Anthropologie fondamentale








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Chapitre 1
Une entité informée

L’être humain n’échappe pas à l’échafaudage organique qui fonde le vivant. Les hommes, en effet, sont et existent au monde à l’instar de l’univers dans lequel ils évoluent : parce qu’ils sont organiquement constitués et informés pour cela, pour être et pour exister. C’est là, même s’il est nécessaire de passer par les limites du langage pour l’exprimer, la réalité biologique, une réalité parfaitement vérifiable que peuvent constater par les protocoles scientifiques qui sont les leurs tous ceux qui travaillent effectivement, dans la pratique, sur le phénomène de la vie. Pour tous au moment où il nous est donné d’écrire,

« (…) il est clair que la vie repose sur l’utilisation d’informations » (Jean Weissenbach, Vivant et information, texte de la 426è conférence de l’Université de tous les savoirs donnée le 5 juillet 2002)
L’information généralisée du vivant est une donnée du réel connue de tous les chercheurs travaillant sur cet objet (dans le champ de la science authentique, le mot désigne la chose, le phénomène ou encore le problème plus particulièrement considéré par le chercheur : ce qui fait ou constitue l’objet de son travail).
Cette information du vivant n’a cependant rien à voir avec une programmation, au sens informatique du terme. Les êtres vivants ne sont pas des êtres artificiels, organisés de façon à être au monde d’une manière arrêtée. Les animaux, par exemple, ne sont pas des machines comme le laissait penser Descartes, ils ne leur sont en aucun cas assimilables. Le vivant échappe à la stricte détermination mécanique comme il échappe en partie aux conditions du milieu.
L’organisation et l’information naturelles du vivant ne suppriment pas, comme le font l’organisation et l’information artificielles, d’autres possibles que ceux autorisés par les items du système. Bien au contraire elles les permettent, et pour ce qui est de l’être humain, les garantissent au point de faire de lui et de lui seul ici-bas, un être objectivement libre, capable de se déterminer lui-même, en pleine conscience, par rapport à son être et à son existence, et par rapport à l’univers tel qu’il est.


  1. L’information du vivant


L’être humain vit, à l’instar de tout vivant, au monde parce qu’il est biologiquement informé en ce sens, et que son milieu d’accueil est exceptionnellement favorable à son être et à son existence si particuliers, comme nous le verrons. Le fait est, en effet, que

« La vie telle que nous la connaissons n’aura aucune chance de surgir dans un univers un tant soit peu différent du nôtre. (…) Les paramètres numériques ne souffrent aucune modification. (…) les paramètres numériques sont inflexibles. Changer légèrement leurs valeurs élimine toute chance d’éclosion de la vie. Que se passerait-il si les conditions initiales de l’univers étaient modifiées ? (…) Là encore, il nous faudra conclure que les conditions initiales de notre univers sont très particulières et que toute modification entraîne la suppression de la vie. » (Trinh Xuan Thuan, La mélodie secrète. Et l’homme créa l’univers. (1988), éd. Gallimard, Folio essais, 1993, pp. 284-285)
Si l’homme est et existe informé, c’est que l’univers lui-même est informé, à l’observation, de telle manière qu’il puisse être et pour qu’il puisse exister. Ce n’est donc pas une affirmation péremptoire, un dogme arbitraire ou un jeu avec les mots mais la réalité observable fondée sur les données disponibles au moment où il nous est donné d’écrire :

« Une des conditions initiales les plus importantes de l’univers est la quantité de matière par unité de volume (ou densité de matière) qu’il contient. Cette quantité détermine (…) le destin de l’univers. Un univers très dense au départ aura une durée de vie très courte. (…)

