Par Henri cordier (1849-1925)








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1. Couteaux « à la chinoise ». Porcelaine de Chantilly.

Assiette de Delft. (Musée des Arts Décoratifs).

Je m'arrêterai un instant sur la manufacture de porcelaine créée en 1725, par le duc de Bourbon, au lieu dit le Petit Chantilly, près des Fontaines et de la place de l'Hospice 1. Elle travaillait pour le public, mais « M. le Duc en fut naturellement le principal client, et nous relevons après sa mort un dernier paiement de 2.772 livres fait « au sieur Cirou, marchand de porcelaines à Chantilly, pour p.012 ses fournitures en 1737, 1738 et 1739) ». Mais la réputation de la manufacture s'étendait au loin, et le Roi lui-même garnissait sa toilette de produits de Chantilly : le 16 décembre 1741, il entrait au garde-meuble « un grand pot à eau garni d'argent et sa jatte de porcelaine de Chantilly ; un grand gobelet à lait à deux anses et sa soucoupe, et quatre pots à pâte avec leur couvercle, de même porcelaine ». D'autres pièces de la manufacture de M. le Duc décoraient aussi les salons du grand Trianon, surtout des écuelles et des pots pourris, sortes de brûle-parfums alors très en usage. Le duc d'Orléans y commandait les services destinés à sa maison de Villers-Cotterets, imités du service spécial qu'il avait vu à la ménagerie de Chantilly. Le musée Condé conserve environ 150 pièces de tout genre, sorties de cette manufacture au cours du XVIIIe siècle, vases grands et petits, cache-pots, brûle-parfums, aiguières avec bassins, vases de pharmacie, jardinières, compotiers, théières, plats, assiettes, tasses, moutardiers, sucriers, etc. ; quelques-unes sont fort rares. L'ensemble est intéressant et permet de se rendre compte des transformations successives que subit la fabrication de 1725 à 1789 1.

Dans une étude citée par M. Maçon, M. Germain p.013 Bapst donne d'intéressants détails sur la fabrication de la porcelaine :

Le directeur de la manufacture jusqu'en 1751, Sicaire Cirou, sieur de Rieux,

« s'adonna à l'exécution de la porcelaine dite coréenne, faisant principalement des pièces de contours réguliers toujours bien étudiés, soit des vases de forme hexagonale ou octogonale, soit des cache-pots ronds : quelquefois aussi, il prenait ses modèles sur la nature en exécutant, par exemple, des théières en forme de fruits côtelés. Sa pâte était certainement inférieure aux pâtes tendres produites depuis à la manufacture royale de Sèvres, car la terre de Chantilly conservait après la cuisson une couleur rousse ; mais on put cacher ce défaut par l'emploi d'une couverte à base d'étain opaque comme celle de la faïence. Là fut le grand mérite de la fabrication de Chantilly, car partout alors on usait de couverte à émail transparent et à base plombifère, tandis que l'émail stannifère et opaque avait le double avantage de faire disparaître la teinte désagréable de la porcelaine et de donner en même temps un fond agréable à la décoration polychrome qu'on y peignait. Les porcelaines de Chantilly, à l'imitation des pièces dites coréennes, reproduisent des figures japonaises grimaçantes, mais surtout la haie de bambou avec des rinceaux de pampre au milieu desquels se jouent des singes p.014 et des écureuils. On rencontre aussi des frises et des postes de papillon bleu et vert voltigeant sur la couverte opaque, ou encore des semis de fleurs copiés sur des dessins japonais. Les couleurs qu'on y employait sont le rouge, le bleu tendre, le vert clair, le jaune et le noir 2.

Plus tard, la manufacture de Chantilly

« n'imita plus le coréen, mais se mit à faire quelques copies fort rares de céramique chinoise de K'ien-loung, et surtout à reproduire des pièces de Sèvres et de Saxe avec de nouveaux tons, tels que le bleu-paon, le vert foncé et le vert-lapis 3.

Saint-Foix nous apprend qu'

« on a découvert depuis quelques années dans les environs de Bagnolet une terre jaune semblable à celle qui compose la porcelaine de la Chine 1.

Il y a sans doute des produits de Bagnolet, mais je n'en ai pas vu.

