Anthropologie fondamentale








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Le traitement « moderne » de la question divine


La modernité est caractérisée par une évacuation de fait du questionnement anthropologique fondamental hors du champ sociétal. Si les humanités particulières procèdent plus ou moins brutalement en la matière, il s’ensuit une même conséquence : la méconnaissance durable des réalités anthropologiques fondamentales, qu’accompagne une méconnaissance également des principaux items du réel, c’est-à-dire de l’univers effectif dans lequel il nous est donné d’être et d’exister, et de toute chose qui le peuple.
L’évacuation totale hors du champ sociétal et si possible, hors de l’homme lui-même, des questions anthropologiques primordiales constitue le but premier de toutes les humanités professant officiellement l’athéisme. Ce fut le cas de la première république française, de l’Allemagne nazie, de toutes les sociétés historiques inspirées de l’utopie communiste, et c’est le cas chez toutes les entités qui aujourd’hui encore affichent un rejet catégorique de Dieu, voire de la simple idée d’une possible existence de Dieu. Il s’agissait et il s’agit toujours, par tous les moyens, de déraciner de l’homme lui-même tout questionnement autonome sur ce qu’est en vérité sa condition, sur ce qu’il en est dans les faits de la question divine, afin de le faire adhérer à l’idéologie rationaliste officielle, créditée d’une valeur « scientifiquement » établie.
La relégation au second plan, ou le cantonnement des interrogations anthropologiques essentielles dans une sphère soit strictement délimitée, soit exclusivement réservée à des spécialistes, préoccupent toutes ces autres humanités qui s’opposent dans les faits, pour des raisons parfois très diverses voire carrément contraires, à une considération authentiquement scientifique, au plus près de leurs réalités respectives, de la problématique anthropologique et de la problématique divine. C’est le cas dans toutes les sociétés « démocratiques modernes », de toutes les sociétés laïques, de toutes les sociétés ou institutions du monde animées par l’une ou l’autre idéologie politique ou religieuse officielle, ainsi que des groupements sectaires et de toutes les entités qui professent des convictions similaires. Le questionnement relatif à la problématique anthropologique primordiale y est soit relégué, -pour des raisons qui peuvent être très diverses, par exemple parce que l’on estime la question « scientifiquement résolue » ou encore « sans intérêt scientifique »-, dans le domaine de la croyance personnelle, partant d’une « foi » qui ne reposerait que sur des hypothèses ou des suppositions invérifiables, soit considéré comme ne pouvant être que du ressort exclusif d’une caste ou d’une poignée de spécialistes, d’institutions religieuses ou philanthropiques seules autorisées à en parler, à en livrer une vérité officielle à laquelle sous peine de sanctions plus ou moins sévères et pouvant aller jusqu’à la mise à mort, il conviendrait que le commun adhère sans qu’aucune considération de la problématique au plus près de la réalité ne lui soit autorisée ou rendue possible.
Ainsi, libéralismes et autoritarismes, relativismes et intégrismes se rejoignent-ils en un même mouvement lorsqu’il s’agit de prendre connaissance, dans les faits, de ce qu’il en est Dieu et des questions fondamentales liées à son existence éventuelle et à l’existence éventuelle d’une volonté divine spécifique qui pourrait fort bien ne correspondre à aucune des convictions officielles ou personnelles en la matière : on expulse le gênant questionnement scientifique, pour préférer encore et encore l’idéologie à la réalité. A propos de Dieu, à propos de l’anthropologie fondamentale, donc des questions anthropologiques les plus importantes, tout se passe comme si l’humanité désirait en avoir une image fausse, une conception erronée, plutôt que de connaître la réalité et de connaître, au cas où Il existait, Dieu Lui-Même.
La « laïcité à la française », pour ne prendre qu’un exemple, est aussi imbécile en son essence que le théisme doctrinaire. Tous les deux affichent la même conviction que la question divine n’a pas à être considérée par le commun des mortels dans l’ordre du réel, par la voie d’une libre approche scientifique de l’objet. Tant pour la laïcité française que pour l’intégrisme religieux le plus radical, même si leurs raisons diffèrent, il faut en l’affaire impérativement croire. Il faut croire que la question de Dieu est une affaire de « foi », une affaire de « croyance », c’est-à-dire dans leur esprit d’une adhésion intellectuelle qui échappe à toute possibilité de « critique scientifique », dans un sens ou dans un autre : inconcevable pour les tenants de la laïcité de parvenir, par l’effort de science, à un éclaircissement positif ou favorable de la question divine ; inconcevable pour les théistes doctrinaires de parvenir, par l’effort de science, à une remise en question des items de la foi existante.
