Par Henri cordier (1849-1925)








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5. Les oiseleurs. (D'après les cartons de Le Prince.) Tapisserie d'Aubusson.

4° Le marchand d'oiseaux 2,23 2,83

5° La pêche 1,67 2,52

6° La chasse 1,26 2,66

7° La mouture de riz 0,92 2,65

Tout récemment (juin 1909) la vente Lefèvre, une tapisserie d'Aubusson du commencement du XVIIIe siècle à sujets chinois (2,90 x 2,50 m) a été payée 5.650 francs à l'Hôtel Drouot.

Peyrotte a laissé deux recueils de chinoiseries composés chacun de sept pièces : Nouveaux p.043 Cartouches chinois dédié à Mesre Gaspard Moyse de Fontanieu Chever. Conseiller du Roy en tous ses Conseils d'Etat, et privé Intendt. et Controllr. gnal. des Meubles de la Courne. Par son très humble et très obéissant Serviteur A. Peyrotte et gravé par Huquier. Un Second Livre de cartouches chinois est dédié à Mme de Fontanieu. La collection de M. Beurdeley renfermait un dessin à la plume lavé d'encre de Chine donnant un modèle de panneau représentant un personnage chinois, composé par Peyrotte pour la décoration d'un salon ; il a été reproduit dans le Portefeuille des Arts décoratifs, Pl. 679. Peyrotte a donné également une suite de Fleurs chinoises de fantaisie et un Livre de trophées chinoises (sic) pour l'ornementation des écrans à main, chez Huquier.

Bellay fut encore des fournisseurs de Huquier ; nous avons de lui : Premier livre de Paneaux et Fantaisies Propre à ceux qui aiment les Ornemens Inventés par Belley, et gravés par Huquier. Paris, chez Huquier, rue Saint-Jacque au coin de la rue des Mathurins. Avec privil. du Roi, comprenant 24 pièces ; une autre suite de 22 pièces forme le Second livre.

Dans le Premier Livre de forme Rocquaille et Cartel nous trouvons une Conversation chinoise inventée par Mondon le fils et gravé par Aveline. Les mêmes artistes ont exécuté une autre planche : p.044

Amida Divinité japonoise qui préside à la Navigation et manière dont on se noye à son honneur. Jean Mondon le fils a donné une série de livres dont le cinquième est dédié au duc de Chatillon.

Au nom de ces maîtres, il faut joindre celui de Jean Pillement, né en 1719, mort à Lyon le 26 avril 1808 ; Gélis-Didot a reproduit six panneaux tirés de l'œuvre de cet artiste dont les pièces ont été gravées soit par lui-même, soit par J.-J. Avril, P.C. Canot, Jeanne Deny, Anne Allen, Hess, etc. Nous citerons parmi les publications nombreuses de Pillement dont on trouvera la liste dans les Maîtres ornemanistes... par C. Guilmard, Paris, Plon, 1880-81, gr. in-8, textes et planches :



6. Femme aux oiseaux.— Homme au masque. (D'après les gravures de Pillement).

— Œuvres de fleurs, ornements, cartouches, figures et sujets chinois. Très utiles pour les manufactures d'étoffes de soyes, d'indiennes, de pérsses, de péquins et de papiers de tantures. Les peintures, les ameublements et belvederes dans le goût chinois. Inventée et dessinée, par Jean Pillement premier peintre du Roy de Pologne. Une partie de ces morceaux ont été gravée à l'eau forte par lui-même, et les autres par différents maîtres. À Paris, chez le Pere et Avaulez.

Recueil de plusieurs jeux d'enfants chinois, inventé et dessiné par Jean Pillement et gravé par P.-C. Canot. À Paris, Chez C. Leviez, rue St. André des Arts, vis-à-vis l'Hôtel du Chateau Vieux [1754].

— Cahier de parasols chinois inventées et dessinées p.045 par J. Pillement premier peintre du Roy de Pologne gravée par J. J. Avril. À Paris, chez Dalmon rue Fromenteau en face du Louvre.

— Petits parasols chinois, inventé par J. Pillement, a Paris, chez Le Pere et Avaulez.

— Cahier de six barques chinoises inventées, et dessinées par Jean Pillement premier peintre du Roy de Pologne Se vendent chez Leviez... À Paris 1770 [gravé par Jeanne Deny].

— Cahier de douzes barques et chariots chinois inventé par J. Pillement à Paris chez Le Pere et Avaulez.

— Livre de Chinois inventé et dessiné par Jean Pillement et gravé par P.-C. Canot. London Publish'd according to Act of Parliament Jany 2d1758.

