A. Les structures politiques et sociales








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Ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’apparaît en français le terme de Moyen-Age. Il désigne aujourd’hui la période de notre histoire qui s’étend, selon les uns, de la chute de l’Empire romain d’Occident (476) jusqu’à celle de Constantinople (1453), selon les autres, jusqu’à la découverte de l’Amérique (1492) : on ne saurait trouver d’unité historique ou intellectuelle à une si longue période. Trois grands moments se dégagent cependant de ce millénaire : le Haut Moyen Âge, marqué par les grandes invasions et par des troubles politiques : une période de renouveau politique, économique et intellectuel, du XIe au XIIIe siècle : puis une époque troublée, aux XIVe et XVe siècles, où s’abattent sur la France émeutes, épidémies de peste, querelles dynastiques, guerre de Cent Ans, désordres religieux… Hormis quelques vies de saints, la littérature en langue française ne prend son essor que dans la seconde moitié du XVe siècle.


A.Les structures politiques et sociales


Les structures de la société reposent sur le système de la féodalité. Née après Charlemagne de l’affaiblissement du pouvoir et du morcellement du territoire en petites unités autarciques, la féodalité se définit par un réseau d’obligations mutuelles. Par la cérémonie de l’hommage, un vassal se remet entre les mains d’un suzerain et lui jure fidélité : il s’engage ainsi à lui apporter aide et conseil et reçoit en retour sa protection et un fief.
Ce système de liens entre les membres de la classe chevaleresque donne aux structures sociales la cohésion que le pouvoir central n’est pas en mesure d’assurer. Cependant, lorsque le fief devient héréditaire, au XIe siècle, le système aboutit à la mise en place d’une caste seigneuriale dominatrice. Quand la menace des invasions s’éloigne, la protection du seigneur perd une partie de sa raison d’être, mais le système féodal se renforce par une série de corvées et redevances imposées aux couches inférieures. Parallèlement, les privilèges accordés à la noblesse et au clergé (tribunaux spéciaux, exemptions de l’impôt) seront maintenus jusqu’à la Révolution. La noblesse devient ainsi peu à peu une classe parasite, alors même que la paysannerie se développe et que s’ébauche une bourgeoisie urbaine.
Devant cette évolution de la société, les Capétiens s’efforcent d’affermir le pouvoir royal : Louis VI (1108-1137), conseillé par Suger, l’abbé de Saint-Denis, s’oppose aux petits seigneurs qui se comportent souvent comme de véritables brigands ; plus tard, Philippe Auguste (1180-1223) jette les bases de l’administration centrale et accroît le pouvoir de la justice royale aux dépens des justices seigneuriales ; Louis VIII (1223-1226) incorpore les pays de langue d’oc au royaume ; pendant sa régence, Blanche de Castille parvient à diviser la coalition des grands féodaux. Les XIIe et XIIIe siècles sont ainsi marqués par l’accroissement du domaine royal et l’affermissement de la monarchie.
Ce mouvement se poursuit sous Philippe le Bel (1285-1314), les légistes introduisant la notion de monarchie de droit divin. Mais difficultés économiques, tensions sociales, procès des Templiers sont le prélude de querelles dynastiques : les trois fils de Philippe le Bel étant mort sans laisser d’héritier mâle, son petit-fils, le roi d’Angleterre, revendique la Couronne de France. C’est le début d’une crise politique avec les Anglais qui, avec des périodes d’apaisement, va durer plus de cent ans (1337-1453).
Les conflit sociaux se multiplient : à Paris, la bourgeoisie, menée par Etienne Marcel, s’efforce de prendre le pouvoir et d’imposer une monarchie constitutionnelle. Les paysans de l’Ile-de-France se révoltent contre les maîtres du sol : c’est la Jacquerie. Etienne Marcel et les Jacques s’allient pour faire plier le pouvoir établi d’abord par la défaite de Philippe VI devant les Anglais à Crécy (1346), puis par celle de Jean II le Bon, fait prisonnier à Poitiers (1356), mais l’intervention de la noblesse provoque leur échec. Ces troubles traduisent le désespoir d’une bonne partie de la population française, touchée par la détresse économique et la peste noire, un fléau qui sévit depuis 1348.
La défaite d’Azincourt (1415) et le traité de Troyes (1420) semblent consacrer la fin de la souveraineté française : le pays est livré aux Anglais et aux ducs de Bourgogne, puissants vassaux de la Couronne. Pourtant, malgré la division du royaume et la proclamation d’Henri VI roi d’Angleterre et de France, naît un sentiment national inexistant au début du conflit : c’est l’action de Jeanne d’Arc (1429-1431) qui donne son essor à la reconquête de Charles VII (1422-1461). La fin de la guerre de Cent Ans accélère enfin l’amélioration économique et la progression démographique ; la Picardie, le Boulonnais, l’Artois et, à la mort du roi René, le Maine, l’Anjou et la Provence rejoignent le domaine royal. Louis XI (1461-1483), s’appuyant sur les financiers et les négociants, remet en état les voies de communication, organise la poste royale et favorise le commerce. En cette fin du XVe siècle, la civilisation française hésite encore entre le monde féodal un peu désuet des grandes cours – celles de Bourgogne est particulièrement fastueuse – et la bourgeoisie dont la puissance s’affirme.


