Par Henri cordier (1849-1925)








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15. Balançoire chinoise.

(Bibliothèque du Musée des Arts décoratifs).

« Elle prit son nom du genre de sa décoration ; elle fut construite dans la foire Saint-Laurent, et fit son ouverture le jeudi 28 juin 1781. On y trouvait un jeu de bague, une escarpolette orientale, un café dans un souterrain toujours frais, enfin un salon de danse. L'année suivante, il y eut de nouveaux jeux ; et, en 1783, pour célébrer la fête du Roi, on fit une p.090 illumination en verres de couleurs. En 1784, les amusements furent les mêmes ; mais pendant l'été de 1785, la Redoute n'ouvrit que deux fois sous le nom de Pavillon chinois. Le 25 mai, on y donna une fête extraordinaire, et elle termina ses jeux en même temps que la foire Saint-Laurent 1.
La balançoire était soutenue par un Chinois et une Chinoise ; Bettini l'a dessinée ainsi que le jeu de bague 2.

Les jeux de bague étaient alors fort à la mode ; nous en avons cité quelques-uns ; le jeu de bague chinois entouré d'un bassin qui se trouvait dans le jardin anglais du duc de Chartres, à Monceaux, était célèbre :

15. Jeu de Bague. Redoute chinoise à Paris.

(D'après Le Rouge, dessiné par Bettini).

« Trois pagodes chinoises portent un grand parasol qui couvre ce jeu. Ces pagodes, appuyées sur une barre horizontale, meuvent avec le plancher qui est sous leurs pieds. La mécanique, qui les fait tourner, est mise en mouvement par des hommes dans un souterrain pratiqué au-dessous. Des bords du plancher partent quatre branches de fer, dont deux soutiennent des dragons sur lesquels les messieurs montent à cheval : sur les deux autres branches sont couchés des Chinois soutenant d'un bras un coussin sur lequel p.091 s'assoient les dames ; ils tiennent d'une main un parasol garni de grelots, & de l'autre un second coussin pour poser les pieds. Aux bords du grand parasol sont suspendus des œufs d'autruche & des sonnettes... 1

Au Petit Trianon, à droite, avait été élevé le jeu de bague de la Reine, de style chinois ; il a été reproduit par la Société d'édition artistique de Paris, d'après une aquarelle de la Collection Parmentier ayant appartenu à Marie-Antoinette.

J'ai vu un projet par J. D. Dugoure de salon de jeu au milieu d'un lac, avec gondole, pavillon sur pilotis me rappelant la ville de Chang-haï avec pagode au fond. Ce projet a d'ailleurs été gravé par Dugoure et Berthault.

Il y eut à Paris, boulevard du Temple, un Café chinois au sujet duquel il est raconté une anecdote singulière 2.

*

Nous ferions preuve d'ingratitude, si nous ne rappelions pas les ombres chinoises qui au Théâtre Séraphin firent notre joie dans notre enfance, au Palais-Royal d'abord, au Bazar Européen, du p.092 passage Jouffroy, depuis.

« Il faut voir les Ombres chinoises de Séraphin, écrit Prudhomme. On remarque à la porte [au Palais-Royal] un crieur qui, depuis 6 h. du soir jusqu'à 10, étourdit les oreilles des passants par ces mots : Entrez, Messieurs, l'on va commencer tout à l'heure. 3

Ces figures découpées faisant une ombre sur un fonds lumineux, furent introduites d'Allemagne où elles étaient connues sous le nom de Schattenspiel en 1767 ; dans la Correspondance littéraire de Grimm, au 15 août 1770, il est question des Ombres à scènes changeantes. Le Théâtre Séraphin a eu son historien qui lui donne une origine différente :

