Prologue La maison enchantée








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La femme immortelle

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Ponson du Terrail


BeQ

Ponson du Terrail

La femme immortelle

roman

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 1188 : version 1.0


Du même auteur, à la Bibliothèque :
L’héritage mystérieux

Le club des Valets-de-Cœur

Les exploits de Rocambole

La baronne trépassée

La femme immortelle

Numérisation :

Ebooks libres et gratuits

Relecture :

Jean-Yves Dupuis

Prologue



La maison enchantée



I


Au moment où minuit sonnait, les portes de la salle à manger s’ouvrirent à deux battants et un chambellan annonça que le souper de Son Altesse royale, monseigneur le duc Philippe d’Orléans, régent de France, était servi.

Les convives étaient peu nombreux, mais choisis.

Madame de Sabran, maîtresse de Son Altesse, faisait les honneurs ; M. de Nocé et M. de Simiane, les deux favoris par excellence, avaient été chargés des invitations, et le cardinal Dubois avait bien voulu les prier d’en adresser une à un gentilhomme de province, son parent, qui n’était pas venu à Paris depuis quarante années, mais que monseigneur Gaston d’Orléans, frère du feu roi et père de Son Altesse royale, avait eu à son service.

Le Régent, à qui on avait soumis la liste, voyant ce nom, s’était écrié :

– Mais, compère, que veux-tu que nous fassions de ce sexagénaire ?

– Il est fort gai, avait répondu Dubois ; et puis il sait une foule d’anecdotes sur l’ancienne cour.

– Et tu dis qu’il a servi mon père ?

– En qualité de valet de chambre.

– Il y a quarante ans ?

– Peut-être quarante-cinq, monseigneur.

Le Régent n’avait pas insisté.

Or donc, à minuit on se mit à table.

Cependant deux places demeuraient vides, et madame de Sabran observa qu’on avait mis deux couverts de trop.

– Non pas, ma chère belle, répondit Philippe d’Orléans. L’un de ces couverts est destiné au parent de Dubois, et l’autre est celui de ce pauvre chevalier d’Esparron.

Ce nom, prononcé mélancoliquement par le Régent, répandit une vague tristesse parmi les convives.

– Pauvre d’Esparron ! dit madame de Sabran ; un si gai compagnon, un garçon si spirituel !

– C’est pour cela, mes amis, que, pendant six mois il aura son couvert ici, bien que nous nous soyons tous résignés à ne plus le revoir.

– Hélas ! monseigneur, fit le cardinal, Votre Altesse royale trouvait plaisant, au commencement, de conserver le couvert du chevalier ; elle disait même que le chevalier ne pouvait manquer de revenir prendre sa place un jour ou l’autre... Mais, d’après le rapport de police que j’ai reçu il y a trois jours, je crois qu’on peut enlever le couvert, et que le seul et dernier service qu’on puisse encore rendre au chevalier est de lui faire dire des messes.

– Vraiment, cardinal, dit la marquise de Sabran, vous croyez que le chevalier est mort ?

– Un homme de la cour ne disparaît pas, madame. Il est assassiné, répliqua Dubois.

– Mais par qui ?

– Voilà ce que tous mes limiers ont vainement cherché.

Le Régent soupira :

– Voici quatre mois que d’Esparron nous a quittés, un soir, et que nous ne l’avons jamais revu. Où est-il ? qu’est-il devenu ? Par le Béarnais mon aïeul ! continua Philippe d’Orléans, c’est chose plaisante, en vérité, moi régent, qu’on fasse disparaître, en plein Paris, un homme que j’honorais de mon amitié.

– Mais enfin, dit M. de Nocé, qui n’avait pas desserré les dents jusque-là, que savez-vous au juste, cardinal ?

– Ce que je vous ai déjà dit, et pas autre chose, répondit Dubois.

– Excusez-moi, observa Simiane, j’arrive du fond de mes terres, et je ne sais absolument rien, moi.

La porte s’ouvrit en ce moment, et le convive prié sur la demande de Dubois fit son apparition sur le seuil.

Dubois alla le prendre par la main et le présenta à Son Altesse royale en disant :

– Monsieur le marquis de la Roche-Maubert.

C’était un homme de haute taille, un peu voûté cependant, les cheveux entièrement blancs, mais le visage jeune encore, l’œil vif, la lèvre sensuelle, et d’une parfaite distinction de manières.

Pour un homme qui vivait depuis quarante ans en province, en un vieux manoir de Normandie, le marquis n’était, certes, ni ridicule, ni emprunté.

Ses habits étaient au goût du jour, et il salua les dames en homme qui les avait beaucoup aimées et qui les aimait encore peut-être.

– Pardieu ! fit le Régent, votre nom, marquis, était sorti de ma mémoire, mais non votre personne. Je vous reconnais maintenant, vous étiez chez mon père.

– Oui, monseigneur.

– Et c’est vous qu’il appelait familièrement Maubertin ?

– Précisément, monseigneur.

