Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle








télécharger 247.46 Kb.
titreSynthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle
page5/8
date de publication05.02.2018
taille247.46 Kb.
typeThèse
ar.21-bal.com > loi > Thèse
1   2   3   4   5   6   7   8

On nous prend vraiment pour des coûts ! 250 milliards annuels qui s’envolent en fumée (du tabac) et en vapeurs (d’alcool) en France ?

Nouvel exemple de la façon dont des économistes font la « une » des médias avec de la « gonflette », ici spectaculaire, sur les coûts. Il s’agit du « coût social des drogues en France » (lien vers l’étude ). Chiffre choc dans la presse : près de 250 milliards d’euros par an, tel serait le coût social en 2010 de la consommation de tabac et d’alcool (dites « drogues légales », environ 120 milliards chacune), et des drogues illégales (8,7 milliards).

Comme l’écrit Le Monde du 11 septembre, « à trois jours du début de l’examen du projet de loi de santé au Sénat, [ces chiffres] tombent à point nommé pour la ministre de la santé, Marisol Touraine, qui s’apprête à faire face à de nouveaux assauts parlementaires contre la loi Evin ou la mise en place du paquet de cigarettes neutre ». Au fait, qui a financé l’étude ? Marisol Touraine, via la Direction générale de la santé.

C’est pourtant une étude « sérieuse » (au regard des théories économiques dominantes fondant les « analyses coûts/bénéfices »), bourrée de références, appuyée sur des choix méthodologiques transparents. Mais vous auriez tort de la prendre au sérieux, de la prendre au mot, ou au chiffre. Voici pourquoi, à vous de juger ensuite si mes arguments vous semblent recevables ou non.

Ce n’est pas la première fois que je m’en prends à ce type de gonflette théoriquement « sérieuse », et donc je vais me répéter un peu, tout en m’adaptant à ce nouveau cas, un gros travail de Pierre Kopp, économiste que j’ai rencontré dans une vie antérieure à l’occasion de soutenances de thèses. Le Monde indique par ailleurs qu’il « est également l’avocat du Comité national contre le tabagisme ». Je ne saurais lui reprocher cet engagement, bien au contraire.

Je ne suis absolument pas hostile ni à certaines évaluations de coûts (sanitaires, sociaux, écologiques…), ni à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, et il y a dans cette étude de quoi alimenter le débat public (et même conforter Marisol Touraine) sans en rajouter dans l’horreur économique. Mais là, trop, c’est trop : l’addiction à l’analyse coûts/bénéfices est une drogue légale qui peut nuire gravement à la santé mentale des citoyen(ne)s. A mon avis elle devrait même devenir illégale lorsqu’elle franchit certains seuils éthiques.

AUTOCITATION

Il y a quelques mois, j’ai publié un billet intitulé « Quand la monétarisation de tout (pour la bonne cause) tourne au délire économique ». Il commençait ainsi : « On voit de plus en plus passer des chiffres gigantesques sur les coûts de tout et n’importe quoi (des pollutions, du réchauffement climatique, du maltravail, de la malbouffe, du tabac…). Ils seraient destinés à frapper les esprits, mais ils reviennent en fait à prendre les citoyens pour des imbéciles incapables de comprendre autre chose que des montants monétaires que l’on « gonfle » à grands renforts de méthodes économiques aussi sophistiquées que dénuées de sens. L’éducation populaire mérite mieux.

Je ne critique nullement certaines estimations monétaires parfaitement sérieuses et défendables parce qu’elles reposent sur des coûts « réels » repérables ou correctement évaluables, par exemple des coûts sanitaires. Mais elles n’atteignent jamais les montants astronomiques « frappants » de ces évaluations complètement engluées, parfois sans en avoir conscience, dans un économisme délirant.

Les cas les plus grossiers sont ceux où l’on attribue une valeur aux vies humaines perdues prématurément du fait des pollutions, du tabac, de l’alcool ou de bien d’autres facteurs de mortalité accélérée. Le dernier exemple en date est celui du rapport de l’OMS et de l’OCDE, qui a fait un buzz médiatique considérable. L’estimation des pertes économiques consécutives à la pollution de l’air atteignait 10% du PIB en Europe ! Mais en réalité, 90 % de ce coût provenait de l’attribution par l’OCDE d’une valeur des vies humaines prématurément perdues, au nombre de 600.000 par an en Europe. Ordre de grandeur : plus de 2 millions d’euros en moyenne en Europe par vie perdue annuellement. Pour plus de détails, voirce billet dans Alter Eco Plus.

