1781, Huile sur toile, 288 X 312 cm, Musée des Beaux arts de Lille








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« Bélisaire demandant l’aumône » de Jacques Louis David

1781, Huile sur toile, 288 X 312 cm, Musée des Beaux arts de Lille.

Introduction
« Bélisaire demandant l’aumône » a été réalisée en 1781 par Jacques Louis David, qui est né en 1748 et meurt le 29 décembre 1825.

David a eu comme maitre Joseph Marie Vien et Boucher était un membre éloigné de sa famille.

David obtient son premier vrai succès à Rome en 1780 avec « Saint Roch ».

Il quitte alors Rome, le 17 juillet 1780 pour arrivée fin septembre a Paris, où sa priorité était de devenir membre de l’académie.

Nous avons ici l’œuvre qui a été réalisée, en vue de l’agrégation de David à l’académie royale de peinture et sculpture, dans l’année 1781.

David, ici reprend un dessin de 1779 ou déjà se conciliaient la sensibilité du 18 ème siècle et le rêve de la grandeur antique, auquel il a pris gout a Rome, avec la réalisation de « Les funérailles de Patrocle », qui montre ce changement.

« Bélisaire demandant l’aumône » représente le thème du vieux soldat glorieux devenu aveugle et mendiant. Ici, le sort pathétique de Bélisaire est l’image de l’ingratitude des grands et l’inconstance de la fortune. C’est un thème qui a déjà été traité auparavant de façon picturale mais aussi littéraire.

Bélisaire constitue le premier exemple parfaitement abouti du nouveau style héroïque et austère appelé néoclassicisme.

C’est une des premières grandes peintures d’histoire de David, qui a commencé par « Bélisaire demandant l’aumône », jusqu’à « Les Sabines » réalisé en 1799, elles ont toutes en commun un puissant élément théâtral.
Nous verrons dans un premier temps l’analyse iconologique de l’œuvre, puis nous étudierons l’histoire de l’œuvre et ensuite nous verrons les sources et les inspirations de « Bélisaire demandant l’aumône » afin de comprendre comment David réussit à traiter de façon neuve le thème de Bélisaire et de quelle façon cette œuvre, a marqué la peinture.

I-Analyse iconologique
Le format : Il s’agit d’un grand format, rectangulaire, les dimensions sont très grandes, c’est assurément un tableau d’histoire.

Ici, le rappel du format s’effectue par les colonnes et l’architecture a l’intérieur.

C’est la première fois que David réalise un aussi grand format.

L’adaptation était périlleuse également, car David se servait des petites illustrations de Gravelot, et il n’avait pas encore l’habitude de transposer du petit au grand.
La composition : L’action se déroule à l’extérieur.

Il y a en quelque sorte 2 scènes qui se joue dans le même tableau, au premier plan on voit Bélisaire, aveugle, recevant l’aumône d’une femme, puis en retrait, on remarque le soldat, qui est pris d’étonnement, voyant son ancien général, promis a la gloire et a la fortune, mendier.