La différence entre les deux doctrines se situe au niveau de la prétendue tolérance, dont se targuent les idéologues de la laïcité et dont ils font une arme de combat contre ce qu’ils se plaisent à appeler (comme si la laïcité n’en était pas une) les religions, c’est-à-dire dans leur esprit des idéologies, toutes par nature tendues vers l’intolérance et reposant invariablement, contrairement à la laïque que fonderait la raison et la science, sur une croyance toujours peu ou prou irrationnelle en la divinité. La laïcité et les systèmes politiques qui s’en réclament, comme la République française, se rehaussent par ce tour de passe-passe intellectuel. Ils s’élèvent ainsi eux-mêmes au-dessus de ces croyances, signifiant qu’elles seraient d’un autre temps, appelées à être dépassées dans le futur, que toutes seraient naturellement tendues vers l’affrontement tandis la laïcité, pacifique et pacifiante, serait la garante de la raison, de la concorde et de la paix.
L’idéologie laïque aime en effet afficher une sorte de condescendance à l’égard des idéologies adverses, qu’elle rejette dans le champ péjoratif de la « croyance » et auxquelles elle attribue volontiers la cause des conflits et des guerres. Elle se tient là, au service de l’humanité, dans l’espoir qu’un jour que tous les « citoyens » soient un jour éclairés par la « raison », bien sûr athée ou agnostique, sur laquelle la république se fonde en dernière instance et qu’elle s’efforce d’enseigner par ses institutions, notamment l’école, ses manifestations publiques ou encore par les médias.
Elle, au contraire des religions dont elle ne saurait être, respecterait « toutes les croyances » (Article 2 de la Constitution de la Vè République) veillant à ce que toutes puissent s’exprimer également. Elle garantirait par un bras légal et armé la paix civile que ces mêmes croyances menaceraient ; à commencer bien sûr, dans son esprit, par la « foi catholique » contre laquelle la laïcité républicaine s’est historiquement constituée et qui ne doit plus, à l’avenir, selon la sévère loi de la raison, s’imposer une fois encore dans la société civile.
Ce faisant, l’idéologie laïque n’impose jamais que sa propre loi, sa propre domination arbitraire et à vocation totalitaire sur une société tout entière vouée à son culte, allant jusqu’à convaincre dans les rangs de ses adversaires de son bien-fondé et de sa légitimité (considérer, par exemple, le nombre impressionnant d’évêques, de prêtres et de fidèles catholiques français qui adhèrent à la laïcité sans aucun esprit critique et qui la défendent même comme étant une bonne chose).

Or, la conception « laïque à la française » dans la réalité qui est la sienne, n’est jamais que l’expression d’une machine de guerre idéologique qui méconnaît les items fondamentaux de l’anthropologie, les items du réel existant au profit d’une conception du monde bâtie sur les spéculations sans rapport avec les données du réel, les élucubrations d’une raison reposant sur sa logique propre. Elle est l’expression d’un parti sectaire, historiquement forgé contre l’Eglise fondée sur la primauté de Pierre, celui de la franc-maçonnerie nationale qui a réussi à mettre totalement la main sur le pouvoir civil par l’idéologie et les jeux d’influence au point de faire de la république sa créature. La société française repose aujourd’hui sur cette conception maçonnique du monde, une conception idéologique au sens le plus péjoratif du terme, une véritable religion dont il est interdit dans les faits et par la terreur idéologique, de remettre en cause les fondements.
Son principal argument est le suivant : il faudrait, par un prétendu principe de « neutralité », que la société civile évite toute mainmise sur elle de la part d’une religion ; ce par quoi la maçonnerie entend non elle-même alors qu’elle est pourtant une religion au sens le plus exécrable du mot, initiatique et secrète qui repose sur les fadaises qui aboutirent à l’insane culte révolutionnaire de la raison et à la terreur qui s’ensuivit, mais toutes les institutions qui s’opposent à elle et avant tout et surtout celle contre laquelle elle s’est historiquement dressée – et qui précisément n’est pas ce pour quoi on la prend – l’Eglise fondée sur le roc de Pierre.