« En l'année 1772, un jeune Lorrain, nommé François,... arriva un beau matin dans la ville de Versailles et demanda la permission qu'il obtint, d'établir dans le jardin Lannion 1 un spectacle d'un genre nouveau et jusqu'alors peu connu en France, que, selon toute probabilité, il avait rapporté de l'Italie où il avait assez longtemps séjourné. 2

p.093 Séraphin était le prénom de Séraphin Dominique, fils légitime de Jean-François et de Gabrielle-Jacqueline Louis, conjoints, né à Longwy, le 15 février 1747. Ce n'est qu'en 1784, que vint la vogue à cet amusement enfantin, lorsque Séraphin transporta son théâtre au Palais-Royal, dans la Galerie de Valois, à Paris. Le Répertoire de Séraphin comprenait 120 pièces dont 46 pour les marionnettes et 74 pour les Ombres chinoises ; parmi ces dernières, l'une d'elles avait pour titre : La Conquête de la Chine !

Un fantaisiste jugeait de la manière suivante du Théâtre de Séraphin :

« Il faut avouer que c'était un bien grand homme que le sieur Séraphin ! quel génie ! quelle imagination ! quelle vaste conception, en un mot quel homme ! personne ne peut disconvenir qu'il ne soit l'inventeur de toutes les ombres chinoises passées, présentes et futures. Grâces à lui, la notice des spectacles de la capitale est enrichie d'un théâtre de plus, et par une erreur involontaire nous avons omis d'en parler à l'article du théâtre français.

Si l'illustre Séraphin est mort, du moins son secret ne s'est point abymé avec lui dans la tombe. Il a rendu son successeur héritier de ses talens, et, malgré l'envie, on voit encore au théâtre des Ombres chinoises, des Pantins et des Pantines qui jouent la comédie, une mère Gigogne qui pond sur la scène comme une tortue, des p.094 enfans de la hauteur du doigt qui, en venant au monde, sont doués d'une voix forte et mâle, de petites poupées à ressort qui beuglent comme des taureaux, des palais de papiers enluminés qui servent de décors, des diables couleurs de rose qui font les galantins, des soldats de paille qui assiègent des citadelles de cartons, des canards qui traversent la rivière sur le ventre, enfin, des dindons qui dansent tout seuls, et cela en présence d'un nombreux auditoire qui se trouve à la portée des acteurs.

Mais pourquoi tourner en ridicule cette plaisante lanterne magique ? Si l'on ne trouve pas aux Ombres chinoises l'ombre du bon sens, du moins on n'a pas à y redouter les dangers de l'immoralité. Ce spectacle, en amusant tous les enfans et toutes les bonnes du quartier, remplit sa tâche, et certes il y aurait de l'injustice à lui demander davantage. Il fait tout ce qu'il peut et tout ce qu'il promet ; et l'on n'a pas le droit d'exiger au delà de ses forces. Il est à la hauteur de son répertoire et de ses amateurs ; pourquoi lui ferait-on le reproche de n'avoir pas le sens commun ? N'y a-t-il pas d'autres spectacles aussi pitoyables que celui-là, et qui de plus contribuent à dépraver les mœurs ? Que le lecteur remonte au chapitre du théâtre de Montansier et qu'il prononce 1 !... p.095

*

Et pourquoi accabler de notre dédain silencieux le modeste citrus vulgaris chinensis que sous le nom de chinois et noyé dans des bocaux d'alcool, les jeunes gens composant le monôme des taupins de l'École Polytechnique, vont dévorer une fois l'an, place de l'École, dans l'antique établissement de la Mère Moreaux, tradition qui remonte à une époque que les historiens de l'X n'ont pu fixer.

Dans son Tableau de Paris 2, Mercier au chapitre du Gourmand, écrit, pp. 345-8 :

« Jamais il ne passera rue Saint-Honoré sans entrer à l'hôtel d'Aligre... On y voit le temple fameux de la gourmandise... On peut acheter là, dans l'espace d'un quart d'heure, un repas complet tout préparé. Les jambons cuits de Bayonne, les gorges & langues cuites de Vierson, eh bien, on n'a plus qu'à les poser sur la table. Rien ne manque en ce lieu pour composer jusqu'au dessert, car vous y trouverez les dates du Levant, les figues marseilloises, les p.096 amandes princesses, la gelée d'orange de Malte & les petits citrons chinois confits...