Le général n’a pas conscience de la présence du soldat, c’est pourquoi on distingue deux scènes différentes, car il y a deux sentiments différents : Notre regard compatit a la vue d’un vieil homme, tendant la main, afin de recevoir l’aumône, on est ici en plein dans le registre du pathétique, puis notre regard glisse vers la gauche, où on voit un soldat, stupéfait et qui visiblement se perd a regarder cet homme qui le dirigeait et qui fut autrefois si puissant. Les mains levées du soldat attire le regard, par leur geste d’arrêt et le fait que ses bras sont en position perpendiculaire par rapport à la composition architectural.
Ils sont présentés comme sur une scène de théâtre et échangent des gestes explicites
On note également comme une sorte de position hiérarchique dans la représentation des personnages, il forme comme une ligne oblique, il y a ce qu’on peut appeler un phénomène de cause a effet : en premier lieu, on voit le général assis et tenant un enfant, afin d’attendrir les gens ; l’enfant tient le casque, afin de recevoir l’aumône des gens. Les deux visages (enfant et Bélisaire) se corrèlent bien ensemble, ils sont tous deux dans le même registre, le pathétique, qui vise a émouvoir la femme qui fait un don et que l’on voit en deuxième ; elle est courbée et vêtue élégamment, les vêtements sont près du corps et elle répond a la main et au casque tendus en donnant une « obole » (a voir plus tard) il se dégage de cette figure un apaisement face a la souffrance morale de Bélisaire. En troisième lieu, on constate le soldat, qui s’abandonne complètement dans la contemplation du général déchu. Il est tellement stupéfait et pris d’effroi par ce qu’il voit, c’est-à-dire son ancien général réduit a la mendicité, lui si grand autrefois, qu’il semble ne pas pouvoir bouger de la ou il est ; seul son visage et ses mains levées témoigne de ce qu’il ressent. Tout est lié dans le tableau de David.
L’édifice représenté souligne le changement de fortune de Bélisaire.

Il s’agit soit d’un arc de triomphe, soit de la porte de la ville.

Si c’est un arc de triomphe, on peut y voir la représentation de l’ironie du sort, car ce monument était destiné à honorer un brillant chef d’armée après une victoire.

S’il s’agit d’une porte de la ville, cela montre que Bélisaire est un banni de la société, car il a même pas le droit de rentrer dans la ville et est donc obliger de mendier hors les murs.
Composition en hauteur, les personnages se touchent presque et sont au final serrés dans la composition.
Ici le décor architectural occupe une place très importante, avec une perspective oblique scandée par les colonnes engagées et cannelées qui reposent sur une base très élevée, l’obélisque dans le lointain qui rappelle le style a l’antique et le bâtiment a fronton, qui est situé au fond des montagnes, dont nous sépare un grand mur, cachant ainsi le fond de la scène.

Il y a la donc de puissants éléments théâtraux.
A noter que le fond est remplit de paysage de « fabrique » a l’antique (peut être influence de Poussin). David détend légèrement cette architecture par 2 troncs d’arbres sinueux.
La perspective est décentrée, et porte le spectateur vers la gauche, c’est-à-dire le soldat.
La spatialité : En premier lieu, nous voyons Bélisaire, tenant son jeune guide en train de mendier.

En second lieu, on remarque le soldat, qui rien, que par son geste et l’expression de son visage, suffit à faire comprendre ses sentiments.

Puis nous avons la suggestion d’un arrière plan dans l’œuvre, qui est défini par la position de Bélisaire, l’édifice au pied duquel est assis Bélisaire, et par le plan incliné du bloc qui se situe au premier plan et sur lequel est écrit une inscription latine « Date Obolum Belisario » c'est-à-dire « Donnez une obole (ancienne monnaie grecque) a Bélisaire .

Sur la gauche du tableau, on voit que l’espace entre le pied de la femme et celui du soldat est mal évalué et les lignes orthogonales du pavement ne partent pas comme il le faudrait, vers leur point de convergence.
Il n’y a pas d’admoniteur, mais en vérité c’est le geste de stupeur du soldat qui nous indique où regarder.
En revanche, on voit dans l’œuvre un sens nouveau de l’unité d’action, qui s’exprime par la limitation du nombre des personnages, un sens de l’unité de lieu avec la mise en place d’une architecture palatiale, voir théâtrale et un sens de l’unité du temps a travers cette double référence aux textes de l’Antiquité, comme a l’héritage des maitres tels que Poussin, auquel David comme la critique se sont référés.
Les couleurs : Dans l’œuvre, les tons clairs et la couleur « bronze » marque le tableau en général : on remarque toutefois que la droite du tableau est plus illuminée, et que la gauche est plus terne, cela est du aux rendus de lumière.
Ici, le bleu s’oppose au rouge un peu éteint et au brun.