Comment de tels chiffres sont-ils obtenus ? Tout simplement en demandant aux gens, par des enquêtes directes, ce qu’ils seraient prêts à payer pour éviter le gros désagrément d’une mort prématurée, et en faisant la moyenne des réponses obtenues (c’est en fait plus compliqué, voir l’annexe 2, mais cela revient malgré tout à cela). C’est la « propension à payer » ou l’analyse « contingente ».

Indépendamment du fait que cette méthode, appliquée à des tas de domaines (combien seriez-vous prêt à payer pour préserver telle forêt, telle zone humide, ou telle espèce menacée, etc.), fait l’objet de vives critiques (voir l’annexe 1), elle a une conséquence immédiate : comme ce que les gens sont prêts à payer est 10 ou 20 fois supérieur dans les pays riches par rapport aux pays pauvres, la valeur économique d’une vie humaine dans un pays varie en fonction du revenu moyen national par habitant ! En France, elle serait par exemple de 2,8 millions d’euros, près de deux fois plus qu’en Roumanie, mais nettement moins qu’en Norvège ». Fin d’autocitation.

SUR LES 250 MILLIARDS

Je peux en venir à l’étude de Pierre Kopp, qui va encore plus loin que l’OCDE dans la gonflette économique. Deux catégories de coûts interviennent, étant entendu que les coûts privés (dépenses d’achat de ces « drogues », dépenses de santé non remboursées…) ne sont pas pris au compte puisqu’il s’agit ici de coûts sociaux (ou coûts pour la collectivité).

Il y a d’abord des coûts et bénéfices pour les finances publiques. Par exemple l’alcool et le tabac rapportent via les taxes, mais il y a des dépenses publiques de santé, de prévention, de répression. Du côté des bénéfices, on tient compte aussi du fait que « les individus qui décèdent, avant un âge normal, du fait des drogues qu’ils consomment, permettent aux finances publiques de faire l’économie des pensions de retraite qui leur auraient été versées et des autres prestations sociales ». Je n’ai aucune objection de principe à de telles estimations, au demeurant techniquement délicates.

J’objecte en revanche sur ce qui est fait de ces comptes publics. Car ce qu’ambitionne ce genre d’étude n’est pas une comptabilité classique (et utile) des coûts et bénéfices, mais une comptabilité des coûts et des bénéfices en « bien-être social », un truc réservé aux économistes et que personne d’autre ne peut piger vraiment. Et là intervient un coefficient qui permet de transformer un solde public classique en contribution au bien-être évalué monétairement. C’est le « coût d’opportunité des fonds publics », fondé sur un calcul, forcément hyper scientifique, « démontrant » que « prélever 1 euro par l’impôt a un coût en bien-être de 1,2 euro (Quinet, 2013). Un impôt n’est pas un simple transfert, il engendre une perte sèche ».

Vu que c’est manifestement la nouvelle bible de ces évaluations, je me suis farci la lecture de larges extraits de ce rapport Quinet de 2013 (352 pages !). N’hésitez pas à louer ma conscience professionnelle de blogueur. On y trouve en effet (p. 91-92) des développements sur « le concept bien établi » de coût d’opportunité (ou coût marginal) des fonds publics. Je vous en fais grâce, il faut juste savoir que c’est bourré de présupposés sur le consentement à payer l’impôt et sur l’idée « qu’un euro pris dans la poche du contribuable coûte plus cher à la collectivité qu’un euro dépensé par ce même contribuable pour un achat d’un bien privé ».

Il y a quand même dans ce rapport onze pages excellentes, en annexes, avec la contribution très argumentée et très critique de FNE (France Nature Environnement), pages 277 à 288. Au point que les défenseurs du rapport, se sentant agressés, ont demandé à l’un des leurs, l’économiste des transports Alain Bonnafous, de répondre. Un court résumé de cet apport de FNE est reproduit à la fin de ce billet.

