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Notes Historiques



Sur Villepreux
(Seine et Oise)

H. LEMOINE

Saisie Jacques Delaune


Société Histoire et d’Archéologie de Villepreux

Novembre 20085



Notes historiques sur Villepreux


A l’ouest de Versailles s’étend un grand plateau de forme rectangulaire, limité au nord par la forêt de Marly, et au sud par une ligne de petits bois (Saint Cyr, Les Clayes, Plaisir). Cette vaste plaine se termine à l’est à la vallée de la Mauldre qui la coupe du sud au nord.

Peu boisée actuellement, sauf vers Grignon et Wideville où il reste de grands parcs, elle était autrefois parsemée de remises de chasse et de boqueteaux qui ont presque tous disparu au cours du XIXème siècle.

Au centre de ce plateau, il existe une dépression relativement assez profonde, où coujle le Rû de Gally, issu du parc de Versailles et qui va se jeter dans la Mauldre entre Beynes et Mareil. (Le Rû de Gally – avant leur dispartition – les eaux des étangs des Glagny et de Glatigny.

Le pays qui s’étend de Viroflay à Villepreux portait autrefois le nom de « Val de Gally », et quelques bourgs de lé région – Saint Cyr entre autres – étaient dits « au val de Gally ».

Villepreux est aujourd’hui un gros village paysan de 710 habitants (recensement de 1931), tous agriculteurs, ouvriers de ferme ou petits commerçants : il n’a pas été frappé –heureusement – de la plaie des lotissements : on y mène une vie calme, retirée, reposante, et loin de l’agitation des grandes villes !



