Par Henri cordier (1849-1925)








télécharger 0.51 Mb.
titrePar Henri cordier (1849-1925)
page5/12
date de publication24.10.2016
taille0.51 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   12

8. L'empereur de Chine va visiter les tombeaux de ses ancêtres.

(D'après la gravure de Helman).

Les missionnaires de Pe-King, le père Amiot en particulier, étaient les grands fournisseurs de dessins chinois ; ils étaient en correspondance avec Henri-Léonard-Jean-Baptiste Bertin, ministre d'État mort en 1792, auquel on doit la création, en 1762, du Cabinet des Chartes, dont l'idée première revient à l'avocat J.-N. Moreau. Nous venons de voir la part qu'il a prise à la gravure des batailles de l'Empereur de Chine. En 1811-1812, Breton publia chez le libraire Nepveu, à Paris, 6 vol. in-18, qui, sous le titre de la Chine en Miniature, renfermaient un choix de costumes, arts et métiers de cet empire, la plupart d'après les originaux inédits du Cabinet de Bertin ; plus tard, puisant à la même source, Breton ajouta à la collection quatre autres volumes consacrés aux diverses spécialités, le vernis, le bambou, le thé, la porcelaine, le riz, la soie, les vers à soie sauvages. Les albums adressés de Chine à Bertin sont p.061 maintenant conservés au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale ; quelques-uns reliés en veau plein portent sur les plats les armes du ministre : Écartelé : au 1, d'azur, à une épée d'argent garnie d'or, posée en pal, la pointe en haut ; au 2 et 3, d'argent, à une terrasse de sinople accompagnée de trois roses de gueules plantées sur la terrasse et tigées de sinople, au chef d'azur chargé de trois étoiles d'or ; au 4, d'azur, au lion d'or. L'hôtel de Bertin faisait l'angle de la rue Neuve-des-Capucines et des Boulevards, sur lesquels se prolongeait son jardin. Thierry dit du cabinet d'histoire naturelle et de curiosités chinoises (I, p. 136) de ce ministre :

« M. Bertin se fait un plaisir, non seulement de laisser voir ce cabinet, mais même d'en communiquer les différents objets aux savants et aux artistes qui espèrent retirer quelque utilité de leur examen.

*

Les missionnaires n'avaient eu garde de nous laisser ignorer l'architecture chinoise : ils avaient parmi eux des artistes comme le père Michel Benoist ou comme le dessinateur Attiret, qui ne manquèrent pas de signaler ce qu'il y avait d'intéressant dans cet art en Chine, comme le prouvent quelques-uns des albums du Cabinet des Estampes p.062 provenant de Bertin ou de Delatour. De son côté, Sir William Chambers, le célèbre architecte anglais, qui avait visité la Chine en qualité de subrécargue de l'East India Company, avait publié en 1757 un grand in-folio de 21 planches, représentant des édifices et, chargé de l'ornementation des jardins de Kew par le roi George III, y donna libre carrière à son goût pour le style chinois.

« Les jardins que j'ai vus à la Chine étaient très petits, écrit Chambers. Leur ordonnance cependant, & ce que j'ai pu recueillir des diverses conversations que j'ai eues à ce sujet avec un fameux peintre chinois nommé Lepqua, m'ont donné une connaissance des idées de ces peuples sur cet art.

La nature est leur modèle, & leur but est de l'imiter dans toutes ses belles irrégularités. D'abord ils examinent la forme du terrain ; s'il est uni ou en pente, s'il y a des collines ou des montagnes, s'il est étendu ou resserré, sec ou marécageux, s'il abonde en rivières & en sources, ou s'il manque d'eau. Ils font une grande attention à ces diverses circonstances, & choisissent les arrangements qui conviennent le mieux à la nature du terrain, qui exigent le moins de frais, cachent les défauts, & mettent dans le plus beau jour tous ses avantages.

Comme les Chinois n'aiment pas la promenade, l'on trouve rarement chez eux les avenues ou les p.063 allées spacieuses des jardins de l'Europe. Tout le terrain est distribué en une variété de scènes ; & des passages tournants ouverts au milieu des bosquets vous font arriver aux différents points de vue, dont chacun est indiqué par un siège, par un édifice, ou par quelqu'autre objet.

La perfection de leurs jardins consiste dans le nombre, dans la beauté & dans la diversité de ces scènes. Les jardiniers chinois, comme les peintres européens, ramassent dans la nature les objets les plus agréables & tâchent de les combiner, de manière que non seulement ils paraissent séparément avec le plus d'éclat, mais même que par leur union ils forment un tout agréable & frappant.

