Par Henri cordier (1849-1925)








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Henri CORDIER
LA CHINE

EN FRANCE

au XVIIIe siècle


à partir de :

LA CHINE EN FRANCE

au XVIIIe siècle

par Henri CORDIER (1849-1925)

Henri Laurens, Paris, 1910, 140 pages, 16 planches h. t.

Lecture faite à la séance annuelle de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le vendredi 20 novembre 1908.

Publiée avec de nombreuses additions.

Édition en format texte par

Pierre Palpant

www.chineancienne.fr

avril 2016

TABLE DES MATIÈRES

Table des planches

I. L'antiquité. — Route de la soie. — Les Hollandais. — La porcelaine. — Les Anglais. — Le thé.

II. Le bibelot. — Les missionnaires français en Chine. — Chinoiserie et singerie. — Tapisseries. — Peintures. — Toiles peintes. — Étoffes et tissus. — Mobilier.

III. Batailles de l'empereur de la Chine. — Architecture chinoise. — Jardins.

IV. Bains chinois à Paris. — Redoute. — Jeux de bague. — Théâtre Séraphin. — Mère Moreaux. — Fil au chinois.

V. Vernis Martin. — Albums. — Paravents. — Objets divers. — Cabinet du duc de Chaulnes.

VI. Livres chinois. — Voltaire. — Diderot. — Jean-Jacques Rousseau. — Montesquieu. — Helvétius. — Théâtre. — Pamphlets.

VII. Les Chinois en France : Chin Fo-tsoung. — Arcade Hoang. — Jean Hou. — Ko et Yang.

TABLE DES PLANCHES

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Planches

1. Couteaux « à la chinoise » (Porcelaine de Chantilly). — Assiette de Delft (Musée des Arts Décoratifs).

2. Écritoire Poussah. Porcelaine tendre de Chantilly, décor polychrome. — Vase à oignons. Porcelaine de Vincennes (Collection de Chavagnac). — Moutardier. Faïence de Rouen (Musée des Arts Décoratifs).

3. Watteau. Fille du royaume d'Ava. (D'après la gravure de Jeaurat). — Boucher. Musicienne chinoise. (D'après la gravure de Hoüel).

4. Singerie de Huet (Chantilly).

5. Les oiseleurs. (D'après les cartons de Le Prince.) Tapisserie d'Aubusson.

6. Femme aux oiseaux. — Homme au masque. (D'après les gravures de Pillement).

7. Toile de Jouy. (Musée de Pontoise).

8. L'empereur de Chine va visiter les tombeaux de ses ancêtres. (D'après la gravure de Helman). Extrait de l'ouvrage : « Faits mémorables des empereurs de la Chine ».

9. Pagode de Chanteloup près d'Amboise. — Pavillon chinois du duc de Montmorency. (D'après Le Rouge).

10. Kiosque de Rambouillet. (D'après Le Rouge, dessiné par Bettini).

11. Pavillon de Bonnelles. (D'après Le Rouge).

12. Jardin de Saint-James. (D'après Le Rouge).

13. Le « Bagno » à Steinfort (Westphalie). Galerie et parterre d'eau chinois. (D'après Le Rouge).

14. Le « Bagno » à Steinfort (Westphalie). Place et salon chinois. (D'après Le Rouge).

15. Jeu de Bague. Redoute chinoise à Paris. (D'après Le Rouge, dessiné par Bettini). — Balançoire chinoise.

16. Balançoire. Redoute chinoise à Paris. (D'après Le Rouge, dessiné par Bettini).



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p.001 À la suite de la part si remarquable prise à Paris aux Expositions internationales de 1889 et de 1900, par le Japon, l'art de l'Empire du Soleil Levant avait joui chez nous d'une popularité — parfaitement justifiée, hâtons-nous de le dire — qui avait fait oublier le rôle important jadis joué en Europe par l'art chinois dont l'art voisin dérive. Je voudrais aujourd'hui rechercher quelques traces de l'influence exercée par l'art et la littérature du Céleste-Empire dans notre pays, en particulier au XVIIIe siècle, pendant lequel, longtemps, ils firent fureur.