Les peintres 1, à leur tour, suivirent l'exemple des dessinateurs ; les sujets chinois sont traités de chic dans leurs tableaux ; ce seront, dans le genre p.046 de J.-B. Le Prince, des : paysages avec rochers au bord de la mer, pêcheurs et villageois ; ces derniers sont affublés de costumes chinois. Dans la première moitié du XIXe siècle, ces mêmes personnages porteront des vêtements napolitains : tout ceci est de la convention.

*

Même dans les étoffes, on copiera des modèles chinois, d'ailleurs fort beaux, ainsi qu'on pourra s'en assurer dans une visite au Musée des Arts décoratifs, à Paris, ou au Musée des Tissus de Lyon : la mode des satins chinés commença en l'année 1732. Donner des couleurs différentes aux fils de la chaîne, de façon que la fabrication produise des dessins s'appellera « chiner une étoffe », et l'origine de cette expression est la Chine, car, écrit Littré, elle vient de la phrase employée par les Italiens : « far i drappi alla chinese. » Il nous faut citer le taffetas chine ou flambé,

« ces beaux taffetas... & ces meubles qui semblent le disputer au Pékin, & réclame pour leur origine, le Royaume de la Chine. 2

L'album Lh 40 du Cabinet des Estampes renferme un

« spécimen d'étoffe p.047 fabriqué à Lyon en 1735 sur un satin du même dessin de la Chine, parfaitement imité tant par rapport à la couleur des Indes qu'au travail des feuillages, qu'on le croiroit faite aux Indes.

Voir aussi dans l'album Lh 49a une tenture de Ph. de la Salle, en lampas.

En revanche, des étoffes des Indes apportées en Europe en 1735 imitent celles de France. Depuis longtemps les indiennes apportées des Grandes Indes ou des Echelles étaient connues chez nous où elles ne tardèrent pas à devenir à la mode et à trouver des contrefacteurs.

La vogue de ces indiennes fut telle qu'un grand nombre d'établissements s'ouvrirent pour les fabriquer. Un Français réfugié en Angleterre à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes y monta une fabrique à Richmond. Des usines furent créées à Marseille, à Montpellier, à Rouen, à Châtellerault, etc. Les importateurs s'alarmèrent, puis se plaignirent. Un arrêt de 1697 interdit la fabrication et même l'usage des indiennes européennes : la mode devint fureur ; tout le monde s'empressa de braver l'édit : on fabriquait à l'Arsenal, on fabriquait partout. Enfin, en 1759, la liberté de fabriquer des toiles peintes était accordée. p.048

« On comptait en 1789 plus de 100 fabriques dans le royaume. La plus connue, la seule peut-être dont le souvenir soit resté vivant dans l'histoire des modes, c'est celle de Jouy.



7. Toile de Jouy. (Musée de Pontoise).

Elle a laissé son nom aux toiles peintes. Mais elle n'est pas, à beaucoup près, la première en date. Sans parler du Comtat Venaissin, terre papale où l'on fabriquait activement bien avant 1734, et de Mulhouse, où la manufacture dite de « la Cour de Lorraine » avait été fondée dès 1746, par Kœchlin, Schamltzer et Dollfus, beaucoup d'industriels, prévoyant la prochaine levée des mesures prohibitives, avaient ouvert des ateliers. Amiens en 1753, le Puy en 1756, Bourges, Angers, Orange en 1757, Nantes en 1758, avaient devancé l'arrêt du 9 novembre 1759. 1

Avant la déclaration de la liberté de fabrication de toiles peintes, Christophe-Philippe Oberkampf, né à Weissenbach (Bavière) le 11 juin 1738, qui avait étudié le métier à Aarau, chez son père, et à Mulhouse, à l'établissement de la Cour de Lorraine, travaillait depuis quelques mois chez Cottin à la manufacture de l'Arsenal, lorsqu'un Suisse du Roi au Contrôle général des Finances, nommé Tavannes, lui proposa de prendre la direction d'une fabrique p.049 qu'il venait d'installer au faubourg Saint-Marcel ; Oberkampf accepta l'offre à la condition d'être libre de choisir l'emplacement qui lui conviendrait pour établir la fabrique : il choisit Jouy-en-Josas, sur les bords de la Bièvre, où, le 1er mai 1760, il imprimait sa première pièce de toile. Il y mourut le 4 octobre 1815.