Toutefois, l'architecture chinoise ne paraît avoir exercé aucune influence chez nous, sauf dans la représentation de ces tours, dont la plus connue était celle construite à Nan-King, en briques vernissées, appelées parmi nous « pagodes », que les Chinois nomment t'a, et qui sont d'origine hindoue. Les peintres, — voir un panneau de la chambre de M. le Prince à Chantilly, — les fabricants de tentures ornaient volontiers de ces pagodes leurs paysages de fantaisie.



9a. Pagode de Chanteloup près d'Amboise. (D'après Le Rouge).

Le duc de Choiseul, exilé en 1770 dans sa terre de Chanteloup, sur le grand chemin d'Amboise à Tours, fit élever du 2 septembre 1775 au 30 avril 1778, par l'architecte p.064 Le Camus, une pagode de sept étages, haute de 39 mètres, couronnée par une boule dorée, qui est à 185 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un projet de pagode sur un pont de rocailles fut fait pour l'évêque d'Arras 1. On voit de ces pagodes, ailleurs en Europe, par exemple dans les jardins de Kew, celle qui fut construite en briques par Chambers et qui existe encore aujourd'hui : on en a conservé les plans, l'élévation et la coupe ; elle est octogonale et comprend dix étages, atteignant une hauteur de 163 pieds ; au mois d'avril 1773, un poète écrivait dans le London Magazine à propos de ce monument :

Let barbaric glories feast his eyes,

August pagodas round his palace rise

And finished Richmond open to his view

A work to wonder at, perhaps a Kew.

Un pavillon chinois dans « un jardin pittoresque » semblait devoir être aussi l'ornement obligé du parc de tout grand seigneur ou riche financier ; plus léger, moins encombrant, il remplaçait le petit temple classique rond, à colonnes, longtemps à la mode.

François Joseph Belanger, né à Paris en 1744, mort le 1er mai 1818, fut l'architecte préféré de p.065 ces folies exotiques. Ce fut à lui que le spéculateur Beaudard, dit de Saint-James, trésorier général de la Marine, confia en 1782 le soin de lui construire une superbe résidence — passée aux mains du duc de Praslin, qui y mourut mystérieusement en 1790, après la déconfiture du premier propriétaire — sur la route de Boulogne à Neuilly ; on comptait dans le parc : un vase chinois, un bac chinois, une glacière et un pavillon chinois, deux autres pavillons chinois, un pont chinois 1 ! Dans le voisinage de la Folie de Saint-James, Belanger avait construit en soixante-trois jours 2, pour le comte d'Artois, la résidence de Bagatelle ; dans les jardins, il avait bâti deux ponts chinois et une grande tente chinoise 3.

Le poète Lemierre a chanté Bagatelle :

Figurez-vous cette plaine riante,

Où, de Saint-Cloud s'étendant vers Neuilly,

Parmi les fleurs la Seine tournoyante

Cherche à fixer son cours enorgueilli. p.066

L'on n'y voit point de ces bruyantes cascades,

Dont nos regards sont ailleurs attristés ;

Mais de ces bords les tranquilles naïades

Invitent l'âme aux douces voluptés.

Du goût anglais imitateur fidèle,

L'art en ces lieux surpasse son modèle.

Bellanger dicte en souverain ses lois,

Et pour orner la beauté naturelle,

De tous côtés son adresse entremêle

Les verts gazons, et les fleurs et les bois.

Apollon trouve une gloire nouvelle

À s'y montrer sous les traits de d'Artois ;

Tous les plaisirs y viennent à son choix,

Et ce jardin, que sa voix immortelle,

En se jouant, a nommé Bagatelle,

Peut éclipser le jardin de nos rois.

Bélanger n'oubliait pas les siens ; il érigea un pavillon de bains chinois près d'une source, chez Mme Bélanger, à Santeny, dans le département de Seine-et-Oise 1. Nous avons aussi de cet architecte le plan d'un jardin pittoresque exécuté en 1780, rue des Victoires, renfermant un petit pont et un petit kiosque chinois 2.

Toutefois, ce fut l'architecte Jean-Augustin Renard, inspecteur des bâtiments du Roi, né le 28 août 1744 à Paris, où il est mort le 24 janvier 1807, qui construisit dans le jardin d'Arminvilliers, p.067 appartenant au duc de Penthièvre, deux pavillons chinois, l'un carré, l'autre octogone, avec une galerie couverte au pourtour de chacun, avec un pont naturellement 3.