I



De l’époque mérovingienne à la fin du XVIème siècle



Villepreux fut certainement un de lieux les plus anciennement habités du Val de Gally. Au XVIIème siècle, on a voulu en faire remonter l’origine à l’époque romaine, en l’identifiant avec le « Diodurum » qui figure sur l’itinéraire d’Antonin, route de Rome à Paris par Evreux et Dreux. Le distance correspondrait à peu près, mais la philologie empêche absolument de faire remonter Villepreux de Diodurum, alors que la localité de Jouars, près Pontchartrain, se réclame avec juste raison de cette étymologie. Villepreux ne fut donc une bourgade romaine de la haute époque, mais il est sûr que le p)ays fut habité dès l’époque mérovingienne. En 1897 en effet, fut découvert, en haut de la pépinière de l’Ecole d’Horticulture, un assez vaste cimetière mérovingien s’étendant sur plusieurs ares de superficie. La plupart des tombes avaient déjà été fouillée, mais on trouva néanmoins quelques bijoux, une bague, une broche, des armes, des vases et même une monnaie du IVème siècle. La majorité des cercueil était en pierre ; il n’y en avait que quelques une en plâtre ; un certain n ombre d’inhumations semblait avoir été fait en pleine terre, ou dans de légers cercueils de bois qui avaient disparu.
Le premier document écrit qui intéresse Villepreux est du 18 décembre 856, date déjà vénérable. C’est un diplôme de Charles le Chauve qui ratifie un échange entre Hilduin, abbé de Saint Germain des Prés et Aymard, abbé de Saint Maur des Fossés. Ce dernier recevait des terres à Ozoir la Ferrière et cédait en échange à Hilduin ce qu’il possédait au bourg de « villa porcorum » en Parisis. Il est vraisemblable que ce nom doit être lu « villa pirorum » ; le scribe recopiant l’acte (dont l’original est perdu) sur le cartulaire, aura mal lu, car il n’existe aucun nom dans le Parisis pouvant être identifié avec « villa porcorum ». Quelques auteurs avaient pensé à Porcheville, mais cette identification est d’autant moins possible qu’à la fin du VIIème siècle, cette ancienne localité fut cédée par un Seigneur d’Arties (Porcheville y est appelé « porcariorum villa »). Quoi qu’il en soit, Villepreux ne resta pas longtemps au pouvoir des moines de Saint Germain des Prés, car dès 1030, l’Evêque de Paris, Imbert, cédait aux moines de son chapitre l’autel de « villa pirosa », sous le vocable de Saint Germain d’Auxerre. Comment Imbert était-il entré en possession de Villepreux ? Nous l’ignorons. Il est vraisemblable que c’était par la suite un échange avec Saint Germain des Prés. Du souvenir de l’abbaye parisienne, rien n ‘est resté à Villepreux, sauf peut-être l’origine de la petite chapelle Saint Vincent, qui, comme nous le verrons, appartenait à la Maladrerie.
Donc, dès le début du XIème siècle, voici la paroisse de Villepreux bien constituée, avec son église consacrée sous le vocable de Saint Germain, comme aujourd’hui.
Quelques années plus tard, en 1094, Geoffroy, aussi Evêque de Paris, étant entré en possession de l’église de Villepreux, la donne aux moines de l’abbaye de Marmoutiers, ainsi que le Prieuré de Notre Dame des Champs à Paris, et les églises de Saint Denis d’Ursines et de Saint Julien de Versailles. Cette donation fut confirmée en 1194, par Maurice de Sully. La paroisse de Villepreux passa ainsi à l’abbaye de Marmoutiers, et y resta presque jusqu’à la Révolution. C’est vraisemblablement de cette époque (fin du XIème au commencement du XIIème) que date la fondation du Prieuré de Saint Nicolas, au faubourg des Bordes. Les chanoines de Notre Dame de Paris durent conserver tout de même quelques biens dans le pays, car en 1267, nous les voyons affranchir quatre serfs au village de Villepreux.
Si les moines de Marmoutiers avaient la collation de la cure, ils n’étaient pas pour autant seigneurs du pays.
Nous ignorons totalement quels étaient les possesseurs de Villepreux avant le XIème siècle, mais il est vraisemblable que ce furent les seigneurs de Monthléry. En effet, lorsque vers 1060-1070, Guy 1er de Monthléry, dit « le Grand » maria une de ses filles, Alix, avec son ami Hugues 1er de Puiset, il lui donna en dot la terre de Villepreux. Ces seigneurs de Puiset, dont les possessions étaient éparses dans tout le sud-ouest de la Capitale, furent les plus puissants de tous ces petits barons batailleurs qui causèrent tant de soucis à Philippe 1er et à Louis VI. Hugues 1er, vers 1078, infligea même une défaite complète aux troupes royales. Il mourut le 23 décembre 1094, laissant de sa femme Alice de Monthléry, six garçons et deux filles. L’aîné, Guy, devint par sa femme Laeticia, vicomte d’Etampes et seigneur de Méréville en Beauce. Le cinquième, Galéran, reçut la terre de Villepreux : c’est lui, lma tige de nos seigneurs ; mais il rendit hommage, en tant que cadet, à son aîné Guy, et Villepreux releva de Méréville jusqu’en 1698.
Galéran, batailleur et aventurier comme son père, partit en Palestine vers 1120 avec Josselin de Courtenay ; et tous deux servirent Baudoin II, roi de Jérusalem. Alors qu’ils se préparaient à célébrer à Edesse, en 1123, la fête de Pâques, ils furent pris par le sultan Bakal, et enfermés à Khartpert, forteresse au nord-ouest d’Edesse. Mais, laissés en liberté relative, ils profitèrent de l’absence de Bakal pour s’emparer de leur propre prison, et ayant emmené avec eux les femmes et les trésors du sultan, s’enfermèrent eux-mêmes dans la place. Bakal revint assiéger Khartpert, et ne pouvant l’emporter de vive force, promit la vie sauve à ses défenseurs. Ceux-ci se rendirent, mais le sultan fit arracher les dents à Baudoin, et un œil à Galéran. De plus, il fit couper à celui-ci les nerfs du bras droit, pour qu’il ne puisse plus manier la lance ni l’épée. Galéran de Villepreux mourut de ses blessures, et Baudoin II fut remis en liberté (1124).
Après Galéran, mort célibataire, Villepreux à son neveu Evrard, fils de Guy de Méréville et de Laeticia, qui épousa Julienne de la Ferté Arnaud, fille de Guillaume. Celle-ci apporta en dot la terre de la Ferté, et Avrard prit le nom d’Evrard de la Ferté.(son sceau porte : « villa petrosa »). Seigneur de Villepreux, il mourut en 1169. Il fut un grand ami de Suger, l’abbé de Saint Denis ; quand celui-ci chassait dans les bois de l’abbaye, en vallée de Chevreuse, il emmenait volontiers avec lui les trois plus puissants seigneurs du pays : Amaury de Montfort, Simon de Neauphle, et Evrard de Villepreux.
L’année de sa mort, celui-ci confirmait aux moines du Prieuré de Saint Nicolas, &aux Bordezs, les dons de ses ancêtres. Dans cette charte, Villepreux se dit « castrum », ce qui implique un bourg fortifié ; et on y mentionne un pressoir, un four banal et un marché.
Les Seigneurs de Villepreux entretenaient les meilleures relations avec les moines de l’abbaye de Marmoutiers, et le jeune frère d’Evrard – Hervé – en fut même abbé de 1177 à 1189.
Ernaud, qui succéda à son père, épousa Alix, nièce de l’Archidiacre de Chartres, Milon (1169-1195 environ). Il en eut six enfants : deux filles, Julienne et Mabilie et quatre fils : Hugues, Evêque de Chartres (1235- mort en 1239), Ernaud II, Evrard II, et Guillaume qui suivra. Evrard II garda le nom de Villepreux, mais pas la Seigneurie. Son fils fut Evrard III (1260-1277) ; nous trouvons ensuite Robert II de Villepreux, dit « Mauvoisin », seigneur de la Bretèche (1274-1280), et Jean de Villepreux (1290-1321), qui fut enterré à l’abbaye des Vaux de Cernay, à laquelle il avait fait de nombreuses donations. Ce dernier fut Seigneur de la Hébergerie, fief relevant de Villepreux.
D’autres personnages se sont appelés « de Villepreux », dont nous n’avons pas la filiation. Simon et Eudes sont cités dans un cartulaire de 1163 ;Girard en 1245 ; Pierre fut chapelain de l’Evêque de Paris en 1270, et Doyen de Saint Marcel en 1273 ;Pierre fut maître de l’hôtel du Roi en 1315 ; Philippe, grand maître des Eaux et Forêts sous Philippe le Bel. Des Villepreux sont signalés en Guyenne au XVIIème. Robert et Jean de Villepreux, et plus tard Guy de Villepreux, furent seigneurs à Issy d’un fief dit « le château de Villepreux », englobé dans la propriété du « petit Olympe »qui fut détruite au début du XVIIème par le prince de Conti. La rue du château à Issy, s’appelait au début du XIXème siècle, la rue du « Château Villepreux ».
Revenons à Guillaume II : ce fut lui qui succéda à son père Ernaud, comme Seigneur de la Ferté et de Villepreux. D’un caractère aventureux comme son grand père Galéran, il accompagna son voisin Simon de Montfort à la Croisade des Albigeois, et nous le trouvons au siège de Toulouse en 1218. Il ne semble pas qu’il ait ramassé dans le Midi quelque beau titre, car il mourut Seigneur de la Ferté en 1230. Sa femme, Constance de Chateaufort, sœur de Pierre II Empereur de Constantinople, lui donna plusieurs fils : Guillaume II, Hugues et Ernaud III nous sont connus, mais aucun d’eux ne fut Seigneur de Villepreux.
La chatellerie serait revenue au petit neveu de Guillaume 1er, le fils d’Evrard III, Pierre de Mézalan (canton de Montfort) : qui épousa d’abord Eve de Richebourg, et ensuite Mahaud (ou Emmeline) de Poissy. Il n’eut d’enfant que de la première : elle lui donna une fille Philippe (Philippa) qui fut mariée en 1308 à Jean de Vendôme, Seigneur de Châtres (Arpajon).
La Seigneurie de Villepreux passa ainsi dans la famille de Vendôme. Dans une charte de 1310 relative à des démêlés qu’il eut avec les religieux de Prieuré de Saint Nicolas des Bordes, il est appelé « Johannes de Vendocino, miles, dominus de Feritate et villa petrosa ».
Jean de Vendôme et Philippa eurent un fils, Amaury (vivant en 1340), qui épousa Marie de Dreux des Comtes de Montfort. Leur file Robert, Seigneur de la Ferté Arnaud et de Villepreux, mort sans enfant de Anne – Vidamesse de Chartres – laissa Villepreux à sa sœur Jeanne (vivante en 1377-1402). Celle-ci porta la terre à son deuxième mari, Jean II de Vieuxpont, Seigneur de Courville en 1401. Ils eurent trois enfants : Jeanne, mariée à Pierre Mauvoisin ; et Jacqueline, mariée à Hutin le Baveux Seigneur de Maillebois . Le 4 juillet 1403, ils partagèrent les biens de leur mère : Villepreux resta à Jacqueline le Baveux, qui je 22 septembre 1406, faisait hommage de sa terre à Jean de Thomery, Seigneur de Méréville.
Après elle, sa fille Jeanne fut Seigneur de Villepreux. Celle-ci avait épousé Robert VI d’O qui fut tué en 1415 à Azincourt ; ainsi qu’Yves de Vieuxpont, oncle de sa femme. Restée veuve très jeune, Jeanne d’O garda longtemps la terre de Villepreux (depuis 1440, au moins), et la vendit le 29 mai 1473 à Nicolas la Ballue pour 1600 écus d’or. Elle mourut fort âgée, en 1482.
Avant de continuer la généalogie des Seigneurs de Villepreux, étudions un peu l’histoire du pays pendant la guerre de Cent Ans. Il était organisé administrativement dès le début du XIVème siècle : Jacques Boucher, prévôt de Villepreux, est nommé en 1309, après lui on trouve Gilles Haguin (1321), Guillaume Maugendre (1330), Jean Paion (1339), Godefroy le Barbier (1344), Yvon Leclerc (1350), Jean de Cregy (1353), etc… tous prévôts seigneuriaux, non royaux.
Le pays souffrit beaucoup des incursions anglaises de 1357, et en 1358 de la Jacquerie. Des paysans de Marly, ayant traversé la forêt, se répandirent dans la plaine de Villepreux et - le 22 juillet 1358 – pillèrent et brûlèrent l’hôtel que Jean de la Villeneuve, seigneur de la Hébergerie, possédait à Bailly.
Nous n’avons guère de renseignements à cette époque pour évaluer Villepreux par rapport aux autres villages des environs ; en voici pourtant un : à l ;’occasion d’un impôt levé en 1370 par Charles V, de 12 deniers par livre sur toutes marchandises, Villepreux est taxé à 7 livres. A titre de comparaison, remarquons que Marly payait 55 livres, Versailles 4 livres, Bailly 15 sous et Noisy 10 sous.
La fin du XIVème et le début du XVème marquent une période de trêve entre la France et l’Angleterre : à ce moment, un document très intéressant nous renseigne sur l’état, assez florissant, de notre village. C’est le procès verbal d’estimation de la terre de Villepreux, à la requête de noble homme Yves de Viels Pont, chevalier, Seigneur du dit lieu, et de Courville ; et de Messire Hutin le Baveux, aussi chevalier, seigneur de Maillebois (17 septembre 1402)
Cette estimation fut faite à la mort de Jeanne de Vendôme, pour le partage de sa succession.
La seigneurie y est dite « noble et ancienne », de grande étendue, avec toute justice – moyenne et basse – et fourches patibulaires à quatre piloris. (ce gibet de Villepreux semble avoir été au sud-est des Bordes)
Il y a un four, un pressoir et une moulin banal, et « de toute ancienneté, un bel marché toutes les semaines, à jour de jeudy, auquel marché y a grant assemblée de peuples et de marchands » (marché signalé dès 1309). Les redevances sont nombreuses et importantes : les cens rapportent 18 livres 10 sols ; les banalités 21 livres ; les droits de bailliage, de sceaux, les amendes fournissent 41 livres 10 sols ; les droits de visites sur les denrées et les bâtes abattues, et chez les taverniers, sont de 5 livres ; le droit de travers de 7 livres ; le droit de forage sur le vin de 17 livres ; divers bois et fiefs rapportent 22 livres 10 sols ; enfin le Seigneur reçoit en nature 3 pourceaux gras évalues 4 livres 10 sols. Bref, Villepreux rapporte annuellement à son Seigneur 137 livres, c’est à dire représente un capital de 2740 livres : en pleine guerre de Cent Ans, c’est donc un revenu très intéressant.
Mais le XVème siècle fut désastreux pour la région ouest de Paris. Anglais, Armagnacs, Bourguignons ravagèrent à tour de rôle le plat pays, les habitants s’enfuirent en ville, abandonnant complètement les campagnes. Nous disons « complètement » : en 1483, deux habitants de Rennemoulin déclarèrent qu’ils sont revenus dans leur pays, le premier en 1470, le deuxième en 1475, et qu’ils y étaient seuls. A cette date de 1470, trente maisons seulement étaient habitées à Villepreux (rapport des visites archidiaconales de Jonas). Le 30 avril 1471, Simon de la Villeneuve, seigneur de la Hébergerie, déclare que «à l’occasion des guerres qui longuement ont eu cours au royaume de France, son hostel séant au dit lieu des Clayes, est cheut et demouré en masures, ruynes et desolacion, et de si longtemps qu’il n’est mémoire d’homme vivant, qui oncques le vit en nature… ».
Les terres étaient abandonnées ; dans les lettres patentes de 1474 confirmant la vente faite par Jeanne de Baveux à Nicolas la Balue, il est dit : « la plupart des héritages sont demourés en ruynes et desolacion, et il n’y a aucune propriétaires qui les tiennent et possèdent ».
Nicolas la Balue a donc fort à faire pour remettre en état sa seigneurie. Les terres incultes furent accensées avec obligation de cultiver et de construire : certains paysans en acquirent de nombreuses parcelles : Robin Polly, de Villepreux, détenait 64 arpents à lui seul (27 hectares).
Les seigneurs se réservaient une grosse partie du domaine. Jean de la Balue, en 1533, possédait 98 arpents en propre, et en donnait 263 en cens ; en général, la petite propriété était – contrairement à ce qu’on a cru longtemps – beaucoup plus répandue qu’aujourd’hui. (à Villepreux, 2 propriétaires possèdent la moitié du territoire).
Nous n’avons guère de documents pour nous représenter Villepreux en ce début du XVème ; nous savons qu’il y avait deux chemine principaux : celui de Neauphle (1467), et le « viel chemin de Paris » (1470), qui gagnait Rocquencourt par Rennemoulin et la ferme des Moulineaux. Il était pavé dans la traversée de Villepreux en 1462.
Aucun chemin n’est signalé à cette époque vers Saint Nom et Saint Germain ; par contre celui des Bordes à Grignon, dit aujourd’hui le « chemin des moulins », était appelé encore en 1843 route de Normandie ; on y voyait alors les traces d’un très ancien pavage, et il avait une largeur de 6 à 10 mètres ; il n’est plus maintenant qu’un chemin rural.
Les moulins étaient nombreux alors : il y avait le moulin Poteau (1456, 1480), le moulin de la Chaussée (1441), les moulins de Gerys et de Bucauville, dans le fief de GrandMaison (1480). Le moulin Poteau est vraisemblablement celui qui subsista à la Hébergerie jusqu’au siècle dernier. Le moulin Cardinet était un moulin à vent, sur le chemin de Beynes.

