Première partie Le tigre blanc








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Épilogue


Les Robinsons de la Guyane ont tenu parole. Après avoir dit adieu à la métropole sans intention de retour, ils ont, à l’exemple des Anglais, improvisé la patrie sur le sol colonial. Vivant exclusivement pour leur pays d’adoption, consacrant à son amélioration toutes les forces de leur intelligence, ils ont, grâce à un labeur constant, fait naître une merveilleuse prospérité sur leur coin de terre équinoxiale.

Leur devise était depuis plus de vingt ans : « Travail et Patrie » ; il n’est pas étonnant que leur situation présente puisse se résumer en un seul mot : « Bonheur. »

Une vieillesse heureuse, exempte d’infirmités, est le partage de Robin et de son héroïque compagne. Encore une preuve que la Guyane est moins inhospitalière que le prétendent ses détracteurs.

Henri, leur fils aîné, qui a quitté l’Europe à l’âge de dix ans, n’éprouve nulle envie d’y faire un voyage d’agrément. Son frère Charles estime que son séjour d’une année en France a largement satisfait sa curiosité. Les deux Robinsons ont en outre chacun un motif plus que suffisant de demeurer sur les rives du Maroni. Henri vient d’épouser, à la mairie de Saint-Laurent, miss Lucy, le jour même où l’union de Charles et de miss Mary était consacrée. Les deux jeunes femmes, devenues de cœur et d’adoption, françaises de l’Équateur, ne veulent plus quitter leur seconde mère. Puis, où trouver pour une idylle matrimoniale, un séjour comme ce pays du soleil, avec ses fleurs éblouissantes, son éternelle verdure, son incomparable majesté !

Eugène et Edmond ont prétendu que le complément indispensable de leur éducation coloniale, était, comme pour Charles, un voyage en Europe. Ils viennent de partir sur le Salvador de la compagnie transatlantique, avec leur ami du Vallon, que le désir de se dépayser pour dix mois a également saisi. Les nouveaux besoins de l’exploitation nécessitent d’ailleurs ce voyage.

La joie a totalement tourné la tête à Nicolas. Le brave Robinson vient aussi de prendre femme. Il a épousé la sœur du mécanicien en chef, une charmante Martiniquaise dont l’intelligence et la bonté égalent la grâce créole, ce qui n’est pas peu dire.

Le libéré Gondet, toujours bon, toujours honnête, s’efface, travaille et expie par une vie d’abnégation, un fatal moment d’entraînement.

Le seul indice de vieillesse que présente Angosso, c’est son épaisse chevelure, devenue complètement blanche.

– Mo fika Casimir (Je suis devenu Casimir), dit le bon noir qui ne passe pas un jour sans parler de son vieil ami.

Sa femme Agéda, toujours alerte malgré un respectable embonpoint, élève « à l’européenne » tout un clan de négrillons, les Robinsons de l’avenir, de la paternité desquels Lômi et Bacheliko sont fiers avec raison.

Tous les membres de cette grande famille habitent tantôt le Champ d’Or, tantôt l’exploitation agricole. Le trajet s’opère facilement et avec une grande rapidité, grâce au canot de papier qui accomplit régulièrement un voyage tous les deux jours. Ajoutons, pour finir, que l’état sanitaire des ouvriers mineurs est excellent, grâce à l’alimentation fournie par la Hatterie, dont les troupeaux s’accroissent chaque jour, grâce aussi à une excellente mesure prise par Robin depuis le premier moment. Aussitôt qu’un mineur manifeste un symptôme quelque léger qu’il soit, de fièvre ou d’anémie, il est séance tenante transporté à l’habitation du saut Peter-Soungou. Ce changement d’air et de travail suffit pour amener une guérison rapide.

La conquête de la civilisation est donc complète.

Aussi, quand chaque matin, le pavillon tricolore flamboie au sommet de son mât, au moment où la trompe appelle les ouvriers au travail, l’ancien proscrit sent-il son cœur étreint par une émotion sans cesse renaissante. C’est donc avec un légitime orgueil, qu’il peut dire en voyant ce bouillonnant creuset où s’élabore la prospérité de la France Équinoxiale : « Voici mon œuvre », et ajouter, en contemplant le lambeau d’étamine : « C’est pour la Patrie ! »

Fin

Cet ouvrage est le 1083e publié

dans la collection À tous les vents

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

1 Les nègres Bosh et Bonis, ainsi que les Peaux-Rouges, désignent sous le nom de « tigres blancs » les forçats fugitifs d’origine européenne.