La laïcité suivant le dogme officiel serait un bien dans l’optique de la préservation de la paix civile. Elle préserverait la société française des guerres intérieures, et notamment des guerres de religion attribuées dans l’esprit maçonnique au christianisme et dont aurait été responsable, en premier et de la manière la plus importante, l’Eglise catholique.
Or la laïcité repose sur une représentation complètement fausse, et volontairement faussée par elle, des causalités polémologiques dans le cadre des sociétés. Elle les attribue à un défaut de la raison chez des « citoyens » encore mal « éclairés », notamment tous ceux qui adhèrent à une idéologie religieuse, ce par quoi en France et en Occident l’on entend principalement les fidèles de l’Eglise catholique, restés alignés sur la Révélation originelle et sur ce qu’en dit et qu’en enseigne la papauté.
Pour ce faire, elle procède et fait procéder, notamment par le biais de l’école et de ses intellectuels, à une déformation complète de l’histoire telle qu’elle a été. Pour les besoins de la cause républicaine, qui est aussi la cause maçonnique, elle reconstruit la réalité historique. Elle remonte pour cela très loin dans l’histoire, pour insister sur les croisades, l’Inquisition et les guerres de religion, en reportant d’abord sur le Pape et l’Eglise catholique la responsabilité principale. L’expansion militaire islamique est passée sous silence, les hérétiques deviennent des héros mythiques ayant lutté contre les injustices, les réformateurs les précurseurs de la pensée moderne et les humanistes presque des saints (pour une appréciation plus lucide des croisades et des responsabilités, se reporter pour une première approche à l’article Croisades de Michel Balard qui fournit une biographie assez exhaustive sur la question, in Dictionnaire historique de la papauté, sous la direction de Philippe Levillain, éd. Fayard, 1994, pp. 487-490, voir également La croisade albigeoise, présenté par Monique Zerner-Chardavoine, éd. Gallimard, 1979 et aussi pour une meilleure connaissance des problèmes œcuméniques connexes, l’ouvrage très éclairant de Lina Murr Nehmé consacré à la chute de Constantinople, 1453 : Mahomet II impose le schisme orthodoxe, 2001, éd. François-Xavier de Guibert, 2003 ; pour une plus juste appréciation des guerres de religion, nous conseillons de commencer par une reconsidération de la personnalité centrale de Martin Luther fondée sur les documents historiques, et des influences de la véritable pensée luthérienne sur les philosophes de langue allemande, notamment Hegel qui s’en réclamait, in Remigius Bäumer, Alma von Stockhausen (Hrsg.), Luther und die Folgen für die Geistesgeschichte, Gustav-Siewerth-Akademie, 3è éd., 1996, Theobald Beer, Alma von Stockhausen, Erklärungen Martin Luthers zum Brief des hl. Paulus an die Galater, Gustav-Siewerth-Akademie, 1998 ainsi que Alma von Stockhausen, Der Geist im Widerspruch. Von Luther zu Hegel, Gustav-Siewerth-Akademie, 2è éd., 1990).
L’idéologie laïque grossit volontiers les responsabilités catholiques, celles de la papauté en particulier, mais omet d’admettre que les guerres les plus dévastatrices, les plus sanglantes, les plus fanatiques, les plus outrancières et de très loin les plus meurtrières ont été provoquées dans l’histoire occidentale à partir de la Réforme puis surtout de la Révolution française, par des idéologies et des systèmes politiques libérés de toute ingérence de l’Eglise, détachés des items de l’anthropologie fondamentale à l’instar des différentes républiques françaises et de l’ensemble des socialités modernes liées au concept d’Etat-nation. Ce qui n’empêche pas la plupart des tenants de la laïcité, toujours pour des raisons de dénigrement idéologique de l’adversaire, de rendre aujourd’hui encore et d’une manière absolument scandaleuse, les catholiques responsables ou complices du génocide commis à l’égard de la population juive d’Europe (voir notamment toutes les polémiques régulièrement entretenues quant au prétendu « silence » de Pie XII relativement à l’holocauste ; pour une appréciation plus juste, consulter l’article de Jacques Nobécourt, « Silence » de Pie XII, in Dictionnaire historique…, op. cit., pp. 1570-1577, Judith Cabaud, Eugenio Zolli. Prophète d’un monde nouveau, éd. François-Xavier de Guibert, 2000, le témoignage d’Eugenio Zolli en personne, Avant l’aube, publié aux mêmes éditions, 2002, les nombreux ouvrages de Mgr Charles Molette, notamment Prêtres, religieux et religieuses dans la résistance au nazisme. 1940-1945. Essai de typologie, éd. Fayard, 1995, Résistances chrétiennes à la nazification des esprits, éd. F.-X de Guibert, 1998, La Mission Saint Paul traquée par la Gestapo, mêmes éditions, 2003, ou encore Gérard Cendrier. « L’un des Cinquante ». Scout et franciscain (Paris, 16 juin 1920-Buchenwald, 24 janvier 1945), éd. Soceval, 2006, et le premier tome la trilogie annoncée par Jean Chaunu, Esquisse d’un jugement chrétien du nazisme. Tome 1, Christianisme et totalitarismes en France dans l’entre-deux guerres (1930-1940), éd. F.-X. de Guibert, 2008).
