Labyrinthe algérien Passé masqué, Passé retrouvé








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consacrée aux antiquités de Constantine, les étymologies font découvrir des monuments et des appellations antérieurs à la conquête française, Kal’at Beni Hamad, le Château de Beni Hamad, Belad-el-Hawa, la Cité Aérienne, Bab el-Rouah, la Porte du Vent, Bab-el-Heninecha, la Porte du Tunnel…

Certains éléments de l’ouvrage de Ian Coller pourraient être utilisés. Par exemple, l’auteur attire l’attention de son lecteur sur l’immense composition de Jacques-Louis David, Le Sacre de Napoléon (musée du Louvre), à l’arrière-plan duquel on distingue Rufa’Il Zakir. La présence du savant égyptien est le signe du prestige dont il jouissait dans le Paris arabe de l’époque. 15

L’exploitation pédagogique des gravures du début de la Restauration à Paris, reproduites par Ian Coller, contribuerait peut-être à remettre dans leur contexte historique un certain nombre de représentations actuelles. Sur l’une d’elles, gravée d’après un tableau de Louis-Ambroise Garneray, deux dignitaires arabes en tenue traditionnelle et portant turban, qui se promènent paisiblement dans le Jardin Beaujon de Paris en 1817, ne suscitent aucune hostilité, aucun rejet, de la part de la population parisienne qui fréquente ces lieux de repos et de divertissement. La gravure met l’accent sur la noblesse des personnages habitués à se mêler à la foule. On aperçoit un homme en turban dans Le Grand Escalier du Louvre, aquarelle de Louis-Eugène Gabriel Isabey datée de 1817, ainsi que dans une toile de Louis-Léopold Boilly représentant Les galeries du Palais Royal réputées pour leurs femmes légères. L’homme au turban se trouve à l’extrême droite du tableau, un peu en retrait, comme s’il avait choisi un poste d’observation. Ces exemples montrent que les Arabes du monde du négoce, de l’élite intellectuelle ou militaire, arrivés en France après l’expédition de Bonaparte en Égypte, étaient bien intégrés dans la vie sociale de Paris. Les relations amicales entre les Français et ces réfugiés pouvaient être étroites. Le secrétaire de Théodore Géricault, peintre du Radeau de la Méduse, Mustapha Sussen, arabe tunisien, fut, à sa mort, inconsolable.

Des Mosquées aux Églises romanes françaises

L’influence des architectes et artistes de l’Andalousie musulmane sur les hommes qui construisirent et décorèrent un certain nombre d’églises et de chapelles françaises est particulièrement sensible au Puy-en-Velay, à Notre-Dame-de l’Annonciation, et à l’abbaye Saint-Pierre de Moissac. Ne pourrait-on pas éveiller la curiosité et l’intérêt des élèves de confession musulmane, ainsi que celle de leurs camarades, en leur faisant découvrir que les barons français et bourguignons, lors de voyages en Espagne, avaient été influencés par l’architecture et la décoration des édifices musulmans ? L’influence de l’art arabe a touché la Bourgogne, gagné l’Auvergne par l’église de Notre-Dame du Port, avec ses arcs trilobés et ses médaillons à copeaux, familiers à l’architecture arabe du IXe siècle.

La polychromie de la façade, les arcades outrepassées de la nef, les ouvertures tréflées du clocher, les caractères coufiques de la porte de la cathédrale du Puy sont autant d’heureux emprunts qui se retrouvent dans l’église de Saint-Michel d’Aiguilhe de la même ville, avec ses rinceaux sans relief, au cadre décoré d’une mosaïque blanche et rose qui rappelle l’art oriental. La voûte de l’église de l’Hôpital Saint-Blaise en Béarn, unique en France, est soutenue par des nervures saillantes dessinant en plan une étoile orthogonale semblable à celle de la mosquée de Cordoue. Saint-Pierre de Moissac, outre son portail quadrilobé emprunté à l’art arabe, offre au regard émerveillé des visiteurs du cloître des chapiteaux ornés d’entrelacs, de palmettes et de caractères coufiques. Non loin de Moissac, à Saint-Antonin, des plats de faïence musulmane, considérés autrefois comme de rares merveilles, sont encastrés dans la façade.

Le rapprochement entre le portail quadrilobé de Saint-Pierre de Moissac et les arcs trilobés et entrelacés des Arcades de l’Aljaferia de Saragosse (XIe siècle) et de la chapelle Villaviciosa de Cordoue met en lumière l’influence des architectes et des décorateurs d’Al Andalous sur l’art roman français.