1 La Guyane française. Par M. F. Bouyer, capitaine de vaisseau.

1 Historique.

1 Que le lecteur ne s’étonne pas de nous voir employer indistinctement le mot de tigre en parlant du jaguar, du léopard ou du puma, de même que celui de biche pour tous les cerfs d’espèces et de sexes différents. C’est l’habitude à la Guyane. Nous aurons soin d’ailleurs, pour éviter toute erreur, de les désigner en principe par leurs noms véritables. L. B.

1 Touchante coutume à laquelle ne manquent jamais les coureurs des bois. Quand ils ont mangé le fruit, ils replantent toujours le bouquet. Six mois après, il a pris racine, sa croissance est complète, tant est active la végétation ; alors, il donne un fruit qui sauvera peut-être la vie à un autre voyageur. L. B.

1 Plusieurs faits analogues m’ont été racontés par des témoins dignes de foi. Le suivant, entre autres, m’a été affirmé par un des plus hauts fonctionnaires de la Guyane, sous les yeux duquel il s’est passé à Cayenne. On venait de prendre vivants deux trigonocéphales énormes. M. Oleta, dont il est question un peu plus haut, vint à passer. L’occasion était superbe pour montrer l’efficacité de son spécifique. On lui amena deux chiens de moyenne taille. Tous deux furent mordus par les serpents.

– Lequel des deux voulez-vous me voir sauver ? demanda Oleta.

On lui en désigna un. Il lui fit, séance tenante, absorber son breuvage, lui en inocula quelques gouttes sous la peau, et l’animal, au bout d’un quart d’heure, s’enfuyait parfaitement guéri, pendant que son compagnon expirait dans de terribles convulsions. Ce n’est pas tout. Oleta se laissa mordre par un des « grages » également désigné au hasard, et ne fut victime d’aucun accident. Cent cinquante personnes au moins assistaient à cette expérience, qui eut lieu rue de Choiseul. M. Oleta est mort, il y a une dizaine d’années, en laissant sa recette à son fils, j’ai vu ce dernier à Rémire. J’aurai occasion de parler de lui dans la suite, – L- B.

1 On donne en Guyane le nom de serpent grage au trigonocéphale, à cause de la ressemblance de ses écailles avec celles de l’instrument à râper le manioc. Sa morsure est extrêmement dangereuse.

1 Seules dans le règne végétal, les aroïdées possèdent la curieuse propriété de dégager pendant leur floraison une chaleur appréciable au thermomètre.

1 L’Oiseau, par Michelet.

1 Le vieux noir a parfaitement raison. Je possède une peau de myrmecophaga jubata, (tamanoir à crinière). Sa longueur totale est de 2,15, la queue a 68 centimètres et les grilles 7½. Sa hauteur est de 66 centimètres. J’ai vu, en outre, au Maroni un tamanoir qui atteignait trois mètres.

Je suis donc étonné des dimensions que lui donnent certains auteurs, d’après lesquels sa longueur maximum ne serait que de 1,50 et sa hauteur de 0,30 à 0,35. Je citerai, entre autres, le dictionnaire de Pierre Larousse, une autorité pourtant, et M. A. Mangin, un écrivain consciencieux et un véritable savant. L.B.

1 En Cochinchine, les soldats sont consignés dans les casernes de neuf heures du matin à trois heures après-midi. Il leur est formellement interdit de traverser les cours, et même de se mettre aux fenêtres, ne fût-ce qu’une seconde, sous peine de prison. La retraite est sonnée à neuf heures et le réveil à trois heures. Ce luxe de précautions ne saurait être inutile, et l’on a vu trop souvent de malheureux imprudents tomber morts après quelques secondes d’oubli. L.B.

1 Le liber est la partie intérieure et vivante de l’écorce. Il se compose de minces couches superposées.

1 Les plumes qui naissent au bord supérieur de l’aile, soit en dessous, soit en dessus, se nomment lectrices ou couvertures. Elles sont, par conséquent, divisées en supérieures et inférieures. Ces dernières sa divisent à leur tour en couvertures petites, moyennes et grandes.

1 L’Honoré est le Botorus-Tigrinus des naturalistes.

1 Gadou, ou plutôt Massa Gadou, « monsieur Dieu », est en effet le nom que les sauvages de la Guyane donnent à leur divinité. Leurs croyances religieuses se bornent d’ailleurs à une sorte de manichéisme grossier, qu’ils accommodent à leurs besoins avec la plus franche désinvolture. Ils sont surtout indifférents, et craignent beaucoup plus le diable qu’ils n’honorent le bon Dieu.