Quelques éléments se détachent de cette palette de couleur restreinte : la couleur clair du manteau de la jeune femme et surtout le blanc lumineux du vêtement de l’enfant.
Les couleurs de l’arrière plan sont dans des tons sobres, on distingue juste, par la couleur d’un des habits d’un personnage, un groupe de trois personnes accoudés au mur derrière, et qui ne semble pas être concernés par la scène qui se déroule.

Sinon, on retient également une sorte d’oppositions légère entre le clair et le foncé, avec une alternance de ses deux tons. Le ciel, qui a un peu plus d’éclat et de nuance se détache de cet ensemble.
On remarque également que, derrière le soldat, se trouvent deux personnes, qui semblent discuter et qui ne prête pas attention à la scène. C’est la encore la couleur orange qui attire notre regard.
Le peu de critique qu’il y a eu a propos du tableau, ont justement concerné ses couleurs jugées trop ternes.
Eclairage et lumière : On constate une source de lumière, naturelle, et qui est celle du soleil. Par le fait que la partie droite du tableau soit plus éclairée, la source de lumière vient de gauche.

Cela se démontre, car en analysant le ciel en arrière plan, on constate que en haut, a gauche, se trouve une zone plus éclairée, laissant penser qu’il s’agit d’une éclaircie du soleil dans le ciel nuageux ou bien que l’on se trouve en fin de journées.
Les personnages : Comme nous l’avons vu précédemment, il y a 4 personnages qui composent « Bélisaire demandant l’aumône ».

Les personnages sont « théâtraux ». A noter que Bryson utilise ce terme pour designer l’acte de la mendicité, car pour lui dans cet acte la se trouve 2 éléments fondamentaux : la faim et le théâtral (l’image du pathos), qui sont fortement présentes ici, car la faim amène le pathos.
David anime ses personnages, et les rends émouvants sans tomber dans le sentimental.

Le général s’incline en un geste d’appel (en tendant la main), il trahit sa raideur stoïque et devient un écho de Saint Roch.

La femme n’est pas sans rappeler la madone de Saint Roch.

Le soldat, surpris et ému nous fait voir le destin de Bélisaire, qui relève du registre de la grandeur et de la décadence.

Le geste du soldat suffit à faire sentir l’étonnement et le chagrin comme au temps des recherches sur l’expression des passions par Le Brun, cent ans avant.
Les objets/ détails : David a utilisé l’écrit pour donner plus d’informations aux spectateurs. En effet, on aperçoit au premier plan, a droite, l’inscription « Donner une obole a Bélisaire »,cela a pour but d’éclairer le spectateur et de lui donner des informations : qu’il mendie et qu’il s’appelle Bélisaire, ce qui lors de la réalisation du tableau, ce qui permet au spectateur de faire le lien avec ce qu’il connait.
A droite, le bâton de Bélisaire est posé de biais, dans le sens inverse de l’architecture du tableau, sur le bloc de pierre qui contient l’inscription.
Le casque, qui appartient au général, était aussi celui qu’il portait lorsqu’il était dans l’armée. On peut y percevoir toute l’ironie du sort : autrefois cet homme promu a un brillant avenir et fier de porter ce casque, en signe de distinction, se retrouve alors contraint d’utiliser son symbole de fierté, pour survivre.
L’épée du soldat, qui est bien mise en valeur montre également la différence entre les deux hommes, et le fait que la situation s’est inversé.


II-Histoire de l’œuvre


  1. Contexte de l’œuvre


Au 18 ème siècle, la vie des artistes est régie par l’académie Royale de peinture et de sculpture. C’est elle qui forme les futurs peintres et sculpteurs et qui décerne le prix de Rome. Elle organise le Salon, qui se tient tous les 2ans et qui est le seul endroit où un artiste peut montrer ses œuvres de façon officielle.

Quand a eux, les membres de l’académie obtenaient les commandes royales les plus prestigieuses et étaient les seuls à exposer au Salon de façon certaine.

