Utopie est «un pays imaginaire où un gouvernement idéal règne sur un peuple heureux»








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Dystopies



Classe de 3èmeB

de Mme Veillas



Année scolaire 2015-2016

Alors que l’utopie est « un pays imaginaire où un gouvernement idéal règne sur un peuple heureux », une dystopie serait une utopie qui n’aurait pas fonctionné et qui aurait conduit ses habitants au désastre et au malheur.

A partir de leurs lectures de dystopies, les élèves de 3B ont écrit quatre romans de Science-Fiction:


La Surface

Clotilde, Julia, Manon, Nour, Jihane, Capucine, Dayana et Lucie.
Les trois Mondes

Célia, Sarah-Li, Théo D., Ricardo, Théo M. et Hugo.
Niveau inférieur -Prisonnier de l'autre monde

Maël, Kylian, Gabriel, Enzo, Bryan, Corinne, Constance et Noémie.
Réinitialisation

Soline, Jade, Thomas, Lucas, Louis et Baolan.
La Surface
Clotilde, Julia, Manon, Nour, Jihane, Capucine, Dayana et Lucie

Chapitre 1
Ma mère m'a dit un jour que notre peuple vivait dans le Domaine des Verseaux depuis des siècles. Elle a ajouté que nous y avions toujours vécu en « Paix ». Lorsque je lui ai demandé ce que c’était, elle m’a répondu qu’il s’agissait d’un équilibre très fragile. C'est drôle comme nom la « Paix »...

Avant la « Paix », maman m'a expliqué que le monde que je connais aujourd'hui n'était pas le même qu’avant, il était froid et dangereux, parfois même mortel et malheureux. Mais il était aussi doux et vaste, elle a même parlé de « liberté », mais elle n'a pas su m'expliquer tout à fait ce que c'était...
Ce matin, il pleut. Cela fait déjà une heure et quart que j'attends dans mon lit pour me lever et je commence à avoir faim. Normalement, nous devons dormir quatre heures par nuit mais je me réveille souvent plus tôt, n’ayant besoin que de trois heures de sommeil. Je pense souvent à ce monde « légendaire » qui hante mes pensées tous les matins et parfois même durant la journée. Je ne sais pas pourquoi il m'obsède.

-Gaïla, chérie ? Tu te lèves ? Il est 5h07 !

Mince, j'ai encore loupé l'heure. Toute la famille doit se lever en même temps. Chez nous, c'est 4h30. Une loi l'oblige mais je ne l'ai pas respectée ce matin. Encore. Je suis trop pensive...

-Oui j'arrive maman..., dis-je d'une voix fluette.
Mon père prenait déjà son café et mon frère attendait ses pancakes, comme d'habitude. Ça sentait bon et il faisait frais, je ne changerais pour rien au monde ces matins en famille. Je me suis rendu compte que cela faisait déjà cinq minutes que j'étais plantée là, en haut des escaliers, sans bouger, à les observer fixement avec des yeux vides comme ceux d'une poupée de porcelaine. Mon frère me regardait d'un air interrogateur. Je suis trop pensive, bien trop pensive...

Je m'installe sur ma chaise, à ma place habituelle. Elle se trouve entre la porte et la cuisinière où se tient ma mère. Ce matin, je ne mange pas très bien, même si j'avais faim il y a un quart d'heure. J'ai l'impression que quelque chose se bloque dans ma gorge. Je n'arrive pas à déglutir. Je crois que ça s'appelle de l'« angoisse ». Je me rends compte que je grandis et que je vais devoir les quitter dans seulement quelques mois. Quand on m'aura confié mon Attribution future, je serai obligée de faire face à une nouvelle vie de responsabilités et de restrictions. Je devrai mûrir aussi, fonder une famille, une vie. En réalité, je vais devoir partir. Je ne me sens pas prête...
6h05. Je vais être en retard. Je me dépêche de débarrasser, je remercie ma mère pour ce repas et me jette dans l’escalier à toute vitesse. J'enfile mon uniforme tellement vite qu'on dirait que je tremble. Ensuite, c'est la salle de bain. J'ouvre le robinet, qui va couler durant exactement une minute, juste assez pour remplir la large vasque de pierre, et ensuite, lorsque l'eau va cesser de couler automatiquement, je pourrai plonger mes mains chaudes dans l'eau gelée pour inonder mon visage afin de me rafraîchir. Comme tous les matins, l'eau froide fait rougir mon nez parsemé de taches de rousseur et m'éveille instantanément. Je pars.
Dehors, les grands immeubles en verre reflètent la lumière orangée du soleil levant. Le Lycée n'est pas tout à côté mais je dois y aller à pied. Selon mon père, marcher dès le matin, permet de bien commencer sa journée. Les rues sont vides et les panneaux lumineux viennent tout juste d'afficher les Restrictions quotidiennes. Les Restrictions sont comme des lois qui concernent seulement les relations sociales et qui doivent être obligatoirement respectées. Les premiers panneaux affichent :
Restrictions

-Vous devez effectuer (au moins) une bonne action par jour.