Signalons aussi à la date de 1483, un moulin à papier. On comptait 3 hôtelleries à Villepreux en 1482, une fosse à chanvre (1472), une tannerie (14183), des tisserands, 2 cordiers (1545), une tuilerie du côté des Clayes (1472).
Il se faisait alors dans notre ville, un certain commerce de bestiaux. Adam Huline y était établi marchand de chevaux en 1482 ; Guillaume Lefèvre, marchand de bœufs, en achetait à cette époque 90, pour les engraisser dans ses herbages de Villepreux. Quel était en cette fin du XVème siècle, l’état économique de l’habitant de Villepreux ? Certes il y avait eu beaucoup à faire pour réparer les dommages de la guerre de Cent Ans ; mais le paysan de France, tenace, économe, était arrivé – moins d’un demi-siècle après la guerre – à reconstituer et à remettre en culture les terres abandonnées. Une certaine industrie locale prospérait même, et les marchands possédaient déjà une petite aisance. En 1482, Jean Villain - tanneur à Villepreux, mariant sa fille Perrine à Nicolas Chupin – boucher à Neauphle, lui donne un lit complet avec huit draps et une couverture, des nappes, des oreillers, un coffre, deux robes fourrées, une ordinaire, une ceinture d’argent et deux chaperons. Plus : en argent, 40 livres une fois payées, et 10 livres 6 sous de rente ; la jeune fille avait des droits sur la tannerie et une autre maison à Villepreux : enfin le père s’engageait à loger gratuitement le jeune ménage.
Nous avons vu que Nicolas le Balue acquit Villepreux en 1473. Celui-ci était un important personnage : maître des comptes en 1467, il avait épousé Philippa Bureau, fille de Jean Bureau, grand maître de l’artillerie et favori de Charles VII : il était aussi seigneur de Noisy, les Clayes et Fontenay le Fleury. En 1506, à sa mort, il légua à Jean 1er la Balue, curé de Saint Eustache ; lequel le 20 mai 1514, céda la seigneurie à son frère Jean le Jeune, seigneur de Goix, en s’en réservant l’usufruit. Ce dernier, lieutenant du Gouverneur de Paris en 1525, puis maître d’hôtel du Roi en 1555, eut de sa femme Marie de Malingre, un fils - Claude 1er - qui tint Villepreux de 1564 à 1570. Cette Marie Malingre, dans son testament daté du 12 octobre 1546, par devant Pierre Rémon Tabellion, laissa 20 livres à la paroisse de Villepreux, 10 livres à l’église pour acheter un ciboire, 6 sols tournois à la Maison-Dieu, et fit quelques legs à des femmes et à des jeunes filles pauvre de Villepreux.