Je dois mentionner que le verre fut, comme la porcelaine, orné de motifs chinois : je ne citerai qu'un bocal en verre, de fabrication suisse, au Musée Ariana : fond laiteux, Chinois abritant une Chinoise avec un parasol, or et couleurs, XVIIIe siècle.

p.015 Le duc de Bourbon avait aussi installé pour son agrément personnel, dans le soubassement du grand Château, un laboratoire et des ateliers où l'on fabriquait des toiles peintes imitant celles des Indes et des vernis rivalisant avec ceux de la Chine 2.



2. Écritoire Poussah. Porcelaine tendre de Chantilly, décor polychrome.

Vase à oignons. Porcelaine de Vincennes (Collection de Chavagnac).

Moutardier. Faïence de Rouen (Musée des Arts Décoratifs).

On fournissait des modèles : — Jean-Antoine Fraisse grava en taille-douce, en 1734, pour Chantilly, 53 planches sous le titre de : Livre de desseins chinois, tirés d'après des originaux de Perse, des Indes, de la Chine et du Japon, qui parut à Paris, chez Ph.-Nic. Lottin, en 1735, en un volume in-folio. — Buc'hoz donna cent planches représentant en couleur cent Plantes de la Chine qui formaient la première partie d'une Collection Précieuse et Enluminée des Fleurs Les plus Belles et les plus Curieuses qui se cultivent tant dans les Jardins de la Chine que dans ceux de l'Europe, « Ouvrage, dit l'auteur, également utile aux Naturalistes, aux Fleuristes, aux Peintres, aux Dessinateurs, aux Directeurs des Manufactures en Porcelaine, en Fayance et en Étoffes de Soye, de Laine, de Coton & autres Artistes ». — En 1784, Jacques Charton, « Officier du Point d'Honneur », dessine une Collection de douze cahiers de plantes étrangères En Fleurs, Fruits, Corail et Coquillages.

p.016 Les fabricants ne cherchaient d'ailleurs pas à tromper sur la provenance de leurs produits : les porcelaines chinoises de Saxe sont honnêtement marquées des deux épées, et celles de Chantilly du cor. Je note dans l'inventaire de la Dauphine de France, Marie-Josèphe de Saxe : « Une tabatière de porcelaine de Saxe, cuvette avec des figures chinoises à gorge d'or 1. » Elles ne pouvaient pas donner l'illusion de certaines porcelaines modernes, de Samson, par exemple. Le cor de chasse était la marque des frères Dubois, auxquels on attribue la fondation de la manufacture de Chantilly.

Il est intéressant de remarquer qu'à leur tour les Chinois imitèrent les porcelaines d'Europe ; je signale, à Sèvres, une copie chinoise d'une pièce de Saint-Cloud (8902), dont le faïencier Morin aurait dirigé la première manufacture et une imitation de la faïence du Roi ; ils ont même reproduit sur émail de Canton des sujets ou même des tableaux européens.

*

Avant d'établir définitivement leur commerce à Canton, au milieu du XVIIe siècle, les Anglais p.017 tiraient leurs produits de la Chine, de leur comptoir du Japon, qui n'eut qu'une durée éphémère ; mais grâce à l'aide qu'ils avaient donnée à Chah Abbas Ier, ils avaient pu s'installer à l'entrée du Golfe Persique, à Gombroun, devenu plus tard Bender Abbas ; c'est de ce port qu'ils exportaient la porcelaine connue sous le nom de Gombroun ware, fabriquée à Ispahan par des potiers chinois appelés par le souverain persan ; cette porcelaine, contrairement à celle de Chine, était tendre, avec une décoration mixte inspirée à la fois par le pays d'origine des ouvriers et celui dans lequel ils travaillaient. Mais les Anglais furent surtout les grands propagateurs du thé, connu naturellement des voyageurs occidentaux en Chine ; dès le IXe siècle on lit dans la Chaîne des Chroniques, traduite par Reinaud (Paris, 1845, I, p. 40) :

« Le roi (de la Chine) se réserve, entre les substances minérales, un droit sur le sel, ainsi que sur une plante (le thé) qui se boit infusée dans de l'eau chaude. On vend de cette plante dans toutes les villes, pour de fortes sommes ; elle s'appelle le Sàkh. Elle a plus de feuilles que le trèfle. Elle est un peu plus aromatique, mais elle a un goût amer. On fait bouillir de l'eau, et on la verse sur la plante. Cette boisson est utile dans toutes espèces de circonstances.