On retrouve des arcs lobés et dentelés orientaux de Limoges à Vézelay, de Saint-Léonard à Argenton, Châteauroux, Issoudun et Bourges. Sans oublier les chimères et monstres orientaux dans la nef de la cathédrale de Bayeux et la Normandie orientale de Marcel Proust. Une connaissance suffisante de l’architecture et de la décoration des édifices religieux et civils du Maghreb et de l’Espagne serait nécessaire pour construire un projet pédagogique fructueux.

Nous possédons un guide incomparable, savant, séduisant et superbement illustré, celui de Prosper Ricard (1874-1952) paru en 1924, Pour Comprendre l’Art Musulman dans l’Afrique du Nord et en Espagne 16 à l’usage des touristes. Très apprécié par l’hispanisant G. Girot :

Comment ne pas s’éprendre de pareils bijoux de l’art didactique où l’on révèle au profane les secrets de l’architecture et de la décoration.17

Prosper Ricard, discret mais authentique érudit, auteur de La menuiserie arabe d’après les Monuments arabes du Musée de Tlemcen (1915) et des poteries berbères à décors de personnages (1921) serait un excellent guide. Avant de partir pour l’Algérie, Prosper Ricard fut instituteur quelques années dans le département des Vosges où il était né. Après un bref passage à l’école normale d’Alger-Bouzaréah, il fut affecté à Tlemcen dans une école fréquentée par de petits Algériens. Ses relations assidues des artisans de la ville lui ouvrirent les portes des arts algériens auxquels il consacra tout son temps avant de poursuivre sa tâche au Maroc. C’est au cours de la décennie 1898-1908 que le jeune Albert Lentin noua des amitiés durables avec les El-Hassiens, que Joseph Desparmet s’entretint avec de nombreuses mères de famille blidéennes et que William et Georges Marçais étudièrent les monuments arabes de Tlemcen.

Est-il possible de transposer dans notre siècle le souhait exprimé par G. Girot à propos du manuel de Prosper Ricard : « Insuffler à l’Indigène l’esprit de leurs habiles et ingénieux ancêtres qui ont façonné la Mosquée de Cordoue, l’Alcazar de Séville et l’Alhambra » ? Faire comprendre aux jeunes Musulmans d’aujourd’hui que leurs aïeux ont fait des merveilles et que les Occidentaux furent souvent leurs imitateurs admiratifs. Patiemment, on éveillerait l’intérêt de l’ensemble des élèves, en espérant que la beauté, l’inventivité et la richesse de l’arabesque arabe conservent toutes leurs vertus pédagogiques. Est-ce faire preuve d’utopie ? Les croquis, dessins et photographies illustrant le manuel de Prosper Ricard permettent à l’observateur attentif de se familiariser avec l’architecture et la décoration arabe du Maghreb, avec les chaînettes, godrons, festons, rosaces, palmettes, coquilles, nœuds divers, entrelacs floraux, enroulements sur un axe ou sur quatre axes… Il distinguera les Feuilles Almoravides des Feuilles Almohades et appréciera les transformations de l’acanthe antique en feuille hispano-mauresque (comme à Tlemcen au XIIe siècle).

La découverte de l’influence heureuse de l’architecture et de l’ornementation arabes sur de nombreuses églises françaises s’allierait avec une recherche des racines orientales, réelles ou fictives, des noms de lieux ou de personnes.

Les Feuillets d’art (Fonds Prosper Ricard) déposés au Musée du Quai Branly à Paris, viennent de faire l’objet d’un inventaire et d’une analyse par Habiba Aoudia ; on y trouve de très beaux dessins de l’auteur. Cette étude permet de connaître la vie et l’œuvre d’un savant oublié . Est-elle de bon augure pour une réédition de Comprendre l’Art Musulman ? Amine Zaoui, romancier et universitaire algérien, soulignait récemment dans sa chronique hebdomadaire du journal Liberté d’Algérie, l’extrême intérêt de l’étude de Georges et William Marçais, Les Monuments arabes de Tlemcen (1903).