Cette influence a été d'ailleurs d'une durée p.002 relativement courte, et l'art chinois, chez nous, a eu surtout le caractère d'un engouement, d'une mode, d'une curiosité passagère, sans laisser de traces vraiment profondes.

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I

L'antiquité — Route de la soie — Les Hollandais La porcelaine — Les Anglais — Le thé

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p.003 La Chine, dans l'antiquité, était célèbre comme le pays producteur de la soie : le ver à soie et le mûrier sont en effet indigènes du nord de ce pays ; l'art de la soie proprement dit resta le secret de la Chine jusqu'au VIe siècle de notre ère. Au Ier siècle de notre ère, le fameux général chinois Pan Tch'ao par sa conquête de tout le bassin du Tarim formé des cours d'eau qui baignent les villes du sud des T'ien-chan, dont le déversoir est le Lob-Nor, rendit plus faciles les relations entre l'ouest et l'est de l'Asie. C'est à cette époque qu'il faut placer les renseignements sur la route de la soie donnés par le négociant macédonien Maës Titianus à Marin de Tyr et conservés par Ptolémée. Cette route conduisait de Hiérapolis sur l'Euphrate par Hékatompylos, Aria et Margiana (Merv) à Bactres, puis au nord au district montagneux de Komedi qui sépare l'Oxus de la rivière de p.004 Wakhshab et de Karategin, aux pâturages du plateau de l'Altai et quitte le bassin de l'Oxus pour celui du Tarim ; par la passe de Taun-murum, on gagnait la grande route qui met Kachgar en communication avec le Ferghana par le Terek-Dawân, après avoir passé la Tour de Pierre, Tach-Kourgan, dont la position n'est pas encore fixée, et qui n'est sans doute pas celle que l'on rencontre en remontant du Tagh-Doumbash Pamir vers le nord.

Florus énumère les Seres parmi les peuples qui envoyèrent des missions à Rome à l'époque d'Auguste — et Horace nous en parle à différentes reprises :

Doctus sagittas tendere Sericas

Arcu paterno.

D'un autre célèbre produit de la Chine, la porcelaine, connu au moyen âge, nous parlons plus loin.

*

Toutefois ce ne fut que lorsque les Portugais, à la fin du XVe siècle, eurent franchi le Cap de Bonne-Espérance et rouvert la route des Indes et de la Chine, que le grand Empire de l'Asie orientale et son industrie commencèrent à être généralement connus en Europe, quoique l'antiquité n'ait p.005 pas ignoré la soie, comme nous venons de le voir. Le commerce des Portugais, valeureux soldats, mais négociants médiocres, débarqués à Canton en 1514, n'amena qu'une lente diffusion des marchandises chinoises dans l'Occident ; mais lorsque les Hollandais pénétrèrent à leur tour dans l'Asie orientale, un trafic considérable s'établit à travers l'océan Indien et les affaires prirent un essor inconnu jusqu'alors.

*

Le premier voyage des Hollandais dans l'Extrême-Orient eut lieu en 1597, et en 1602 fut fondée la célèbre Compagnie des Indes orientales néerlandaises qui construisit en 1619 la ville de Batavia sur l'emplacement du fort indigène de Jacatra. Outre leurs comptoirs dans les îles de la Sonde, les Hollandais créèrent des factoreries dans l'île Formose et au Japon, où, dans l'île de Deshima, ils furent, avec les Chinois, les seuls étrangers autorisés à résider lorsque tous les Occidentaux eurent été expulsés en 1641 de l'Empire du Soleil Levant par les chogouns de la maison de Tokougawa.

