Par Henri cordier (1849-1925)








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nang-mou. Si en France, cette couleur déplait, on peut les faire dorer. Les cadres externes, c'est-à-dire, ceux qui entourent ces cadres jaunes, sont du bois de fer d'une couleur qui tire plus sur le brun que sur le noir. Nous avons fait faire ces cadres de jeune bois, qui est moins pesant et moins fort, et, par conséquent plus susceptible à la sculpture ; au p.103 lieu que le vieux est pesant, et plus difficile à recevoir les impressions mêmes des instruments de fer. On n'a encore jamais pensé d'envoyer en France une pièce semblable, et nous osons nous flatter qu'elle plaira aux yeux français ; sans compter bien d'ouvrage qu'on y peut remarquer, nous avons vu travailler sous nos yeux deux anciens peintres, pendant plus d'un mois consécutif. La peinture a cependant des défauts, surtout, par rapport à la perspective, mais on sait que les Chinois n'excellent pas dans cet art.

Le Chinois Yang qui décrivait ce paravent dans une lettre du 14 novembre 1765, traite de la pierre dont on s'est servi pour le faire dans une autre lettre adressée de Canton le 29 novembre 1767.

« La facilité avec laquelle les couleurs pénètrent les pierres sans perdre leur vivacité, et qu'on admire en France, ne vient pas de l'art, elle est l'effet de la nature de ces sortes de pierres blanches. En Chine même, les couleurs ne pénètrent pas toutes les pierres sans se changer considérablement. Je ne connais que deux sortes de pierres en Chine, lesquelles conservent toute la vivacité des couleurs qu'on y applique. La première se tire dans les montagnes d'une ville de la province de Chan-tong ; la deuxième dans une ville ou plutôt près d'une ville nommée Tchao-King, à deux journées, environ, de Canton, et c'est la p.104 pierre dont on fait des paravents. Je ne sais si ailleurs il y a des carrières de ces sortes de pierres. Selon ce qu'on m'a dit, ces pierres blanches sont en grosses masses cubiques ; on les détache de dessus les montagnes, et on les met en planches, par le moyen d'une scie avec du sable, à peu près, comme on scie le marbre en France. Ensuite, on les polit avec une pierre plus dure : après cela, on les peint avec des couleurs. La peinture étant faite, on y met une couche de cire, en faisant chauffer les planches, puis, on tâche d'ôter, le plus qu'on peut, de cette cire, avec un couteau de bois. Il y reste toujours un peu de cire, qui ne se peut ôter, et c'est ce qui empêche que les couleurs ne s'effacent. 1

Ce paravent paraît avoir vivement piqué la curiosité à Paris, car je trouve la note suivante dans une lettre du père Cibot, de Pe-King, 26 octobre 1778 :

« Je n'ai que des souvenirs confus du paravent, dont les pères Yang et Ko m'ont beaucoup parlé. Le peintre qui travaillait pour eux était un néophyte ; leur retour le mit au comble de la joie. Il voulut se surpasser, et s'étant assuré des artistes qui avaient travaillé pour la cour à Sou-tcheou, il peignit le paravent, d'après un secret qui lui était particulier, et qu'on dit avoir péri avec lui. Je ferai p.105 toutes les recherches qui dépendront de moi. Je sais d'ailleurs que les pierres peintes qu'on offre à l'empereur viennent d'ailleurs. Ce qui sort du grand atelier de Yang-tsing n'est que pour les Tartares errans, qui ne sont pas délicats. Si Dieu dispose de moi, M. Bourgeois fera pour moi tout ce qui dépendra de lui.

On rencontrait aussi des objets bizarres, par exemple ce remède étrange :

« Deux pains de colle de peau d'âne. L'usage pour les poitrinaires principalement ceux ou celles qui crachent le sang est connu de beaucoup de personnes. On en met chaque fois un gros et demi ou deux gros dans du bouillon bien chaud. La colle se fond et on prend ensuite le bouillon, ou le matin ou le soir, ou bien le soir et matin. On peut continuer à en prendre sans aucun inconvénient dès qu'on s'en trouve soulagé. La plus ancienne est la meilleure. Celle-ci a plus de cent ans.

