Journal du Palais – 26 juillet 2004








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Journal du Palais – 26 juillet 2004

Maryline Martin :

La fervente du château



La directrice du chantier médiéval de Guédelon, dans l’Yonne, est convaincue, depuis longtemps, que « tout est possible ». Cette femme de cœur, qui est d’abord un bâtisseur, a trois passions : sa fille, son château fort et la Puisaye.

L’eau a coulé sous les ponts de l’Yonne depuis que Guy Roux la faisait sauter sur ses genoux, chez son père, dans les années 70 ! Maryline Martin, c’est d’abord la fille d’Emile Martin, un entrepreneur du BTP qui fut un des premiers animateurs de l’AJA. A Auxerre, tout le monde connaît cet ancien président de la Fédération régionale du Bâtiment que Maryline se rappelle avoir vu, pendant ses années de jeunesse, enchaîner les visites de chantiers, bardé de plans d’architectes, la tête pleine de projets de construction. Un seigneur, un bâtisseur, Emile !

Au lycée Jacques-Amyot, Maryline passe son bac, option « dessin et histoire de l’art ». Sur les traces de son père ? Ce serait trop facile. A Paris, où elle apprend le chinois aux Langues O, elle découvre que le monde ne se borne pas aux tribunes du stade de l’Abbé-Deschamps et aux haies vives de Fontaines, le village de Puisaye où la famille a ses racines. « La Chine, pour moi, petite bourgeoise de province, ce fut la révélation que le monde était illimité, que tout était possible ! » Elle entre au groupe Pier Import où elle touche à tout : vente de produits exotiques, gestion d’entrepôts, ouverture de magasins dans toute l’Europe. Douze ans d’expériences multiples, avant de démissionner pour revenir au pays, un bébé de trois ans sous le bras. La petite Lou grandira donc en Puisaye, au milieu des bois et des étangs sauvages. Pour sa maman, c’est un retour aux sources. Dans tous les sens du terme.

En juillet 1992, Maryline Martin fonde l’association Emeraude, dont la double vocation est de réinsérer des chômeurs et de défendre l’environnement : elle emploie cinquante personnes en insertion… et en cuissardes, à curer les rives délaissées du Cousin, du Serein, de l’Armançon ou de l’Ouanne. Contacts humains exceptionnels, immersion quotidienne dans le milieu naturel, engouement pour le travail manuel : « Des années de bonheur complet ! »

UNE IDEE DE FOU



Un soir de 1996, dans un dîner d’amis, elle rencontre Michel Guyot, le propriétaire du château de Saint-Fargeau. L’homme est séduisant, mais, visiblement, il est cinglé : entre la poire et le fromage, il explique qu’il veut construire un château fort, un vrai, au cœur de la Puisaye, dans les conditions du XIIIème siècle ! Un doux dingue, Michel Guyot ? Maryline ne partage pas l’avis de ses voisins de table. Au contraire, l’idée lui semble géniale. Entre l’entrepreneur visionnaire et l’écolo hyperactive, le courant passe. Dès le lendemain, elle le revoit et s’embarque avec lui pour ce qui allait être une longue traversée et une folle aventure professionnelle. L’aventure de sa vie.

Il est vrai qu’il fallait être fou pour se lancer à la recherche d’un site géologique adapté, où quelques dizaines de jeunes gens idéalistes et musclés allaient abattre et équarrir des chênes centenaires, puis extraire d’une carrière improvisée d’énormes blocs de grès ferrugineux et creuser les fondations d’un authentique château fort, selon les canons architecturaux du temps de Philippe Auguste, en renonçant à toutes les techniques modernes ! Bientôt, dans la forêt de Guédelon, à une portée d’arbalète de Saint-Fargeau, un chantier inédit voit le jour : une trentaine d’ « oeuvriers » (carriers, tailleurs de pierre, bûcherons, charpentiers, charretiers) en habits d’époque s’activent sur un champ de terre ocre où, déjà, quelques milliers de visiteurs écarquillent les yeux à la recherche du temps jadis.

Maryline a avalé des dizaines de livres savants sur le moyen-âge. Elle a appris la terre, le bois, la pierre, le sable. Elle a découvert le ciseau à bois, la doloire, l’archipendule, la bisaiguë et le treuil à tambour. Elle a su convaincre les sponsors, rassembler des spécialistes, gérer les bonnes volontés, attirer les médias, séduire les tour-opérateurs. Pari tenu. Sept ans plus tard, le château fort sort lentement de terre. Les visiteurs distinguent des murailles, une poterne, un pont dormant, et les rondeurs mystérieuses de la future tour maîtresse, qui mesurera 30 mètres de hauteur. Le succès est indéniable : 200.000 entrées payantes par an ! Le « chantier médiéval » de Guédelon est aujourd’hui le deuxième site payant visité en Bourgogne, après les Hospices de Beaune. Qui l’eût cru ?

A Guédelon, nous sommes en 1235. La folle entreprise durera encore deux décennies. Maryline en sera-t-elle toujours la directrice ? Elle n’a pas le temps de se poser la question. Son château fort est une passion exclusive. A peine lui vole-t-elle quelles heures pour participer aux travaux du Conseil de développement du « pays » de Puisaye-Forterre, où ses appels à « préserver la nature » sont écoutés. Développer, construire, oui, mais dans le respect de l’environnement ! Maryline sait de quoi elle parle. Chaque soir, elle rentre chez elle à la fraîche, à pied, par des chemins connus d’elle seule, en longeant des étangs déserts. Ce paysage-là n’a pas changé depuis le moyen-âge.

BERNARD LECOMTE


Maryline Martin en cinq dates



1960

Naissance de Maryline Martin à Auxerre, le 13 avril.
1989

Naissance de sa fille Lou, le 2 mai.
1992

Création de l’association Emeraude, en juillet.
1997

Pose de la première pierre du château de Guédelon, le 20 juin.
1998

Ouverture de Guédelon au public, le 1er mai.

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