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2. LES INTERVENTIONS MILITAIRES, UN INSTRUMENT DE LA PUISSANCE
Soldats de la liberté : pourquoi se battent-ils ?

L'EMPIRE AMÉRICAIN : Du Big Stick au Soft Power soumis le 11/07/2012 par Bruno Cabanes dans Les Collections de L'Histoire n°56

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Une mythologie du combattant américain s'est forgée dans la Seconde Guerre mondiale. Elle perdure malgré le désastre du Vietnam et les scandales de l'Irak ou de l'Afghanistan. Quelles furent les motivations réelles de ces hommes partis se battre à des milliers de kilomètres de chez eux ?

Aux États-Unis, depuis plus de soixante ans, les combattants de la Seconde Guerre mondiale sont célébrés comme la « plus grande des générations » the Greatest Generation 1. Commémorée par Stephen Ambrose dans Band of Brothers 1992, portée à l'écran par Steven Spielberg et Tom Hanks, leur histoire est vue comme une épopée. Les soldats américains d'Iwo Jima ou des plages de Normandie ne sont jamais de simples soldats, mais les « soldats de la liberté », symboles tout à la fois de la puissance militaire américaine, de son influence mondiale et des valeurs morales qu'ils sont censés incarner. Cette mythologie de la « bonne guerre » The Good War n'a jamais véritablement déserté l'imaginaire collectif américain.

A la lumière de nouveaux travaux, on comprend mieux cependant quelles furent les motivations exactes des soldats qui se sont battus sur des champs de bataille étrangers, tout au long du XXe siècle. L'histoire militaire des États-Unis se compose de générations successives, qui se construisent à partir du souvenir des précédentes2. Dans son récit autobiographique Né un 4 Juillet 1976, le militant pacifiste Ron Kovic explique par exemple qu'il s'était engagé au Vietnam pour imiter l'officier de la guerre du Pacifique, incarné par John Wayne dans The Sands of Iwo Jima 1949 : un modèle de la masculinité américaine, du dévouement au drapeau et aux camarades de combat. Dans cette succession de générations, un conflit sert en quelque sorte de socle aux expériences de guerre du XXe siècle : l'intervention du corps expéditionnaire américain en Europe à partir de 1917.

La participation des États-Unis à la Première Guerre mondiale représente un tournant dans l'histoire militaire américaine. C'est la première fois depuis la guerre de Sécession que les États-Unis décident de mettre en place une armée de conscription. La précédente tentative s'était heurtée à la défiance naturelle des Américains à l'égard du pouvoir central et soldée par des désertions et des émeutes urbaines d'une grande violence à New York 13-16 juillet 1863.

1917 : NAISSANCE DE LA CONSCRIPTION

Lorsqu'il signe le Selective Service Act le 18 mai 1917, le président Wilson rompt avec une tradition nationale plutôt favorable au volontariat - mais il le fait avec prudence, en ménageant la possibilité pour les conscrits d'éviter le service des armes pour des raisons familiales, religieuses dans le cas des quakers ou des amishs ou professionnelles. Sur un total de 24 millions d'hommes recensés, 2 800 000 seulement servent dans le service militaire actif et rejoignent les deux millions de volontaires déjà engagés aux côtés des Alliés, souvent à cause de leurs origines qui les lient à la France, la Belgique ou la Grande-Bretagne.

Il faut près de trois mois après la déclaration de guerre des États-Unis à l'Allemagne 2 avril 1917 pour que les premiers soldats américains débarquent dans les ports français juin 1917, et plusieurs mois encore pour que les premières troupes, enfin entraînées, participent aux combats. La Grande Guerre des soldats américains est relativement courte. La première grande offensive américaine a lieu à la mi-septembre 1918, dans le saillant de Saint-Mihiel. Même si l'apport de l'armée américaine à la victoire finale est plus modeste que celui des autres Alliés, il ne faut pas négliger son impact psychologique, ni sous-estimer l'importance de la guerre elle-même pour la population américaine3. « We won't come back 'till it's over/ Over there », « Nous ne rentrerons pas avant que cela soit terminé/ terminé là-bas », dit la célèbre chanson de George M. Cohan, écrite en 1917.