Le Musée Tavet, à Pontoise, renferme sept panneaux en toile de Jouy, provenant de la résidence de M. de Maupeou, pas le Chancelier, à Ableiges, près de Pontoise. Leur décor est d'un rouge jaunâtre et représente des scènes chinoises de la plus haute fantaisie. Trois de ces panneaux, qui sont de dimensions plus grandes que les autres, sont particulièrement intéressants ; dans l'un, le personnage principal est un cavalier à côté duquel un piéton porte sur son épaule un canon destiné à foudroyer un mille-pieds qui rampe à terre ; dans un autre panneau, des chiens savants exécutent une sarabande devant un haut fonctionnaire ; dans un troisième, sur le nez d'un mandarin ventru, un papillon indiscret s'est posé ; un serviteur fidèle se dispose à le fusiller. Ces panneaux ont été restaurés en 1899, par Fs de Nobelle.

On donnait le nom de chine à une

« sorte de tapisserie de bergame, qu'on appelait ainsi, parce que ses façons ressemblaient aux ondes de ces ouvrages de soye & de laine que l'on fait à p.050 l'aiguille sur le canevas, que l'on nomme Point de la Chine. 2 

La ville de Nan-king donnera son nom à une toile de coton, généralement d'une couleur jaune particulière ; Pe-king, capitale de l'Empire chinois, désignera une espèce d'étoffe de soie dont une grande quantité sera fabriquée en France.

La mode des papiers peints représentant des scènes chinoises accompagnera celle des toiles peintes et lui survivra.

*

Rosalie de Constant, cousine de Benjamin, qui visita le Palais de Saint-Cloud pendant l'hiver de 1773, raconte :

« Nous pûmes voir l'appartement du duc d'Orléans... Le salon est fait à la chinoise. L'appartement de la duchesse de Chartres est aussi très joli, sa salle à manger est boisée et vernie en jaune avec de petits tableaux chinois enchâssés. Le tout est très singulier et élégant. 1

La Reine Marie Leszczynska avait exécuté une décoration pour son cabinet des Chinois au château de Mouchy.

p.051 L'appartement de la Baronne Burdett-Coutts installé dans la Banque Goutts, Strand, Londres, renfermait dans la salle à manger une tenture en papier représentant des scènes chinoises envoyée par Lord Macartney, ambassadeur à Pe-king, à Thomas Goutts ; elle a été transférée, non sans peine, dans la nouvelle banque construite en face de l'ancienne dans les dernières années.

Naturellement, le mobilier n'échappa pas à l'engouement général : innombrables sont les commodes à sujets chinois, en vernis Martin ; parfois des panneaux de véritable laque de Chine encadrés de cuivre ciselé prenaient la place du vernis Martin ; des artistes comme Martin Carlin ou Peridiez exécutaient ces travaux d'ébénisterie. Il existait, peut-être l'y a-t-on laissée, à la préfecture d'Indre-et-Loire, une commode en laque de Chine décorée de paysages et de cavaliers, rehaussée d'or et de couleurs, garnie de bronze ciselé, doré, provenant du château de Chanteloup.

Le ministère de la Justice possède le meuble qui servit à Louis XVI lors de sa captivité au Temple ; c'est un bureau Louis XV en vernis de Chine, sur lequel le Roi a écrit son testament : ce bureau qui a dû être exécuté par Joubert, est en vernis de Chine, composé de pieds d'angle garnis de riches sabots et chutes, la ceinture garnie de beaux encadrements ciselés, le dessus contourné d'une p.052 moulure lisse garnie aux angles d'un brillant motif en coquille ; le dessus en maroquin avec vignette d'or. Ce meuble a figuré en 1888 (n° 198 du catalogue) à l'Exposition de l'Art français sous Louis XIV et sous Louis XV, organisée au profit de l'Œuvre de l'Hospitalité de Nuit. À cette même exposition figurait (n° 220) une encoignure en vernis de la Chine, genre des Martin, personnages et paysages en or sur fond noir avec rinceaux rocaille en bronze doré, les montants en bois vernis ; le marbre gris époque Louis XV ; signée V. Dubois.

Une commode en laque décorée d'un paysage animé, de style chinois, en dorure sur fond noir, de l'époque de Louis XV, a été payée 10.800 francs le 25 juin 1909 à la vente de la Collection de Mme Guérin à l'Hôtel Drouot ; à cette même vente, deux grands plats en Delft ancien dans le style chinois avaient été payés 4.250 francs.

Une des portes du cabinet de Turgot à l'Intendance de Limoges se composait de dos de livres avec des titres de fantaisie ; l'un d'eux portait : Utilité des bonzes, appréciée par un lettré chinois 1.