Que doit-on constater en fait, lorsque l’on porte un regard objectif sur l’état polémologique de la société française contemporaine ? C’est que les conflits qui traversent la France au moment où il nous est donné d’écrire, la délicate situation polémologique qu’elle connaît actuellement sur le plan interne et les difficiles relations avec nombre de pays étrangers sont le fruit quasi exclusif de sa laïcité, de sa laïcité républicaine. Car c’est bien parce qu’elle s’est réclamée et se réclame encore et toujours sans tirer les leçons de l’Histoire, de la laïcité et de ses principes notamment celui de la liberté de religion, ainsi que des prétendues valeurs de la Révolution ou de la République que la France se trouve dans l’obligation de recomposer une population qu’elle a saignée régulièrement, impitoyablement et d’atroce manière, depuis 1789 : Terreur, guerres de Vendée, guerres napoléoniennes, guerre de 1870-1871, Commune, guerres de 1914-1918 et de 1939-1945, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie. Et c’est animés par cette même idéologie que les dirigeants qui se succèdent recomposent la population française: dans l’optique d’éradiquer, à l’occasion de cette recomposition, tout ce qui reste dans le pays et autour de lui, à l’échelle européenne, de la tradition judéo-chrétienne et des influences de l’Eglise catholique. C’est ainsi que la France a favorisé et favorise une immigration massive, notamment musulmane, qu’elle a toléré, avant d’être maintenant obligée de tolérer en fonction de la masse et de la pression internationale, l’installation anarchique sur son territoire de communautés très diverses, de leurs cultures et de leurs lieux de culte. Et c’est toujours et encore que le pays a permis, permet et permettra la constitution sur son sol d’innombrables sectes, religiosités et mouvements prônant tout et n’importe quoi quant à la question divine et aux questions fondamentales de l’Homme.
Où est donc ici la responsabilité des entités traditionnelles ? Elle est totalement absente. C’est parce que la France a abandonné ce qui faisait sa noblesse et son originalité anthropologique, ses racines judéo-chrétiennes, qu’elle connaît une situation catastrophique à tous les niveaux, une configuration polémologique interne ingérable et des tensions avec l’extérieur qui ne feront qu’empirer.

La France laïque moderne affirme dorénavant comme principe de base que l’Etat, la société civile, ses institutions et leurs représentants n’auraient rien à faire, rien à dire quant aux questionnements anthropologiques fondamentaux. L’anthropologie élémentaire connue des sociétés anciennes ne la concernerait plus. Ainsi un pays entier se condamne, et pas seulement ses fonctionnaires, au silence sur ces problématiques essentielles, aux questions relatives à Dieu, aux questions relatives à l’Homme dont dépendent pourtant toute vie, tout avenir, et tout réel projet cohérent de société. Il n’est jusqu’à la plupart des écoles confessionnelles qui ne reprennent et transmettent en l’occurrence les préceptes de cette religion, de cette foi  laïque. Et cela n’arrange finalement que les religiosités dévoyées, sert les intérêts de ceux qui font de la question de Dieu et de celle de l’Homme une question de croyance, et pas de science : en réservant ces questions un traitement confidentiel, sectaire, communautaire, on place toutes les religiosités sur un pied d’égalité comme si en l’affaire, toutes les opinions se valaient, et c’est celle dont la masse sera la plus importante en bout de course qui l’emportera.
