ses programmes de recherches et ses nombreuses publications –il dispose d’une collection chez l’éditeur Peter Lang3- s’intéressent à la période dite de « transition révolutionnaire » des années 1770-1830, avec le souci permanent de replacer l’histoire maçonnique dans son environnement social, culturel et politique. L’inventaire et la mobilisation des fonds maçonniques des Archives secrètes de Prusse4, l’étude des Illuminaten5 et des jacobins d’Europe centrale et orientale sont les axes principaux de recherche du laboratoire d’Innsbruck. Helmut Reinalter coordonne par ailleurs un vaste projet de dictionnaire de la Franc-maçonnerie européenne depuis 20016. La Wissenschaftliche Kommission zur Erforschung der Freimaurerei complète le dispositif en offrant une interface entre le laboratoire d’Innsbruck et la loge de recherches de Bayreuth.

Si les centres espagnols et autrichiens ont acquis aujourd’hui une audience européenne, des initiatives ont récemment vu le jour en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, marquant à la fois la prise de conscience d’un nécessaire encadrement scientifique de la recherche maçonnique, et ses difficultés. La situation de l’Angleterre est en effet paradoxale. La Grande Loge se considère depuis le XVIIIe siècle comme la mère loge universelle et s’est octroyée le droit exclusif de reconnaître comme régulier ou de disqualifier comme irrégulier les autres corps maçonniques à travers le monde, mais elle doit faire face depuis quelques années à une crise sans précédent : vieillissement des cadres, hémorragie massive de ses effectifs, image éclaboussée par de multiples scandales. Elle est l’objet de violentes attaques de la part de la presse et du New Labour1. Bon gré mal gré, elle a entrepris un vaste programme de modernisation et d’ouverture en direction du monde profane, ce qui représente une authentique révolution pour les francs-maçons de Great Queen Street. Le Canonbury Masonic Research Center a été créé à Londres en 1999. Il organise des cycles de conférences données par des chercheurs maçons –appartenant à des obédiences régulières ou non2- et profanes3, et encourage financièrement les recherches d’étudiants. En outre, la Grande Loge Unie a favorisé la création au sein de l’Université de Sheffield –donc sous patronage universitaire- du Centre for Research in Freemasonry, dont la direction a été volontairement confiée à un profane, Andrew Prescott. Depuis sa fondation, le Centre de Sheffield a organisé un séminaire, édité des sources précieuses comme Illustrations of Masonry de Preston4, et tenu les 11 et 12 juillet 2002 son premier colloque : Lodges, Chapters and Orders. Fraternal Organizations and the structuring of Gender roles of Europe (1300-2000). Mais la recherche anglaise doit faire face à un passif très lourd. La revue Ars Quatuor Coronatorum de la loge de recherches Quatuor Coronati Lodge No. 2076, n’a plus aujourd’hui aucun crédit scientifique. La comparaison avec son homologue allemande est dramatique et sans appel  : Quatuor Coronati Jahrbuch est en effet un modèle de rigueur scientifique et d’ouverture en direction de la recherche universitaire. Chaque numéro fait le point de la recherche en cours et publie des travaux universitaires de qualité, associant chercheurs confirmés1 et débutants, avec un appareil critique impressionnant. La Forschungsloge Quatuor Coronati No. 808 de Bayreuth2, qui publie la revue, finance par ailleurs des publications de thèses3 qu’elle envoie aux correspondants de la loge. Surtout, elle s’est efforcée d’apprendre aux érudits francs-maçons les méthodes de la recherche scientifique et à s’ouvrir aux problématiques nouvelles. Significativement, du côté britannique, les seuls vrais chantiers d’histoire maçonnique ont été lancés en Ecosse4, par un universitaire profane, David Stevenson, résolu à s’attaquer aux mythes fondateurs de la Franc-maçonnerie anglaise, suscitant l’émoi de la Grande Loge Unie5. Dans ces conditions, on n’est pas étonné que les développements sur la Franc-maçonnerie constituent la partie la plus faible de la remarquable synthèse de Peter Clark, British Clubs and Societies 1580-1800. The origins of an Associational World6. L’auteur est contraint d’utiliser des travaux anciens, souvent de qualité médiocre, car le champ a été véritablement laissé à l’abandon pendant des générations. Pour tenter de regagner le terrain perdu, le Centre de Sheffield a peu de temps, son directeur est détaché de la British Library pour trois ans, alors qu’il faudrait un véritable programme d’investigation et d’investissement à long terme. Pour montrer le nouveau visage de la recherche maçonnique britannique et susciter l’intérêt du public, il cède même quelque peu à la mode, notamment à celle des –presque inévitable en terre anglo-saxonne- genders studies, thème retenu pour le colloque de juillet 2002. Autant de signes que la relance en Angleterre témoigne de louables intentions, mais ne se fait pas encore dans un climat serein.

