Première partie Les cannibales blancs I








télécharger 1.76 Mb.
titrePremière partie Les cannibales blancs I
page9/49
date de publication03.02.2018
taille1.76 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   49

IX


Reprise des travaux. – Rude mais profitable leçon. – Le lieu d’internement des fugitifs. – Si nous parlions un peu du caoutchouc. – La fièvre du caoutchouc. – Souvenir à La Condamine, son introducteur. – Botanique spéciale. – Anciens procédés d’exploitation. – Le nouveau procédé. – Les tigelhinas. – La « saignée » des arbres. – Récolte du suc. – Évaporation. – Salaire du seringueiro. – Soixante francs par jour ! – L’Amazone seul produit quatre millions de kilogrammes de caoutchouc. – Composition du suc de l’Hevea. – Premiers usages. – La vulcanisation. – Caoutchouc durci ou ébonite.

Grâce à l’intervention aussi prompte qu’énergique de Charles Robin, l’établissement de l’Aragouary a repris toute sa tranquillité. Le souvenir de la chaude alerte qui a failli en compromettre non seulement la sécurité, mais encore l’existence, a perdu peu à peu de son intensité première.

Ce n’est pas à dire pour cela que les laborieux Chasseurs de caoutchouc s’endorment dans une confiance exagérée, susceptible d’amener de tristes désillusions. Bien loin de là. Si la leçon a été rude, elle est et demeure d’autant plus profitable.

Elle n’a eu fort heureusement, pour toutes conséquences, que des dégâts purement matériels et facilement réparables. Les deux blessés dont l’un surtout, le Boni Quassiba inspirait de vives inquiétudes, sont maintenant hors de danger. Le seringal incendié est reconstruit, et le travail a repris avec son activité ordinaire.

Les forçats fugitifs et leurs complices ont été internés, selon la volonté du chef, en un lieu d’où il leur est matériellement impossible de sortir. Ce pénitencier improvisé est situé au milieu des marais compris entre l’embouchure sinueuse du Tartarougal et ce lac vaseux nommé Lago-Real qui se déverse dans l’Aragouary par un canal praticable seulement pendant les grandes eaux.

L’île particulièrement affectée au lieu d’internement, plantée de caoutchoutiers vivant en famille, émerge, comme l’on sait, d’une mer de boue liquide formant une barrière infranchissable pendant six mois de l’année.

C’est une prison mesurant environ trois lieues de tour, mieux close que tous les bâtiments administratifs où sont relégués les hommes en compte ouvert avec la société.

Dans six mois une évasion serait peut-être possible avec des pirogues spécialement construites pour cette navigation difficile. Mais on pense bien que nulle embarcation n’a été laissée par Charles à la disposition de ses redoutables pensionnaires, non plus que les outils indispensables à sa confection.

En prenant les choses au pire, c’est donc six mois de tranquillité. De tranquillité vigilante, s’entend, avant l’écoulement desquels Charles se propose d’aviser.

Les misérables ont d’ailleurs semblé prendre leur mal en patience. Bien pourvus de vivres, d’habillements et d’outils rigoureusement professionnels, ils ont promis de s’occuper activement de l’exploitation du caoutchouc.

L’avenir décidera le bien fondé de ces promesses.

Chocolat et ses associés se sont installés au lieu indiqué par leur nouveau patron, et se livrent avec ardeur au travail du seringuier. Durs à la fatigue, adroits, vigoureux, ils sont devenus en peu de temps d’habiles ouvriers.

L’apprentissage d’ailleurs est chose facile pour des hommes de bonne volonté.

Mais, à propos de l’exploitation de cette denrée précieuse, d’un usage aujourd’hui si répandu dans notre industrie contemporaine, peut-être ne serait-il pas inutile de résumer, aussi brièvement que possible, cette question si intéressante et si importante du caoutchouc.

Emportés jusqu’à présent par les péripéties de cette dramatique aventure, il nous a été interdit de nous arrêter, ne fût-ce qu’un moment aux côtés pratiques de l’industrie du seringuier, souvent plus rémunératrice que celle du chercheur d’or, moins pénible, dans tous les cas, nécessitant un apport de capitaux presque insignifiant, et n’exigeant pour ainsi dire pas de travaux préparatoires.

Comme celle du Chercheur d’or, cette industrie du Chasseur du caoutchouc a ses enivrements comme aussi ses déboires. Si le premier se passionne comme un joueur, en mettant à nu des filons à travers lesquels scintillent les grains ou les paillettes de métal ; si sa main tremble en agitant la « battée » où il lave la boue argileuse renfermant la poudre et les pépites, le seringueiro n’a pas moins d’émotion quand son instinct le mène aux lieux où s’épanouissent, dans toute leur exubérance tropicale, les arbres dont le suc doit lui procurer l’opulence.