Alors que la laïcité se persuade de son triomphe, elle prépare elle-même les conditions de sa disparition, et de la mort de la civilisation qui l’aura, un moment, adoptée.
Pour la société laïque, la voie de la science n’est légitime, légale et socialement recommandée qu’à propos des questions autorisées, les questions secondaires, les questions de moindre importance. Elle est interdite, fortement déconseillée sous peine de mise au ban de la société ou de sanction lorsqu’il s’agit de Dieu et des questions anthropologiques fondamentales. C’est exactement ce que disent aussi toutes les sociétés fondées sur le totalitarisme religieux, où tout ce qui se rapporte à Dieu ne peut faire l’objet d’aucune confrontation au réel, d’aucune libre considération, a fortiori scientifique, et dans lesquelles ces questions ressortent toujours du domaine exclusif des interprètes et des interprétations autorisés.
Epistémologiquement et du simple point de vue du bon sens, une telle position est absurde. Mais s’il en est souvent de la sorte au moment où il nous est donné d’écrire, c’est que la soustraction de Dieu à sa libre considération par l’Homme et surtout à l’approche scientifique, constitue la condition sine qua non de la perpétuation du mode de fonctionnement idéologique qui est celui de presque toutes les humanités contemporaines, et qu’elles doivent forcément adopter pour justifier la continuation de la domination de l’homme sur l’homme, des situations d’exploitation, des guerres (les guerres idéologiques) et ainsi de suite, autrement dit de toutes ces choses objectivement mauvaises qu’elles souhaitent cependant conserver.
L’authentique connaissance de Dieu signifie en effet la mort de toutes les idéologies. Ce serait la fin de toutes les croyances humaines, des croyances athées aux théistes, de toutes ces religiosités et de ces philosophies si différentes les unes des autres et de toutes autres choses qui justifient la domination de l’homme sur l’homme, l’exploitation, les guerres, tout ce qui est mal. La connaissance de Dieu et celle de la réalité anthropologique sont insupportables à l’humanité malhonnête, pécheresse, pour laquelle le politique, avec ses jeux d’alliances est indispensable afin de maintenir un pouvoir contraignant entre les mains de quelques uns et que justifie l’idéologie, de manière à ce que les dirigeants puissent être obéis du plus grand nombre. L’anthropologie divine supprime le présupposé fondamental de l’humanité politique et idéologique, celui de la nécessaire relation de commandement et d’obéissance qui

« divise du point de vue conceptuel, l’univers humain en deux catégories d’hommes : d’un côté ceux qui obéissent et de l’autre ceux qui commandent (…) de sorte qu’aucun être humain n’échappe à l’empire politique soit qu’il obéisse soit qu’il soit investi d’un commandement. » (Julien Freund, L’essence du politique, éd. Sirey, 1965, 3è tirage 1981, p. 95)
Ce sont les idéologies qui fournissent à la multitude des conceptions politiques leur légitimité et leur cadre légal, celui de lois fondées sur les diverses convictions et intentions humaines. La découverte de la réalité de Dieu, d’une volonté divine absolument spécifique par le biais de la science, ferait voler en éclats l’ensemble de l’édifice, même les idéologies les plus subtiles, comme celles de la maçonnerie, du libéralisme ou de la démocratie « moderne » qui s’évertuent à nier qu’elles puissent être comme toutes les autres impliquées dans ce jeu du mal.
Contrairement à ce que « croient » ou veulent faire croire l’idéologie démocratique moderne et ses idéologies assimilées comme l’idéologie européaniste ou l’idéologie mondialiste, elles se trouvent engagées dans la même voie périlleuse que par le passé, dans des configurations qui peuvent les entraîner jusqu’à l’instauration de dictatures de fait, à l’extrême de la guerre ou vers des exterminations massives. Elles s’y trouvent engagées mais cette fois sans plus connaître aucun frein. Elles se sont débarrassées en effet par le lynchage médiatique, une même déformation scolaire imposée, une déconsidération systématique et par tant d’autres moyens subtils, des voix encombrantes, des voix traditionnelles porteuses encore du bon sens anthropologique et des savoirs élémentaires.