Si la Franc-maçonnerie néerlandaise est elle aussi affectée par un vieillissement rapide de sa pyramide des âges, elle n’est pas en crise. Pourtant, le Grand Orient des Pays-Bas, puissance maçonnique régulière comme la Grande Loge Unie d’Angleterre, s’engage lui aussi à stimuler la recherche maçonnique et à lui donner une reconnaissance universitaire. Une chaire d’études de « la Franc-maçonnerie comme mouvement intellectuel et phénomène socio-culturel »1 financée par le Grand Orient à été inaugurée en 2001 à l’Université de Leyde2. Son titulaire, Anton van de Sande a d’ailleurs récemment participé à la journée d’étude sur la Révolution batave organisée par l’Institut d’Histoire de la Révolution Française de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, et sa communication a été publiée dans les Annales Historiques de la Révolution Française sous le titre : « ‘Une ambition nationale louable’. Les francs-maçons et la République batave »3. Parallèlement, la fondation OVN4 a été mise en place en septembre 2001, pour promouvoir et diffuser la recherche maçonnique universitaire aux Pays-Bas5. Il est vrai que le Grand Orient possède un extraordinaire fonds d’archives manuscrites et imprimées au Cultureel Maçonniek Centrum « Prins Frederik » de La Haye6. Ce fonds concerne non seulement l’histoire maçonnique néerlandaise, mais en raison des liens tissés entre Refuge huguenot et les premières loges, du rayonnement européen des loges négociantes d’Amsterdam7, ou des loges universitaires de Leyde et d’Utrecht, il est indispensable à l’histoire des échanges maçonniques au XVIIIe siècle. En outre, le Grand Orient des Pays-Bas abrite la Bibliotheca Klossiana, remarquable collection d’ouvrages anciens, de sources manuscrites et imprimées, réunie par Georg Kloß (1787-1854)1, Vénérable de Zur Einigkeit à Francfort-sur-le-Main en 1826, Grand Maître de l’Alliance éclectique en 1836, et pionnier des études maçonniques, achetée par le prince Guillaume Frédéric des Pays-Bas (1797-1881)2 et léguée par lui au Grand Orient dont il était Grand Maître.