Claude II, qui avait diccédé à son père le 15 mai 1570, mourut le 27 janvier 1576, à peine âgé de 11 ans. Mais déjà, trois ans auparavant, le 15 mai 1573, sa mère Marthe du Tinel, avait vendu Villepreux à Albert de Gondi, Maréchal de Retz

Toute cette famille de la Balue s’occupa, comme nous l’avons dit, de reconstituer la seigneurie dévastée par la guerre de Cent Ans. En 1533, Jean la Balue rendait hommage au seigneur de Méréville, pour 98 arpents de terre et 150 livres de rente ; son censier comptait en 1540, 142 censitaires ; il sa fit accorder par François 1er, en janvier 1544, le droit d’enturer Villepreux de fortifications, et d’y tenir deux foires par an l ;e 26 janvier et le 27 septembre. Le 18 février 1547, il eut l’honneur de recevoir le Roi qui coucha à Villepreux le soir, et ne repartit que le lendemain pour Saint Germain.
C’est vers cette époque que disparaît dans les actes, le vieux nom de « Villepereur », calqué sur le latin »villa pirorum », et qu’apparaît le vocable net et clair de « Villepreux ».

II


Villepreux du XVIème siècle à la Révolution.
Albert de Gondi, seigneur de Villepreux en 1573, était né à Florence en 1522. Favori de Catherine de Médicis, il avait un grand crédit à la Cour ; ayant épousé Claude-Catherine de Clermont, veuve de Jean d’Annebault, il devint par elle Comte de Retz (ou de Rais) en Bretagne. Mais voulant avoir un domaine plus près de Paris, il acquit d’abord en 1568 la Seigneurie de Noisy en Cruye (Noisy le Roi), qui avait appartenu au XVème siècle à Simon de la Villeneuve, Seigneur en partie de Villepreux. Il arriva même qu’Albert de Gondi réunit à plus d’un siècle de distance, touts les possessions de celui-ci : Bailly, Noisy, Villepreux, les Bordes, Marly, et il y ajouta Versailles en 1575. Duc et Pair en 1581, il mourut à Paris en son hôtel du Faubourg Saint Honoré le 12 avril 1602. Sa veuve mourut l’année suivante, le 25 février 1603.
Dès sa prise de possession de Villepreux, Albert de Gondi s’était occupé de faire faire un terrier de la seigneurie. Elle comptait 168 censitaires à Villepreux, 60 environ à Bois d’Arcy, 22 à Fontenay, 21 aux Clayes, 19 à Chaponval, 6 au Trou-Moreau : soit 296 en tout.
Certaines tenures étaient assez fortes : les religieuses de Longchamp payaient 4 livres 19 sous, Nicolas le Riche 4 livres 18 sous, Guillaume Denise autant ; le plus imposé était Philippe Denise qui payait 7 livres 5 sous, somme correspondant à la possession de 22 hectares environ de terre labourable.
Villepreux avait été cédé le 13 mars 1583 par Albert de Gondi, à son frère Pierre, Evêque de Paris, pour 3176 livres de rente. Celui-ci mourut en 1616, laissa&nt la Seigneurie à son neveu Philippe-Emmanuel, troisième fils d’Albert. Pierre de Gondi affectionnait le château de Villepreux où il résida souvent : il y sacra dans sa propre chapelle l’Evêque de Rieux, le 6 avril 1603.
Par son testament, en date du 11 septembre 1615, il installa à perpétuité un chapelain, logé près de l’église, qui serait chargé de dire tous les jours une messe « à 5 ou 6 heures du matin, au plus tard » pour le repos de son âme ; et de faire le catéchisme. Ce prêtre, choisi par le Supérieur de la Congrégation de l’Oratoire de Paris, recevrait 200 livres sur les revenus de la ferme du Val Joyeux. Une somme de 50 livres était léguée en plus pour assurer le luminaire à cette messe. Le premier desservant de cette chapellenie fut Monsieur Belin. De plus, Pierre de Gondi demandait deux services solennels à Villepreux ; ils furent fixés plus tard aux 17 février (date de sa mort, 17 février 1616) et 17 août de chaque année. Il avait laissé à la Fabrique, pour y satisfaire, la somme de 100 livres.
Philippe-Emmanuel de Gondi, Conseiller du Roi et Général des Galères, avait épousé en 1601 Françoise Marguerite de Silly. Ayant demandé à Monsieur de Bérulle, Supérieur de l’Oratoire, un précepteur pour leurs enfants, celui-ci leur envoya en 1613 Vincent Depaul, curé de Clichy. C’est ainsi que le bon « Monsieur Vincent » entra dans la famille des Gondi, et devint du château de Villepreux, lorsque Philippe-Emmanuel en fut Seigneur, le 17 février 1616.