Dans une lettre de Yang, écrite de Canton, le 29 décembre 1767, on lit :

« On attribue la vertu de ce remède [la colle de peau d'âne] à l'eau d'un puits qui est à trois lieues de la ville de Tong-nge, dans la province de Chan-tong. J'en ai acheté dans mon voyage, parce que p.106 cette ville de Tong-nge se trouve dans la route de Pe-King au Kiang-si, par terre. La colle de peau d'âne se nomme en chinois du nom de la ville. On l'appelle Nge-Kiao ; Nge est la dernière syllabe du nom de la ville et Kiao signifie colle. 1

Cette colle est encore fort estimée comme tonique et on la tire aujourd'hui toujours de Toung-ngo hien, dans la province de Chan-toung, sous le nom de O-Kiao ou de A-Kiao. Ceci n'a d'ailleurs rien de surprenant dans une pharmacopée qui comprend la carapace des sauterelles, les scorpions et les lézards desséchés, les mille-pieds, les écailles de crocodile et de pangolin, la peau de serpent, les os de tigre, les cornes de cerf, la fiente d'oiseau ; pharmacopée bizarre, assurément, pas beaucoup plus cependant que la nôtre à une époque qui n'est pas lointaine.

Les missionnaires avaient le sentiment de l'actualité. On sait que la Chine, particulièrement à l'ouest et au sud-ouest, renferme un grand nombre de races non chinoises ; en 1775, l'un des plus considérables de ces groupes sauvages était particulièrement répandu dans la région difficile de Kin-tch'ouan, sur les frontières des provinces du Se-tch'ouan et du Kouei-tcheou. Ils étaient divisés en deux petits États, Siao Kin-tch'ouan et p.107 Ta Kin-tch'ouan. Chacun avait son chef, qui, lorsque le besoin de vivre se faisait sentir, n'hésitait pas à descendre des hauteurs et à lancer ses guerriers sur les possessions chinoises pour se ravitailler. Aujourd'hui encore, l'enclave des Miao-tseu est une des meilleures sources de revenu de grandes villes du Kouang-si, comme Nan-ning. Il fallait réduire ces pillards ; on mit à la tête des troupes impériales un général célèbre, A-Kouei, qui s'était distingué dans la guerre des Éleuthes, sous le général Fou-té. Malgré des difficultés énormes de terrain, les sauvages, en dépit de leur résistance héroïque, furent obligés après des pertes considérables de se soumettre. Le père Félix da Rocha, qui fut président du tribunal des Mathématiques après le père von Hallerstein, était parti de Pe-King le 20 août 1774, pour dresser la carte du pays des Miao-tseu. Cette campagne, que l'empereur K'ien-loung voulut célébrer dans un poème écrit par lui-même, fait peu d'honneur aux Chinois ; K'ien-loung souilla la victoire par le massacre des chefs miao-tseu envoyés prisonniers à Pe-King. 1

Nous ne sommes donc pas surpris si le 27 septembre 1777, le père de Grammont envoyait de Pe-King :

« Un poignard, d'environ deux pieds de long, et dont la poignée et le fourreau sont montés p.108 en pierres obscures, rouges et bleues. Cette armure est en usage chez les Miao-tseu, peuple du Kin-tchouen, nouvellement subjugué par l'empereur régnant. Ce qu'elle a de singulier, n'est pas certainement la belle eau, ni le beau feu des pierres qui sont cependant estimées à Pe-King, mais le travail et la préparation des différentes couches de fer, dont la lame est composée. M. da Rocha, missionnaire portugais, qui est revenu cette année du Kin-tchouen, où il avait été envoyé par l'empereur, pour en dresser une nouvelle carte, m'a assuré que cette lame était un ouvrage de dix ans. J'aurais bien voulu savoir de lui en quoi consiste cette préparation, et quel est le secret des armuriers du Kin-tchouen, pour être si longs dans la perfection d'un tel ouvrage. Il ne m'a donné là-dessus aucun éclaircissement ; tout ce qu'il en savait, c'est qu'on ne cesse de tourmenter du fer, de le battre et de le rebattre, jusqu'à ce qu'il ait acquis ce massif, cette dureté, cette inflexibilité qu'il a. 2

Dans son Voyage du Parnasse 1 paru sous le voile de l'anonyme en 1716, Limojon de Saint-Disdier nous décrit, p. 174, le cabinet d'un curieux :

« C'est une pièce ovale revêtue du haut jusques p.109 en bas de morceaux de lacq de la Chine d'une grandeur & d'une beauté surprenante.