C'est de leur factorerie de Deshima que les Hollandais exportaient non seulement les produits du Japon, mais aussi les marchandises de Chine que les négociants de ce pays transportaient dans p.006 l'archipel voisin. Ils inondèrent l'Europe de la porcelaine chinoise ; cette porcelaine était connue au moyen âge ; les marchands arabes la passaient jusque sur la côte d'Afrique où l'on en a retrouvé des fragments à Madagascar et sur la côte des Somalis ; il s'en trouve parmi les présents envoyés par les sultans d'Égypte aux souverains d'Europe. Marco Polo nous parle de la porcelaine fabriquée à Zayton dans le Fou-Kien ; on conserve au Louvre dans la belle collection de M. Ernest Grandidier un brûle-parfums qui, dit-on, a appartenu au célèbre voyageur vénitien : ce brûle-parfums vient du baron Davillier qui l'avait reçu en présent d'un des gardiens du Trésor de Saint-Marc, à Venise ; c'est un ting octogonal en porcelaine blanche de la province du Fou-Kien et de l'époque de la dynastie des Soung.

Après avoir exporté la porcelaine en vente sur les marchés de l'Extrême-Orient, les Hollandais, imités par d'autres, commandèrent des décors spéciaux ; fabriquée à King-te tchen, dans le Kiang-si, la porcelaine était généralement peinte à Canton ; on verra par exemple dans la collection Grandidier un grand plat de porcelaine avec, au fond, le bateau Vrybürg commandé par le capitaine Jacob Rysik en Chine en 1756, le pavillon hollandais flotte aux mâts ; une assiette du même service est conservée à Sèvres ; on remarquera au p.007 Musée Guimet et au Musée Ariana, à Genève, une assiette avec l'écureuil du service du surintendant Fouquet ; généralement, on se contentait de peindre dans le fond de l'assiette ou sur la panse du vase les armoiries du destinataire, par exemple, on verra également au Musée Ariana, une assiette aux armes de Mme de Pompadour ; ces vases étaient souvent montés en Europe avec des bronzes dorés ; l'année dernière (1908) on a vendu à Londres, chez Christie's, 130 guinées, un service chinois du XVIIIe siècle, aux armes de l'amiral Amyas, seigneur de Kingham, dans le Norfolk ; il est probable qu'il rapporta ce service de Chine et qu'il fit peindre ses armoiries à la manufacture de Lowestoft. Les missionnaires suivirent également l'exemple de la Compagnie des Indes : à Sèvres, au Musée Guimet, on notera des plats, des soucoupes, des tasses, ornés en grisaille relevée d'or, de portraits de saints : saint Ignace ou saint François-Xavier, de scènes religieuses : baptême du Christ, Crucifixion, Résurrection, etc. Parfois les commandes choisissaient pour les décors des sujets qui n'étaient rien moins qu'édifiants et qui prennent place dans les « enfer » des collectionneurs. On reproduisait également des tableaux connus de peintres étrangers, Fragonard, ou des gravures d'artistes de valeur : Pillement, Kleinstein, voire les Fables de La Fontaine (Musée Ariana). p.008 Les Chinois exécutaient aussi des statuettes d'Européens, des cavaliers, par exemple ; il y a au Musée Guimet un Hollandais dans l'attitude de la divinité Kouan-yin, en porcelaine du Fou-Kien.

Le décor chinois n'étant pas toujours du goût de l'amateur, on eut recours au procédé de la surdécoration, c'est-à-dire qu'au décor chinois on ajouta des accessoires européens ; de Delft, où cette industrie prit son essor, elle se répandit dans divers pays d'Europe, en Saxe, à Venise ; le Musée de Sèvres possède (3493) une tasse de porcelaine surdécorée vers 1740 à la manufacture de Chelsea ; dans la même collection, une pièce est surdécorée du Triomphe de Bacchus (9703) ; enfin, à Sèvres même, vers 1775, on fit des applications d'or en relief sur porcelaine de Chine. Puis on trouva plus simple encore de faire venir de la porcelaine blanche et de la décorer sur place : le magasin de Gerrit van der Kande fut célèbre à Delft pour ce genre de produits pendant la première moitié du XVIIIe siècle.