Pour entrer a l’académie, un artiste devait présenter son travail a l’assemblée de ses membres, et si il était bon, il était agrée.
En ce qui concerne David, il entra en septembre 1766, à l’académie royale de peinture et de sculpture. Car comme tout artiste, il fallait qu’il passe par l’académie, pour avoir une valeur crédible dans le milieu de l’art. Et le prix de Rome était l’ultime consécration qu’on pouvait recevoir de l’académie. (Si on était artiste, on était mieux vu, si on avait obtenu le prix de Rome)

David, lui s’y prit à 5 fois pour décroché le prix de Rome et à chaque echec, il vouait une haine de plus en plus tenace à l’académie.

En ce qui concerne son agreement, David voulut montrer le Saint Roch et certains autres travaux romains, mais Jean Baptiste Pierre, premier peintre du roi, s’y opposât car il voulait qu’il présente un tableau fait à paris.

Une forte aversion naquit alors entre les 2 hommes.
David choisit alors pour son nouveau tableau un sujet tiré de l’histoire ancienne, mais qui avait une résonnance contemporaine, comme on le verra plus tard : Bélisaire.
David avait commencé à travailler sur le thème de Bélisaire à Rome en 1779, après que Peyron lui ait prêté le roman de Marmontel et aussi par le fait que n’importe qui ayant vécu a Rome a cette époque, a entendu parler du grand général Bélisaire qui défendit la ville contre les Goths.. Il fit donc a cette époque, un dessin déjà assez fouillé du sujet : « Bélisaire reconnu par un soldat » 1779 (plume, encre, lavis et rehauts de blanc 45 X 36 cm). Il a gardé la même base pour son tableau, sauf qu’il aère un peu sa composition sur les cotés (il le fera davantage dans sa réplique de « Bélisaire » en 1784).
Il commença sans doute son tableau vers novembre 1780, dans un atelier situé au dernier étage d’un des pavillons de l’hôtel de ville de Paris.
En les comparants, le dessin et la peinture représente le même thème : Bélisaire est reconnu par un de ses anciens soldats au moment où il reçoit l’aumône d’une femme (une invention de David, que l’on a retrouvé nulle part ailleurs).
Avec une grande aisance, il transposa le format vertical du dessin en une présentation horizontal et conserva à l’esprit le travail de son contemporain Jean Baptiste Greuze (1746-1816) sur l’expression des sentiments.
David se plia donc aux règles de l’académie, ce qui ne l’empêchera pas de trouver ces règles absurde, comme il le déclarera dans son discours prononcé à la « Convention » le 8 aout 1793, où il mit fin a l’académie, qui représentait pour lui : « Le dernier refuge de toutes aristocraties. »



  1. Commanditaire


Bien que le tableau n’a pas de commanditaire propre, car il servit a l’agrégation de David a l’académie, il possède une histoire intéressante a ce sujet la.
Le Bélisaire aurait été commandé par le premier peintre Pierre, pour le roi, au prix habituel de 4000 livres. Lors de la fin de l’exécution du tableau, Pierre ne veut en donner que 1000 livres, au mieux 2000.

David est indigné et préfère garder le tableau.

Le Bélisaire sera acheté par le duc Albert de Saxe-Teschen, gouverneur des Pays Bas, car il n’avait pas réussi à le faire acheter par le roi. Le gouverneur, alors contraint de fuir sa demeure, y laissa le tableau, qui fut revendu à bas prix, pour ensuite passer de mains en mains.
Le comte d’Angivillier, qui avait fortement apprécié le « Bélisaire » exposé au Salon de 1781, se décida alors à commander a David 2 peintures pour sa collection, David fixe donc son choix sur Bélisaire, la version aujourd’hui au Louvre et réalisé en 1784.