B.Les mutations de l’Eglise


Au milieu du XIe siècle, l’Eglise est dans un piètre état : emprise de l’empereur allemand sur la papauté, prélats devenus grands seigneurs, trafic des dignités et des fonctions ecclésiastiques, tout cela impose une réforme. Le pape Grégoire VII (1073-1085) restaure l’autorité de la papauté en ôtant aux princes laïques le droit de disposer des évêchés, en nommant avec discernement les membres du haut clergé : au XIIIe siècle, l’Eglise ressemble presque à une monarchie. Le tribunal de l’Inquisition, créé alors par la papauté pour lutter contre l’hérésie, aura cependant moins d’influence en France qu’en Espagne. Mais c’est le pape Innocent III qui lance la croisade contre les Albigeois (1208) : les massacres épuiseront durablement tout le Languedoc.
Cette restauration du pouvoir de Rome fait naître de nouveaux ordres religieux : les ordres mendiants. En réaction contre les anciens ordres monastiques (Cluny et Cîteaux), franciscains et dominicains font vœu de pauvreté absolue et s’emploient à raviver la foi et la morale chrétiennes, tout en luttant contre les hérésies. Mais, signe de l’extension du milieu urbain, ils s’établissent dans les villes où ils s’efforcent d’instruire la masse des fidèles, jouant ainsi un grand rôle dans la diffusion du savoir. Leur pouvoir grandissant est souvent la cible d’attaques satiriques (Rutebeuf par exemple).
A la fin du XIe siècle, un pontife français, Urbain II, appelle les chrétiens d’Occident à partir délivrer le tombeau du Christ et les Lieux saints, alors aux mains des infidèles. C’est le début des croisades. L’incontestable élan religieux qu’elles traduisent se double rapidement d’arrière-pensées politiques : la quatrième croisade (1202-1204), entreprise à la demande du pape pour reconquérir Jérusalem, aboutit à la prise de Constantinople et à la création d’un éphémère empire latin. La nécessité de protéger les Lieux saints entraîne aussi la création de certains ordres de chevalerie comme les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (futur ordre de Malte) et l’ordre des Templiers, dont Philippe Le Bel obtiendra du pape la suppression (1312). Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, l’idée de croisade demeure vivante et populaire, comme en témoignent de nombreuses chansons de geste, mais elle finit par devenir un moyen de prélever des taxes.
La fin de la grande époque des croisades met aussi un terme à la prééminence de la papauté sur les couronnes. De 1309 à 1377, les papes séjournent en Avignon, souvent soumis aux intérêts du roi de France. La désignation de deux papes, l’un à Rome, l’autre en Avignon, marque le début du grand schisme d’Occident qui ne s’achèvera vraiment qu’en 1448. A l’influence du roi de France sur le pape au XIV e siècle, succède désormais celle des conciles qui déclarent leur autorité supérieure à celle du pontife.