On nous a conservé les noms de quelques-uns des grands collectionneurs de porcelaine de Chine au XVIIIe siècle ; outre les princes du sang : Fontpertuis dont les richesses furent dispersées en décembre 1747 et janvier 1748 ; le peintre Coypel (vente 1753) ; M. de Jullienne, le protecteur éclairé d'Antoine Watteau, mort en 1766 ; 250 numéros p.009 du catalogue de vente de ses collections, consacrés aux porcelaines de Chine et du Japon, réalisèrent la jolie somme de 90.000 livres en 1767 ; Gaignat, secrétaire du Roi (vente 1768) ; le fermier général Randon de Boisset (vente 1777) ; la duchesse de Mazarin (vente 1781) ; le duc d'Aumont (vente 1782).

Après avoir dénaturé la porcelaine de Chine, on se mit à l'imiter, ou, tout au moins, on décora les produits locaux de sujets représentant des personnages chinois ou pseudo-chinois : Delft fut un grand centre de cette fabrication : voir au musée de Cluny une théière formée d'un poussah représentant un Hollandais pansu coiffé du tricorne, un plat (n° 3858), un plat à barbe aux vives couleurs (n° 3867). Je note les fabriques de Chelsea, de Worcester, de Plymouth (Angleterre) ; dans cette dernière ville du Devonshire, on connaît la manufacture Cockworthy (1745-1774), dont il existe au Musée Ariana deux curieux spécimens : une paire d'éléphants café au lait, montés par un Chinois vêtu d'une tunique verte, de braies rouges ; les jambes nues, la tête couverte d'un chapeau ; les fabriques de Holitsch (Hongrie), de Meissen (Saxe) ; de l'époque Marcolini, 1796, voir un magot à l'Ariana ; de Capodimonte, de Bassano, Naples (Italie), de Tournai (Flandre) ; en France, cette industrie est extrêmement prospère, et elle p.010 est répandue sur toute l'étendue du territoire ; je relève les noms, comme centre de cette fabrication : Aire, dont la manufacture de faïences fondée au XVIIIe siècle par le sieur Preud'homme a donné des produits communs, peu remarquables ; on attribue maintenant à l'Artois des pièces (assiettes) jadis présentées comme provenant de Normandie ou du Midi ; Saint-Omer, Rouen (voir à Cluny les nos 3195, 3664, 3346 ; ce dernier est une écritoire monumentale) ; Strasbourg, cache-pot signé Joseph Hannong, à Sèvres, et deux assiettes en faïence ordinaire, émail stannifère, décor chinois au feu de réverbère, Musée historique de Nancy (nos 837-838) ; il ne faut pas confondre Joseph Adam Hannong (1759-1780) et Paul Hannong (1737-1754) : le premier exerça son industrie à Franckental (Bavière), le second à Strasbourg ; Lunéville, Saint-Clément, Nidervillers (le Musée de Cluny possède, n° 3758, une grande écritoire de cet atelier avec un Chinois étendu, un bras appuyé sur un livre) ; les Islettes, Samadet (Landes), Saint-Paul (Oise), Moulins, Moustiers (Basses-Alpes), Sinceny (Aisne), dont je remarque, à Sèvres, une assiette de fruits datée 1749, et signée Dominique Pellevé, et au Louvre, une écritoire du XVIIe siècle, legs de M. Giraudeau ; Mennecy-Villeroy ; la Courtille (Paris), dont le Musée Ariana possède, sortie de p.011 la manufacture Pouyat et Russinger, 1791, une fontaine de porcelaine, fond blanc, décor de personnages or et couleurs ; Vincennes ; enfin Chantilly, dont les produits sont devenus rares et chers. De beaux et nombreux échantillons sont conservés au château de Chantilly ; je signalerai un grand plat, don de M. Albert Gérard, dans la salle des Gemmes ; on a jadis admiré, au Musée des Arts décoratifs, les belles porcelaines de Chantilly et de Mennecy, de la collection Fitz-Henry, dispersée à l'Hôtel Drouot le 14 décembre 1909 : une grande écritoire en porcelaine de Chantilly, formée d'un Chinois tenant entre ses jambes une mappemonde, a été payée 26.500 francs, sur une demande de 25.000 francs.


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