Selon Antoine Schnapper, l’œuvre avait été préparé par Fabre, un élève de David, quand à la finition, elle revient à David. « Bélisaire demandant l’aumône », qui est la version originale, offre une composition en hauteur avec des personnages serrés. La version postérieure met en scène les personnages de façon détachée, ce qui donne une meilleure lecture de la scène, les couleurs sont un peu plus dorées, et font ressortir les autres couleurs et notons que David corrige le problème de perspective du dallage.



  1. Réception et répercussion pour David


Le 24 aout 1781, David est agrée a l’unanimité a l’académie, grâce a Bélisaire, il peut alors exposer ses œuvres au Salon, qui va se dérouler le lendemain, de façon officielle.

Il faut savoir que le salon ouvrait le 25 aout, jour de la saint Louis, en hommage au roi de France, pour un mois, et était durant cette période la grande distraction de Paris.

Le salon attirait toutes personnes, que ce soit des personnes de classes pauvres que les nobles etc.  

La presse s’intéressait beaucoup au Salon.

Le Bélisaire de David, fut très bien reçut par elle et surtout par Diderot qui se montra très enthousiaste envers David et son œuvre, il déclara :

« Ce jeune homme travaille dans le grand style, il a une âme, ces visages sont expressifs sans être inventés, les attitudes sont nobles et naturelles, il sait dessiner, il peut disposer d’un drapé et réaliser de beaux plissés, son coloris est beau sans être criard. »

L’admiration du public qu’a suscité Bélisaire se doit aussi beaucoup a la portée affective et intellectuelle de l’œuvre.
En parlant de Bélisaire, première œuvre de David exposé a Paris en 1781, Diderot écrivit : « Tous les jours je le vois, et je crois le voir pour la première fois. Ce jeune homme a de la grande manière dans la conduite de son ouvrage, il a de l’âme. »

Par ailleurs, l’un des confrères anonyme de Diderot a déclaré : « Quel effroi majestueux dans toute cette scène, et comme tout cela est peint ! »
En ce qui concerne les critiques négatives, il y en eu peu, mais on note quand même la critique du Panard au Salon, qui déclare que David aurait intérêt à reprendre les coloris de son œuvre et de ne pas noircir artificiellement sa composition.

Un critique, surement jaloux, soupçonnait David de bénéficier des faveurs du directeur des Bâtiments du Roi, il déclara : « Heureux qu’il est avec son talent quand on a d’Angivillier. »
Bélisaire est exposé au salon et est unanimement loué par la critique. Le comte d’Angivillier, demande alors à David une grande œuvre pour le roi (ce sera « Le serment des Horaces »).
Outre le « Bélisaire » et parce que David voulait montrer ce qu’il valait, il exposa un bon nombre de ces œuvres durant ce même salon, le 1er pour lui : « Saint Roch », « Les funérailles de Patrocle », plusieurs académies faites a Rome (St Jérôme, Hector et Patrocle) ainsi que « Le portrait du comte Potocki » qu’il exposa au début du salon.

On voit ici toute l’ambition de David ; c’était plus que seulement pour se faire agréer a l’académie, ne serait ce que par le choix du format ou par son intention de faire acheter son tableau par le roi, afin de rattraper son retards sur ses ainés ; Vincent, Berthélemy par exemple.
A partir de 1781, David s’est fait une solide réputation grâce à Bélisaire qui lui valut l’approbation officielle de l’académie, ce qui lui amena ses premiers élèves, dont on peut citer les 1ers : Girodet, Fabre, Wicar et Drouais, et il ne manqua plus des lors de client, la même année, le roi lui offrit un logement au Louvre, ce qui lui représentait un avantage financier non négligeable et qui montre que la cour l’appréciait.

III-Sources, inspirations et ouvertures


  1. Histoire de Bélisaire


L’histoire de Bélisaire est racontée par Procope Césarée (qui fut son secrétaire) et l’écrivain Byzantin Johannes Tretzes, c’est celle d’un général ayant servi sous l’empereur Justinien, et qui était loyal et couvert de gloire.