-Vous ne devez pas laisser votre avis personnel passer avant les avis de vos Supérieurs.

-Vous devez faire preuve de réserve.

-Vous ne devez pas fréquenter ni parler ni suivre ni faire confiance ni même observer un Défectueux.

Quiconque ne respecte pas les Restrictions, sera soumis à une Suppression et deviendra un Défectueux à son tour.
Être un « Défectueux » est, selon maman, pire que la mort.
Tous les habitants de notre Société possèdent un badge greffé sur l’avant-bras permettant de les identifier :

« Valide », prénom, âge, études, famille, adresse...

Il comporte toutes les informations possibles sur nous. Lorsqu'une personne enfreint la loi, s’il ne respecte pas les Restrictions par exemple, son badge lui est retiré. Cela veut dire qu'il ne représente plus rien pour la Société : plus d'aides sociales, plus de famille, plus de domicile, plus rien. Cela s'appelle la « Suppression » ; il est ensuite appelé un « Défectueux » et restera enfermé le reste de sa vie dans des prisons se trouvant dans les quartiers Défectueux.

J'avance toujours et les rues sont de moins en moins animées. Je n’aime pas beaucoup cet endroit car il se trouve à la bordure du Domaine. Au Lycée, on nous a appris qu’après le Domaine, il n’existe que des ruines infranchissables. Dans ces ruines ont été installés les quartiers des Défectueux. Je préfèrerais ne pas passer par là mais j’y suis obligée pour me rendre au Lycée. Je passe maintenant devant le conseil, endroit où siègent les dirigeants du Domaine. Sur le chemin, je croise Saskia qui habite juste à côté. Saskia est la plus vieille amie que je connaisse. Je l'ai rencontrée très tôt au Lycée, en Grade 1 ; dès le premier jour, nous nous sommes restées ensemble.

Avant de la rejoindre, j'essaye de regarder entre les nombreuses fissures d'un mur désagrégé pour voir si les « Défectueux » y sont. J'avance avec méfiance, un pas... deux pas... et encore... encore... Ça y est. Je suis assez près. Je jette un coup d’œil discret dans l'une des fissures. Je sens comme une vague de sang glacé qui parcourt ma colonne vertébrale jusqu'à ma nuque en sueur, du

« stress ». Je prends mon courage à deux mains et je me penche pour presque y mettre un pied. Soudain, j'entends un « crac ! » tout près de ma tête. Je sursaute, je tressaille ; puis, je me retourne rapidement pour fuir dans la direction opposée. A ce moment-là, quelqu’un se dresse devant moi l’air euphorique et le sourire aux lèvres :

-Bonjour !!

C'est Saskia. Je me retourne vers la fissure en lui faisant signe de se taire puis, je l'attrape par le bras pour qu'on s'éloigne.

-Tu es folle !?

-Non, pourquoi ?

-Je voulais voir si les Défectueux vivaient là !

-Les Défectueux ? Mais pourquoi ?

-Tu ne trouves pas ça horrible, toi, que de pauvres personnes vivent sans rien, en marge de la Société ?

-Et bien... elle lève ses yeux au ciel pour faire signe de réflexion et lâche, non... Ma mère m'a dit que les Défectueux étaient des personnes rebelles qui avaient mérité de se retrouver ainsi en désobéissant aux lois.

-Oui, je sais déjà ça, répliqué-je sèchement.

-Tu trouves vraiment qu'ils valent la peine que tu te fasses des « frayeurs » pareilles ? Dit-elle en se moquant.

-Non, Saskia. Tu as complètement raison...