M. le Dr G. Schlegel, de Leyde, dans son p.018 mémoire intitulé First introduction of Tea into Holland (T'oung Pao, Série II, Vol. I, 1900, pp. 468 seq.) nous dit que suivant une longue note adressée à M. G.-P. Rouffaer par M. H.-T. Colenbrander, archiviste-adjoint aux Archives d'État à La Haye, il est fait mention dans un connaissement de l'année 1650-1651, d'une importation de thé japonais à Amsterdam sous le nom de thia ; il ajoute que dans une lettre écrite par les dix-sept directeurs de la Compagnie des Indes orientales au Gouverneur général, en date du 2 janvier, 1637, il est dit que :

« Comme le thé commence à devenir en usage parmi quelques gens, nous attendons quelques vases de thé chinois aussi bien que japonais par tous les navires ;

M. Colenbrander pense que le thé a été importé sur une grande échelle vers 1667.

La plus ancienne mention de cette plante que l'on trouve dans les Archives de l'East India Company se rencontre dans une lettre de R. Wickham, agent de la Compagnie, à Firando, Japon, écrivant le 27 juin 1615 à Mr. Eaton, à Miaco, pour lui demander « un pot de la meilleure sorte de chaw ». Ce nom de tch'a, donné au thé, est celui que les Russes, qui le connaissent par le Nord, lui ont conservé, en l'appelant , et les Grecs, τσάι ; le nom tch'a de la même plante au Japon indique que les habitants de l'empire du Soleil Levant ont, p.019 malgré leurs nombreuses relations avec le Fou-Kien, connu le thé par le nord de la Chine, probablement par la Corée. À nous autres Occidentaux, le thé nous est parvenu avec la prononciation en usage dans le sud de la Chine, et en particulier dans la province de Fou-Kien, où il croît en abondance, et est d'excellente qualité. Le thé fut importé en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle, et cette véritable commère, Pepys, Secrétaire de l'Amirauté, marque dans son Journal, au 25 septembre 1660 : « J'ai envoyé chercher une tasse de tee (une boisson chinoise), dont je n'avais jamais bu auparavant. »

C'est donc par erreur qu'on raconte que la première livre de thé qui lui coûta soixante shillings fut rapportée de Hollande par Lord Arlington l'année de la grande peste (1665). Il ne paraît pas plus exact de dire que Mrs. Montagu adopta en 1788 la mode introduite de France par le duc de Dorset de donner des thés. Le Tatler de mars 1710, renferme l'annonce suivante :

« The finest Imperial Tea, 18s. ; Bohee 12s. ; 16s., 20s. ; and 2S. : all sorts of Green, the lowest 12s. To be had of R. Tate, at the 'Star' in Bedford Court, near Bedford Street, Covent Garden.

Dans le Strand, sur l'emplacement de Tom's Coffee House, Thomas Twining, dont le portrait fut peint par Hogarth, établit, en 1710, un magasin p.020 de thé qui fut reconstruit tout près à côté de Devereux Court, à l'enseigne Ye Golden Lyon ; au commerce du thé fut ajoutée une banque et cette année, le 20 février 1910, a été célébrée la fondation de la maison, deux fois centenaire, de Twining & Co.

Le thé fut porté de Hollande en France.