Après avoir gagné des batailles décisives contre les Vandales, les Goths et lesBulgares, il avait été impliqué dans des complots politiques et fut accusé de trahison, puis disgracié.

Proscrit, il en fut même réduit a la mendicité et d’après une version de l’histoire ou lui creva aussi les yeux.
Bélisaire, thème largement repris au 18 ème siècle, était également un roman, un conte moral de Jean François Marmontel, publié en 1767, qui présentait l’ex général comme un philosophe très injustement traité et critiquait les despotes faibles et corrompus ainsi que l’absence de sens civique.

Le Bélisaire de Marmontel reste fidele à l’empereur alors qu’il était injustement accusé puis jugé. Mais dans sa vieillesse, il eut sa revanche lorsque Justinien et son héritier Justin II, vinrent lui demander des conseils en cachette.

Les lecteurs de l’époque, firent alors le rapprochement entre la façon dont Justinien avait traité Bélisaire et le règne sans éclat de Louis 15, en qui les philosophes des lumières voyaient un personnage aux mœurs relâchées, corrompues par le luxe et la vanité.
Enfin l’époque avait une sorte de Bélisaire, en la personne du comte Thomas Arthur de Lally, baron de Tollendal, héros militaire avant de devenir un bouc émissaire en 1761, lorsque les français avaient du rendre Pondichéry aux anglais, perte qui anéantissait leurs espoirs coloniaux en Inde.

Accusé de lâcheté et de trahison, Lally Tollendal fut emprisonné 2ans avant d’être jugé et condamné a mort en 1766.

Cette injustice flagrante déclencha une campagne de réhabilitation menée par son fils et Voltaire en 1778.
En choisissant l’histoire de Bélisaire, David montra ainsi sa connaissance des courants de la pensée de la cour et des cercles intellectuels libéraux.
Par ailleurs, Angivillier, ancien militaire, devenu directeur des bâtiments du roi, que nous avons déjà vu, encourageait la peinture d’histoire sur des sujets militaire, astucieusement alors David choisit une histoire ayant à la fois la séduction d’un thème classique et une résonnance contemporaine.

Il cherchait donc à plaire aux milieux officiels mais également à se faire apprécier d’un public sensible au pathétique et a l’actualité d’un sujet.



  1. Influences à travers le même thème et inspirations


Pour la disposition générale de la scène, David s’inspira sans doute de la gravure d’une peinture, d’abord attribué à Van Dyck, puis au peintre génois Luciano Borzone (1590-1645). On y voit Bélisaire, aveugle, entouré de femmes, d’un enfant et d’un de ses anciens soldats, tendant la main pour demander l’aumône. Il n’y a la aucune tentative de reconstitution de Byzance au 6 ème siècle et tous les personnages sont en costumes du 17 ème siècle.
Diderot dit de cette gravure : « on voit que le soldat a servi sous lui (…) il est certain que c’est la figure du soldat qui attache et qu’elle semble faire oublier toutes les autres (…) ».

Pour Diderot, la profondeur de l’absorbement du soldat, détaché de tout ce qui n’est pas le pathétique personnage de Bélisaire mendiant et la noirceur de ses propres réflexions sur les caprices du destin ne contribue pas seulement à camper des figures isolées pour le spectateur mais détourne en réalité l’attention du spectateur des autres personnages et en particulier de Bélisaire, d’une façon que Diderot juge exemplaire.
David consulta alors les illustrations du livre de Marmontel, dues à Hubert Gravelot pour l’architecture de son décor.
Bélisaire était un thème très populaire dans les années 1770 et beaucoup d’artiste, émules de David en avaient peint leur propre version : Peyron et François André Vincent (1746-1816).

Choisir le thème de Bélisaire ne relève donc pas de l’initiative propre de David, car ses contemporains l’avaient traité avant lui et Vincent s’inspira même de Greuze (en ce qui concerne l’enfant tenant le casque).