UNE CULTURE DE GUERRE

Pour la première fois, les soldats américains, désignés sous le surnom de « Sammies » ou « Doughboys », ont le sentiment de mener une croisade civilisatrice, largement inspirée par le souvenir des exactions commises par les troupes allemandes en Belgique et en France du Nord en 1914 et par le naufrage du Lusitania, coulé par un sous-marin allemand le 7 mai 1915 avec 128 passagers américains à son bord. Remember Belgium « Souvenez-vous de la Belgique », dit une affiche favorable à la conscription, tandis qu'une autre, pour les « emprunts de la liberté » Liberty bonds, représente l'empreinte d'une main, rouge sang, avec cette légende : « Le Hun, sa marque ».

Du fait de sa brièveté, la Première Guerre mondiale n'a pas suscité chez les Américains ce sentiment profond de désillusion qui a frappé d'autres peuples. Mais elle a posé les fondements d'une culture de guerre, qui trouve ses prolongements lors de la Seconde Guerre mondiale.

En 1940, le Selective Training and Service Act met en place la première conscription en temps de paix de l'histoire des États-Unis, qui recense la population masculine mobilisable et, sur la base d'un tirage au sort, crée un service militaire d'un an pour un maximum de 900 000 hommes. A partir de l'entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941, le service obligatoire est étendu à la durée de la guerre, et ce sont 10 millions d'hommes qui servent sous les drapeaux : seules les guerres révolutionnaires et la guerre de Sécession avaient entraîné un engagement plus important, proportionnellement à la population américaine de l'époque.

L'opinion publique considère la guerre dans le Pacifique comme prioritaire par rapport à la guerre européenne : la Seconde Guerre mondiale est d'abord une réponse à l'agression par surprise de la base de Pearl Harbor par les Japonais 7 décembre 1941. Les travaux classiques de l'historien américain John Dower ont bien montré que la guerre du Pacifique est essentiellement une guerre raciale, menée contre un adversaire japonais diabolisé - ce qui apparaît nettement dans les films de propagande de Frank Capra, Why We Fight 1942-19454. Cette radicalisation de l'image de l'ennemi donne lieu, sur le terrain, à des violences particulières, comme des mutilations d'oreilles et de nez, attestées à de nombreuses reprises par les combattants eux-mêmes5. Au mois d'août 1944, le président Roosevelt reçoit par exemple un coupe-papier en os humain, adressé anonymement par un soldat du front Pacifique. Quelques semaines plus tard, le commandement américain est obligé d'interdire officiellement l'importation de ce genre de trophées.

LA FIDÉLITÉ D'ARMES AVANT L'IDÉOLOGIE

Le conflit européen, qui s'ouvre à l'été 1943 avec le débarquement en Sicile, est radicalement différent. Une lecture rétrospective a pu donner le sentiment que la guerre avait été conduite pour libérer l'Europe du totalitarisme et en réaction à l'idéologie antisémite du régime nazi. En réalité, la plupart des combattants américains qui débarquent en Italie, en Normandie ou en Provence sont des hommes jeunes, peu politisés. Dans ses Écrits de guerre, Antoine de Saint-Exupéry rapporte ses conversations avec des pilotes américains : « Vous savez pourquoi vous combattez : vous devez sauver votre pays », lui disent-ils. « Mais nous, nous ne sommes pas concernés par vos problèmes en Europe. Notre avenir se joue dans le Pacifique. »

Une fois engagés sur le terrain, les soldats américains sont moins motivés par un idéal antifasciste que par la fidélité à leurs camarades : c'est l'une des conclusions des nombreuses études menées dans les années 1940 sur le comportement des soldats américains au combat6.