En fait, seul un univers ayant une densité extrêmement précise pourra à la fois durer longtemps et héberger galaxies et étoiles. C’est le cas du nôtre. (…) La densité de notre univers n’est, aux dernières nouvelles, que la cinquième de la densité critique. (…) En tout cas, il est extraordinaire que la densité actuelle de l’univers soit si proche de la densité critique, alors qu’elle aurait pu être des milliers, voire des milliards de fois plus petite ou plus grande que cette dernière. Les calculs montrent que la différence entre la densité réelle et la densité critique augmente avec le temps. Cette différence a été amplifiée d’un facteur de 1 million de millions de fois depuis l’ère de la nucléosynthèse primordiale. Le fait que les deux densités soient encore presque égales après 15 milliards d’années d’évolution signifie que, au moment de la fabrication de l’hydrogène et de l’hélium, environ trois minutes après l’explosion originelle, la densité de l’univers ne différait pas de plus d’un millionième de millionième de la densité critique. La densité de l’univers a été parfaitement réglée pour que les galaxies, oasis de vie, surgissent dans le désert cosmique, et que l’évolution cosmique ait le temps nécessaire pour accéder à l’intelligence. (…)

Il existe d’autres réglages tout aussi précis. L’univers est homogène et isotrope à un très haut degré. Ses propriétés sont presque les mêmes partout et dans toutes les directions. (…) De nouveau, tout se joue sur l’équilibre : l’univers ne doit être ni trop homogène pour permettre l’existence de graines de galaxies, ni trop inhomogène pour permettre leur croissance. Le réglage initial est, encore une fois, d’une virtuosité époustouflante : l’écart du taux d’expansion de l’univers à son début (au temps de Planck de 10-43 seconde), dans les différentes directions de l’espace ne doit pas être supérieur à 10-40 (un nombre extrêmement petit : le chiffre 1 arrive seulement après 40 zéros). On pourrait comparer la précision de ce réglage à l’habileté d’un archer qui réussirait à planter sa flèche au milieu d’une cible carrée de 1 centimètre de côté, éloignée de 15 milliards d’années-lumière, la taille de l’univers… » (In idem, pp. 285-286)
Le fait est que le vivant est, et qu’il est de manière extraordinaire. La Nature nous convie ainsi, en premier lieu, à admirer notre être, à contempler notre existence, à les considérer avec un émerveillement enfantin et avec le sérieux de l’adulte, au travers des données du réel et du regard scientifique. Si comme le souligne Trinh Xuan Thuan,

« Nous sommes encore dans l’ignorance la plus complète des processus qui ont engendré la vie à partir d’atomes inanimés » (Op. cit., p. 305),

nous savons par contre, depuis la découverte de la structure tri-dimensionnelle de l’ADN par Watson et Crick, que le vivant se diffuse, se reproduit, se maintient et se développe par information :

« C’est à partir de l’ADN, localisé dans le noyau, que l’information va être distribuée au reste de la cellule. Une partie de l’un des brins (correspondant à un gène) va être recopiée sous la forme d’ARNm (m pour messager de l’information). Cette molécule, ressemblant beaucoup à l’ADN, est constituée de formes variantes des mêmes composants. La synthèse de l’ARN messager se fait par copie ou transcription d’un des brins de l’ADN à l’aide de nucléotides précurseurs et d’une grosse machinerie enzymatique formée de nombreuses protéines, dont l’ARN polymérase (…). Certaines des protéines de la machinerie servent à contrôler l’utilisation du gène (les facteurs de transcription), et à indiquer si ce dernier doit être transcrit ou non. Un gène n’est en effet pas forcément exprimé dans toutes les cellules. Une molécule d’ARNm renferme une copie du plan de fabrication d’une protéine qui va être utilisée par la cellule pour fabriquer la protéine. Cette dernière contiendra alors une information précise sous sa forme opérationnelle. Sur l’ARNm, la succession des lettres se lit par groupes de trois, et chaque combinaison de trois lettres correspond à un seul composant élémentaire de la protéine, un acide aminé (…) (il peut exister plusieurs combinaisons différentes de trois lettres pour le même acide aminé). La lecture de l’ARNm pour la production d’une protéine, c’est-à-dire le processus de traduction qui transforme le plan de fabrication de la protéine en une succession d’acides aminés, nécessite une autre machinerie qui comporte notamment des particules, nommées ribosomes (…). L’enchaînement d’acides aminés prend ensuite une configuration tri-dimensionnelle particulière et bien précise dans la cellule, selon des règles partiellement comprises aujourd’hui (…). Cette protéine qui aura acquis sa conformation pourra exercer son activité biologique, c’est-à-dire exprimer l’information qu’elle contient. » (J. Weissenbach, op. cit., pp.10-11)
Le vivant, s’il se développe dans un constant échange avec l’environnement qui est le sien et suivant les possibilités que lui offre son organisme, le fait de manière souvent autonome, échappant en partie aux conditions du milieu et aux déterminations organiques. Le vivant se gère lui-même et il peut s’accommoder, pour subsister ou pour croître encore, de petites variations environnementales. Il échappe de la sorte à une détermination stricte de son être et de son existence même si, comme l’univers lui-même, il est lui aussi lié quant à son être et à son existence au sein de cet univers, à des conditions d’une extrême précision :