On retrouve encore Renard à Valençay, chez le prince de Bénévent, où il construit deux ponts chinois dont Krafft a donné les plans, élévations, coupes et détails :

« Ces deux ponts, sans être d'une composition très élégante, ont cependant le mérite d'être conforme au style chinois et d'avoir quelques parties gracieuses et des détails soignés. 4

Parmi les architectes de jardins, nous relevons les noms d'Olivier, qui exécuta en 1790 les plans du parc de M. Moette [Moët ?], propriétaire à Épernay 5, renfermant un pavillon chinois ; de Mouillefarine architecte de l'habitation et des jardins de M. Camus, à Boulogne, également avec un pavillon chinois 6 ; de Mandar, architecte et ingénieur des ponts et chaussées, auteur du jardin pittoresque, avec pavillon chinois, du château de Madou, près de Blois 7 ; de Kleber, devenu un illustre soldat, architecte du prince de Montbéliard 1 ; de Gentil, qui p.068 a élevé le pavillon chinois, chez le comte d'Espagnac, rue d'Anjou-Saint-Honoré 2.

*

Voici encore un pavillon chinois, dans le parc de la Comtesse d'Albon, à Franconville-la-Garenne, dans la vallée de Montmorency 3 ; un autre dans le Désert de Monville, à une lieue et demie de Saint-Germain. Alexandre de Laborde s'écrie, au sujet de ce dernier :

« Cette fabrique est un exemple du mauvais goût qui régnait à cette époque, et de la dépense que l'on faisait pour ce détestable genre de magnificence. L'architecture chinoise ne donne l'idée, ni de l'élégance, ni de la solidité. Une sorte de légèreté et de papillotage est la seule chose qui le distingue un peu, et c'est tout au plus dans les jardins qu'il est convenable ; il faut alors qu'il soit p.069 très bien exécuté. Ce pavillon avait autrefois beaucoup de réputation. 4



10. Kiosque de Rambouillet. (D'après Le Rouge, dessiné par Bettini).

À Rambouillet et chez le duc d'Uzès, à Bonnelles, on voyait également un pavillon chinois 1 ; et M. Tronchin possédait un jardin chinois à Chaillot.



11. Pavillon de Bonnelles. (D'après Le Rouge).

*

Chantilly même pouvait s'enorgueillir de son pavillon chinois ; nous en trouvons une vue et la description, page 40 de l'ouvrage que Mérigot 1 a consacré aux jardins de cette princière résidence : p.070

Au centre d'une salle de verdure,

« le kiosque, dont nous donnons une Vue, est un pavillon chinois, surmonté d'une lanterne, et entouré de quatre pavillons plus petits, qui ont chacun, pour amortissement, une figure chinoise, jouant de quelque instrument de musique.

L'intérieur présente quatre grandes niches, dans chacune desquelles est un sopha, et au-dessus une cassolette chinoise : entre ces sophas et devant les trumeaux, sont des tables de marbre, et au-dessus, des tableaux et des bas-reliefs représentant des fêtes chinoises. On y voit aussi de termes chinois, adossés à des pilastres où sont posées des girandoles. Le plafond représente un ciel où voltigent des oiseaux chinois. Au milieu est un aigle qui semble tenir en son bec le cordon du lustre fait de fleurs émaillées : le meuble est d'une perse fort jolie ; les deux portes sont ornées de draperies retroussées avec grâce.

Lorsqu'on y donne des fêtes, des musiciens sont placés dans une partie circulaire de la coupole, de manière qu'on les entend sans les voir.

Wagner n'a rien inventé !

Le kiosque avait été construit par ordre de Louis-Joseph, prince de Condé, au centre du labyrinthe de Sylvie, en 1770-1771, par l'architecte Jean-François Leroy, né à Chantilly le 24 septembre 1729, p.071 et il fut détruit pendant la période révolutionnaire 2.

*

Entre 1780 et 1789, Marie-Catherine Brignolé, princesse de Monaco, plus tard épouse de Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, embellit le château et le parc de Betz, voisin de Senlis, qu'elle avait acquis des héritiers de la présidente Le Gendre. L'érudit M. Gustave Macon, conservateur adjoint du Musée Condé, nous a décrit les beautés de ce domaine, d'après un manuscrit de la fin du XVIIIe siècle resté inédit 1. Nous y retrouvons les inévitables « kioske » et pont chinois :

« À l'entrée de ce pont, vers le sud, sont deux pagodes chinoises mouvantes et dans le costume de cour, assises sur des rochers garnis de coraux, de coquilles et joucas. À l'extrémité vers le nord, sont deux dragons ailés à queues de serpent d'une immense longueur, têtes mobiles et triples gueules, tenant à chacune des sonnettes mouvantes et sonores. Ce pont est peint de différentes couleurs, avec les p.072 caractères hyérogliphiques de la Chine. Les dragons sont dorés, azurés et bronzés sur les diverses parties de leurs corps et ailes.