VALEUR DES VIES HUMAINES PERDUES ET DE LA DEGRADATION DE LA QUALITE DE VIE

Mais passons, et venons-en à l’essentiel, à savoir la deuxième grande catégorie de coûts évalués dans cette étude, car c’est là que s’installe l’imposture de l’impérialisme économique, cette démarche où tout ce qui a de la valeur (humaine, éthique, esthétique…) doit passer sous les fourches caudines de la mesure en valeurs monétaires. C’est là que l’on trouve ce qui va faire exploser les chiffres et aboutir aux deux fois 120 milliards annuels, dont l’auteur prévient qu’il faut éviter de les additionner, précaution ignorée par les grands médias, mais précaution bien secondaire au regard des calculs effectués.

Ce qui va booster les résultats est d’abord et surtout le « coût des vies perdues » (66 milliards annuels pour l’alcool, 62 pour le tabac), soit dans les deux cas plus de la moitié des 120 milliards du total respectif. Mais c’est aussi, en second lieu, le « coût de perte de qualité de vie », soit 39,5 milliards pour l’alcool et 31,7 milliards pour le tabac. Sans ces ajouts énormes, le coût social de l’alcool serait de « seulement » 14,5 milliards annuels, et celui du tabac de 26,3 milliards. De très gros chiffres selon moi, de quoi débattre, mais pas de quoi « faire un tabac » si je puis dire.

Or, pour le coût des vies perdues, j’ai déjà expliqué pourquoi c’était fantaisiste, bourré d’incertitudes, manipulateur, et surtout incompatible avec mes principes éthiques. Dans cette étude, on retient le chiffre de 115.000 euros pour une année de vie perdue, en s’appuyant évidemment sur… le rapport Quinet, lequel a décidé qu’il fallait multiplier par deux le chiffre retenu antérieurement dans le « rapport Boiteux », en passant de 1,5 million d’euros par vie perdue à 3 millions.

Quant au coût de la perte de qualité de vie pour les personnes souffrant de pathologies liées à leurs « addictions », c’est assez nouveau, mais ce n’est pas moins fantaisiste, bien que dans la note actuellement disponible on ne trouve pas de précisions. C’est à nouveau la bible Quinet qui est mobilisée (p. 107-108), tout comme elle l’est pour un paramètre crucial dans ces calculs (mais jamais mentionné dans les médias) : le taux d’actualisation (il permet de passer de la valeur statistique de la vie à celle d’une année de vie), fixé à 4% en tenant compte de savants développements (p. 60-83 du rapport Quinet) qui donnent l’impression que le pifomètre des experts reste le grand outil de choix, en particulier quand les perspectives économiques sont terriblement incertaines.

J’aurais bien d’autres choses à dire sur tout cela mais même les pires des choses ont une fin. Un dernier chiffre pour la route : en 2006, Pierre Kopp avait déjà publié une évaluation des mêmes coûts sociaux pour l’année 2000, et il aboutissait alors à des chiffres TROIS FOIS INFERIEURS ! Il s’en explique, très honnêtement d’ailleurs, à la fin de la note actuelle, en mettant avant tout l’accent sur l’amélioration des données, des méthodes et des concepts, et pas sur l’augmentation de la consommation ou sur l’inefficacité des politiques publiques.

Bon, je veux bien, mais mon hypothèse est très différente : c’est avant tout parce que dans le domaine des coûts de la vie et de la qualité de vie on peut en réalité aboutir, en s’y prenant « bien », à pratiquement N’IMPORTE QUEL CHIFFRE, c’est parce que cela n’a pas le moindre sens et le moindre intérêt, parce que c’est même une injure à l’égard de la vie comme valeur non économique, que les résultats actuels sont à ce point incompatibles avec ceux de 2006.

Pas d’accord avec moi ? Dites-le sans hésiter !

ANNEXE : extrait du résumé de la critique de FNE du rapport Quinet (mais la lecture intégrale est conseillée)

Dans le présent avis, France Nature Environnement (FNE) propose de mener une réflexion critique sur la capacité et la légitimité du calcul socioéconomique en matière d’évaluation des impacts positifs et négatifs d’un projet d’aménagement sur la société, la santé et l’environnement, ainsi que sur l’intégration de ces impacts monétarisés au processus de concertation et de décision.