La Chine trouve un abri jusque dans les cheminées ; sur les taques, des magots remplaceront le Soleil de Louis XIV ou les Fleurs de Lis de France ; on en verra un exemple au musée de Pontoise où, p.053 sur une plaque de cheminée, deux Chinois dominés chacun par une pagode, se font vis-à-vis et se livrent au plaisir de la pêche à l'épervier ; ils sont séparés par un cocotier qu'a planté malencontreusement un artiste ignorant de la flore du Céleste-Empire.

*

Dans l'Encyclopédie méthodique (t. II, pp. 50 et suiv.) parmi l'énumération des couteaux employés à la fin du XVIIIe siècle, se trouvent les couteaux « à la chinoise », couteaux dont les manches étaient ornés de magots chinois. Régnier écrit :

Mais non, venons à luy, dont la maussade mine

Ressemble un de ces Dieux des couteaux de la Chine 2.

*

Les poissons aux écailles d'un rouge éclatant, dorées sur les bords, furent apportés en France pour Mme de Pompadour, et s'y sont multipliés depuis 3.

p.054 Descendons dans la rue :

« Parmi les merveilles dont cette capitale abonde, on peut regarder les équipages comme une de ces choses rares, dont il sera fait mention dans la postérité. M. Lucas, excellent peintre d'histoire & académicien, est auteur de la plupart de ces voitures brillantes, dont les paneaux sont autant de tableaux précieux qu'un curieux serait flatté d'avoir dans son cabinet. Dutour, Huet & Crépin, avec leur pinceau savant & délicat, peignent journellement de ces magnifiques voitures. Dutour peint les animaux ; Huet, les fleurs, & Crépin, les paysages. On peut toujours voir de ces équipages précieux, peints par ces artistes & vernis par Martin, chez les plus fameux selliers de Paris, & notamment chez Lancry, rue S. Nicaisse, vis-à-vis de l'Hôtel de M. le Premier. Il fournit presque tous les carrosses pour le Roi, pour les ambassadeurs & pour toutes les cours ; ayant un goût supérieur pour réunir dans les équipages, la nouveauté, la richesse, l'aisance et le goût 1.

@
III

Batailles de l'empereur de la Chine

Architecture chinoise — Jardins

@

p.055 En 1759, l'empereur K'ien Loung annexa à son empire le nord et le sud des T'ien Chan, Monts Célestes, après une lutte acharnée, dans laquelle se distingua le général chinois Tcha Houei contre les chefs éleuthes qui occupaient ces régions. Pour commémorer ce glorieux événement, K'ien Loung fit exécuter une suite de seize dessins représentant les principales scènes de la campagne par les artistes missionnaires qui se trouvaient à sa cour, c'est-à-dire les frères Jean-Denis Attiret, Joseph Castilhoni et Ignace Sichelbarth, jésuites, et Jean Damascène, augustin déchaussé ; par un décret du 13 juillet 1765, l'Empereur ordonna que les dessins seraient envoyés en France pour être reproduits par les meilleurs graveurs de l'époque ; une lettre de la même date, adressée avec les quatre premiers dessins par le frère Joseph Castilhoni au Directeur des Arts, fut remise au marquis de Marigny, p.056 directeur de l'Académie royale de peinture, le 31 décembre 1766 ; les autres dessins étant arrivés l'année suivante, Marigny confia à Cochin, secrétaire historiographe de l'Académie, le soin de faire exécuter le travail qui ne fut terminé qu'en 1774 : huit graveurs bien connus y avaient été employés : L.-J. Masquelier, J. Aliamet, J.-P. Le Bas, Augustin de Saint-Aubin, Franç.-Denis Née, B. L. Prévost, P. P. Choffard, et N. de Launay ; les planches avec cent exemplaires qu'on en tira furent envoyées à la Chine ; un très petit nombre fut réservé pour la famille royale et la Bibliothèque du Roi ; le Cabinet des Estampes possède un exemplaire magnifique de cette suite, relié aux Armes de France avec les Batailles de Pierre le Grand, en 4 pièces. Une suite qui ornait la salle de billard de Louis XVI est conservée aujourd'hui à la Bibliothèque Mazarine ; une autre donnée par Louis XVI à M. Necker est suspendue aux murs du château de Coppet, et je me souviens d'en avoir vu une quatrième dans le réfectoire des jésuites de Zi-ka-wei, près de Chang-haï : ces belles planches, retouchées à diverses reprises par les Chinois ont fourni à Pe-King des tirages plus curieux qu'artistiques.