*

Et le Fil au chinois ? Il ne date que de notre siècle ; il est la propriété de la maison Ph. Vrau & Cie, de Lille, dont le chef a eu l'obligeance d'écrire à un de mes amis :

« Je crois que le choix de la marque au Chinois a été fortuite. Mon grand père l'a déposée en 1847 pour tout fil de lin, coton et soie, mais il l'a surtout employée pour les fils de lin en écheveaux. Onze ans après en 1858, il a fait un dépôt plus complet pour les pelotes et il a choisi cette même marque pour l'appliquer au fil en pelotes.



16. Balançoire. Redoute chinoise à Paris.

(D'après Le Rouge, dessiné par Bettini).
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V

Vernis Martin — Albums — Paravents — Objets divers

Cabinet du duc de Chaulnes

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p.097 Nous savons par les voyageurs européens quelles étaient les marchandises exportées de Canton : outre les thés verts et noirs et les étoffes de soie, les principaux produits chargés sur les bâtiments étrangers étaient les étoffes de Nankin jaune, la porcelaine, la toutenague, le sucre en poudre et le sucre candi, le camphre, la cannelle, le radix de Chine, galenga, la rhubarbe, les ouvrages en bois, les feux d'artifice, etc. Il faut y ajouter les ivoires de Canton, les bois sculptés de Ning-po, les laques brun et or de Fou-tcheou et rouges de Pe-king, les bibelots en stéatite ou en pierre de lard, les vases et les divinités en pierre de yu (jade), et autres objets pour compléter la cargaison du navire, qui débarquait à Lorient le fret reçu à Canton. On trouve, par exemple dans un inventaire manuscrit et officiel de meubles de grand luxe commencé en 1716 et en 1732 — l'indication de vandèges, ainsi : p.098

« Une vandège de vernis de la Chine, fond noir, à fleurs et ornements dorés, représentant deux écrans, garnie d'argent, longue de deux pieds, huit pouces sur dix-huit pouces de large. 1

Un correspondant de L'Intermédiaire nous apprend qu'une vandège de vernis de la Chine est un plateau en laque de Chine : le mot français vandège n'est que le mot espagnol bandeja, francisé et prononcé, à la française, en substituant le v au b 2.

Il y avait des artistes experts dans l'emploi du vernis de la Chine. M. de Champeaux nous dit :

« Une des premières indications d'un travail de vernis se trouve dans le Livre commode de Pradel, publié en 1692, et si précieux pour l'état des sciences et des arts à la fin du XVIIe siècle. Il signale Le Roy à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, vis-à-vis le Croissant, comme peignant toutes sortes de meubles en vernis de la Chine. Il ajoute que Langlois père et fils aîné font des paravents et cabinets façon de la Chine d'une façon supérieure ; ils demeuraient grande rue Saint-Antoine, près celle de Charonne. Langlois le cadet, rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat, chirurgien, excellait pour les figures & ornements de la Chine. En 1655, p.099 Louis le Hongre enrichissait de peintures de vernis deux cabinets à Versailles, et il exécutait des peintures du même genre à Versailles (Comptes des Bâtiments du Roi). 1

Le perfectionnement par la famille des Martin des procédés de fabrication du vernis donna, comme le dit également M. de Champeaux, une grande extension à cette nouvelle production de l'art industriel.

« Il y a quelques années, les anciens hôtels de Paris renfermaient encore des décorations peintes par les Martin. Nous ne croyons pas qu'il en existe actuellement, et le dernier que nous ayons vu avait été placé dans l'hôtel Pontalba, après avoir été enlevé de l'hôtel d'Havré. Les panneaux étaient revêtus de personnages et de pagodes se détachant en or sur un fond noir, d'un travail assez sommaire. D'autres fragments, d'un meilleur style, avaient été acquis à la vente du marchand Monbro pour les collections de l'hôtel Carnavalet. Deux dessus de porte, entourés d'une bordure de bois découpé avec la plus grande richesse, sont les parties les mieux conservées de cet ensemble. Ils représentent des sujets de chasse et de pêche en Chine, et permettent d'apprécier une nouvelle face de cet art spécial, celui du vernis appliqué sur des ornements en relief. 2
p.100 On employa aussi de vieux laque du Japon ou de Chine pour décorer des meubles : on les ornait de bronzes en cuivre ciselé, comme ceux que le duc de Hamilton acheta en France. Riesener fut le grand artiste du mobilier de la fin du XVIIIe siècle.