Je ne pense pas un mot de ce que je viens de dire. Pour moi, c'est totalement injuste. Parfois, j'ai l'impression de voir les choses différemment... J'ai déjà remarqué ça. J'ai très souvent recours au mensonge pour parler d'une idéologie. Les miennes sont totalement différentes. Comme si je possédais une façon de penser anormale et que j'étais destinée à percevoir les choses et les faits d'un autre point de vue, comme à l'envers... Ou peut-être à l'endroit ? Qui sait, tout est relatif.
L'heure tourne à toute vitesse. Il est déjà 07h03, alors qu'on vient seulement de passer le portail d'entrée pour pénétrer dans l'établissement.

Le Lycée est une immense propriété qui est composé de six bâtiments. Un bâtiment est uniquement consacré aux dirigeants de l'établissement. Les cinq autres bâtiments sont dédiés aux cinq

« Grades ». Nous devons rester dans un Grade durant deux ans :

-âgé de 7 ans et 8 ans : individu de Grade 1.

-âgé de 9 ans et 10 ans : individu de Grade 2.

-âgé de 11 ans et 12 ans : individu de Grade 3.

-âgé de 13 ans et 14 ans : individu de Grade 4.

-et enfin, âgé de 15 ans et 16 ans : individu de Grade 5.

Le Grade 5 est le plus important de tous car c’est notre dernière année. C'est à nos dix-sept ans que notre Attribution nous est donnée. C'est toute notre vie future qui est en jeu.
L’organisation du Lycée est très stricte du point de vue architectural. Les bâtiments blancs immaculés sont disposés face à face et séparés par d'imposants bassins d'eau. Ces derniers sont longés par des chemins de graviers qui se croisent soigneusement entre chaque bassin. Cet ensemble s'appelle « Le Plancher ».

Ensuite pour ce qui concerne l’intérieur des enceintes, chacune d'elle possède 75 classes (servant à toutes les matières) avec donc 75 professeurs ; 3 réfectoires ; 3 grandes aires de repos ; une entrée principale pour le « Grand Hall », 4 autres petites entrées ; 60 vestiaires et 3 gymnases et, pour finir, une centaine de couloirs.

Nous ne sortons pas de notre bâtiment attribué de la journée, tout y est à l'intérieur. Nous ne croisons donc pas les élèves des autres Grades sauf à la rentrée et à la sortie des cours. Une journée de travail commence à 7h30 et se termine à 17h30.
J'arrive à bout de souffle devant les bornes de vérifications et j'engouffre à toute vitesse mon avant-bras dans le scanner. Le « biiiiip » habituel retentit et la lumière verte s'allume laissant une tâche verdâtre en plein milieu de mon champ de vision. Saskia a le bras coincé, pour une fois, elle paraît stressée. Je me précipite vers elle pour l'aider et elle passe enfin. Nous montons les 35 marches des Grands Escaliers quatre à quatre et nous arrivons enfin au Plancher ! Le bâtiment numéro 5 est celui du fond, juste en face du numéro 6. Encore 400 mètres à courir comme des dératées... Il ne faut surtout pas arriver en retard car chacun de nos retards est enregistré par le Lycée et retransmis au Conseil. Ces petites bêtises, appelées « Infractions », sont des facteurs importants pour notre Attribution.

Les portes vitrées de l'entrée principale s'ouvrent automatiquement mais lentement. A ce moment-là, j'ai l'impression que les secondes sont des heures. Quand les portes s'ouvrent enfin et que mes deux pieds se posent délicatement sur le sol lisse et impeccable, la pression s'évacue d'un coup. Par chance, le Grand Hall est encore plein d'élèves cherchant leur chemin à travers les nombreux couloirs. J'essaye de m'infiltrer dans la foule, l'air de rien, en lissant ma chemise et je m'engouffre dans le couloir n°16 en faisant un signe à Saskia qui part dans la direction opposée. Nous sommes prêtes à passer une nouvelle journée.
C'est l'heure du repas, ça tombe bien parce qu'avec une faim douloureuse au ventre, impossible de se concentrer. Je remballe mes affaires mollement et je sors de la classe en traînant des pieds. Ce matin, les cours n'étaient pas passionnants, je dirais même horriblement ennuyeux... Histoire de la Société, Langue. Personnellement, je préfère le Droit. Mais bon, il faut que ma culture soit élargie au maximum pour que mon Attribution soit honorable.

