Une technique, c’est-à-dire un savoir-faire acquis, transmissible par un enseignement, et par lequel on peut réaliser efficacement ses buts








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date de publication06.02.2018
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Un artiste doit-il se soumettre à des règles techniques ?
Introduction

[Intérêt du sujet] Tout le monde, semble-t-il, aime au moins une forme d’art. Ceux que la peinture laisse froids, par exemple, apprécient souvent la musique, et vice-versa. Il pourrait donc être intéressant de se demander comment on devient artiste. Suffit-il d’avoir une sorte de talent naturel, appelé « génie » artistique ? Ne faut-il pas respecter certaines règles techniques ?

[1ère réponse, argumentée à l’aide d’une analyse des notions] Si l’on se réfère au sens premier du mot « art », il semble bien qu’on puisse répondre positivement à cette question. À l’origine, le mot « art » désigne toutes sortes de techniques, qu’elles soient artisanales (puis industrielles) ou artistiques. Encore aujourd’hui, en parlant d’un travail qui nécessite beaucoup de savoir-faire, on dit : « c’est tout un art. » Il semblerait donc qu’il y ait un point commun entre l’artiste, l’artisan, le technicien ou l’ingénieur : tous les quatre possèdent une technique, c’est-à-dire un savoir-faire acquis, transmissible par un enseignement, et par lequel on peut réaliser efficacement ses buts. De ce point de vue, il semble bien que l’artiste doive se soumettre à des règles techniques : ses gestes, pour être efficaces, doivent être réalisés d’une façon précise, définie à l’avance, indéfiniment répétables.

[Objection et annonce d’une 2e réponse argumentée] Cette thèse, que nous exposerons plus en détail dans la première partie, est cependant bien discutable. Les artistes ne sont pas seulement des artisans. Le mot « art » a progressivement cessé d’être un synonyme de « technique ». Aujourd’hui, il désigne le savoir-faire ou l’activité des artistes. L’art, en ce sens, c’est la libre expression de pensées et de sentiments à travers des œuvres accessibles aux sens. Les artistes, plus que les artisans ou les ingénieurs, doivent faire preuve de liberté créatrice. Leurs œuvres, même lorsqu’elles sont effectuées avec beaucoup d’habileté technique, expriment une pensée et des sentiments sous une forme originale. Dès lors, on peut se demander si ce qu’il y a de plus intéressant dans une œuvre d’art n’est pas cette liberté créatrice, qui va au-delà des règles techniques.  Cette question fera l’objet du second temps de notre réflexion.

[Objection et annonce de la 3e partie] Enfin, nous nous demanderons si l’artiste ne peut pas aller encore plus loin dans la liberté créatrice, et s’affranchir de toute règle technique. Comme on le verra, la réponse à cette question n’est pas évidente, car si une œuvre d’art est créée sans technique, comment pourrait-elle être autre chose qu’un chaos sans intérêt ?
I. Un artiste doit se soumettre à des règles techniques

afin d’exprimer correctement sa pensée et la mentalité de son époque

 

 1. Les règles techniques sont indispensables à l’expression artistique

Pendant longtemps, les artistes ont été plus ou moins assimilés aux artisans. Cette confusion n’a rien d’absurde. Pour arriver à exprimer au mieux sa pensée et ses sentiments, un artiste doit d’abord acquérir une technique. Pour ce faire, il se rend maître de son corps, des matériaux qu’il façonne (par exemple, le marbre sur lequel travaille le sculpteur ou les sons pour le musicien) et des outils qu’il utilise dans son travail (marteau, burin, pinceau, instrument de musique, corps même dans le cas du chant, de la danse ou du théâtre…). De fait, la plupart des artistes ont été formés auprès de maîtres qui leur transmettaient des techniques.

Même à la Renaissance, où les peintres italiens ont cherché à s’élever au-dessus du statut d’artisans, la technique a continué un jouer un rôle essentiel. Léonard de Vinci disait que « La pittura è cosa mentale » (« La peinture est chose mentale ») pour se distinguer des travailleurs manuels de son temps. Mais les artistes de la Renaissance, et Léonard en particulier, n’en étaient pas moins des artisans, qui avaient appris (ou inventé) de remarquables techniques. La plus connue d’entre elles est l’art de donner une impression de profondeur à une œuvre en deux dimensions: la perspective linéaire.