C.La création artistique


Les XI e et XII e siècles voient l’apogée de l’art roman, comme celui des ordres clunisien et cistercien. Caractérisé architecturalement par la voûte, il est marqué dans son esprit par l’influence du platonisme et du symbolisme biblique, qui se conjuguent pour établir un lien d’analogie entre le monde des hommes et le monde céleste. A travers l’église, le fidèle est invité à comprendre son existence, comme l’ensemble de la Création, à la lumière des Ecritures qui présentent une explication totale du monde créé. L’homme se trouve alors la proie de forces antagonistes : celles du mal l’attirent vers le bas tandis que celles du bien le tournent vers le haut. Cet univers ainsi « moralisé » donne lieu à une impressionnante création artistique où s’affrontent les anges et les démons, et où se multiplient des représentations d’animaux symbolisant tantôt une vertu, tantôt un vive.
A partir de 1200 et jusqu’au XVe siècle, la création artistique subit une transformation qui affecte toute la chrétienté. Sans renier la vision chrétienne de l’univers, elle laisse place à un certain réalisme qui cherche à donner une plus juste représentation de l’homme dans l’art gothique. En architecture, ces nouvelles tendances se traduisent par l’adoption de la croisée d’ogives, par la verticalité des constructions et par l’intégration du vitrail dans une recherche toujours plus grande de la lumière. Cette évolution, d’un idéalisme proche de l’idéal antique au XIII e siècle vers un réalisme de plus en plus pittoresque à la fin du Moyen Âge, est également très sensible dans la création littéraire.

D.La vie intellectuelle


C’est à la littérature médiévale que revient l’honneur de fonder la littérature française. Avant le XII e siècle, rien, ou presque, n’avait été écrit en langue vulgaire, c’est-à-dire commune. Avec l’extension progressive de la langue d’oïl, du nord, aux dépens de la langue d’oc, au sud, se développe une littérature en français à côté du latin, langue officielle du savoir en Europe : c’est déjà en soi une révolution, voire une forme de contestation, qui traduit un formidable appétit de savoir et de compréhension du monde. Avant de parvenir à ces véritables sommes romanesques ou encyclopédiques que sont certaines œuvres du XIII e siècle, la création littéraire a dû emprunter la voie la plus confidentielle de l’oralité.
La plupart des œuvres littéraires parvenaient en effet au public par transmission orale. Elles faisaient l’objet de remaniements incessants, tantôt de la part de l’interprète, le jongleur, sorte d’homme-orchestre qui se produit dans les châteaux et sur les places publiques, tantôt de la part du copiste. Ce sont parfois les intellectuels du Moyen Âge, les clercs, hommes d’Eglise lettrés, qui se font collaborateurs des grands seigneurs pour leur offrir des divertissements plus raffinés. Chrétien de Troyes est sans doute le plus éminent représentant.
Par la suite, et avant l’invention de l’imprimerie au XVe siècle par Gutenberg, la transmission des textes se fait par des manuscrits, patiemment reproduits et illustrés à la main (les enluminures) par des moines copistes. Leur diffusion, très limitée, est aussi restreinte par un analphabétisme généralisé. Le savoir est dispensé par les religieux. L’enseignement de la théologie (fondée sur les pères de l’Eglise) et de la philosophie est dominé par la pensée d’Aristote, philosophe grec du IV e siècle av. JC à l’origine de la rhétorique, de la logique et sans doute de la science moderne. Cet enseignement scolastique unit analyse méticuleuse des textes, commentaire (la glose) et débat contradictoire selon des procédures rigoureuses. Sa philosophie, illustrée par exemple par saint Thomas d’Aquin, aura une influence considérable sur la pensée occidentale, mais dégénérera en un formalisme tourné en dérision par Rabelais.