Dès le début de 1618, il prêche une mission à Villepreux, et y établit la seconde Association de Charité du Royaume, sur le modèle de celle de Chatillon-lès-Dombes, établie l’année d’avant ; mais en 1625, Madame de Gondi mourait, et Philippe Emmanuel entra à l’Oratoire, laissant sa charge de Général des Galères et ses terres de Villepreux à son fils aîné Pierre. (en réalité, il était le second fils : l’aîné, Henri-Marguerite, mort d’une chute de cheval à l’âge de 14 ans, le 13 septembre 1622, fut enterré à Villepreux.
Celui-ci résida aussi à Villepreux, et Vincent Depaul y continua son œuvre de charité. En 1630, il y fait venir sa principale disciple, Mademoiselle Le Gras, qui y reste quelque temps. On le trouve encore à Villepreux en 1649 et en 1652-1653, auprès de Philippe-Emmanuel ancien Général des Galères, qui était alors poursuivi par la haine de Mazarin en raison des faits et gestes de son fils Jean-François-Paul, le bouillant Archevêque de Paris, plus connu sous le nom de Cardinal de Retz.
On sait, en effet, le rôle que celui-ci joua lors de la Fronde, Après le triomphe de la Cour, il fut emprisonné, et son père exilé : d’abord à Villepreux, puis à Clermont en Auvergne. Le père payait les fautes de son fils : mais très dignement, l’ami de Saint Vincent de Paul se contentait de prier et de souffrir. Ce ne fut qu’après la mort de Mazarin que le Cardinal de Retz sortit de prison, le14 février 1662. Son père mourut peu de temps après, le 29 juin.(par son testament du 25 mai, il légua 300 livres tournois à la Fabrique de Villepreux). Quant à Saint Vincent de Paul, il était décédé depuis 2 ans déjà, le 26 septembre 1660.
Le Cardinal de Retz ne jouit pas longtemps de Villepreux, qu’il vendit le 22 septembre 1664 à Clémence de Francini.
Nous n’avons guère de renseignements sur l’état de Villepreux sous les Gondi. A cette époque, les grands travaux de Versailles n’étaient pas encore commencés, puisque Louis XIII n’acquit la seigneurie qu’en 1632.
Le vieux château féodal, celui qu’habitèrent vraisemblablement les La Ferté et les Vendôme, ne devait plus être qu’une ruine à la fin du XVIème siècle. Dans un acte du 2 septembre 1492, il est question d’une « masure » entre le chemin Pavé et les murs de « l’ancien chastel ». Les La Balue habitèrent-ils ce château ? Nous l’ignorons ; mais il est certain qu’Albert de Gondi fit construire un château neuf. Dans l’aveu que Pierre de Gondi rend en 1603 au Seigneur de Méréville, il est question d’un bâtiment carré avec quatre pavillons aux coins ; et un au-dessus de la principale porte d’entrée : une chapelle au bout d’une grande galerie ; une cour avec fontaine au milieu ; un jardin à la française devant ; des cuisines et office « tant dessoubs que dessus terre ». Les bâtiments étaient couverts en ardoise. En arrière et à droite une basse cour avec sortie sur un grand verger , appelé le Beaurepaire (ou Beaurepos), où il y avait un étang. La contenance totale de l’enclos était de 9 arpents.
Dans l’ouvrage de Boisseau, reproduisant les gravures de Cl. Chastillon (1641), est figuré le « château de Villepreux » où l’on distingue fort bien le bâtiment principal, le jardin devant et la cour ornée d’une fontaine jaillissante en arrière.