2. Les techniques évoluent en fonction des mentalités

L’exemple de la perspective linéaire nous permet de comprendre le lien entre les techniques des artistes et la pensée qu’ils expriment dans leurs œuvres. En effet, il semble bien que l’invention de cette technique particulière soit liée à un changement d’époque et de mentalité. Les artistes du 14ème siècle avaient une grande maîtrise technique, mais ils n’utilisaient pas encore la perspective linéaire. Pourquoi ? Sans doute parce que cette manière de représenter l’espace ne correspondait pas à la mentalité de l’époque. Ce qui était souvent utilisée, avant la Renaissance, c’est une tout autre sorte de perspective : la perspective signifiante. Dans les tableaux, il arrivait qu’on représente des personnages plus petits que d’autres, non pas pour symboliser leur éloignement, mais pour montrer qu’ils étaient moins importants dans la hiérarchie religieuse ou sociale. Dans un article de
Wikipédia - http://fr.wikipedia.org/wiki/Perspective_signifiante - se trouve reproduit un tableau de Piero della Francesca, un peintre de la Renaissance qui connaissait très bien les règles de la perspective linéaire, mais qui vivait à une époque de transition, où la vieille mentalité médiévale coexistait avec le nouvel humanisme. Dans cette œuvre, on peut voir une Vierge gigantesque en comparaison des personnages qui la prient. La petitesse de ces derniers symbolise le fait qu’ils sont moins importants dans la hiérarchie religieuse que la Vierge Marie, la Reine des Cieux. Cf. l’annexe n°1

Transition (récapitulation et objection)  - Comme on vient de le voir, les artistes sont astreints à des règles techniques, lesquelles dépendent elles-mêmes de contraintes sociales et culturelles. Les techniques changent en fonction des structures sociopolitiques et des mentalités. N’y a-t-il pourtant aucune différence entre l’artiste et l’artisan ? Si l’artiste était seulement au service d’un roi, d’une religion, ou plus généralement de la société de son époque, comment pourrions-nous encore apprécier les œuvres des maîtres d’autrefois ? Ne serait-ce pas parce que ces œuvres ont une valeur en elles-mêmes, indépendamment des règles techniques et sociales auxquelles les artistes ont dû se soumettre ?
II. Thèse d’inspiration kantienne : les artistes géniaux doivent avoir une grands habileté technique, mais ils ne sont prisonniers d’aucune règle
Même si les artistes doivent se plier à des règles techniques, ils n’en ont pas moins une certaine marge de manœuvre, grâce à laquelle ils peuvent exprimer leur liberté créatrice. Mais cette liberté n’a rien de chaotique. L’artiste se donne des règles, il organise son œuvre selon un certain plan. Cependant, comme on va le voir, ces règles ne sont pas des recettes toutes faites qu’on pourrait reproduire. Ce ne sont pas non plus des carcans qui feraient violence à l’imagination créatrice de l’artiste. Voyons comment Kant explique cela.

1. « Est beau ce qui plaît universellement sans concept » (Kant)

Les artistes, pour Kant, se distinguent des simples artisans par le fait qu’ils doivent créer des œuvres qui ne sont pas nécessairement utiles. Leur valeur, c’est leur beauté.

Si je considère une œuvre d’art (ou une chose de la nature) comme belle, cela veut dire que je lui reconnais une valeur qui va bien au-delà de ma simple satisfaction égoïste. J’ai donc une bonne raison de considérer que cette chose a une valeur en soi, et que tout le monde pourrait éprouver le même plaisir que moi. Autrement dit, j’accorde à la belle chose une valeur universelle. Plus précisément, je la juge susceptible de plaire à tout être doué comme moi de sensibilité et d’entendement. Ainsi, si quelqu’un dit : « Le vin des Canaries est agréable », il ne sera pas vexé qu’une autre personne le corrige en disant : « Le vin des Canaries vous est agréable, mais il ne plaît pas à tout le monde. » En revanche, il serait ridicule de dire : « cet objet (l’édifice que nous voyons, le vêtement que porte celui-ci, le concert que nous entendons, le poème que l’on soumet à notre appréciation) est beau pour moi. »

Cependant, Kant nous met en garde contre une mauvaise interprétation de sa définition : l’universalité exigée par le jugement de goût n’est pas réelle. Nous attendons des autres qu’ils partagent nos goûts, mais nous sommes souvent déçus. Il n’y a pas, en effet, de critère objectif (un concept du beau, une définition précise et universelle de la beauté) permettant de mettre tout le monde d’accord sur ce qui est beau. Des scientifiques peuvent s’accorder sur une démonstration mathématique, ou sur l’existence d’une loi physique. Il n’en va pas de même dans le domaine esthétique, où les jugements sont subjectifs (même si l’entendement, faculté mentale permettant de créer ou de connaître des règles, y joue un grand rôle). Il est certes possible de discuter au sujet de la beauté d’une œuvre d’art. Mais ces discussions sont généralement sans fin, car il n’y a aucun argument décisif permettant de dire que l’un des interlocuteurs a davantage raison qu’un autre.

2. Le libre jeu de l’entendement et de l’imagination

S’il n’existe pas de concept de la beauté, de règle bien définie qui permettrait de distinguer les belles œuvres des laides, c’est parce que la beauté ne met pas seulement en jeu l’entendement (faculté qui nous permet de connaître ou de créer des règles). Elle est aussi le produit de la fantaisie, de l’imagination créatrice.