Replacée dans un contexte européen, la situation institutionnelle de la recherche maçonnique en France est donc délicate. L’absence de renouvellement des cadres complique encore les choses. Alain Le Bihan, Daniel Ligou3 ont depuis longtemps pris leur retraite. Pierre Chevallier est mort en 1998, disparition d’ailleurs passée à peu passée inaperçue au sein de la communauté des historiens modernistes. Mais au-delà du vieillissement, la recherche maçonnique souffre d’assèchement par évaporation massive de chercheurs qui après s’être fait connaître par leurs travaux dans ce domaine, s’en détournent pour d’autres terrains. Il me semble qu’on touche là au cœur de la crise. Le cas de Gérard Gayot est tout à fait significatif. Auteur d’une monographie exemplaire sur Les francs-maçons à l’orient de Charleville dès 1965, il a fait œuvre de pionnier avec des articles sur protestantisme et Franc-maçonnerie, la linguistique maçonnique, le rapport entre égalité proclamée et inégalité vécue notamment4. Il a en outre publié un précieux recueil de textes dans la collection « Archives » chez Gallimard et Julliard en 1980, réédité onze ans plus tard5, mais s’est progressivement désengagé de ce terrain de recherches, malgré quelques articles plus récents1, pour consacrer l’essentiel de ses travaux depuis vingt ans au moins à la manufacture sedanaise et au-delà à l’histoire de l’industrie et du commerce du textile en Europe2. Enfin, Gérard Gayot s’est refusé à répondre aux critiques de Ran Halévi3, alors qu’il ne manquait pas d’arguments face à une thèse contestable4.

Quatre ans après la parution du recueil de Gérard Gayot, on pouvait escompter que la publication partielle de la thèse de Ran Halévi sur Les loges maçonniques dans la France d’Ancien Régime. Aux origines de la sociabilité démocratique, dans la prestigieuse collection des Cahiers des Annales aurait également un effet d’entraînement important5. Marqué par la lecture d’Augustin Cochin et l’enseignement de François Furet, l’auteur revisitait le maillage maçonnique du XVIIIe siècle à partir de son inscription dans l’espace et l’armature urbaine. Présentant la loge comme laboratoire de la sociabilité « démocratique », Ran Halévi annonçait un travail beaucoup plus ambitieux. Mais vingt ans plus tard, ce chantier a été totalement abandonné par l’auteur, qui a lui aussi réorienté ses recherches.

Publiée la même année que l’ouvrage de Ran Halévi, la thèse de doctorat d’Etat de Michel Taillefer sur La Franc-maçonnerie toulousaine, est restée isolée6. Fruit d’une longue recherche solitaire, elle n’a pas suscité d’autres grandes monographies régionales1. De même, la publication de la thèse de doctorat d’État de Jean-Luc Quoy-Bodin sur L’armée et la Franc-maçonnerie au déclin de la monarchie sous la Révolution et l’Empire en 1987 ou du Dictionnaire des officiers de l’armée royale qui ont combattu aux Etats-Unis pendant la guerre d’Indépendance de Gilbert Bodinier2, n’ont pas favorisé les travaux sur la noblesse franc-maçonne, dossier que nous avons seulement ouvert en 2001 à l’occasion du colloque de l’Université Michel-de-Montaigne Bordeaux III sur La noblesse, un modèle social ?3 à la demande de Michel Figeac.

Cette incapacité de la recherche maçonnique à capitaliser durablement l’investissement scientifique se prolonge au sein des plus jeunes générations de chercheurs. Auteur d’une thèse déjà mentionnée sur 6 000 francs-maçons de 1740 à 1830, Eric Saunier a coordonné depuis l’Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, saluée par la critique4, et organisé le colloque international de Rouen des 15-16 novembre 2001 sur Franc-maçonnerie et Histoire. Un patrimoine régional. Pourtant, lui aussi souhaite réorienter ses recherches et se désengager progressivement de l’histoire maçonnique. Le colloque de Rouen mérite d’ailleurs de retenir notre attention, puisque l’on pourrait soutenir que sa tenue même au sein d’une Université contredit notre thèse. En réalité, à y regarder de plus près, malgré l’incontestable réussite de la manifestation, l’énergie déployée par les organisateurs, la majorité des communicants français était des non-universitaires5. Les historiens universitaires étaient majoritairement étrangers. Significativement, c’est Sudhir Hazareesingh, chercheur mauricien de l’Université d’Oxford (Bailliol College), coauteur d’un ouvrage récent sur Les Francs-maçons sous le Second Empire1, qui traita des « Francs-maçons provinciaux et la République à la veille de la IIIe République ». La Franc-maçonnerie apparaît finalement à beaucoup d’universitaires français comme un terrain miné, où s’aventurer serait peu valorisant, voire hasardeux. La sphère universitaire n’est pas imperméable aux préjugés qui touchent à l’ordre maçonnique voire aux fantasmes qu’il nourrit. L’histoire de la Franc-maçonnerie reste assez méconnue ; certains, la réduisant à une chronique administrative, croient que tout a été dit, tandis que d’autres estiment qu’à moins « d’en être » les archives ne s’ouvrent pas. Dans la prévention des préjugés, une seule victoire a été remportée : la thèse du complot maçonnique à l’origine de la Révolution française ne prend plus. Mais à la différence de l’Allemagne notamment, la Verschwörungstheorie2, la théorie de la subversion, n’est pas devenue en France un objet d’étude scientifique.