La loyauté à l'égard du groupe primaire joue incontestablement un rôle important dans l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela dit, le rôle essentiel de la fraternité d'armes ne doit pas faire oublier que, dans le même temps, l'armée américaine reste profondément divisée par les tensions raciales, qui se font sentir au quotidien sur tous les théâtres d'opérations. Les Afro-Américains restent des soldats de seconde zone qui servent dans des unités distinctes cf. p. 35.

UNE ARMÉE INÉGALITAIRE

Même si la ségrégation dans l'armée prend fin officiellement en 1948, les citoyens américains restent profondément inégaux face au devoir militaire. Ainsi, quelques années plus tard, pendant la Guerre du Vietnam, les Afro-Américains, 10 % de la population américaine, représentent environ 20 % des morts au combat. Leur accès à des grades supérieurs est à peine supérieur à ce qu'il était en 1944-1945 : ils forment 3 % des officiers au Vietnam contre 1 % à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

De manière plus générale, le service armé s'applique différemment aux jeunes Américains selon leur race, leurs origines sociales et leur niveau d'études. Sur les 26,8 millions d'hommes qui atteignent l'âge de 18 ans âge de la conscription pendant la guerre, entre 1964 et 1973, 40 % servent effectivement dans l'armée ; 10 % partiront au Vietnam. La majorité des conscrits ne sont pas partis au Vietnam beaucoup ont fait leur service sur le territoire américain ou loin des combats : parler d'une « génération Vietnam » est donc abusif ; en revanche, les conscrits forment bien une part importante des troupes de combat pendant la guerre, aux côtés des militaires professionnels. Comment expliquer ces inégalités sociales ? Essentiellement par le jeu des dispenses ou des reports, qui permettent notamment aux étudiants à plein temps - donc pas à ceux qui doivent travailler parallèlement à leurs études - d'échapper à la guerre. D'autres choisissent de s'exiler au Canada pour échapper à la conscription.

Ceux qui partent effectivement au Vietnam sont surtout des ouvriers7, provenant des petites villes américaines, de l'Amérique rurale ou de la communauté noire. Ils partent pour un an, ce qu'on appelle le « Tour of duty ». Lorsqu'elle conçoit le monument pour les vétérans de la guerre du Vietnam à Washington en 1982, la jeune Maya Lin, 23 ans, étudiante en architecture à Yale, a donc raison de classer les noms des morts et des disparus, non pas par ordre alphabétique, mais par année de service : c'est ce qui constitue la « communauté d'expérience » des combattants au Vietnam - ils furent plus de 8 millions au total.

Les premières semaines sont généralement marquées par une certaine excitation. Comme lors de la guerre de Corée 1950-1953, beaucoup de jeunes recrues ont le sentiment de mener une croisade contre le communisme, considéré comme aussi dangereux que le militarisme japonais de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, l'arrivée des jeunes Américains au Vietnam passe aussi par la découverte d'un environnement naturel hostile. Les bruits inconnus de la jungle, la chaleur humide, une végétation luxuriante où se cache un ennemi invisible mais omniprésent servent de décor à un nouveau type de combat, auquel les troupes américaines sont, initialement du moins, mal préparées. Les mines anti-personnelles avaient été responsables de 3 à 4 % seulement des pertes américaines lors de la Seconde Guerre mondiale et en Corée ; elles sont à l'origine d'un mort sur dix et d'un blessé sur six au Vietnam.

LES SOLDATS PERDUS DU VIETNAM

Pour le psychiatre Jonathan Shay, cette perte de repères entre ce qui est sûr et ce qui est dangereux finit par provoquer une forme d'appréhension fiévreuse8. La littérature de guerre et le cinéma ont perpétué le souvenir de combattants paranoïaques, alcooliques ou héroïnomanes. La réalité est sans doute plus complexe. Il est certain cependant que l'environnement dans lequel évoluent les Américains et les stéréotypes racistes hérités de la guerre du Pacifique créent un climat propice à des exactions contre les civils, dont le massacre de My Lai perpétré par des hommes de la Charlie Company 16 mars 1968 est l'exemple le plus connu.