« (…) la vie arrive à se soustraire, au moins en partie, aux conditions du milieu. C’est, par exemple, parce qu’elle a élaboré des mécanismes chimiques pour éviter les effets extrêmement néfastes des oxydations qui se produisent dans notre atmosphère riche en oxygène que nous sommes capables d’y vivre. La vie sur Terre reste cependant globalement dépendante des conditions du milieu et ne pourra résister qu’à des changements modestes de ces conditions. » (J. Weissenbach, op. cit., p.4)
Ce qui caractérise précisément le système vivant qui est le nôtre et le différencie radicalement des systèmes vivants artificiels dont nous sommes ou pourrions, pour l’heure, être à l’origine, c’est que

« (…) son mode de reproduction n’est pas parfait. Dans le cas contraire, le système serait fixe et ne serait jamais modifié. La vie fait globalement peu d’erreurs et la plupart sont très néfastes pour la cellule, mais grâce à quelques unes, la cellule, l’organisme, la vie vont pouvoir progresser et évoluer à partir de systèmes simples vers les systèmes compliqués que nous sommes aujourd’hui. » (In idem, p.16)
Cette caractéristique biologique particulière a une conséquence exceptionnelle : notre être ainsi que notre existence au monde assurent des possibilités et des potentialités indéterminées. L’information du vivant n’engendre pas sa détermination. C’est même plutôt le contraire qui est vrai : il nous garantit l’indétermination, et avec elle une étonnante liberté. Il convient de prendre acte des observations faites en son temps par Konrad Lorenz :

« Lorsqu’en anatomie ou en éthologie comparées on s’est intéressé à un aspect particulier du devenir organique, il n’est pas rare que l’on se trouve dans une curieuse situation conflictuelle. On est partagé entre un étonnement admiratif devant la construction géniale de l’évolution et la déception de constater que le devenir de l’évolution n’a pas su trouver un certain nombre de solutions qui, pour notre esprit, paraissent évidentes : combien d’éléments antifonctionnels ne traîne-t-on pas de génération en génération ! Beaucoup de savants ont tendance à surestimer le degré d’adaptation fonctionnelle (…) » (Konrad Lorenz, L’homme en péril (La destruction de l’humain) (1983), éd. Flammarion, 1985, p. 19)
La réalité, c’est que le vivant ne relève pas plus de la conception mécaniste cartésienne que de l’automate ou du robot de la modernité. Il n’obéit pas aux règles de l’intelligence artificielle :

« (…) un organisme n’est jamais comme un édifice dont un esprit humain aurait programmé la construction dès le départ en prévoyant d’emblée l’adaptation fonctionnelle de tous les éléments nécessaires. » (In idem, pp. 24-25)
Les perspectives d’évolution techniques ou scientifiques en matière d’intelligence artificielle et l’émergence hypothétique d’une conscience dans ce cadre précis, restent du domaine de la science fiction et de la pure spéculation.
2. Un « être pour la liberté »

L’organisation et l’information naturelles du vivant permettent un libre déploiement de la vie. C’est une caractéristique exceptionnelle qui fait que, dans son quotidien, instant par instant, l’organisme vivant peut de lui-même décider de ce que sera ce déploiement. Dans les faits, son présent et son futur dépendront en grande partie des actes ou des actions qu’il posera ou ne posera pas, en toute autonomie de sa part.