Du point de vue économique, les préférences ne s’expriment pas toujours, ne peuvent pas toujours s’exprimer, sous forme de choix économiques. L’argent ne peut donc pas constituer la mesure de toutes choses. En particulier, l’hypothèse de substituabilité parfaite entre les biens publics non marchands ou la vie humaine et le revenu des individus (hypothèse sur laquelle reposent les méthodes économiques d’évaluation monétaire de ces biens) nous semble fondamentalement erronée.

Du point de vue éthique, aucune approche scientifique ne peut décider du caractère juste ou souhaitable d’un choix politique ni constituer l’instrument ultime d’aide à la décision. Le calcul socioéconomique ne peut ainsi prétendre, sur la base de calculs mathématiques (même très sophistiqués), donner la mesure de toutes choses ni justifier du sens de l’action publique.

Du point de vue politique, la recherche de plus en plus accentuée d’une rationalité économique totale présente le danger majeur de réduire toutes les valeurs, au sens plein du terme, à une simple dimension monétaire, parfois totalement artificielle et inadéquate, évacuant le caractère multidimensionnel, irréductible et potentiellement conflictuel des valeurs qui entrent en jeu dans le processus de décision.
Chômage : a-t-on vraiment tout essayé ?

 Par Cyril Capel  |  10/09/2015, 10:13  |  887  mots

D.R)Le rapport Combrexelle prône davantage d'accords d'entreprise et de branche. C'est, semble-t-il, l'une des dernières armes du gouvernement pour inverser la courbe du chômage. Mais n'existe-t-il pas d'autres solutions, basées sur un changement de mentalités et sur l'instauration de quelques nouvelles pratiques ? Voici quelques pistes de réflexion.Par Cyril Capel, directeur associé de CCLD Recrutement

Malgré les politiques successives menées pour inverser la courbe du chômage, celui-ci ne cesse d'augmenter, affectant tout particulièrement les personnes les moins qualifiées, avec une prédilection pour les jeunes et les seniors. Sans prétendre détenir un quelconque remède face à ce fléau, en tant que spécialiste du recrutement, il me semble qu'une évolution en profondeur des mentalités, associée à l'instauration de quelques nouvelles pratiques pourraient contribuer à redynamiser le marché du travail.

  • Orienter et former les personnes vers les métiers les plus porteurs

Il existe des métiers et secteurs d'activités qui représentent des gisements d'emploi abondants et durables. Ainsi, plusieurs dizaines de milliers de postes de commerciaux, sont à pourvoir chaque année. Il existe dans le bâtiment et l'industrie des métiers qui se trouvent constamment en tension, tels que la plomberie, la menuiserie, la chaudronnerie...Dans la distribution, les enseignes éprouvent de réelles difficultés à recruter des professionnels des métiers de bouche. Et le secteur des services à la personne, appelé à se développer de plus en plus au fil des années, fait face à une pénurie de candidats.

Il est urgent de redonner leurs lettres de noblesse à ces métiers, de les promouvoir dès le plus jeune âge, de proposer des formations d'excellence dans ces domaines et de revaloriser l'apprentissage. Mais pour cela, toutes les parties prenantes doivent se mobiliser : enseignants, parents d'élèves, syndicats et associations interprofessionnelles, intermédiaires de l'emploi, ...
1   2   3   4   5   6   7   8

similaire:

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconLa Police Nationale d’Haïti (pnh): Une institution mangeuse d’hommes....

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconDenis Monière/Jean Herman Guay (1987) Introduction aux théories politiques

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle icon5 – Naissance de la ville de Saint-Denis
«Montjoie saint Denis» devient la devise du royaume de France, qui se place ainsi sous la protection du saint titulaire du royaume...

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconSynthèse du rapport 54

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconRapport de synthese

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconRapport de synthèse

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconJean-Jacques lamarque, Martine cantury, Jérôme guillem, Chantal fauche,...
«Dommages aux bien» d’un montant de 147,00 € concernant l’excèdent expositions 2014

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconRapport de présentation : 1- la synthèse du diagnostic fonde les...
«appliquée» (non exhaustive), 4- deux objectifs : économie d’énergie et exploitation des énergies renouvelables, 5- justifier la...

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconDenis Plamondon, B. Sc, M. Sc

Synthèse du rapport de Jean-Denis Combrexelle iconJean-Pierre bonduelle jean-Marc lancry








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com