L’œuvre de Marmontel remis alors a la mode l’infortune de ce soldat, injustement disgracié.
Pour Peyron, « Bélisaire accueilli par un paysan qui a servi sous ses ordres » 1779, Bélisaire est reconnu par un paysan qui a été son soldat et dont la famille lui offre l’hospitalité, en le considérant comme son protecteur et son sauveur. Il représente un intérieur « héroïque «, tout de pierre nue, les 3 générations de familles sont alignées, toutes ne regardent que Bélisaire. Il l’a réalisé pour le cardinal de Bernis.
Pour Vincent, »Bélisaire » de 1776, montre Bélisaire réduit a la mendicité et c’est un soldat de l’armée de Justinien qui lui fait l’aumône. Dans cette représentation, l’ancien général aveugle ne reconnait pas son bienfaiteur. Les personnages sont représentés a mi-corps, manière tout a fait inhabituelle en France a cette époque. Les personnages ici sont engagés dans un dialogue silencieux.
Pressentant la concurrence, David avait bien l’intention de faire mieux que Peyron et Vincent, et le choix d’un instant pathétique couplé avec une composition puissante était calculé pour permettre une lecture au spectateur, a la fois émouvante et saisissante de l’histoire.

Il peignit également l’œuvre dans un format inédit pour lui et étant 7 fois plus grand que celui de Peyron (93X132 cm) et celui de Vincent (98X 129 cm).
Par ce récit historique, bien dans l’esprit du temps, les peintres se saisissent du sujet, et nombreux sont ceux qui l’interprètent en plus de ceux déjà évoqués: Jollain en 1767, Durameau en 1775, par exemple
Le dessin de Palaiseau ,qu’a réalisé avant le tableau David présente le double intérêt de nous montrer la dette qu’il a, à l’égard de son rival, Peyron : la silhouette élégante et très dessinée de la jeune femme qui verse une obole dans le casque de Bélisaire est directement inspirée de ce maitre, tout comme l’idée du cadre architectural, sévère et majestueux.

En revanche, David ne retient pas l’idée de l’accueil familial, et le fait que la scène ne se déroule pas à l’intérieur d’une maison de paysan.

C’est donc une interprétation neuve que nous propose David pour un sujet déjà traité dans le passé.
Si l’on compare le dessin de Palaiseau a l’œuvre de 1781, on peut constater une évolution: le bloc de pierre au premier plan renforce la composition architecturale, l’abaissement du mur d’enceinte ouvre la perspective, la femme a désormais un simple manteau et les protagonistes sont plus serrés, ce qui donne plus de cohérence a l’action.
L’œuvre est dans le renouveau « poussinesque », préconisé par La Font de Saint Yenne et Diderot, tenté par Greuze et réalisé par David, en ce tableau plus qu’en aucun autre.
Pour David, c’est Peyron qui lui a ouvert les yeux, car Peyron voue une grande admiration à Poussin.
L’influence de Poussin est perceptible dans le paysage de l’arrière plan et la clarté de la composition.
Par l’influence de poussin, le Bélisaire inaugure la série des œuvres idéologiques stoïque dont on suppose qu’elle s’adresse toujours au spectateur pour châtier son manque de moralité.
La nouveauté par rapport aux œuvres réalisées précédemment, réside dans l’inscription sur le bloc de pierre, une idée qui vient probablement du « Et in Arcadia ego » de Poussin.
Les critiques comme Diderot, donnaient toujours le travail de Poussin en exemple, pour ses qualités intellectuelles mais aussi pour son austérité et sa noblesse.

Poussin était considéré comme un modèle pour la régénération de l’art français.

Peyron, fut le premier peintre de la nouvelle génération à suivre l’exemple de Poussin, mais David s’en inspire aussi, un peu plus tard, pour la première fois dans « Saint Roch », puis dans « Bélisaire ».
Hautecoeur fait la liste des emprunts de David : -Le Bélisaire est pris du « Philosophe assis » de la villa Borghèse, le paysage provient de « Funérailles de Phocion » de Poussin et le jeu des émotions revient a Greuze.