Dans sa lettre adressée le 10 mars 1648, au Dr Spon, à Lyon, Gui Patin lui mande :

« Nous avons ici, jeudi prochain, une thèse dont plusieurs se plaignent qu'elle est fort mal faite ; en voici la conclusion : ergo, the chinensium menti consert. Le dernier corollaire parle de ce thé, les quatre autres n'en approchent point. J'ai fait avertir le président que chinensium n'est pas latin ; que Ptolémée, Cluvérius, Joseph Scaliger et tous ceux qui ont écrit de la Chine (qui est un mot dépravé en françois), écrivent sinenses, sinensium ou sinæ, sinarum. Ce président badin et ignorant m'a mandé qu'il avoit bien d'autres auteurs que les miens qui disent chinenses : ses auteurs, je doute s'il y en eut jamais un bon. Ce président n'a fait cette thèse sur cette herbe, sur le thé, que pour flatter M. le chancellier, duquel est venue la réputation de cette drogue, quæ statim evanuit cum sonitu, et de la bonté de laquelle ceux-mêmes qui la vantent n'oseroient jurer, n'en pouvant assigner aucun bon effet 1.

p.021 Dans une autre lettre du 22 mars 1648, adressée à ce même Dr Spon, Gui Patin revient sur cette thèse :

« Un de nos docteurs, qui est bien plus glorieux qu'habile homme, nommé Morisset, voulant favoriser l'impertinente nouveauté du siècle et taschant par là de se donner quelque crédit, a fait icy respandre une thèse du thé, laquelle conclue aussi bien que ce Président à la teste bien faite. Tout le monde a improuvé la thèse ; il y a eu quelques-uns de nos docteurs qui l'ont brûlée, et reproches ont esté faits au doyen de l'avoir approuvée. Vous la verrez et en rirez 1.

M. Alfred Franklin écrit que c'est dans cette lettre du 22 mars 1648 qu'il rencontre le thé mentionné pour la première fois à Paris, et il ajoute :

« Il importe de ne pas prendre trop au sérieux les sarcasmes de Gui Patin, ennemi déclaré de toutes les innovations, surtout en médecine. La thèse qu'il dénigre si bien ici a pour titre : An The Chinensium menti consert ? Elle fut soutenue par le bachelier Armand-Jean de Mauvillain, qui devint doyen de la Faculté en 1666, et elle eut pour président Philibert Morisset, qui n'était pas non plus le premier venu, puisqu'il fut élu doyen p.022 en 1660. De la phrase écrite par Patin, il reste donc seulement à retenir qu'au mois de mars 1648, le thé était déjà apprécié à Paris 2.

Gui Patin nous apprend aussi :

« Mazarin prend du thé pour se garantir de la goutte. Ne voilà-t-il pas un puissant remède contre la goutte d'un favori.

Pendant toute la seconde moitié du XVIIe siècle, paraissent en abondance les brochures vantant les qualités de la plante chinoise. Philippe Sylvestre Dufour, J. N. Pechlin, médecin du roi de Danemark et le médecin parisien Pierre Petit sont ses principaux avocats ; dissertations, mémoires, poèmes célèbrent les mérites d'une boisson qu'un admirateur appellera l'Ambrosia asiatica (Gènes 1672), panacée universelle guérissant la migraine, grand remède contre la goutte et la gravelle ainsi que le prouve une thèse de 1657 : An arthritidi The Sinensium, soutenue dans une séance solennelle à laquelle le chancelier Séguier, lui-même rhumatisant, assiste en compagnie de nombreux robins eux-mêmes assez mal en point.

Ce ne sera toutefois qu'au XVIIIe siècle que le thé sera définitivement adopté en Europe.

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II

Le bibelot — Les missionnaires français en Chine Chinoiserie et singerie — Tapisseries — Peintures Toiles peintes — Étoffes et tissus — Mobilier

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p.023 Le goût des choses de la Chine qui ne devait se développer en France comme nous le disons plus loin qu'à la fin du XVIIe siècle commença cependant à se répandre au début de la majorité de Louis XIV, grâce aux importations des objets de l'Extrême-Orient par l'intermédiaire de la Hollande.

Il y a des marchands d'objets chinois à Paris. Abraham du Pradel dans son Livre commode des Adresses de Paris pour 1692 1 nous dit dans son chapitre consacré au Commerce de Curiositez et de Bijouteries que

« Les Marchands tenans boutique, Acheteurs, Vendeurs et Troqueurs de Tableaux, Meubles de la Chine, Porcelaines, Cristaux... sont Messieurs...

Le même Abraham du Pradel nous indique, I, p. 239, que : p.024

« M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier et Mademoiselle le Brun, à l'aport de Paris, ont aussi ordinairement de belles pièces de Porcelaines et de Lachinage. »

Il en dit long et il est amusant ce mot de « lachinage » appliqué aux meubles et aux porcelaines de la Chine.