Ainsi, les sociétés modernes ne se trouvent plus en mesure d’entendre, parce qu’elles ne veulent plus entendre - alors que plane cette fois la perspective d’une disparition totale et définitive de l’humanité -, ce qu’entendaient et entendent encore les humanités du passé et celles, traditionnelles, qui subsistent encore contre vents et marées, comme autant d’éléments folkloriques et sujets à plaisanterie, ici ou là.
Les sociétés occidentales modernes se sont obstinées à développer davantage et à la raffiner, comme pour la rendre plus acceptable, l’idéologie rationaliste qui les avait pourtant conduites, elles et le monde entier, aux plus grands désastres et aux plus grandes abominations de leur histoire. Si l’extermination physique de l’ennemi n’est plus de mise au niveau des grandes déclarations publiques et des politiques officielles, son extermination idéologique reste plus que jamais d’actualité alors que la première n’a pas été écartée pour autant, subsistant en dernier recours contre ceux qui n’auront pas pu être combattus efficacement par les nouvelles techniques de persuasion (cf. ci-dessous, voir par exemple l’attitude désastreuse de l’Occident par rapport à la Serbie, à l’Irak, ou aux Etats et problèmes issus de l’éclatement de l’ex-URSS) et, abomination suprême, contre les vies sans défense, décrétées indésirables. Les médias et les systèmes de formation idéologique généralisés ont permis le passage à un « doux » terrorisme accepté par la plupart des populations :

« Il y a en effet terrorisme et terrorisme ; il y a la terreur dure et la terreur douce. Tous les terroristes organisent des actions violentes, mais la violence est proposée sous diverses présentations. Tous les terroristes brandissent la menace, mais le chantage n’est pas la provocation. Tous les terroristes sèment l’insécurité, mais celle-ci peut s’éprouver dans l’effroi ou s’insinuer dans un climat diffus. Tous les terroristes sont des poseurs de bombes, mais il existe une grande variété de bombes. Tous les terrorismes font des victimes ; tous tuent aveuglément. » (Michel Schooyans, en collaboration avec Anne-Marie Libert, Le terrorisme à visage humain, éd. François-Xavier de Guibert, 2006, p. 186)
Si les exclusions, les exterminations, les guerres des sociétés occidentales modernes passent pour être plus légitimes que celles d’hier, avec en point d’orgue des pratiques bestiales aujourd’hui très répandues et socialement acceptées ou encouragées qui ont été autrefois celles des nazis, comme l’avortement et l’euthanasie, c’est par un nouveau tour de passe-passe idéologique. Les guerres, les conflits, le mal, les sociétés modernes s’évertuent à toujours en faire porter la responsabilité à autrui, sur ceux qui ne seraient pas encore éclairés par la raison, sur ceux qui n’auraient toujours pas choisi le « camp des lumières et de la démocratie ». La propagande et l’illusion libérales ne sont pas en mesure de changer la donne du réel, de la réalité politique :

« Le fait que les antagonismes économiques sont devenus politiques et qu’il a pu se former le concept de puissance économique montre simplement qu’à l’instar de tout autre secteur d’activité, l’économie peut s’ouvrir sur une voie qui aboutit au politique. C’est cette observation qui a donné lieu au mot bien souvent cité de Walther Rathenau disant que notre destin aujourd’hui n’est pas dans la politique mais dans l’économie. Il serait plus juste de dire que ce destin demeure politique comme devant et qu’il s’est simplement produit ceci que l’économie est devenue un phénomène politique, et partant, destin. Aussi fut-ce une erreur également de croire qu’une position politique conquise par le moyen de la supériorité économique était non guerrière par essence (Josef Schumpeter, Soziologie des Imperialismus, Sociologie de l’impérialisme, 1919). Seule la terminologie est essentiellement non guerrière, vu qu’elle participe de l’essence de l’idéologie libérale. Un impérialisme fondé sur l’économie tendra tout naturellement à amener une situation mondiale qui ne mette pas d’entraves au libre jeu de ces instruments de sa puissance économique que sont le blocage du crédit, l’embargo sur les matières premières, la dégradation de la monnaie étrangère, etc., et qui lui permette de s’en tenir à ceux-ci. Il nommera violence extra-économique toute tentative d’un peuple et de quelque autre groupe humain cherchant à se soustraire aux effets de ces méthodes pacifiques. Il emploiera aussi des