La pénurie de chercheurs ne me paraît pas aussi criante en Allemagne ou en Italie, pour prendre l’exemple d’autres pays que l’Espagne et l’Autriche déjà citées. La thèse de Stefan-Ludwig Hoffmann sur Die Politik der Geselligkeit. Freimaurerlogen in der deutschen Bürgergesellschaft 1840-1918 soutenue en juillet 1999 à l‘Université de Bielefeld3, ou la publication en 2001 du mémoire de recherche de Thilo Bauer, jeune archiviste de Ratisbonne, sur Regensburger Freimaurer. Ihre Geschichte und Literatur im 18. und 19. Jahrhundert4 sont de bons témoignages de l’activité du chantier allemand, qui bénéficie en outre de l’intérêt des chercheurs américains. Citons notamment W. Daniel Wilson auteur d’une recherche sur Goethe et les Illuminaten à Weimar et Gotha : Geheimräte gegen Geheimbünde5, ou plus récemment Robert Beachy6. Cette relève vient s’ajouter à un impressionnant dispositif qu’animent notamment Karlheinz Gerlach à Berlin en étroite relation avec le Forschungszentrum Europäische Aufklärung de Potsdam, et Monika Neugebauer-Wölk à l’Université de Halle qui travaille sur les utopies politiques et l’infiltration des Illuminaten dans l’appareil d’Etat1. L’intérêt porté à la société secrète fondée par Adam Weishaupt et animée par Knigge puis Bode, ainsi qu’à la Stricte Observance ne s’est pas démenti depuis deux décennies, au point de « vieillir » prématurément les synthèses de Richard van Dülmen2 et de Ludwig Hammermayer3. L’enquête menée par Hermann Schüttler et ses collègues apportent sa moisson d’informations, année après année, au fur et à mesure des dépouillements menés au sein du Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz à Berlin4.

La situation en Italie n’est peut-être pas aussi favorable. L’effet d’entraînement de la somme publiée par Giuseppe Giarizzo sur Massoneria e illuminismo nell’Europa del Settecento a été assez limité5. Pourtant, force est de constater que trois générations de chercheurs au moins sont simultanément au travail, de Giuseppe Giarizzo à Gerardo Tocchini1 en passant par Vincenzo Ferrone2 et Gian Mario Cazzaniga3, avec des problématiques originales : Gerardo Tocchini travaille ainsi dans une perspective résolument européenne4, à la croisée de l’histoire culturelle des pratiques sociales et de la musicologie. Certains chercheurs qui ne sont pas spécialisés dans l’histoire maçonnique, n’hésitent pas à apporter régulièrement leur concours à des projets collectifs, à l’instar de Piero Del Negro de l’Université de Padoue qui travaille plus sur l’histoire militaire et l’histoire des Universités5. Comme on l’a vu pour les numéros thématiques des revues universitaires, la recherche italienne est capable d’envoyer au colloque The Masonic Legacy as Myth and Reality, à la William Andrews Clark Memorial Library (UCLA) en mai 2001, puis au colloque de Rouen en novembre 2001, un important contingent de chercheurs en histoire moderne et contemporaine.

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