1 Mammifère pachyderme, du genre cochon, très nombreux en Guyane.

1 Tous ces détails, absolument inédits, ont été recueillis par moi, de la bouche de M. Louvrier Saint-Mary. L.B.

1 On nomme « battée » le plat de bois, servant à laver les terres aurifères. Il a environ quarante centimètres de diamètre, sa forme rappelle assez bien celle d’un abat-jour très évasé, et dont le sommet n’aurait pas d’ouverture.

1 Les créoles et les colons trouveront peut-être mon opinion excessive, mais j’avouerai en toute humilité que, sauf l’ananas, j’apprécie peu les fruits coloniaux. Je n’hésite pas à proclamer l’incomparable supériorité des fruits européens. Sans parler de la cerise, de la fraise et de la pomme, quel produit intertropical pourrait rivaliser avec la poire, le chasselas et la pêche ! L.B.

1 Le piaye est le sorcier de la tribu. Il cumule avec les fonctions de grand-prêtre celles de médecin. Son autorité est très considérable. Elle contrebalance souvent celle du chef. Il fait la pluie et le beau temps, panse les plaies, jette des sorts, exploite par tous les moyens possibles la crédulité de ses concitoyens dont il est la terreur, et jouit d’incroyables prérogatives.

1 Je crois devoir rappeler ici que tous ces détails, quelque incroyables qu’ils semblent être, sont de la plus scrupuleuse exactitude. J’ai été personnellement témoin d’une initiation chez des Arouagues de la Guyane Hollandaise, le cérémonial est identique à celui dont il est mention ci-dessus. L.B.

1 Quelque horrible que soit ce détail, j’éprouve encore une fois le besoin et dire que je n’invente rien. Je ne fais pas ici de la fantaisie, mais bien de l’histoire. À défaut d’autres qualités, mon récit a au moins le mérite de la véracité. L.B.

1 Historique.

1 Le propos que je prête en ce moment à cet homme n’est que l’exacte vérité. Bien des évasions ont eu lieu dans les pénitenciers guyanais. Presque toutes ont eu pour épilogue d’effroyables scènes d’anthropophagie. Les annales judiciaires de notre colonie renferment de nombreux rapports que j’ai transcrits mot pour mot et que je publierai plus tard. L.B.

1 Le mot de piaye, sert non seulement à désigner le sorcier, mais encore tous les remèdes baroques de la pharmacopée indigène, ainsi que les talismans, les amulettes et autres gris-gris quelconque. On l’emploie aussi dans le sens de maléfice. L’on dit : jeter un piaye.

1 J’ai rencontré Anato sur la rive du Maroni, alors qu’il revenait de toucher sa pension. Nous avons déjeuné ensemble à Sparwine. Je lui ai donné quelques menus bibelots qui l’ont enchanté, et nous nous sommes séparés les meilleurs amis du monde. Les dessins de deux exemplaires du Journal des Voyages l’ont positivement ravi. Il a voulu savoir mon nom et j’ai dû passer une grande demi-heure à le lui faire répéter. L.B.

1 Historique. Mon ami, M. Cazals, a connu le capitaine Koakou, son fils et ses petits-fils. L.B.

1 Les Indiens sculptent grossièrement dans des troncs d’arbres leurs sièges auxquels ils donnent la forme de quadrupèdes, de reptiles ou de sauriens. Rien d’original, comme de les voir les jours de cérémonie, assis côte à côte, sur un caïman de bois, le plus haut en grade accroupi sur la tête, et ses subordonnés, occupant successivement, d’après leur dignité, les places s’étendant jusqu’au bout de la queue. L.B.

1 Les habitants du bourg de Mana, le plus peuplé après Cayenne, possèdent une instruction élémentaire assez complète. Ils doivent ce bienfait à Mme Javouhey, fondatrice de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny, qui depuis 1828 fut jusqu’en 1848 l’âme du bourg naissant. Les autres noirs de la Guyane donnent pour ce motif le nom de « Bacheliers de Mana » aux lettrés de ce village. L.B.