Je passe par le Grand Hall, au pas, à moitié endormie, puis par l'aire de repos. Je m'arrête quelques secondes, le temps de tourner une fois sur moi-même afin de voir si Saskia n'est pas là. Que des visages étrangers. Je décide alors de continuer plus énergiquement en direction du Réfectoire. J'y suis ; je m'arrête juste sous l'encadrement de la porte, en plein milieu. Je balaye l'immense réfectoire, les yeux plissés, les pieds écartés et les poings sur les hanches. J'ai sûrement l'air d'une folle prête à étrangler la première personne qui m'approche, vu les étranges regards que me lancent les personnes assises à la table juste en face de moi. Je me redresse aussitôt, gênée, je joins mes mains devant moi comme à mon habitude. Mes joues me brûlent, je suis morte de honte. Je ne sais pas pourquoi je réagis de cette manière, pourquoi est-ce que ces gens me regardent de cette façon intimidante ? Pourquoi est-ce que toute chose « différente » est mal vue ? Je n'ai pas fait quelque chose d'horrible ! Je me suis seulement tenue bizarrement par fatigue et par manque d'attention. Pour eux, je devrais faire preuve de moins de réflexion. Maintenant, je suis totalement rouge de colère. Peut-être que je suis vraiment bizarre en fin de compte...
-Gaïla ! me lance une voix familière.

C'est Saskia et certains de nos amis. Je suis soulagée de les retrouver. J'ai cru devoir subir les regards assassins du réfectoire encore longtemps... Je m'empresse de me retirer en partant furtivement vers eux.

-Ah ! Vous êtes là ! répliqué-je. Ces gens là-bas sont très agaçants, ils… me jugent ! Je déteste ça…

-Te juger ? lance Quentin surpris. C'est un ami que je connais depuis seulement cette année mais j'avoue que je le trouve très sympathique.

-Oui. Ils pensent sûrement que je suis étrange parce que je me suis… tenue… bizarrement à l'entrée du réfectoire…

-Comment ça bizarrement ? reprend-il, les sourcils froncés.

Encore une fois, c'est étrange, mais je sens qu'il va réagir comme les autres, qu'il va lui aussi me juger pour cet instant ridicule. Alors je réponds sèchement pour m'éviter un second moment de gêne :

-Laisse tomber, je n'ai plus envie d'en parler... Allons chercher à manger plutôt.

Je m’éloigne donc sans aucune expression apparente, le regard vide, en direction du self-service. J'ai trouvé que cette réaction était la plus appropriée et la plus intelligente dans cette situation. Parfois, j'ai la sensation d'avoir un sens de la réflexion plus élevé, comme s’il se développait plus que chez les autres. Cela en devient presque handicapant...
En sortant du cours de Mathématiques à 17h30, je suis dans mes pensées. Je réfléchis à la fin de journée que je viens de passer au Lycée... Certes, elle a été encore plus ennuyeuse que la matinée mais quelque chose, d'une façon générale, a été différent aujourd'hui... En plus de l'injuste remarque de Saskia, ce matin, à propos des Défectueux et des étranges réactions au Réfectoire, il y a eu, encore une fois, une situation « différente ». Elle s'est passée durant le cours de Mme Gauthier, mon professeur d'Histoire de la Société : cette heure a été dédiée à la réflexion. Le sujet portait sur la création de la Société.

Étant le seul cours que j'avais jugé intéressant de toute la journée, je me suis sentie obligée de lever la main pour expliquer ma théorie. J'avais donc décidé de parler de ce que m’avait raconté ma mère. Je leur ai tout d'abord expliqué que le but de la création de la Société est de maintenir un équilibre appelé la « Paix » et ensuite j'ai posé à mon tour une question, « Mais pourquoi l'avoir créée, Madame ? Qu'y avait-il avant la fondation de la Société ? ». Mme Gauthier m'a regardé avec des yeux ronds comme des billes et a laissé s'échapper des petits bafouillages créant un suspense bien trop long pour mes camarades qui ont fait preuve d'impatience. Elle a eu un air paniqué mais je ne sais toujours pas pourquoi... C'est comme si j'avais posé "la" question qu'il ne faut jamais poser, comme si elle était interdite. Elle me dit simplement qu’il lui était impossible de répondre à ma question puis, elle a tourné la tête pour interroger un autre élève. Pour la première fois, j’ai eu le courage de l'interrompre : « Madame, s'il vous plaît, une dernière chose : ma mère m'a raconté un jour qu'avant la Société, il existait un monde totalement différent de celui que nous connaissons tous aujourd'hui, elle a parlé de « liberté »... Est-ce que, par hasard, vous sauriez me l'expliquer ? ». Cette fois-ci, elle n’était pas mal à l'aise mais outrée, manifestement choquée et a complètement ignoré ma question.