« M. Jacquemard a publié, dans la Gazette des Beaux-Arts (1861), les lettres patentes autorisant la veuve Gosse et son gendre, François Samousseau, à établir à Paris une manufacture de vernis, façon Chine, pour l'appliquer sur toutes sortes de métaux, bois, cuir, carton, pierre, etc. ; à placer au-dessus de leur porte une inscription portant ces mots : Manufacture royale de vernis façon Chine, et à avoir un suisse à leur livrée. Le secret de ce vernis, découvert par le sieur Gosse, maître peintre-sculpteur et vernisseur, paraît s'être appliqué bien plus aux productions industrielles qu'à celles de l'art. Le magasin de Wolf est cité, en 1773, comme contenant une foule de petits ustensiles, nécessaires, boîtes et tabatières en beau vernis. 3

On expédiait aussi des albums peints avec soin à Canton sur le papier désigné par les Européens sous le nom de papier de riz, fabriqué en réalité avec la moelle de la plante aralia papyrifera ; le Cabinet des Estampes renferme un grand nombre p.101 de ces albums qui sortent d'ateliers bien connus mais relativement récents, de l'époque de Tao Kouang (Louis-Philippe).

Il a été de mode pour les Européens jusqu'à l'époque à laquelle je visitai moi-même la Chine, de faire peindre leur portrait sur de minces lames d'ivoire par des artistes cantonnais qui, en général, réussissaient fort bien dans leur œuvre, tout en bridant un peu trop, à la manière indigène, les yeux de leur modèle. On verra un spécimen de cet art dans le petit portrait peint sur ivoire par un Chinois, de Mme Ariana Revilliod, à l'Ariana de Genève, qui voisine avec un portrait par Massot, une terre cuite et un marbre modelés par Dufaux père de la généreuse donatrice.

Les missionnaires de Pe-King s'ingéniaient à trouver des objets qui pussent plaire à leurs protecteurs et amis de Paris : des éventails d'ivoire, du thé impérial, de l'encre de Chine, dont la meilleure est fabriquée à Houei-tcheou, dans la province de Ngan-houei, des feuilles de papiers peints, des peintures sur verre, des fleurs artificielles.

Il y avait parfois dans leurs envois des pièces particulièrement intéressantes, par exemple ce paravent de pierre dont j'ignore la destinée :

« Un paravent de pierre d'un goût singulier ; en dix pièces de six pieds de hauteur, sur neuf de largeur ; chaque pièce est composée de cinq p.102 planches de pierre, deux au-dessous, et la cinquième qui est au milieu, a près de deux pieds de hauteur. Ces planches sont de pierre de couleur de marbre blanc ; toutes peintes par deux des meilleurs peintres que nous ayons trouvés à Canton. Sur les dix grandes qui sont au milieu, est représentée une maison de campagne d'un empereur nommé Han ; on voit à la première deux servantes du Palais, dont l'une porte à la main un éventail, l'autre, lit, assise dans une maison retirée. À la seconde, l'empereur lui-même, en habit ordinaire, parle avec son ministre ; derrière lui, deux femmes se tiennent debout, comme pour le voir. Sur les dix planches qui sont immédiatement au-dessus, et celles qui sont immédiatement au-dessous de ces grandes, on voit des fleurs de différentes espèces, avec des oiseaux et des insectes.

Les cadres dans lesquels sont enchâssées ces planches, qui sont au nombre de cinquante, sont doubles. Ceux qui touchent immédiatement les planches sont faits d'un bois jaunâtre, appelé
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