moyens de coercition plus durs, mais toujours économiques et donc (selon notre terminologie) non politiques et essentiellement pacifiques, par exemple ceux que la Société des Nations a énumérés dans les instructions relatives à l’application de l’article 16 de son pacte (résolution de la deuxième Assemblée de la S.D.N., 1921), notamment l’embargo sur les denrées alimentaires destinées à la population civile et le blocus alimentaire. Enfin, il dispose aussi de moyens techniques propres à tuer de mort violente, d’armes modernes d’une grande perfection technique, et s’il a fait appel aux ressources du capital et de l’intelligence pour conférer à celles-ci une capacité inouïe, c’est bien dans l’intention de s’en servir effectivement si nécessaire. Au demeurant, l’usage de moyens de cette espèce donne lieu à l’élaboration d’un vocabulaire nouveau, d’essence pacifique, où la guerre ne paraît plus et où il n’est plus question que d’exécutions, de sanctions, d’expéditions punitives, de pacifications, de sauvegarde des traités, de police internationale et de mesures destinées à garantir la paix. L’adversaire ne porte plus le nom d’ennemi, mais en revanche, il sera mis hors la loi et hors l’humanité pour avoir rompu et perturbé la paix, et une guerre menée aux fins de conserver ou d’étendre des positions de force économiques aura à faire appel à une propagande qui la transformera en croisade ou en dernière guerre de l’humanité. La polarité éthique-économie exige qu’il en soit ainsi. Cette polarité relève d’ailleurs une cohérence systématique et une logique interne étonnantes, mais il n’est pas jusqu’à ce système prétendu apolitique et même antipolitique en apparence qui ne serve les configurations d’hostilité existantes ou qui ne provoque de nouveaux regroupements en amis et ennemis, car lui non plus ne saurait échapper à la logique du politique. » (Carl Schmitt, 1932, in La notion de politique. Théorie du partisan, éd. Calmann-Lévy pour l’édition française, 1972, pp. 127-129)

L’idéologie occidentale contemporaine repose ainsi, non seulement sur une simple illusion comme toutes les idéologies, mais cette fois sur une illusion totale. Le monde occidental se trouve plongé dans l’obscurantisme le plus complet et le plus redoutable qui soit, celui du rationalisme, du scientisme, et du modernisme. Il n’est pas d’idéologie plus achevée, plus folle et plus aveugle que celle qui se pense éclairée par la science, par la raison et marquée par le progrès. C’est cette idéologie persuadée d’être inondée du plein soleil des lumières qui méconnaît le plus, dans les faits, jusqu’aux données les plus élémentaires du réel. La grande tragédie du monde contemporaine c’est que des populations entières la partagent aujourd’hui, voire la désirent même au terme d’une manipulation sémantique à grande échelle et à facettes multiples (cf. Charles-Xavier Durand, La nouvelle guerre contre l’intelligence, 3 tomes, éd. François-Xavier de Guibert, 2001, 2002) que l’on peut décrire comme suit :

« Les « bombes » du terrorisme doux sont en effet « scientifiques » ; elles sont financées par des subventions à la recherche, par des gouvernements, par des organisations internationales, par des laboratoires privés, par des ONG, par de généreux mécènes, et surtout par ceux-là même que vont viser ces « bombes » d’un genre nouveau. (…) il ne s’agit plus de trafiquer des circuits électroniques pour faire sauter le plastic ; il s’agit de trafiquer le langage. L’avantage de la manipulation sémantique est évident : le piège tendu est pour ainsi dire imparable. La société entière va être investie et un nouveau langage va lui être transfusé. Les récalcitrants seront intimidés, déclarés infréquentables, lynchés par les médias, mentalement déportés. La société va être amenée insensiblement à vouloir aujourd’hui le contraire de ce pour quoi elle a tant lutté hier. Cette manipulation du langage est l’instrument indolore d’un retournement psychologique quasi imperceptible. Elle est aussi le passage obligé vers une reprogrammation, au terme de laquelle les gens continueront de penser et de vouloir, mais d’une pensée et d’un vouloir étrangers à eux-mêmes. Comparé au terrorisme dur, le terrorisme doux a donc un avantage décisif : il fait désirer le bonheur d’être esclave. Ces hommes à qui on a appris à se mépriser soi-même, sont prêts à se reconnaître surnuméraires dans la société, à tirer les ultimes conséquences du mépris d’eux-mêmes dans lequel ils sont plongés.