1 Que nul ne s’étonne des noms baroques ou prétentieux portés par tous ces noirs. Au temps de l’esclavage, les colons, ne sachant comment appeler ces malheureux enlevés en masse aux côtes africaines, feuilletaient l’histoire ou s’inspiraient du calendrier pour les affubler au hasard des premiers noms venus. Les fils et les petits fils de ceux-ci, en ont hérité tout naturellement. L.B.

1 Je prie le lecteur de ne pas oublier que le mot de déportation n’applique seulement aux hommes accusés de délits politiques, et celui de transportation, aux criminels de droit commun.

1 De nos jours, les blancs d’Europe cultivent la terre en Guyane et se livrent aux travaux les plus rudes. D’autres sont maçons, scieurs de long, canotiers, charpentiers. D’autres enfin, ne craignent pas de s’enfoncer dans les vases pour construire les quais ou curer les canaux. Cette adaptation confirme pleinement l’opinion émise par Humboldt dans son admirable Cosmos.

Et d’ailleurs, les Espagnols et les Portugais se sont bien acclimatés dans toute l’Amérique du sud, dont ils peuplent tout le littoral. Pourquoi les Français échoueraient ils ou ces nations ont réussi. L.B.

1 La Guyane est la première colonie française qui se soit adonnée à la culture du café.

1 J’ai vu à Sinnamary le rocher où, selon la tradition, Billaud-Varennes aimait à se reposer entouré des enfants noirs du bourg qui l’adoraient et auxquels il apprenait à lire. L.B.

1 Lorsqu’au huitième jour de navigation, écrit Ramel, on voulut bien nous laisser respirer une heure par jour, trois seulement d’entre nous, Tronson Du Coudray, Pichegru et Laville-Heurnois furent on état de profiter de la permission. Nul parmi les autres n’avait assez de force pour sortir de l’entrepont. Je fus moi-même vingt et un jours sans sortir de la fosse aux lions... Le capitaine Laporte n’oublia aucun des tourments qui pouvaient nous faire succomber. Ce fut par un redoublement de barbarie qu’il ne voulut jamais nous faire donner une échelle pour grimper sur le pont, de manière qu’étant forcés de nous hisser par une corde dans le vide des écoutilles, ceux-là même à qui le renouvellement de l’air était le plus indispensable, n’en pouvaient profiter.

On nous refusait les plus vils secours, les ustensiles les plus indispensables...

1 Le mille marin équivaut à 1852 mètres. La vitesse de douze milles à l’heure est donc de 21 224 mètres.]

1 Ce détail, quoique invraisemblable qu’il paraisse, est de la plus rigoureuse exactitude. L’histoire du transporté Gondet est véridique aussi ; mais je n’ai pas cru devoir publier son nom véritable. Il est aujourd’hui libéré. J’ai pris passage sur un de ses bateaux. Il rapporte fidèlement chaque mois l’or des placers, et transporte en moyenne à Saint-Laurent vingt-cinq, trente et quarante kilos de métal, soit une valeur de soixante-quinze, à cent vingt mille francs. L.B.

1 La distance entre ces deux points extrêmes est de 320 kilomètres. En prenant pour limite en profondeur le Rio-Branco, un des affluents de l’Amazone, la surface triangulaire de la colonie serait de près de 18 000 lieues carrées.

1 On nomme « Hatterie » en Guyane, et « Fazenda » au Brésil, une sorte de métairie autour de laquelle on élève le bétail ou plutôt où le bétail s’élève tout seul. C’est le « Run » des squatters australiens.

1 Historique.

1 Les Indiens possèdent entre autres des facultés stupéfiantes. Ils reconnaissent à la seule odeur de la fumée non seulement l’espèce de bois qui brûle dans un foyer éloigné, mais encore ils savent si ce foyer a été allumé par des sauvages ou des hommes civilisés. Les Peaux-Rouges et les Noirs ayant des procédés spéciaux pour alimenter leurs brasiers, il est rare qu’ils commettent d’erreurs.

1 Les autorités coloniales exigent formellement des Indiens et des noirs qu’ils mettent au moins un pantalon quand ils entrent dans une commune. Les gendarmes « grand-sabre » les mettraient sans façon à la geôle, s’ils refusaient de se conformer à cette règle.

1 J’ai connu particulièrement le capitaine Wempi avec lequel j’ai passé plusieurs journées très agréables. Nous avons chassé et pêché ensemble. Il a « enivré » à mon intention avec le Robinia Nikou la crique Ruyter situé près du dégrade de Sakoura. Il m’a donné son grand arc et ses flèches. C’est le cadeau par excellence que puisse faire un Indien à son
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