Par ailleurs, David dans un dessin réalisé a Rome, emprunte la tête du général à la statue de Chrysippe. Ici, la figure de Bélisaire n’est pas sans rappeler celle-ci.

Le dessin de Bélisaire est également chargé d’emprunt fait a d’autres de ses œuvres antérieur comme « Saint Roch intercédant la Vierge pour la guérison des pestiférés ».
On note l’influencé également de Caravage, ce que lui reprocha la critique, car pour elle, David peignait trop noir.
En revanche, David innove avec une nouvelle unité d’atmosphère, comparable à une des unités de la tragédie classique.
Et il reprit l’idée de mettre en contraste les réactions masculines/féminines dans les « Horaces », puis plus tard encore dans « Brutus » et dans les « Sabines ».

Conclusion
« Bélisaire demandant l’aumône » est donc un tableau représentant un sujet grave, traité dans un style sobre et rationnel, c’est un tableau sur la charité, la compassion, le patriotisme et les revers du destin.

Les errances de Bélisaire, son exil et sa cécité en faisant ainsi une sorte de personnage homérique comme en témoigne son visage.
C’est la première grande peinture d’histoire de David qui, traite de façon cruciale de la problématique du regard du spectateur, et ca se voit dans le traitement de la perspective et figure du soldat selon Diderot.
Le deuxième grand tableau d’histoire de David est le « Serment des Horaces ».
A la veille de la revolution, certains verront dans cette œuvre, un tableau manifeste contre l’injustice.
Avec David, l’art n’est plus destiné à une élite mais s’adresse au peuple. Après la révolution de 1789, David est le peintre qui représente le mieux avec autant de conviction et de force, l’idéal de vertu civique en art, qu’il exprime ici, dans l’œuvre héroïque et aussi moralisatrice qu’est Bélisaire. On peut également le constater dans « Andromaque » de 1783 et « Les licteurs apportent à Brutus les corps de ses fils » de 1789.
1781 est une date importante a retenir, car Bélisaire marque l’art de David mais également la peinture européenne. C’est surement le premier tableau néo classique ou se trouvent ensemble, sans dysfonction, la portée morale du sujet et les moyens pour la représenter ; décor architectural ouvert au fond sur des « fabriques » qui ne sont pas sans rappeler Poussin, peu de personnages… ici, pas de concession, comme chez Peyron au sentimental.

On a une œuvre grave et sombre d’une qualité excellente dans la composition.

A travers l’ensemble de ses œuvres, David donne l’image la plus aboutie du néo classicisme et s’il comprit tardivement la leçon de l’antiquité, il sut en tirer profit.
« Le serment des Horaces » ou « Le Sacre » sont des symboles, avec « Bélisaire, de l’art néoclassique et de l’histoire de la fin du 18 ème siècle.

Bibliographie


  • « Jacques Louis David », Musée du Louvre et Musée nationale du château de Versailles.

26 octobre 1989- 12 Février 1990.

Edition La Réunion des Musées Nationaux.


  • « David » d’Antoine Schnapper, Edition Office du Livre, 1980.




  • « David contre David » Tome 1 et 2. Actes du colloque organisé au Musée du Louvre du 6 au 10 décembre 1989. Sous la direction de Régis Michel. Edition La documentation Française.



  • « David » de Simon Lee, Edition Phaidon.




  • « Jacques Louis David » d’Anita Brookner, Edition Armand Colin, 1990.



  • « Dessins de Jacques Louis David » par Arlette Sérullaz, Edition Réunion des musées nationaux, 1991.




  • « Jacques Louis David, 1748-1825 » du Musée Jacquemart André. Edition Nicolas Chaudun, 2005.



  • « David et le néoclassicisme » de Sophie Monneret, Edition Terrail, 1998.




  • « David », hors série du magazine des « Beaux arts ».

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