L’être vivant n’est pas, comme la chose inerte, comme un caillou par exemple, passif. Il est actif, il procède à des choix. Il n’est pas, à l’observation, indifférent à son existence. Il choisit en général ce qui tend à sa préservation, à sa prolifération mais procède parfois à des options inattendues, contraires à la logique pure. Ainsi, le végétal, l’animal ou encore l’être humain ne se trouvent pas liés à un conditionnement immuable ou inviolable, qui les ferait évoluer selon des lois strictement prévisibles. Leur être est, fondamentalement, un être pour la liberté même s’il l’est suivant les cas à des degrés variables.
L’être pleinement libre est celui qui vit et qui le sait, celui qui est pleinement conscient de son être et de son existence au monde, celui qui dispose de la possibilité intellectuelle de comprendre le monde et toute chose qui le peuple dans la réalité qui est la leur, selon les données effectives de la nature ainsi que du pouvoir, par l’intermédiaire des connaissances acquises et des facilités corporelles ou organiques qui sont naturellement les siennes, de changer ou de contrôler éventuellement les choses jusqu’aux vivants, voire de remettre en cause le fonctionnement naturel de l’univers. C’est là, ici-bas, le privilège exclusif au moment où il nous est donné d’écrire, de l’être humain.
La volonté propre, la vie intelligente, la conscience pleine et entière et le pouvoir d’agir effectivement, à une échelle significative sur le monde et les choses, sont l’apanage de l’être humain. Il existe donc une exception ou, du moins, une différence anthropologique.

L’être humain en effet

« (…) se manifeste comme autrement formé, comme autrement relié au monde, comme autrement inséré au cœur de ce qui est.

L’originalité biologique de l’homme introduit à la singularité de sa condition naturelle et par-delà, à l’altérité de son être et de son rapport à l’être. (…)

Nous nous trouvons devant une organisation de formes antécédentes, non devant l’organisation d’un divers amorphe. Ce qui relève de l’information naturelle demeure, cela est trop évident pour y insister davantage, efficient dans l’unité à la fois fondamentale et précaire de l’être humain. C’est cette situation d’adhérence à la nature, mais aussi de dégagement par rapport à elle, de non-inhérence qu’exprime le jeu de l’humanité par rapport

au naturel (…) » (Frank Tinland, La différence anthropologique, essai sur les rapports de la nature et de l’artifice, éd. Aubier Montaigne, 1977, pp. 444-445)
L’ouverture du vivant ou l’exposition de notre être, à l’indétermination a, pour nous les êtres humains, une conséquence fondamentale. Elle nous autorise la détermination par nous-mêmes, en toute autonomie, de la manière dont nous voulons être et exister au monde, et par rapport à toute chose qui le peuple. Elle nous offre la liberté : une liberté non pas théorique ou encore limitée, mais une liberté réelle : une liberté ontologique.

L’ensemble qu’il forme d’atomes strictement définissables d’un point de vue chimique, son génome d’environ 30 000 gènes ne font pas, comme certains aiment régulièrement le faire croire, de l’homme un mécanisme inanimé, un automatisme, ou encore de sa vie, un parcours déterminé à l’avance comme par une volonté ou une destinée invincibles. Bien au contraire, l’organisme dont il est naturellement pourvu fait de l’être humain une créature informée certes, mais dont l’information est disposée de façon à lui permettre non seulement une authentique connaissance du monde et de tout ce qui est, mais de surcroît à lui garantir une volonté propre pleine et entière, un libre arbitre effectif et total par rapport à tout ce qui est ou pourrait être et dont nul ne se trouve a priori légitimé à vouloir en confisquer et l’existence, et l’exercice. L’être humain, dans la réalité des faits, se voit offrir naturellement la possible accession à toutes les informations, partant à cette information essentielle qu’est l’information ontologique, celle relative à son être, à la finalité globale de son être et de son existence au monde, et avec elle, la possibilité permanente de se déterminer en toute liberté, en toute autonomie de décision par rapport à ce qu’elle est. Homo est, d’une exceptionnelle manière, « être pour la liberté ».
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