Le kiosque, que reproduit M. Maçon,

« est construit en chêne, de forme circulaire, avec décorations et architecture. Tout l'art de ce pays est prodigué dans ce petit monument. Il est orné de colonnes et entablements avec guirlandes tant sur ces colonnes que sur les pieds d'estaux et frises. Les serpents ailés, les coraux, les perles, les guirlandes, les œufs d'autruche, les sonnettes, tout y est placé avec le goût de ce pays. Cet édifice est couvert par un comble en pointes de forme concave, surmonté d'une colonnade circulaire de 5 pieds de haut. Au-dessus de chaque colonne sont des serpents ailés, tenant à leur gueule des guirlandes de perles et de coraux et couronnés par un gros serpent à triples ailes et triple tête. L'intérieur est décoré de vases peints dans le goût chinois, desquels sortent les fleurs et les fruits du pays. L'édifice est éclairé par 6 portes-croisées circulaires en glaces avec compartiments analogues. La calotte est décorée dans son plafond de serpents ailés et dragons, et d'autres animaux peints par Boquet. Du milieu de ce plafond, descend une boule de glace au tain sur laquelle on voit sur plusieurs positions différentes, autant de différents tableaux. Les planchers sont carrelés de marbres blanc et rouge de p.073 Flandre en compartiments circulaires tendant au centre.

Le peintre décorateur Boquet avait travaillé aux Petits-Appartements du Palais-Bourbon en 1778, et à la salle de spectacle de Chantilly en 1781. 2

Un kiosque chinois s'élevait également dans le jardin de l'Hôtel de Montmorency-Luxembourg, en bordure du boulevard Montmartre ; cet hôtel, qu'il ne faut pas confondre avec l'Hôtel de Montmorency bâti en 1775 à l'angle de la Chaussée d'Antin et de la rue Basse-du-Rempart, remplacé aujourd'hui par le Théâtre du Vaudeville, avait été construit en 1704, entre la rue Saint-Marc et le Boulevard, par Lassurance, pour Thomas de Rivié, Secrétaire du Roi, qui y eut pour successeurs, d'abord en 1714, le contrôleur des Finances Desmarets, puis en 1728, le duc de Montmorency-Luxembourg ; depuis le commencement du XIXe siècle, cet hôtel a fait place au Passage des Panoramas et au Théâtre des Variétés. Ce pavillon octogonal, à toiture relevée aux angles à la chinoise, était probablement en fer et servait sans doute à lorgner le beau monde défilant sur le boulevard ; on en voit des vues dans le recueil de Campion 1, dans le Voyage pittoresque de la p.074 France 2, et dans le XXe cahier des Jardins anglo-chinois de Le Rouge, 1788.


1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   12

similaire:

Par Henri cordier (1849-1925) iconRecherche du temps perdu : la médiation ruskinienne, par Henri Lema...

Par Henri cordier (1849-1925) iconAvinsermoe/”Rue du Cordier” lp/mm mo

Par Henri cordier (1849-1925) iconLe mirage des tours, par Henri Gaudin

Par Henri cordier (1849-1925) iconPar Henri Le Bihan, recteur de 1982 à 1991(Corbeille N° 132 & suivants)

Par Henri cordier (1849-1925) iconBibliographie Exposition 1925

Par Henri cordier (1849-1925) iconBibliographie : F. Feneon, «Les carnets de Henri Edmond Cross»
«Les carnets de Henri Edmond Cross», Bulletin de la Vie Artistique, 15 octobre 1922, p. 470

Par Henri cordier (1849-1925) iconPlainte contre la republique francaise
583 Chemin de Milord 40220 tarnos, représenté par M. Chevrat henri et M. Louis Pierre clementi

Par Henri cordier (1849-1925) iconHenri Michaux par René Bertelé
«Tous ceux qui ont fait de grandes choses les ont faites pour sortir d’ une difficulté, d ‘un cul-de-sac…»

Par Henri cordier (1849-1925) iconLa peinture d’Henri Martin mélange des éléments traditionnels et...

Par Henri cordier (1849-1925) iconSir Nikolaus Pevsner fait partie de la génération de savants et d'intellectuels...
«Gegenreformation und Manierismus», in Repertorium für Kunstwissenschaft, 1925; repris en anglais dans le tome I de Studies in Art,...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com