S’il y a, dans certains districts, à peu près partout de l’or en quantité infinitésimale, le « desideratum » du chercheur d’or est de trouver le placer, le champ d’or où certaines conditions géologiques ont fait affluer le précieux métal.

De même, si les arbres à caoutchouc, d’essence et d’espèces différentes, se rencontrent isolément sur tous les terrains de la zone torride américaine, le seringuier emploiera toutes ses facultés à rencontrer les lieux offrant les conditions propres à favoriser leur végétation et surtout leur réunion en famille.

Certaines futaies immenses représentent en quelque sorte le placer de caoutchouc, objet de l’ardente convoitise du seringuier.

Sa fortune est alors aussi assurée que s’il avait trouvé un champ d’or.

Enfin, si à certaines époques, notamment en Californie et en Australie, le récit de découvertes merveilleuses, de fortunes énormes, rapides, inespérées ont produit ce phénomène psychologique si énergiquement dénommé la fièvre de l’or, la recherche du caoutchouc, son exploitation, les bénéfices parfois incroyables jusqu’à l’invraisemblance qui en sont résultés ont produit en quelques lieux, toutes proportions gardées, une véritable fièvre de caoutchouc.

Qui sait, d’autre part, si, dans un temps peut-être plus proche qu’on ne le suppose, étant donnés les besoins toujours croissants de l’industrie moderne, les splendides régions amazoniennes ne verront pas se former un courant d’immigration produit par les Chasseurs de caoutchouc.

Il y a là de si magnifiques débouchés à l’activité humaine !

Depuis fort longtemps, les Indiens de l’Amazone ont pensé à employer à la confection de divers objets usuels le suc épaissi tiré de certains arbres. Mais les anciens voyageurs n’ont pas mentionné cette pratique, ou ne lui ont donné qu’une attention distraite.

En 1736, l’illustre La Condamine, envoyé dans l’Amérique du Sud pour mesurer un arc du méridien, relata, dans son rapport à l’Académie des sciences, cette particularité, observée par lui chez les Indiens Mainas, du fleuve des Amazones, au sud-est de Quito.

Cette substance, qui avait la curieuse propriété de prendre toutes les formes, de se souder après avoir été trempée dans l’eau bouillante, d’être imperméable aux liquides, inaltérable à l’air, était tirée de l’arbre Hyévé, et s’appelait caoutchouc.

Le nom lui est resté, et l’arbre a été nommé Hevœa Guyanensis par Aublet.

La Condamine doit être considéré comme le parrain et l’introducteur du caoutchouc en France, ou plutôt en Europe.

Mais ce n’est pas seulement dans le suc laiteux de l’hevœa Guyanensis ou Siphonia elastica, que se trouve cette denrée précieuse ; comme aussi l’Amérique du Sud n’est pas l’unique lieu d’élection des végétaux producteurs.

Ces végétaux ont été distribués en trois familles : les Euphorbiacées, qui tiennent évidemment le premier rang, eu égard à la qualité du caoutchouc qu’elles fournissent et à sa quantité, les Urticées et les Apocynées, plus nombreuses comme espèce, mais inférieures comme produit.

Nous mentionnons seulement, dans la première famille l’hevœa Guyanensis ou Siphonia elastica, un arbre splendide, dont le tronc atteint souvent cinq mètres de circonférence.

La famille des urticées comprend : l’Ulsœa elastica de l’Amérique centrale et méridionale, le Ficus elastica1 de l’Inde, les Ficus radula et elliptica, et l’Urostigma elasticum de Java.

À la famille des apocynées appartiennent : le Vahea gummifera de Madagascar et de la Réunion, le Landolpha du Gabon, l’Urseola elastica et le Willougbeia edulis des Indes-Orientales, ainsi que le Collophora utilis, l’Hancornia speciosa et la Cameraria latifolia de l’Amérique du Sud.

Les procédés d’extraction du caoutchouc, si importants pour les propriétés à venir de la substance, sont encore très imparfaits, quoique, depuis quelque temps, on remarque certaines tendances à un perfectionnement bien long à venir.

Jadis, les seringuiers avaient coutume d’entourer obliquement, avec une grosse liane, attachée à cinq ou six pieds du sol, le tronc de l’arbre à exploiter. Puis on « saignait » l’arbre, c’est-à-dire que l’ouvrier pratiquait dans l’écorce, de petites incisions au-dessus du point comprimé. Le suc se mettait à couler en abondance, rencontrait la liane, ruisselait vers le bas de la déclivité formée par celle-ci, et tombait dans une calebasse ou dans un vase d’argile placé sur le sol, au pied du tronc.