Je n'arrive toujours pas à comprendre.
-Gaïla... Gaïla !? Tu me réponds, oui !? J'ai l'impression de parler à un mur depuis dix minutes ! On se réveille !

Mince. Saskia était là, à côté de moi depuis tout à l'heure.

-Excuse-moi, je pensais à autre chose... Tu disais ?

-A quoi peux-tu penser de si important pour ne pas m'entendre ? dit-elle un peu fâchée.

Vite, vite ! Une excuse... Non. Une diversion.

-Écoute Saskia, je crois que quelqu'un t'appelle.

Saskia se retourne énergiquement vers la direction que j'ai pointée totalement au hasard avec mon index. Je m’enfuis en courant vers un troupeau d'élèves pour me fondre dans la foule afin qu'elle ne me voie plus.

Je rentre donc chez moi, seule. Comme tous les jours, en passant le portail du Lycée dans le sens inverse, je regarde à droite puis à gauche pour m'assurer qu'aucune auto ne circule dans ma direction même s’il n'y en a presque jamais. Puis, je salue le surveillant de l'entrée avec un large sourire forcé. Il fait chaud et je transpire. Mon sac me colle au dos et ma chemise a été froissée toute la journée. Quand j'arrive dans l'ombre du quartier des Défectueux. Je ralentis le pas et je souffle un bon coup en savourant chaque filet d'air frais qui court dans les airs. Je sais à l'avance que je ne repérerai aucun Défectueux dans les immeubles alors je ne m'arrête pas et je continue, tout droit, les yeux fermés jusqu'à chez moi, seule.

-Entre, chérie, c'est ouvert !

-D'accord, merci, Maman.

Je pousse la petite porte délicatement puis, je la referme derrière moi. Ma mère sort à l'instant de la maison puis m'attend sur le palier avec un en-cas et un petit sourire aux lèvres.

-Tu as passé une bonne journée, Gaïla ?

-Oui, dis-je faiblement.

-Tiens, c'est pour toi. Bois ça. C'est un antioxydant, excellent pour la santé ! Elle me tend des sablés et un grand verre de jus mousseux rouge orangé.

-Qu'est-ce que c'est?

-Du jus de grenade, me répond-elle fièrement.

-Du jus de grenade ? Mais d'où vient ce drôle de fruit ?

-Je ne sais pas, il est nouveau à la boutique mais ne t'inquiète pas, j'ai goûté et c'est excellent. Rentrons maintenant.

Je la suis jusque dans le salon puis, je m'installe dans le gros fauteuil de Papa.

-Mais, Maman, d'où viennent toutes ces marchandises et d'où viennent ces camions ?

-Je ne sais pas, chérie, mais il est dit qu'elles sont récoltées dans un autre endroit.

-Mais qui les récolte ?

-Sûrement des gens comme nous.

-Mais où vivent-ils ? Dans notre Société ? Ou peut-être en dehors... Mais qu'y a-t-il en dehors ?

-Ooohh ! Gaïla, tu poses trop de questions, tu sais que c'est puni par la loi. Mange plutôt !

-Pardon.

Je finis mon verre de jus en silence puis me hisse en dehors des nombreux plis de tissu épais du gros fauteuil. Je monte silencieusement l’escalier en observant mes pieds qui se posent sur chaque marche boisée. Dans ma chambre, mon lit est impeccable et mon bureau très ordonné. Je m'allonge sur mon matelas toute habillée, les jambes croisées, les mains sous ma tête et je fixe mon plafond. Ici, il fait frais. Je ferme les yeux petit à petit, ce qui laisse filtrer seulement les silhouettes floutées des choses qui m'entourent et je finis par être en suspension entre les portes du sommeil et de la vie. C'est vrai ça, quand on dort, on n’a plus conscience du temps, on n’a plus conscience de rien. Des histoires absurdes forment des rêves ou des cauchemars. Des histoires tirées de notre imagination et de nos vies réelles. Le parfait mélange entre l'imaginaire et la dure réalité. Parfois j'aimerais dormir pour l'éternité mais je ne peux pas parce que là aussi, il faut entretenir un équilibre fragile. On ne peut pas être épanoui sans rêverie et on ne peut pas être stable sans choses concrètes. Les extrêmes ne sont pas bons. Je m'endors. Je cesse de penser. Et bienvenue dans le monde parallèle de la « liberté ». J'ai trouvé ce que c'est, la liberté. La Liberté c'est le pouvoir de choisir nous même, comme dans... un rêve. Je suis libre. Libre...
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