Edmond Fournier cite Senecé et Dancourt, en témoignage de l'engouement des choses de Chine :

Voici les vers que consacre Sénecé aux choses de Chine :

Évantails de la Chine, & robbes de chambre du même pays 2

Pour chasser en Été les mouches fatigantes,

Pour garantir du froid quand les soleils sont courts,

Princesse, les Chinois vous offrent du secours

De leurs façons les plus galantes.

Ils vous auroient voulu faire d'autres présens

Pour chasser de la Cour flateurs & froids plaisans :

De leur industrie éprouvée

C'eût été la perfection :

Mais quoi ? c'est une invention

Qu'ils cherchent sans l'avoir trouvée. p.025

Une cave de vernis de la Chine garnie d'or 1

Illustre fille, Épouse & Mère de nos Rois,

Souffrez que ce présent, au défaut de nos voix,

Vous marque notre zèle, & prenne la parole :

Il vous peindra nos cœurs ; de leur sincérité

Le vernis sera le symbole,

Comme l'or le sera de leur fidélité.

Dans la scène V du premier acte de La Maison de Campagne, comédie de Dancourt, publiée en 1691, on lit en effet :

Lisette. — Monsieur, Madame est dans le jardin avec des Dames & des Messieurs qui vous demandent.

M. Bernard. — Et qui sont-ils encore ?

Lisette. — Elle est avec cette autre Dame qui est de si bonne humeur.

M. Bernard. — Qui ?

Lisette. — Et là, celle qui en riant vous cassa l'autre jour toutes ces porcelaines de Hollande, parce qu'elle disoit qu'il n'en faut avoir que de fines.

Thibaut. — Cela estoit boufon.

Une déclaration royale du 2 juillet 1709, dit Édouard Fournier, défendit l'importation de porcelaines, faïences et poteries étrangères.

Cette mode m'amène à parler du premier Trianon, le « Trianon de Porcelaine » qui fut remplacé plus tard par le Trianon de Mansart. p.026

« Le Palais de Trianon ne fut d'abord, au dire de Saint-Simon, qu'une maison de porcelaine à aller faire des collations 2. »

« Ce palais, nous dit Félibien 2, n'a qu'un seul étage, et lorsqu'on a monté sept marches pour entrer dans le vestibule, l'on trouve un salon dont toutes les murailles sont revêtues d'un stuc très blanc et très poli, avec des ornements d'azur. La corniche qui règne autour et le plafond sont aussi ornés de diverses figures d'azur sur un fond blanc, le tout travaillé à la manière des ouvrages qui viennent de la Chine, à quoi les pavés et les lambris se rapportent, étant faits de carreaux de porcelaine.

Le Trianon a été achevé de 1670 à 1672. L'architecte de Trianon, qui, d'après les dates, serait Le Vau ou l'un de ses collaborateurs ordinaires, voulut sans doute rivaliser avec les constructions chinoises, et sa décoration des combles, en dépit du fronton triangulaire qui orne les deux façades, n'est pas sans faire songer un peu à celles des pagodes. On employa, pour simuler la porcelaine, les matériaux qu'on avait en abondance, la faïence et le stuc. Les vases furent fournis par une manufacture de faïence qui existait dès ce moment p.027 à Saint-Cloud. De tout cet ensemble, rien ne reste ; car les fragments de panneaux stuqués, décorés à la chinoise, où Soulié avait cru reconnaître, dans les magasins actuels de Versailles, des restes du revêtement intérieur du Trianon de Porcelaine, sont visiblement de style Louis XVI et paraissent provenir à mon avis, des appartement de Mesdames de France 3. »

M. de Nolhac, l. c., p. 187, cite un ouvrage depuis longtemps oublié qui, dans une histoire allégorique de Louis XIV, décrit Versailles et Marly ; il a pour titre : Contes moins Contes que les autres. Sans Paragon et la Reine des Fées. À Paris, par la Compagnie des Libraires associez, MDCCXXIV, in-12 4. Une édition en avait déjà paru en 1698, chez Claude Barbin. Barbier l'attribue au sieur de Preschac. Voici comment il raconte l'origine du château de Porcelaine, c'est-à-dire Trianon. Belle-Gloire, Princesse de la Chine

« étoit sans contredit la plus belle & en même temps la plus fiere Princesse de la terre ». (l. c., pp. 35-36).