On en perdait ainsi une grande quantité.

Le seringuier avait pétri préalablement des masses d’argile et leur avait donné la forme de bouteilles ou de seringue, (seringa). Il les trempait une aune dans le suc laiteux qui, s’évaporant rapidement au soleil ou devant le feu, abandonnait son eau et laissait sur le moule une couche agglutinée de caoutchouc.

Cette opération se renouvelait jusqu’à ce que la matière solide déposée par couches superposées eût acquis l’épaisseur voulue. On pratiquait alors une ouverture au fond de la bouteille, on mettait celle-ci dans l’eau pour ramollir l’argile et lui permettre de s’écouler, puis l’on expédiait les « bouteilles » au commerce.

Le caoutchouc ainsi obtenu renfermait de la terre, et une grande quantité d’eau, nécessitant des purifications qui lui faisaient perdre une partie de ses qualités.

Ce procédé très inférieur a été abandonné pour un autre dont le principe est analogue, mais dont l’application est bien plus économique et surtout susceptible de fournir une matière infiniment plus pure.

Il est connu au Brésil sous le nom de tigelhinas – petites tasses, – ou mieux petits godets.

Voici en quoi il consiste. La liane est supprimée. Le seringuier pratique dans toute l’épaisseur de l’écorce des incisions de trois centimètres et demi à quatre centimètres. Il assujettit, sous chacune de ces entailles, de petits gobelets en fer-blanc, au moyen d’un tampon de terre glaise.

Cette opération se fait très rapidement, le matin, de huit à onze heures. À midi, tous les récipients sont pleins d’un liquide blanc de lait, un peu crémeux. L’ouvrier opère une nouvelle ronde avec un seau dans lequel il verse le contenu de tous ses gobelets et les remet en place.

Il revient alors à son carbet. Sur un espace découvert est installé un fumeiro ou fumoir. C’est un espèce de four à réverbère grossièrement construit et pourvu à son extrémité supérieure, d’un tuyau par où s’échappe la fumée produite par un combustible spécial. Ce combustible est ordinairement le fruit du palmier Attalea excelsa ou du Manicaria saxifraga.

La bouteille d’argile est remplacée par une palette de bois rappelant assez le battoir des lavandières, mais avec des bords taillés à vif. Le seringuier trempe cette palette dans la crème végétale, et l’expose pendant quelques secondes à l’action de la fumée. La partie liquide s’évapore immédiatement, et il se forme une mince pellicule de caoutchouc. Il répète l’opération et obtient une série de couches successives, régulières et parfaitement pures, de stratifications élastiques. Quand l’épaisseur des couches est jugée suffisante, il incise le caoutchouc en frappant avec la palette sur un corps dur. Le choc produit par les côtés coupants sectionne l’enveloppe, et donne deux belles plaques de caoutchouc que l’on expose au soleil.

Il importe essentiellement de rendre cette évaporation aussi complète que possible, car l’eau interposée produit fatalement une fermentation qui assure la perte totale de la matière. L’espèce de boucanage produit par la fumée sur les molécules solides offre bien des garanties de conservation, mais elles ne sont pas toujours suffisantes.

Bref, le seringuier ne doit pas oublier que son grand ennemi est la fermentation.

Diverses améliorations ont été tentées dans ces derniers temps, mais le procédé presque exclusivement employé est celui que nous venons de décrire.

Là s’arrête le travail du seringuero.

Son caoutchouc est envoyé en plaques, soit en Europe, soit aux États-Unis pour y être manufacturé et affecté à ses innombrables usages.

Ici se présente tout naturellement une question qui a bien son importance : Combien un arbre peut-il sécréter de liquide ? Combien un ouvrier laborieux peut-il gagner par jour en se livrant à ce facile travail ?

C’est fabuleux.

On compte que trois litres de suc retiré de l’Hévé peuvent fournir un kilogramme de caoutchouc payé là-bas à l’ouvrier sur le pied de quatre francs.

Un arbre mesurant seulement cinquante centimètres de diamètre, peut fournir, en moyenne, cinquante-quatre litres de lait, ce qui donne dix-huit kilogrammes de matière solide, et un produit net de soixante-douze francs par pied.

Quand les arbres vivent en famille, comme dans la région comprise entre l’Aragouary et le Yary, et que le seringuier veut s’occuper activement, il peut extraire quinze kilogrammes de caoutchouc par jour, à quatre francs, prix moyen, soit soixante francs par jour !