Ce château neuf fut plusieurs fois honoré des visites royales. Henri IV fréquentait souvent la demeure des Gondi à Noisy et prenait le plaisir de la chasse dans les plaines environnant Villepreux. Il coucha même au village les 22 et 23 novembre 1602.
Un peu plus tard, le Dauphin Louis l’y accompagna. Le 5 septembre 1607, le père et le fils vont à Villepreux, et jeune Dauphin s’amusa beaucoup à jouer de l’orgue au château.
Nous avons vu qu’en 1664, la seigneurie de Villepreux fut achetée par Clémence de Francini. Cette famille d’origine italienne était arrivée de Florence avec tant d’autres, à la suite de Marie de Médicis. Les Francini, fontainiers royaux, furent les créateurs des jeux d’eau et des bassins de Saint Germain, Fontainebleau et Versailles. Thomas, le père de Clémence, s’était établi à Villepreux dans les toutes premières années du XVIIème, et y avait acheté le Domaine de Grand’Maisons, sur le chemin de Saint Germain. (la première mention de ce fief est du 22 juin 1566 ; il appartenait alors à Guillaume Le Tellier, et relevait de la Hébergerie). Il en était seigneur avant le 4 mai 1619, et en portait le titre dans un acte par lequel il contribue, à cette date, à installer des Récollets à Saint Germain.
Par son testament daté du 15 mai 1649, il léguait 300 livres à la Charité des Pauvres, pour la fondation de quatre messes. Il mourut le 15 avril 1651. Son fils aîné François, lui succéda comme seigneur de Grand’Maisons (il mourra à Villepreux en 1692), et c’est une de ses filles, Clémence née en 1610 : veuve de Charles de Bailleul – seigneur du Perray – qu’elle épousa à Villepreux le 6 mai 1633 ; puis de Pierre le Couturier ; qui devint châtelaine de Villepreux en 1664 ; et ainsi suzeraine de son frère François. Elle ne le resta pas très longtemps : criblée de dettes, elle abandonna Villepreux à ses créanciers, qui mirent en vente la châtellenie le 6 juillet 1673. L’acquéreur fut Edouard-François Colbert, Comte de Maulévrier, qui la paya 204.000 livres. Nous retrouverons plus tard les Francine, non seulement seigneurs de Grand’Maisons, mais de tout Villepreux.
A cette date de 1664, le château de Grand’Maisons n’était pas celui que l’on voit actuellement sur la route de Saint Nom. D’après un aveu rendu par François de Francini au Cardinal de Retz (15 novembre 1663), un peu avant l’achat de la seigneurie par Clémence, il comprenait deux corps d’hôtel, et un pavillon au milieu au-dessus de l’escalier, le tout couvert en tuiles. A l’intérieur, une grande salle, une cuisine, une petite salle, un grand escalier avec vestibule ; au premier étage, deux chambres de chaque côté du pavillon, et cinq petites dans celui-ci. Une grande terrasse de 16 mètres sur 40 s’étendait devant le bâtiment.
Le parc possédait deux canaux de 60 et 80 mètres de long, des fontaines, des statues, des parterres à fleurs et une petite chapelle.
L’installation de Louis XIV à Versailles, les immenses travaux des jardins et des parcs changèrent complètement la vie de notre bourg. Le Roi, comme tous ses ancêtres, était grand chasseur, et son premier, lorsqu’il se fut définitivement fixé à Versailles, fut de se constituer une réserve de gibier. Pour cela, il lui fallait faire enclore une certaine quantité de terrain où les animaux puissent pulluler à l’aise. C’est vers 1670 que fut commencé l’aménagement et l’implantation du «Grand Parc ». Il s’étendait au sud et à l’ouest de Versailles sur 6614 hectares et avait un mur d’enceinte d’environ 43 kilomètres, percé de 23 portes. Il englobait 8 paroisses. Sa clôture du côté de l’ouest était exactement à Villepreux. Les murs qui l’entouraient furent terminés en 1684 ; le 22 août de cette année, nous dit Dangeau dans son journal, Louis XIV en fit à cheval le tour complet. Les grilles et les portes furent posées l’année suivante ; bref, en 1690, ; c’est à dire à l’apogée de son règne, le Grand Parc était complètement installé.
Il était traversé par le Rû de Gally que franchissaient six ponts terminés en 1685 au prix de 250 livres chacun ; indépendamment de nombreux chemins conservés, trois grandes avenues le desservaient. Elles partaient de la « Grille Royale », à l’extrémité du Grand Canal et s’ouvraient en éventail en direction de l’ouest. La plus au nord allait vers Noisy, celle du centre vers Villepreux, celle du sud vers Fontenay le Fleury. Seule l’Avenue de Villepreux fut complètement aménagée et terminée. Elle se composait d’une allée herbue bordée de quatre rangées d’ormes, et se terminait en haut de la côte de Paris actuelle par une demi lune pavée. Dès 1684, elle servait de pépinière pour les jeunes plants d’arbres. Le terrain occupé par elle était de 104 arpents valant 18720 livres. Lorsqu’elle fut vendue en 1791,on y comptait encore 2633 ormes ; actuellement, il n’en reste plus que deux.
Les fermes du territoire de Villepreux englobées dans le Grand Parc, sont le Trou Moreau, le Val Joyeux et la Faisanderie. Celle-ci fut créée par le Roi en 1684 pour y faire l’élevage du gibier.
Il est extrêmement difficile d’évaluer ce que put coûter l’aménagement et la clôture du Grand Parc ; un petit détail : le Duc de Maulévrier, seigneur de Villepreux, toucha comme indemnité 165254 livres à lui seul !
L’enceinte du Grand Parc sur le territoire de Villepreux commençait au Val Joyeux – où il y avait une porte ; continuait droit au nord à une cinquantaine de mètres à l’est des murs du château des Gondi, et en bas de la côte s’ouvrait sur la route de Paris par la porte du même nom.
Passant ensuite au nord du village, elle coupait la route de Saint Nom à la porte Saint Vincent, formait un retour d’équerre à droite, et de nouveau franchissait ladite route vers le milieu de la côte, à l’endroit dit « Fausse porte de Saint Nom ».
De ce mur et de ces portes démolis entre 1840 et 1860, il n’existe plus que des pierres éparses : dans le Bois d’Arcy, vers Puits à Loup, on en voit encore pourtant quelques ruines.
Villepreux se trouvait donc à la principale porte du Parc, et sa population s’accrut alors d’une assez grande quantité de gardes, de portiers, de soldats, de faisandiers, de valets, etc… De plus, nombre d’enfants de bas-officiers de la Cour y furent mis en nourrice.
Le château de Versailles, le Petit et le Grand Parc ne constituaient pas encore pour Louis XIV un domaine suffisant. Les terres touchaient à l’ouest à celles du Duc de Chevreuse qui s’étendaient fort loin vers le sud ; aussi le 28 août 1691, proposa-t-il à Charles Honoré d’Albert de Luynes, Duc de Chevreuse, de lui échanger son domaine contre le Comté de Montfort qui appartenait à la Couronne.
Celui-ci ayant accepté, des commissaires et des experts furent nommés de part et d’autre. Le Duché de Chevreuse, avec tous ses domaines, justices, censives et autres droits, fut évalué à 1.102.341 livres 9 sous 8 deniers (22 janvier 1692). Le Comte de Montfort fut prisé 1.089.127 livres 4 sous 10 deniers, et l’accord définitif fut signé à Paris le 1er février 1692.
Le Parlement enregistra l’échange, puis la Cour des Comptes se saisit de l’affaire, mais nomma des contrôleurs pour vérifier les évaluations (5 mars 1692). Ceux-ci, sous la présidence de Jean Aymar Nicolaï, premier président, reprirent un à un tous les articles et en commencèrent la révision. Cette opération fut très longue et dura jusqu’à la fin de 1706 ! On s’aperçut que cet échange avait été fait au détriment du Roi. Le Duc, prévoyant qu’il aurait un fort supplément à payer à Louis XIX, acheta Villepreux à François Colbert, Comte de Maulévrier, pour 145.000 livres (28 août 1703) – et quelques jours après, Rennemoulin, au Sieur Lemoine pour 90.000 livres, et offrit ces deux terres au Roi en supplément d’échange. Celui-ci accepta, et le 1er avril 1705, Villepreux fit partie du Domaine Royal.
Un peu avant la vente, par lettres patentes du 12 décembre 1698, le Comte de Maulévrier avait obtenu d’être séparé de la lointaine seigneurie de Méréville (à laquelle les seigneurs de Villepreux, nous l’avons vu, rendaient hommage depuis le XIème siècle), et d’être rattaché au Comté de Pontchartrain : une indemnité de 800 livres dédommagea le Seigneur de Méréville.
Par une clause spéciale de sa vente au Duc de Chevreuse, le Comte de Maulévrier se réserva l’ancien château des Gondi, avec son enclos et le moulin banal. (ce moulin représentait un revenu de 700 livres)
Les Colbert de Maulévrier continuèrent ainsi à habiter Villepreux sans en être seigneurs. Ils se firent construire une petite chapelle qui fut bénie le 7 mai 1740 sous le titre de Saint Sauveur. Plusieurs d’entre eux furent enterrés dans la chapelle de la Vierge : Louis rené Edouard Colbert en 1751 ; qui y suivit ses 3 fils : François Edouard mort à 4 ans en 1731 – Marie Edouard mort à 10 ans en 1736 – et Louis René mort à 23 ans en 1748. Sa Veuve, Madeleine Marie Catherine Euphrasie d’Estaing, disciple éloignée de Saint Vincent de Paul, était - en 1755 – Supérieure de la Confrérie des Pauvres de Villepreux.
Notre Seigneurie ne resta pas longtemps dans le domaine royal. François de Francini, le frère de Clémence, avait conservé le château de Grand’Maisons après la vente que sa sœur avait consentie au marquis de Maulévrier. Plusieurs de ses enfants étaient nés à Villepreux : Madeleine Elisabeth en 1685, François en 1688, Hélène en 1693… etc. Lui-même y décéda en 1701. Sa fortune fut partagée entre ses enfants, et Pierre-François son fils reçut Grand’Maisons et le Val Joyeux.
Ce dernier possédait en plus quelques terres éparses à l’intérieur du Grand Parc ; Louis XIV les lui demanda, et lui offrit en échange le bourg de Villepreux, et les terres en dehors du Parc (26 octobre 1706). François accepta ; et profitant de ce qu’il était en fort bons termes avec le Roi, fit ériger Villepreux en Comté (jancier 1707). Les lettres patentes furent enregistrées au Parlement le 8 janvier ; mais – on ne sait pourquoi – ne passèrent jamais à la Chambre des Comptes. Le premier Comte de Villepreux mourut le 30 avril 1720, et son cœur fut enfoui à l’église de Villepreux «  dans le pilier au-dessous du clocher, du côté de l’Evangile ».