Voici d'après un Mémoire de Bertin 1 dans quelles conditions ces gravures furent exécutées en France : p.057

« La Compagnie des Indes n'a jamais été choisie pour faire exécuter les gravures ; voici le fait. L'Empereur de la Chine ayant formé le dessein de faire graver en Europe les dessins qui représentent la conquête des Éleuths, ce prince chargea le vice-roi de Canton de prendre à cet égard des informations : les Anglais furent d'abord pressentis ; mais le père Le Febvre, procureur général des Missions à Canton, fit représenter au vice-roi par un mandarin de ses amis, protecteur déclaré des Français, que les arts étaient plus cultivés en France que dans aucun autre État de l'Europe, et que la gravure surtout, y était portée au plus haut point de perfection : sur le rapport qui en fut fait à l'Empereur, ce prince ordonna que les dessins de ses victoires seroient envoyés en France par les vaisseaux français qui devaient retourner en Europe et qu'il seraient adressés au Président des Arts pour les faire graver suivant ses intentions exprimées dans le décret impérial dont ces dessins furent accompagnés. Lorsque les dépêches du Résident de la Compagnie des Indes furent arrivées à Paris, les syndics et directeurs virent avec plaisir la préférence que l'Empereur avait donnée aux artistes de France pour faire exécuter les gravures des 16 dessins de la conquête des Éleuths, et déjà ils jetaient les yeux sur plusieurs artistes qu'ils croyaient en état de remplir ces vues, mais en développant les p.058 rouleaux de ces dessins, on trouva la lettre d'envoi de F. Castiglione et le décret de l'Empereur de la Chine traduit en latin, en italien et en français ; la lettre était adressée au très illustre Président des Arts (il n'était pas qualifié du titre de Président de l'Académie) ; alors l'administration de la Compagnie fut conseillée d'en donner connaissance à Mr. Bertin, ministre secrétaire d'État, qui avait le Département de la Compagnie des Indes. Ce ministre prévint sur le champ M. le marquis de Marigni de l'envoi des dessins qui lui était fait directement afin qu'il pût en rendre compte au Roi et prendre les ordres de Sa Majesté pour faire exécuter la commission de l'Empereur de la Chine. En conséquence, M. Cochin, de l'académie de Peinture et de Sculpture, fut mis à la tête de ce travail. M. Bertin a suivi de près chaque année le succès de cette entreprise pour en donner des nouvelles aux particuliers chinois et aux missionnaires de la Chine avec lesquels il entretient une correspondance par ordre du Roi : et le père Benoist, supérieur de la Mission française à Pe-King, a rendu compte à l'Empereur de la Chine des soins que M. Bertin avait pris pour cet ouvrage. Ce prince en a témoigné beaucoup de satisfaction.

D'ailleurs Bertin, grand collectionneur, ne négligeait pas ses propres intérêts, ainsi qu'en témoigne cette lettre qu'il adressait au marquis de Marigny : p.059

À Chatou le 18 mai 1771.

Vous vous rappelez, Monsieur, le danger que coururent les dessins des Batailles que l'Empereur de la Chine envoya en France il y a quatre ans pour les faire graver par nos plus célèbres artistes lorsque j'en donnai l'éveil afin qu'elles vous fussent remises pour être gravées sous vos ordres par les artistes à qui vous en avez confié l'exécution ; elle doit être actuellement bien avancée et j'espère que vous voudrez bien quoique l'Empereur de la Chine se soit, dit-on, réservé qu'il n'en sera tiré des exemplaires que pour lui — m'en faire donner une de chacune des seize planches qui composent cette magnifique collection. Je vous serai très obligé.

J'ai l'honneur d'être, &c., &c.

P.-S. — De la m[ain] du ministre.

J'espère que vous voudrez ne pas m'oublier, Monsieur, et vous pouvez être tranquille sur ma discrétion. 1

La rareté de ces seize estampes en fit entreprendre une réduction par Isidore-Stanislas Helman, graveur du duc de Chartres, et élève de Le Bas, qui parut en 1785 en quatre livraisons de quatre planches chacune. Par la suite, Helman grava en 1788, sous le titre de Faits mémorables des Empereurs de la Chine, une suite de 24 estampes d'après les dessins originaux du Cabinet de M. Bertin et un Abrégé historique des principaux traits de la vie de p.060 Confucius, avec le même nombre de planches tirées de la même collection ; la Vie de Confucius par le père Amiot, dont 25 planches ont été gravées, renfermait en réalité 105 dessins que j'ai vus, il y a quelques années, dans une collection particulière. Les travaux de Helman sont loin d'avoir la délicatesse et le fini des planches exécutées sous la direction de Cochin et naturellement sont moins estimés.


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