La saison pendant laquelle les seringuireos se répandent dans la forêt dure d’avril à décembre. Ce qui représente par homme deux cents jours de travail assurant une récolte atteignant trois mille kilogrammes de caoutchouc, d’une valeur de douze mille francs.

Plus de dix mille Paraenses et Tapouyes se livrent annuellement à cette industrie, et la seule ville de Para vend pour quinze millions de caoutchouc par an, trois fois plus que la Guyane française ne vend d’or1.

Les intermédiaires entre le producteur et le manufacturier trouvent en outre moyen de réaliser de superbes bénéfices, en achetant sur place le caoutchouc et en le centralisant avant de l’expédier, étant donné que sa valeur atteint, sur le marché du Havre, un prix moyen de dix et douze francs le kilogramme, suivant sa qualité.

Ajoutons enfin que cette industrie est à ce point prospère sur certains points du Brésil, que la seule province d’Amazonie en exporte actuellement près de quatre millions de kilogrammes par an, d’une valeur d’environ quarante millions !

Quarante millions tirés des petits pots accrochés sous les incisions pratiquées par le travailleur solitaire, dans l’écorce de l’Hevœa !

Et, comme l’ajoute éloquemment dans son remarquable ouvrage intitulé : Le Pays des Amazones, un écrivain distingué, M. de Santa-Anna Nery1, ce phénomène économique surprendra bien plus encore, si l’on considère qu’il ne dépend ni du travail des esclaves, comme le café dans le midi du Brésil, ou le sucre et le coton dans le centre, ni de l’élément étranger représenté dans la province (celle d’Amazonie) par un petit nombre d’hommes qui se livrent au commerce. Ce sont les Brésiliens – indigènes de la province, ou immigrants des autres provinces, surtout celle de Céara – qui ont concouru à ces étonnants résultats.

Terminons brièvement cette indispensable incursion dans le domaine scientifique, sans laquelle les Chasseurs de caoutchouc n’auraient aucune raison d’être.

Nous reprendrons ensuite, pour ne plus l’interrompre, le récit de leurs aventures.

Le caoutchouc, à l’état de pureté, est incolore et transparent, mais celui qui est employé dans le commerce offre toujours une coloration brune, plus ou moins foncée, produite par la fumée du brasier servant à l’évaporation du suc.

C’est un corps mou, flexible, élastique à la température de 10°. Il est presque inaltérable à l’air, et absolument imperméable à l’eau. Il brûle avec une flamme éclairante et fuligineuse, d’une odeur sut generis assez désagréable, et possède cette curieuse propriété de se ressouder aussitôt, quand on accole deux surfaces fraîchement coupées.

Il se ramollit et se gonfle dans l’eau bouillante, mais sans s’y dissoudre, non plus que dans l’alcool. Ses dissolvants sont : le pétrole purifié, l’éther, l’essence de térébenthine, la benzine, et surtout le sulfure de carbone.

Le lait, tel qu’il s’écoule de l’arbre, renferme les éléments suivants, d’après les analyses opérées par Faraday :

Cent grammes de suc renferment :

Caoutchouc – 31 gr. 70

Albumine végétale – 1 gr. 90

Cire – Traces

Matière azotée amère, soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool – 7 gr. 13

Matière soluble dans l’eau, et insoluble dans l’alcool – 2 gr. 90

Eau acidulée –56 gr. 37

Total – 100 gr. 00

Quantités se rapprochant sensiblement du chiffre approximatif donné ci-dessus, relativement à la quantité de matière solide contenue dans le suc.

Quant au caoutchouc lui-même isolé des matières étrangères, il est constitué par des carbures d’hydrogène et renferme 87,2 de carbone, et 12,8 d’hydrogène. On sait enfin qu’il conduit mal la chaleur et pas du tout l’électricité.

Les usages auxquels il a été affecté tout d’abord étaient bien élémentaires, et rien ne faisait prévoir un emploi aussi général. On ne s’en servait guère, en principe, que pour effacer par frottement le crayon et nettoyer le papier.

Le physicien Charles paraît avoir utilisé un des premiers l’imperméabilité et l’élasticité du caoutchouc, en le dissolvant dans de l’essence de térébenthine et en couvrant avec la solution l’enveloppe de son ballon à hydrogène (1785).

En 1790, on commença à l’étendre sur les tissus et à en fabriquer des ressorts.