On aura d'ailleurs une idée de la variété des objets expédiés de la Chine, par le catalogue qui nous a été conservé de la collection d'un grand seigneur ; le Cabinet d'histoire naturelle, d'antiquités et de curiosités chinoises du duc de Chaulnes occupait plusieurs pièces du second étage de l'hôtel de ce mécène, au n° 45 de la rue de Bondy 2 :

Catalogue des objets chinois les plus importants

du duc de Chaulnes 3

1° Beaucoup d'habillements d'hommes et de femmes du premier rang et de la plus grande beauté.

2° Un étendart chinois de soie olive brodé or et en couleur.

3° Jonque chinoise de 5 pieds de long sur 4 ½ haut avec ses voiles de nattes de toile, banderolles, etc.

4° Matelas chinois de 6 pieds de long sur 20 pieds.

5° Un bouclier chinois de laque noir de 18 p. de diamètre.

6° Un observatoire chinois de porcelaine de toutes couleurs garni en bronze et surmonté d'une sphère aussi en bronze.

7° Un coffre chinois en nacre de perle de 9 p. de long sur 5 pouces ½ de haut et 4 p. de largeur.

8° Sur un petit bassin de cuivre émaillé un rocher de p.110 10 pouces de haut au pied duquel est une grue, plusieurs petits arbres avec deux enfants dont l'un tient une poule et l'autre puise tant qu'il y a de l'eau dans le rocher.

9° 3 Comédiens d'environ 5 pieds de haut de bois doré.

10° 2 Pagodes de la même dimention que des noyaux de fruits n° 676 de bouclier.

11° Théière de Porcelaine dans sa boîte de Palissandre avec cercles équerres et ornement en cuivre blanc.

12° Instrument de 25 p. de haut appellé hum lo sur 15 de largeur contenant 10 timbres avec un tiroir ou toutes les baguettes d'écaille et d'ivoire peint rouge vert et or.

13° Sabre chinois de 30 p. de long garde montée en cuivre avec tresse de soie bleue, fourreau en peau de requin blanche.

14° Travaux de la porcelaine dessin color. liv. d'un pied de large sur 14 p. de long couvert en mandarin.

15° Tcha-Ping de 11 p. de long sur 8 de largeur.

16° 2 modèles d'enseignes chinoises, avec leurs bâtons rouges de 4 pieds de long.

17° Un bouquet d'ailes de mouches cantarides.

18° Un bonnet de femme chinoise en filigramme d'or orné de perles et de rubis.

19° 4 aiguilles chinoises portant des fleurs en plumes des plus vives couleurs.

20° 3 autres aiguilles en filigrames de similor avec faux rubis.

21° Un arbuste chinois d'ivoire colorié dans un baquet carré d'écailles avec trois oiseaux blancs aquatiques décoré et de composition. p.111

22° Bouquet chinois de Narcisse en ivoire il y en a dix sur quatre différens pieds avec leurs oignons et raies.

23° Femme chinoise dans un cabriolet, l'autre esclave qui la pousse.

24° 2 tabourets de bois d'acajou de 15 pouces de haut et 13 en carré.

25° Une lanterne chinoise exagone en carton découpé à jour, doublé en gaze jaune et redoublée de mandarin de 10 pouces de haut et 10 pouces de diamètre.

26° Chauffrette en mosaïque avec anse de 7 p. de haut sur 5 de large.

27° Un vase d'ivoire à jour avec 9 anses carrées de chaîne d'ivoire.

28° Ta en nacre découpé à jour octogone de 30 pouces de haut grand diamètre dans le bas 6 pouces.

29° 2 lanternes chinoises exagones en bois de grenadille en gaze violet aprêté le panneaux de 15 pouces sur 7.

30° Un chevalet d'ancien laque noir pour le miroir chinois.