Son fils, Thomas-François, deuxième Comte de Villepreux, rendit hommage, le 29 juin 1723, à Jérôme Phélypeaux, Comte de Pontchartrain. Il est dit dans cet aveu, que le château de Villepreux est nouvellement bâti « à la moderne » : il y avait cour d’entrée, entourée d’eau ; potager à l’ouest, orangerie, parterres avec jets d’eau et chapelle dans le parc.
Thomas-François-Honoré revendit Villepreux le 13 juillet 1768 à François-Jean-Marie Nardot, qui le 15 novembre passait déclaration au profit du Roi. Louis XV à son tour ne le garda pas longtemps, et le céda le 17 mars 1773 à René Mesnard de Chouzy, Conseiller d’Etat, Contrôleur de sa Maison, pour 300.000 livres. Ce dernier, dès le mois suivant, rendit le Comté de Villepreux au Roi, en échange d’autres terres dans la région de Blois. ; et notre bourg fit partie, de façon définitive, du domaine royal par lettres patentes du 16 mars 1776.
« à ces causes, nous avons ordonné et ordonnons que la terre et seigneurie de Villepreux, près Versailles, demeurera réunie au domaine de Versailles, à commencer du 1er janvier de la présente année, et sera régie et administrée sous les ordres du Sieur Maréchal Duc de Mouchy (Philippe de Noailles), comme faisant partie dudit domaine ed même que les autres terres qui en dépendent… et ce, pour tenir lieu de douze mille livres de revenu dont jouissait le dit domaine de Versailles sur le privilège des voitures de la Cour… » (le privilège de fournir les voitures à la Cour, adjugé en 1685 à Debeauvais et Dufresnoy, venait d’être révoqué).
Voici le détail de l’évaluation du domaine de Villepreux en 17786 :
Château de GrandMaison non terminé

(77 pieds sur 18

et dépendances 77.640 livres

Bois du parc 13.907 livres 17 sols

La Ferme de GrandMaison

(123 arpents 75 perches) 63.100 livres

La Hébergerie 46.270 livres 6 sols

Le moulin de la Hébergerie 8.275 livres 2 sols

L’étang de la Hébergerie 848 livres

Terres et prés 47.505 livres 19 sols

Rentes foncières 7.534 livres 13 sols

Droite de justice 5.136 livres

Foire-marché 1.815 livres

Cens et rentes seigneuriales 20.569 livres 12 sols

Lods et ventes, quints, reliefs 11.892 livres 10 sols

Auditoire et geôle 600 livres
Le total se montait donc à 305.694 livres 18 sous. Il en fallait déduire les dépenses annuelles (réparations, frais de gestion, etc…) estimées en capital à 68.730 livres 9 sous. Ce qui donnait net : 136.964 livres 9 sous. Villepreux comptait alors 186 feux ; soit, en comptant une moyenne de 5 habitants par feu, 930 âmes ; en 1806, il n’y en avait plus que 831 ; et en 1931, 710.
Le château de Grand’Maison et le parc attenant furent loués à un Siur Desnoyer pour 1400 livres ; celui-ci ayant demandé que le Domaine fît des réparations au château assez ruiné, le Roi fit résilier son bail le 1er janvier 1778, et il fut question même d’abattre le château l’année suivante. Le parc fut loué le 2 juin 1782 à Jean François Heurtier, inspecteur général des bâtiments du Roi, pour 504 livres. Comment celui-ci s’arrangea-t-il pour conserver le château ? Nous l’ignorons. Toujours est-il qu’il l’habitait, et qu’il y resta à l’époque de la Révolution. Quant à l’ancienne demeure des Gondi, elle était habitée depuis 1765 environ, par Henri-Anne Macquenem d’Artaize, écuyer de la Comtesse d’Artois.