Cet enlisement dans la guerre tend à fragiliser le soutien de la population américaine à son armée. Revenus aux États-Unis en ordre dispersé, classe d'âge par classe d'âge, et non pas collectivement comme à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les vétérans du Vietnam doivent affronter de plus en plus l'hostilité des mouvements pacifistes, la honte des massacres de civils, puis celle de la défaite. C'est alors que la comparaison avec les vétérans de la Seconde Guerre mondiale est la plus cruelle : d'un côté, des combattants accueillis en héros et dotés, avec le GI Bill 1944, de l'un des programmes sociaux les plus généreux de l'histoire américaine, qui leur accorde des prêts immobiliers ou permet aux anciens combattants d'accéder massivement à l'enseignement supérieur à la fin des années 1940 ; de l'autre, des anciens du Vietnam de plus en plus mal considérés, sur lesquels pèsent par ailleurs tous les stéréotypes du combattant psychopathe véhiculés par le cinéma.

DU PROFESSIONNEL AU MERCENAIRE

De nos jours, le « syndrome du Vietnam » représente encore ce que les soldats américains redoutent le plus : une défaite militaire humiliante associée à l'hostilité d'une partie de la population civile. Le parallèle entre le Vietnam et ce qui se passe en Irak et en Afghanistan est souvent invoqué. En fait, les distinctions entre ces conflits sont beaucoup plus fortes que les convergences. Outre le contexte international très différent et le fait que les guerres en Irak et en Afghanistan sont beaucoup moins meurtrières que la guerre du Vietnam, c'est l'armée américaine qui a profondément changé. La conscription, même atténuée par des dispenses, a été supprimée en 1973 et remplacée par le volontariat.

Sociologiquement, l'armée américaine évolue en se féminisant : un soldat de l'armée d'active sur six est désormais une femme. La garde nationale, dont la mission première est de venir en aide à la population américaine en cas de catastrophe naturelle, est également envoyée sur le théâtre des opérations, sans être nécessairement formée pour ses nouvelles missions.

Lors de la guerre en Irak, l'armée des États-Unis s'est appuyée, enfin, sur des milices privées, employées non seulement pour l'intendance ou le transport, mais aussi pour des tâches de maintien de l'ordre - ce qui est nouveau. Leur action est de plus en plus remise en cause - depuis le scandale de la société Blackwater 16 septembre 2007, quand des mercenaires avaient tiré sur la foule, à Bagdad, et provoqué la mort de 17 civils. A l'époque, selon un rapport interne du ministère de la Défense américain, il y aurait eu environ 160 000 contractants privés en Irak, presque autant que le nombre de soldats américains déployés dans le pays.

C'est cette privatisation qui présente le plus de risques à court terme, dans la mesure où elle rompt le lien entre la puissance publique, les valeurs qu'elle défend, et ceux qui agissent en son nom sur le terrain9. Les soldats ne partent plus sur les théâtres d'opération pour un an, comme c'était le cas au Vietnam, mais pour deux, voire trois « Tours of duty », au terme desquels ils s'engagent, pour certains, dans ces compagnies privées de sécurité. Incapables de renouer avec la vie civile, ils deviennent les soldats perdus de l'Amérique.

Par Bruno Cabanes



Combien de combattants ? combien de morts ?

1ère GM

4,7 millions de soldats mobilisés

116 516 morts

2ème GM

16 millions de soldats mobilisés

405 399 morts

Guerre de Corée

5,7

36 574 morts

Guerre du Vietnam

8,7 millions de soldats mobilisés ( 3 millions sur le terrain)

58 220 morts

Guerre du Golfe

2 225 000 soldats de metier

383 morts


Guerre d’Irak

190 000 soldats de métiers

160 000 contactuels (2008)

4486 morts

Afghanistan

110 000 soldats de métier

90 000 contractuels (2011)

2000 morts












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