E.Les grands genres médiévaux


Les XII et XIIIe siècles, qui correspondent à l’état de la langue que l’on nomme l’ancien français, voient naître la plupart des grands genres littéraires. Le premier d’entre eux, la chanson de geste, est un long poème qui raconte des exploits guerriers souvent accomplis dans l’esprit de la croisade. L’idéologie féodale domine des récits marqués par des thèmes comme la solidarité du lignage ou le combat contre les Sarrasins. Sur le plan formel, la chanson de geste est découpée en unités lexicales – sans doute psalmodiées par le jongleur ou ménestrel – et narratives, les laisses. L’art de la chanson de geste est un art du stéréotype, dans les formules qu’on retrouve d’une chanson à l’autre, comme dans ses motifs – le combat à la lance, le bris des idoles, la prison, le voyage…Dès le XIII e siècle, les chansons de geste sont regroupées en cycles organisées autour d’une famille ou d’un thème – ainsi la geste du roi, centrée sur la personne de Charlemagne, dont La Chanson de Roland est l’illustration la plus célèbre.
Le XII e siècle voit aussi l’essor de la poésie lyrique, tout d’abord en langue d’oc, au sud de la Loire, avec les troubadours, puis en langue d’oïl avec les trouvères. Ces poètes créent un mode d’expression raffiné de la thématique amoureuse : la fin’amor est un art de vivre et d’aimer, qui se veut pour l’amant source de perfectionnement. Quelques poètes, comme Rutebeuf au XIII e siècle et Villon au XV e siècle, savent pourtant délaisser ces motifs conventionnels pour mettre leur art au service d’une expression plus personnelle.
En ces premiers siècles de la littérature naît aussi le roman. Avant de caractériser un genre littéraire, le mot roman désigne la langue vulgaire par opposition au latin : c’est dire à quel point il est associé à la notion même de littérature écrite en français. Le roman s’oppose à la chanson de geste et plusieurs point : il est destiné à la lecture ; son public est plus raffiné, voire plus féminin ; il évoque moins un combat collectif qu’une recherche individuelle du bonheur par l’amour ou la prouesse. Les premiers romans français sont des adaptations des grandes œuvres latines comme l’Enéide, mais très vite se diffuse en France la matière de Bretagne, un ensemble de traditions et de légendes critiques. Les Lais de Marie de France, les différentes versions de l’histoire de Tristan et Iseut, et enfin l’œuvre de Chrétien de Troyes en sont directement issus.
En réaction contre ces genres aristocratiques se développe, dès la fin du XII e siècle, une littérature satirique qu’illustrent les fabliaux et le Roman de Renart. Par la parodie, c’est une véritable mythification de l’univers épique et courtois que se livre le Roman de Renart, tandis que les fabliaux, ancrés dans le quotidien, font l’éloge de nouvelles valeurs, orientées vers la satisfaction immédiate des désirs.
La civilisation urbaine est également à l’origine du théâtre en langue française. Bien que le drame liturgique en latin se soit amplifié, depuis le Xe siècle, à l’intérieur même de l’église, c’est lorsqu’il quitte l’enceinte sacrée que le théâtre prend son essor. La première œuvre en français, Le Jeu d’Adam (vers 1150), demeure fondée sur les Ecritures, mais un siècle plus tard, le poète Adam de la Halle libère le théâtre de ces thèmes religieux avec le Jeu de Robin et de Marion et Le Jeu de la Feuillée. Aux XIVe et XVe siècles, le théâtre devient populaire par le développement de la farce, qui prend la suite des fabliaux, des miracles et surtout des mystères, vastes pièces dramatiques consacrées à la vie d’un saint ou à celle du Christ. Les mystères de la Passion, qui étaient parmi les plus renommés, s’étendaient souvent sur plusieurs dizaines de milliers de vers et nécessitaient plusieurs jours de représentation. On les retrouvera bien vivants, comme d’autres formes littéraires médiévales, au cours de la première moitié du XVI e siècle.
Les cinq siècles du Moyen Age littéraire sont bien autre chose que la période obscure qu’on a souvent décrite. Ils continuent à vivre au cœur même de la modernité de la Renaissance ; ils seront redécouverts au XIXe siècle par les romantiques qui rendront ainsi au Moyen-Âge sa véritable place.

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