Essayons de nous représenter Villepreux vers le milieu du XVIIIème siècle : quelques documents nous permettent de tenter cette reconstitution.
Le voyageur qui arrivait de Paris par Rennemoulin, sortait du Grand Parc par la Porte de Paris, fermée de grilles et gardée par un « Suisse ». Aussitôt à droite, le long du Rû de Gally, se trouvait le quartier des Bourgeaux - soit une vingtaine de maisons -aujourd’hui totalement disparu et englobé depuis un siècle environ dans le parc du château actuel de Monsieur de Saint Seine (propriété Francini). Franchissant le Rû sur un petit pont de pierre, on entrait dans Villepreux. A gauche, on voyait une tourelle, reste de l’ancienne porte, à laquelle était fixée une lanterne qui servait à éclairer le pont ; à droite, au coin de la rue du Rolouët (du vieux mot « roilleis signifiant « palissades » : peut être l’ancien chemin de ronde), l’Hôtellerie des Deux Anges. Ujn peu plus loin, à gauche, la Porte Neuve, à la hauteur de la grille actuelle de Monsieur de Montupet, puis l’ancienne Hôtellerie des Quatre Fils Aymon (la Gendarmerie au XVIIIème), et à droite, au tournant de la rue, le Fief des Trois Maillets, avec l’Auberge encore existante.
Là, passait sous le pavé, en égout, un petit ruisseau, dit le Rû du Moulin, qui recevait la décharge de la pièce d’eau du château de Madame de Maulévrier, et derrière les Trois Maillets se jetait dans le Rû de Gally. Sur celui-ci, un peu en aval, était un moulin appartenant aux Francini ; mais comme les vannes retenaient l’eau, et étaient cause que la plaine de la Faisanderie était fréquemment inondée… et le gibier détruit, le Roi – en 1763 – acheta le moulin et le fit raser. Un peu plus tard, en 1789-1790, un autre moulin fut construit par François Maingot, plus en amont, contre le pont de la porte de Parie : celui-ci, bien que désaffecté, existe encore.
Revenons à la Grande Rue : elle tourne à gauche devant les Trois Maillets, puis de nouveau à droite. Au coin de gauche, l’Hôtel du Dauphin, maison à tourelle qui passe pour avoir été un pavillon de chasse de Louis XIII. A côté, le Moulin de la Ville, sur le ruisseau de ce nom, entre les deux ruelles qui montent à gauche vers l’église : la ruelle des Boulangers et la rue des Trois Figeons où était la Geôle.
Une petite place bordée de tilleuls marque l’emplacement de la Halle : c’était là que se tenait le Marché établi par lettres patentes d’avril 1785 (tarif : 1 charrette, 2 sols – un chargement de cheval, 1 sol – un panier, 6 deniers – par marchand « étalant », 1 sol)

Une cinquantaine de mètres plus loin, la Grande Rue remonte au sud en direction de Neauphle, laissant à droite la rue de Saint Germain par où l’on sortait de Villepreux en franchissant la Porte de Rouen. (Maison des Sœurs actuelle). Au coin de gauche, on voit une ancienne maison du XVIème siècle, à encorbellement, où était installée la Charité des Pauvres de Villepreux.
La place de la Mairie actuelle était alors « le Carrefour de la Croix », ainsi nommée en raison d’un calvaire qui s’élevait à son centre (aujourd’hui au cimetière). En face, à droite, un groupe de maisons formait l’ancien Fief du Cygne, existant déjà au XVème siècle.
Plus haut à gauche, se trouvait le Pressoir Banal, et l’Hôtellerie de l’Image Notre Dame, à droite, au coin de la ruelle Saint Martin qui redescendait vers la porte de Rouen, le Fief des Carnaux (XVème siècle).
En remontant toujours, l’on sortait de Villepreux par la Porte des Bordes et l’on entrait dans le faubourg de ce nom (dit aussi « des Moines » à cause du Prieuré de Saint Nicolas, situé tout en haut, à gauche, et dont il ne reste aujourd’hui que quelques traces : maison du Colonel Faure).
Aux Bordes se trouvait au XVIIème siècle l’Auberge du Lion d’Argent, disparue en 1736 ; l’ancien Fief de Mesnildon, à droite, en bordure du chemin de Beynes : une inscription actuelle en rappelle le souvenir.
L’hôtel-Dieu était vraisemblablement dans ces parages sans que nous puissions en fixer exactement l’emplacement.
En raison de la proximité de Versailles, il était indispensable que Villepreux fût un bourg propre et policé. Les ordonnancez de police de 1745 et 1770 insistent sur la nécessité du balayage et de l’arrosage des rues : il était interdit de mener les chevaux en troupe à l’abreuvoir, de jeter des ordures sur le pavé, etc… Les cabarets devaient être fermés pendant l’office divin du dimanche, et il était interdit d’organiser des jeux de paume dans les rues.

Trois lanternes éclairaient le pays : une au pont du Rû de Gally, à l’entrée du village – une autre devant les Trois Maillets, à cause d’un regard ouvert sur l’égout – et la troisième à la Croix, place de la Mairie actuelle.
La population semble avoir toujours été calme et honnête : les registres de la prévôté ne mentionnent que de légères « chicaneries » entre propriétaires, ou des vols sans grande importance.
Villepreux ne vit d’exécution capitale qu’une seule fois ! Par contre, elle fut triple ! Le 2 juillet 1789, le Parlement condamnait à être pendus et étranglés jusqu’à ce que mort s’ensuive, « à trois potences qui seront plantées dans la place du Marché DE Villepreux », François et Blaise Mongin – de Noisy – et Jacques Durand – du Bouvier. Ces trois braconniers qui, surpris près des Clayes par un garde alors qu’il fouillaient un terrier, l’avaient tué à coup de couteau.

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