31° Deux jeux de cartes l'un de 36 plus grand, l'autre de 60 plus petit.

32° Une planche d'impression chinoise en bois.

33° Une paire de lunette.

34° Une cage de verre de 28 p. de long sur 14 de haut et 0,7 de profondeur, contenant un tonton et une poule d'or.

35° Un poignard courbe de 8 pouce de long.

36° Un jeu chinois appellé Au glou, plateau de bois de grenadille incrusté d'ivoire de 16 p. de longueur sur 1 pied de largeur et 18 de profondeur, dans lequel p.112 on joue avec 15 quilles de buis, 15 de bois de grenadille.

37° Damier de 19 p. en carton couvert de satin bleu bordé de mandarin.

38° 2 paniers de 4 p. carrés contenant l'un 200 dames d'un émail noir l'autre 200 d'un émail bleu.

39° Coquilles servant de vitres.

40° L'explication gravée en chinois et en français par les jésuites d'un jeu chinois.

41° Un livre sur les jeux de Dominos appellés Kou pai.

42° Un livre sur les jeux d'échecs appellés Au glou.

43° Un livre d'anatomie avec figures 7 cahiers.

44° Un livre sur le jeu de dames en 5 cahiers.

45° Un plan de Pékin de 3 pouces ½ carré.

46° Un livre sur le vernis en Chine.

47° Un cahier séparé qui traite de tous les jeux de la Chine.

48° Un porte chapeau chinois de porcelaine de 10 pouces de haut et 6 carrés il est de deux pièces dont l'une tourne pour éparpiller les houpes des bonnets chinois.

49° Une boule chinoise de 3 p. de diamètre.

50° Un chapeau chinois de rotin tressé dont le centre qui porte 6 p. de diamètre est du dessin de la plus grande finesse. Le diamètre grand est de 19 pouces sur 50 de hauteur avec plaque à écaille supérieure.

51° Un rezeau qui est un harnais de cheval chinois de 2 aunes ½ de long sur 2 pieds de large.

52° Un lit de femme en Bambou de 5 pieds de long sur 3 pieds ½ de largeur.

@

VI

Livres chinois — Voltaire. Diderot. Jean-Jacques Rousseau. Montesquieu. Helvétius

Théâtre — Pamphlets

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p.113 La Chine se fit aussi connaître en Europe par ses livres : le père Philippe Couplet, lors de son voyage en Europe, en 1680, révéla les Livres Classiques de Confucius traduits par Ignacio da Costa, mais le premier apport sérieux de livres chinois en Europe est dû au père Joachim Bouvet qui revenant de Pe-king en 1697 remettait au Roi, de la part de l'Empereur K'ang hi, quarante-neuf volumes chinois en échange desquels Louis XIV envoya un recueil de ses estampes dans une magnifique reliure : lors de cette acquisition, la Bibliothèque du Roi possédait quatre volumes chinois provenant des collections du cardinal de Mazarin ! Grâce à diverses cessions, en particulier du Séminaire des Missions étrangères, en 1720 la Bibliothèque du Roi comptait un peu plus d'un millier de volumes et ce nombre s'accrut rapidement par la grande collection de livres rapportés p.114 par le père Foucquet en 1722 et par les dons des missionnaires de Pe-king, en particulier, du père Parrenin et du père de Prémare. En 1773, l'Empereur K'ien loung ordonna l'impression d'une Bibliothèque des ouvrages les plus estimés en Chine qui devait se composer de 160.000 volumes. Les jésuites envoyèrent de Pe-king ces éditions impériales qui font aujourd'hui l'ornement de la Bibliothèque nationale ; d'ailleurs ces missionnaires inlassables dans leurs efforts et dans leur travail envoyaient mémoire après mémoire, et leurs manuscrits sont la base des grandes collections connues sous les titres de Description de la Chine, par Du Halde, de Lettres édifiantes, de Mémoires concernant les Chinois.

*

La littérature comme l'art allait puiser largement à la source nouvelle que lui offrait la Chine. Voltaire avait lu les ouvrages de Gonçalez de Mendoza, Henning, Luis de Guzman, Semedo, Gaubil, les lettres du père Parrenin, et surtout la
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