Le marquis s’étant mis à table, M. de Simiane renouvela sa question :

– Mais dites-moi donc comment le chevalier a disparu ?

– Eh bien, reprit Dubois, le chevalier d’Esparron nous est arrivé un soir encore de plus belle humeur que de coutume.

– Ah ! ah !

– Il nous a montré un billet qu’il avait reçu dans la matinée. Ce billet, ambré, parfumé, tracé par une main de femme, et ne portant aucune signature, lui assignait un rendez-vous au bord de l’eau, dans un cabaret bien connu, qui est sur l’emplacement de l’ancienne tour de Nesles. Le rendez-vous était pour deux heures du matin.

– Et il y est allé ?

– Oui. Le lendemain, nous l’avons attendu. Nous étions fort curieux de savoir si la personne était de la cour ou de la ville, et nous avions même engagé de nombreux paris là-dessus. Mais, le lendemain, ni les jours suivants, d’Esparron n’est revenu. Alors, monseigneur s’est ému, et il m’a commandé de mettre la police en campagne.

– Et la police n’a rien trouvé ?

– Elle n’a pas retrouvé d’Esparron, mais elle a pu suivre sa trace pendant vingt-quatre heures.

– Comment cela !

– Le cabaret où était le rendez-vous se nomme la Pomme d’Or ; il est tenu par une femme qu’on appelle la Niolle.

– Singulier nom, observa madame de Sabran.

– Nos limiers sont donc allés à la Pomme d’Or, et ils ont menacé la Niolle de l’emprisonner si elle ne révélait où était passé le chevalier d’Esparron. La Niolle a raconté alors, et tous les gens à son service ont appuyé son dire, que le chevalier était arrivé le premier ; puis une femme qui portait un loup de velours noir sur le visage, mais qui paraissait fort belle, est venue un quart d’heure après, en bateau, et son bateau, que deux mariniers, pareillement masqués, conduisaient, est demeuré amarré sous les fenêtres du cabaret.

« Le chevalier et l’inconnue ont soupé tête à tête.

« Au petit jour, la dame au loup est sortie seule de la chambre, et, mettant une poignée d’or dans la main de la Niolle, lui a dit :

« – Il dort... ne le réveillez pas... Je reviendrai la nuit prochaine.

« Comme une partie de la journée s’était écoulée sans qu’on eût entendu le moindre bruit dans la chambre du chevalier, reprit Dubois après un silence, la Niolle a fini par entrer.

« Le chevalier dormait, sa chemise ouverte, et la Niolle a remarqué qu’il avait au cou comme une piqûre d’épingle...

Comme le cardinal donnait ce détail, le marquis de la Roche-Maubert fit un brusque mouvement sur son siège.

– Qu’avez-vous donc ? lui demanda son voisin.

– Oh ! rien... un souvenir... Excusez-moi, balbutia le vieillard, vivement ému.

Mais cet incident passa presque inaperçu tant le récit de Dubois intéressait.

Le cardinal poursuivit :

– Il dormait de si bon cœur que la Niolle se retira sur la pointe des pieds.

« Le soir, la dame revint avec ses deux bateliers, masqués comme elle.

« La Niolle servit un second souper, qui se prolongea fort avant dans la nuit ; puis la dame quitta le cabaret, emmenant, cette fois, le chevalier d’Esparron, qui était fort pâle, mais dont les yeux étincelaient comme ceux d’un fou.

« Le chevalier prit place à côté d’elle dans la barque et depuis on ne l’a plus revu.

« J’ai fait menacer la Niolle de la question, on l’a même conduite devant un juge criminel pour essayer de lui arracher des aveux ; mais elle n’a rien dit, par l’excellente raison qu’elle ne savait rien de plus.

– Et la femme n’a pas ôté son masque devant elle, ni devant personne du cabaret ? demanda le marquis de la Roche-Maubert avec un redoublement d’émotion.

– Personne n’a vu son visage.

Alors le vieux gentilhomme s’adressant au Régent :

– Monseigneur, dit-il, voici quarante-cinq ans que pareille aventure m’est arrivée.

– Mais pas avec la même femme, j’imagine ? fit le Régent.

– Hé ! hé ! qui sait ? dit le vieux gentilhomme. Ce serait la même que ça ne m’étonnerait pas...

Cette fois quelques-uns des convives se récrièrent, tandis que les autres, et avec eux le Régent, regardaient le marquis avec un étonnement qui aurait pu se traduire par ces mots : Aurions-nous affaire à un fou ?

– Vous ne me croyez pas, je le vois bien, dit gravement le vieillard ; mais si monseigneur le permet, je vous dirai une bien étrange histoire, allez, et vous verrez que la femme vampire n’est point une fable.

– Comment ! elle était vampire ?

– Elle s’est nourrie de mon sang pendant trois mois.

– Mais parlez donc, marquis, fit le Régent, pris d’un accès de curiosité.

Et les convives se suspendirent, haletants, aux lèvres du vieux marquis de la Roche-Maubert.
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