« La Fée ayant un jour ordonné à Belle-Gloire d'accompagner le Prince à la promenade sur ce beau canal, Sans Parangon eut la curiosité de p.028 savoir son sentiment sur tout ce qu'on venoit de voir ; mais la Princesse lui répondit froidement, que les richesses étoient si communes dans l'Empire de la Chine, que l'Empereur son Père préféroit toujours les maisons simples & propres, aux superbes Palais. Sans Parangon se trouva à l'autre bout du canal, lorsque Belle-Gloire lui tint ce langage ; & comme il avoit une attention particulière à tout ce qui pouvoit plaire à cette Princesse, il sauta à terre, & ayant frapé (sic) trois fois de sa baguete, il parut tout d'un coup un Château de Porcelaine, entouré d'un parterre rempli de jasmin avec une infinité de petits jets d'eau, & le tout ensemble faisoit le plus agréable effet qu'il fut possible de voir ». (l. c., pp. 51-53.)

À la fin du XVIIe siècle il devint aussi à la mode d'avoir son « Trianon » que dans la seconde moitié du XVIIIe de posséder un pavillon chinois.

*

Les Compagnies françaises des Indes de 1660 et de 1664 n'ayant pas fait usage de leur privilège dans l'Extrême-Orient, ce ne fut qu'en 1697 que la France inaugura son commerce avec la Chine, et elle ne le développa complètement qu'après la création de la grande Compagnie de 1719 ; les agents de la Compagnie, puis nos consuls, à partir p.029 de 1776, n'exportaient, comme les autres étrangers, que les marchandises reçues à Canton de l'intérieur par les intermédiaires indigènes ; ces agents et ces consuls n'avaient pas le droit de sortir des limites étroites de la résidence qui leur était assignée, encore moins de visiter le pays, ni même de se rendre dans les autres ports de l'Empire, aussi n'avaient-ils que des notions insuffisantes. Bien plus utiles, pour nous faire connaître la Chine, furent les missionnaires de Pe-king, lorsque l'arrivée de cinq jésuites envoyés en 1685 par Louis XIV, pour établir une mission française rivale de la mission portugaise, dans la capitale de l'Empire, nous procura un incontestable avantage sur les autres nations. Le retour en France, en 1697, du père Bouvet, l'un de ces cinq jésuites, fournit une base plus solide aux recherches dont l'art chinois pouvait être l'objet ; cette même année, ce Père donna chez P. Giffart, rue Saint-Jacques, sous le titre de L'Estât present de la Chine, un recueil de 19 planches représentant les costumes depuis l'Empereur en habit de cérémonie jusqu'au « Bonze ou Prêtre des Idoles en habit ordinaire » ; dans les exemplaires coloriés de ce recueil, la peinture est loin d'égaler la finesse de celle des Chinois ; dans sa dédicace au duc de Bourgogne, le père Bouvet voudrait nous faire croire qu'en faisant connaître le jeune Prince aux p.030 Ministres chinois, il se berce de l'illusion que :

« Peut-être aussi qu'ils [lui] sauront gré, de leur donner en votre Personne un exemple qui peut servir à perfectionner leurs plus grands Hommes ; Et qu'étant aussi sensibles qu'ils le sont au bonheur de la France, ils ne seront pas fâchez de savoir que Louis le Grand a des Enfans dignes de lui.

Cet album fut peut-être le point de départ de cet engouement pour la chinoiserie au XVIIIe siècle.

Parmi les premiers artistes qui sacrifièrent au goût du jour, il faut compter l'illustre peintre de l'Embarquement pour l'île de Cythère : Antoine Watteau, qui décora le cabinet du garde des Sceaux Chauvelin, peignit pour le duc de Cossé quatre compositions représentant, avec des Amours et des Singes, les Saisons, et exécuta diverses figures chinoises et tartares pour le cabinet du Roi, au château de la Muette ;


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