En 1820, Nadler incorpora dos filaments de caoutchouc à la trame des tissus. Mais ce fut Mackintosh qui, le premier, obtint l’imperméabilité absolue des vêtements, en collant ensemble, sur chacune des faces d’une couche de caoutchouc, deux pièces de mérinos.

Une importante découverte, datant seulement de 1840, a permis de donner à son emploi une extension pour ainsi dire universelle. Jusqu’alors, le caoutchouc demeurait soumis à certaines influences résultant des températures extrêmes qui lui faisaient perdre une partie de ses quantités, et restreignaient son usage. En effet, si l’extrême chaleur le ramollit au point de le faire adhérer à la peau et aux vêtements, le froid lui enlève ou diminue notablement son élasticité.

La vulcanisation, due aux Anglais Hancok et Broding, vint obvier à ces graves inconvénients. En incorporant au caoutchouc des qualités plus ou moins variables de soufre, ils sont arrivés à le soustraire absolument aux effets des températures extrêmes, tout en lui conservant, avec son imperméabilité, sa flexibilité et presque toute son élasticité.

Le mélange avec le soufre dans certaines proportions plus ou moins considérables, selon le degré de tonicité que l’on veut donner aux objets, tel est le secret de la vulcanisation.

On put dès ce moment travailler le caoutchouc à volonté, et l’affecter à des usages variés à l’infini.

L’industrie obtint alors des tubes et des tuyaux de conduite, des cordes, des bandes de billards, des ballons pour les enfants, des tampons de wagons, des tissus élastiques : bretelles, jarretières, ceintures, bas à varices, des instruments de chirurgie, des brosses à dents, des appareils de sauvetage, des éponges, des rouleaux d’imprimerie, des porte-cigares, des soupapes et des clapets pour les pompes, des bateaux insubmersibles, des blagues à tabac, des tapis, des chaussures, des jouets de toute sorte, des ressorts, du cuir factice, des billes de billard, des vêtements, des courroies de transmission, des dentiers, des objets de toilette, des vases de toute nature, des vernis pour plaques photographiques, des appareils de sonnerie et d’acoustique, des coussins, des faux-cols et des manchettes, du parchemin artificiel, etc.. L’énumération tiendrait plusieurs pages !

Si l’on augmente la sulfuration, on enlève au caoutchouc toute son élasticité ; il acquiert la dureté de l’ébène et le poli de l’écaille. Il suffit pour cela de le réduire en pâte, à une température de 150° et d’ajouter un cinquième de son poids en soufre. Il prend le nom de caoutchouc durci ou ébonite.

Son emploi devient alors à peu près universel, car il est susceptible de prendre toutes les formes et de se prêter à tous les usages. On en fait des meubles, des boutons de porte, des cadres, des moulures, des boutons, des crosses de fusil ou de revolver, des manches ou des poignes d’instruments divers, des cornets acoustiques, des objets de tabletterie, des cannes, des peignes, des manches de couteau, des porteplumes, des casques, des bassins, des plaques de machines électriques, des timbres et des cachets, que sais-je encore !

Ajoutons enfin que la sulfuration l’a rendu à ce point inaltérable qu’il résiste plus encore à l’action des dissolvants que le caoutchouc élastique vulcanisé.

C’est un corps nouveau, une substance conquise par la science moderne, cette infatigable chercheuse qui semble prendre à tâche de multiplier chaque jour ses prodigieux enfantements.

Comme nous sommes loin, en ce moment, des Chasseurs de caoutchouc qui exploitent, sur les rives de l’Aragouary, la matière première, objet de si multiples transformations !
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   49

similaire:

Première partie Les cannibales blancs I iconPremière partie Les Ravageurs

Première partie Les cannibales blancs I iconPremière partie Les héritiers alarmés

Première partie Les cannibales blancs I iconPremière partie Les deux poètes

Première partie Les cannibales blancs I iconPremière partie Les Frères de la justice I

Première partie Les cannibales blancs I iconPremière partie Le feu du Valpinson Du reste, voici les faits : 1

Première partie Les cannibales blancs I iconActivité Regardez la première partie du reportage. Cochez les mots entendus

Première partie Les cannibales blancs I iconTout sur l'egypte ancienne première partie : les époques de formation

Première partie Les cannibales blancs I iconSodome et Gomorrhe Première partie Première apparition des hommes-femmes,...

Première partie Les cannibales blancs I iconPremière partie Les premiers pas 1 Au fond du Connaught
«première fleur des mers», mais ces fleurs se fanent vite au souffle des rafales. Pauvre Irlande ! Son nom serait plutôt l’«Île de...

Première partie Les cannibales blancs I iconPremière partie








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com