Ce terrorisme soft abandonne-t-il pour autant le recours à la violence physique ? Nullement, mais sa violence est simplement plus sournoise, plus raffinée, car pour les raisons sémantiques qui viennent d’être signalées, cette violence douce est admise par chacun (ou presque), voulue et même exigée par l’opinion publique, votée au parlement, subventionnée et finalement célébrée. » (Michel Schooyans, in op. cit., pp. 187-188)
L’entreprise de démembrement anthropologique de la modernité repose sur la négation, qui se veut soutenue par la science et par la raison, de tout ce qui a permis jusqu’à présent, à l’homme des sociétés primitives ou traditionnelles, de correspondre à la vocation qui est naturellement la sienne. Il s’agit de déconstruire tout ce que l’on savait d’élémentaire, tout ce que l’on savait d’essentiel par rapport à l’humanité, de défaire toutes les institutions qui avaient été pensées et conçues en ce sens pour aider l’homme à s’accomplir de manière pleine et entière. Tout ce qui permettait et qui permet encore de vivre de la sainteté et de la science authentiques se trouve dans le collimateur de la modernité :

« (…) nous sommes en présence d’un projet intégré de déconstruction systématique de la société humaine et de l’homme lui-même. On commence par déconstruire le langage en faisant dire aux mots ce qu’on veut bien leur faire dire. Il s’agit ensuite de déconstruire la référence à des valeurs qui s’imposeraient à nous et de leur substituer des « valeurs » définies au terme d’une procédure consensuelle ; par là s’instaure la dictature de la tolérance. Les balises sont détruites ; le mystère du mal est aboli. Il s’agit encore de déconstruire la famille, institution naturelle de base de la société : on voudrait que les relations y soient purement contractuelles, ouvrant ainsi la voie à des « modèles » extravagants. Il s’agit aussi de fragiliser les sociétés particulières, civiles et politiques, lieux par excellence où s’organise la sociabilité humaine. D’où la multiplication des conventions, protocoles et autres recommandations, vidant l’autonomie de tout contenu. Il s’agit de déconstruire la société internationale, imprégnée d’un idéal démocratique, visant à promouvoir partout les droits fondamentaux et l’égale dignité de chaque homme. On continue en déconstruisant l’Eglise, parce que son message, à la fois réaliste, prophétique et critique, est aux antipodes de l’agressivité et de la mort. Il s’agit enfin de déconstruire le droit, que l’idéologie veut rendre étranger aux valeurs, aux personnes, à la société civile et politique, ainsi qu’à la religion. Le droit traditionnel, qui offrait des instruments juridiques pour prévenir la terreur dure, la contenir, la réprimer, est ici paralysé et tend à s’effacer devant la terreur douce. Désormais, non seulement la terreur douce échappe à ce droit, mais elle le désactive. Bien plus, elle impose un droit entièrement positif qu’elle met à son service. (…)

Cette déconstruction-destruction au lance-flamme est perçue comme l’étape préliminaire par laquelle il faut passer impérativement pour que la terreur douce puisse réaliser son rêve. Au niveau des moyens, il faudra investir les médias, les réseaux éducatifs et médicaux. Mais au niveau des objectifs ? On n’est pas surpris de constater que l’idéologie nihiliste de la nouvelle révolution culturelle vise à l’instauration d’une nouvelle société et d’une nouvelle conception de l’homme. Il faut recréer l’homme et refaire la société.

On voit donc le caractère paradoxal de cette révolution portée par le rêve d’un âge nouveau, d’une ère nouvelle, mais qui, dans ce but, enseigne à l’homme à détester ses semblables et à se détester lui-même. Selon ces révolutionnaires, tout serait à construire, mais les normes de la construction sont totalement coupées du réel, puisque ces révolutionnaires viennent de faire acte de liberté souveraine en niant, en néantisant ce réel lui-même, et en se flattant de pouvoir le reconstruire grâce à la magie du langage. C’est désormais l’utopie qui est appelée à être la source ultime de la norme suprême et des normes particulières, auxquelles toute réalité à venir devra se conformer si elle veut que son existence puisse être légitimée. Hors de ces normes, point de salut. » (In idem, pp. 189-190)
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