Il ne faudrait pas en rester aux influences complexes de l’art arabe sur certaines églises chrétiennes, si intéressantes soit-elles, mais s’interroger sur la façon dont les deux univers culturels, oriental et occidental, divergent sur la conception de l’image. Dans le Monde islamique, comme le rappelle Hans Belting, les arts décoratifs sont inséparables de ce que nous appelons en Occident le Grand Art, en outre il était impensable que la géométrie arabe donne un statut indépendant à la perspective comme cela s’est fait au du début de la Renaissance en Europe. L’auteur souligne que cet art de la perspective est fondé sur une théorie mathématique arabe. Si le terme perspective (perspectiva en latin) était en usage au Moyen-âge, c’est parce que, dans les milieux savants d’Occident, on savait que cette théorie visuelle était d’origine arabe. Basée sur l’abstraction géométrique elle a été reconduite à l’Ouest en renversant complétement son sens pour en faire une théorie appliquée aux images. Les deux cultures ne différent pas seulement dans le rapport à la représentation mais dans la manière dont les deux sociétés regardent et voient. Comme on peut lire sous la plume d’un chroniqueur de Die Rageszeitung, l’étude de Hans Belting nous incite à comprendre la genèse des fondations visuelles inconscientes des deux cultures dans toute leur complexité historique et à éclairer leur interdépendance. Ajoutons que cet ouvrage est remarquablement illustré de documents, souvent rares, dont est grand l’intérêt scientifique et pédagogique. 18


1 Le témoignage de Trumelet, arabisant, est exceptionnel. Nous n’examinerons pas le cas du général Yussuf qui commanda plusieurs des expéditions auxquelles participa Trumelet sur les Hautes-Plaines algériennes. Il parlait l’arabe avec un fort accent italien, ce qui étonnait et amusait les hommes des tribus qu’il haranguait.

2 Corneille Trumelet, Histoire de l’Insurrection des Oulad-Sidi-Ech-Chikh, op. cit., pp. 104-105. Trumelet écrit une autre fois que le Prince a quinze ans

3 Ibid, pp. 301-302.

4 Ibid, pp. 130-135.

5 Ibid, p. 136.

6 Ibid, p. 255. Meyer Shapiro souligne que Fromentin fait preuve d’empathie pour les hommes et les artistes des pays étrangers et qu’il analyse avec bonheur le jeu complice des couleurs chez les peintres flamands et hollandais. Il consacre quelques lignes à son aventure en Algérie. Meyer Schapiro, « Fromentin as a critic », Partisan Review, XVI, 1949, pp. 25-51. Traduction française, « Fromentin critique d’art » dans Meyer Schapiro, style, artiste et société, Paris, Gallimard, 1982, pp. 231-271.

7  Ibid, p. 243.

8 Nous fîmes alors de petites expéditions, soit en remontant le cours du Nahar-Ouassel jusque dans le pays des Béni-Lint, où se trouvaient des petits lacs couverts de bandes de courlis, soit en allant sur l’Oued Fedoul, à Tsarritz, à Sussulem, cours d’eau du Sersou central, soit enfin en allant sur l’Oued Ouerk et à Taguine, Chasses d’Algérie, op., cit., p. 236.

9 J’ai eu accès très tardivement à l’ouvrage de Jean-Auguste Margueritte, ce qui explique la long additif inséré ici, après le récit de Razoua qu’il éclaire.

10 Jean-Auguste Margueritte (général), Chasses de l’Algérie, op.cit., p . 247.

11 Ibid, pp. 245-246.

12 L’auteur consacre plusieurs pages au dressage traditionnel du faucon algérien et au faste de la chasse proprement dite qui attirait les foules : vieillards, femmes et enfants compris.

13 Ibid, pp. 169-170.

14 Leonie Frieda, Catherine de Medici, Phoenix Press, London, 2003, pp. 45-54.

15 Une traduction française de son ouvrage vient de paraître sous le titre Une France arabe, Alma éditeur, Paris, septembre 2014.

16 P. Ricard, Pour comprendre l’Art Musulman dans l’Afrique du Nord et en Espagne, Paris, Hachette, 1924. En particulier, les planches de l’ouvrage consacrées à l’ornementation et à l’arabesque (polygonie, réseau carré, réseau trigone, épigraphie coufique, écriture cursive…).

17 G. Girot, recension de « Pour comprendre l’Art Musulman » in Bulletin Hispanique, vol 27, 1925, pp. 257-258.

18 Hans Belting, Florenz und Bagdad. Eine westöstiliche des Blicks, Verlag CH. Beck o HG, Munich,2008. Traduction française, Florence et Bagdad, une histoire du regard en Orient et en Occident, Paris, Gallimard, 2012.
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