Un artiste, en effet, laisse libre cours à son imagination et à sa pensée. Cela ne veut pas dire qu’il fait n’importe quoi : son œuvre est organisée selon certaines règles. Mais ces règles, c’est lui qui les a inventées. Kant explique que les œuvres d’art sont à la fois le produit de l’entendement (faculté des règles) et de l’imagination créatrice. L’entendement, c’est cette forme d’intelligence qui permet de donner un sens aux phénomènes perçus, en les rangeant sous des lois. C’est lui qui est à l’œuvre dans les sciences, et notamment en physique, science qui établit en lien entre les phénomènes particuliers observés dans l’expérience et des lois universelles (comme la loi de la gravité). Si les artistes étaient dépourvus d’entendement, s’ils n’avaient que leur imagination, leurs œuvres seraient chaotiques et ne donneraient pas l’impression d’être le produit d’une pensée. Mais, à l’inverse, si les œuvres étaient seulement le fruit de l’entendement, elles seraient ennuyeuses, froides, sans vie – comme un rythme trop régulier, une architecture trop symétrique, trop rectiligne, un film sans imprévus, etc. Cf. les exemples donnés dans l’annexe n°2

3. Les beaux-arts sont les arts du génie

L’artiste est donc quelqu’un qui crée – grâce à son entendement et son imagination – de nouvelles formes, c’est-à-dire de nouvelles manières d’organiser et de disposer les sons (dans la musique), les couleurs (dans la peinture), les gestes (dans la danse), les mots (dans la poésie), etc. Comme le dit Kant, le génie artistique (talent naturel de l’artiste) consiste à trouver un moyen d’accorder l’imagination et l’entendement, de telle sorte que ces deux facultés soient librement unies, sans qu’aucune des deux ne domine l’autre. Pour parvenir à ce but, l’artiste ne dispose pas d’une technique, d’un savoir-faire qui pourrait s’apprendre par un enseignement. Le génie artistique, cette faculté d’exprimer une pensée originale en inventant de nouvelles règles, ne peut se transmettre. C’est un don naturel.

4. Cependant, même les artistes géniaux doivent avoir une maîtrise technique

Les artistes géniaux ne sont prisonniers d’aucune règle, donc, mais cela ne veut pas dire que leurs œuvres n’aient aucune régularité. Comme on l’a vu, l’entendement joue un grand rôle dans la création des œuvres d’art. Cela implique que les artistes doivent posséder une grande maîtrise technique. Ils doivent savoir utiliser habilement leurs instruments afin de donner à leurs matériaux la forme qu’ils ont imaginée, en fonction des règles qu’ils ont choisies. Sans cette maîtrise technique, les œuvres seraient chaotiques, désordonnées. Elles donneraient l’impression d’être le fruit du hasard, et non la création d’un être intelligent. Avant de devenir des maîtres, les artistes ont donc dû se soumettre à des règles techniques afin d’acquérir une habileté suffisante. Mais une fois cette habileté acquise, ils cessent d’être soumis : ils deviennent créateurs de règles.

Transition (récapitulation et objection) : Ainsi, une œuvre d’art n’est pas faite au hasard, mais selon des règles, à l’aide de l’entendement. Cela implique que son auteur a dû, au départ, se soumettre à des règles techniques afin de devenir habile dans son art. Mais une fois qu’il a acquis cette maîtrise, il n’a plus à se soumettre aux règles techniques qu’on lui a enseignées. C’est au contraire lui qui crée des règles, grâce à son talent inné (le génie artistique), en les harmonisant avec son imagination créatrice de manière à produire une forme de beauté.

Mais cette conception de l’art n’est-elle pas réductrice ? Pourquoi les artistes devraient-ils nécessairement faire quelque chose de beau ? Ne pourraient-ils pas, pour affirmer leur liberté, refuser toute règle, y compris les règles techniques ?
III. L’art moderne et l’art contemporain transgressent les règles existantes,

y compris – parfois – les règles techniques
1. Le but des artistes n’est pas forcément de produire de la beauté

Revenons encore une fois à la beauté. Contrairement à ce que semble penser Kant, les artistes ne cherchent pas nécessairement à produire une œuvre belle. D’après Hegel (1770-1831), le but des artistes est de permettre à l’esprit humain de prendre conscience de lui-même dans une forme sensible (visible ou audible). Les œuvres d’art expriment l’esprit d’une époque ou d’une société, elles reflètent les mentalités du peuple et de l’époque où les artistes ont vécu. Or, toutes les sociétés toutes les époques n’ont pas voué un culte à la beauté. C’est surtout dans l’art classique grec – et dans l’art qui s’en est inspiré par la suite – que la beauté a été recherchée. Pour Hegel, le christianisme a inauguré une nouvelle période dans l’art occidental : le « romantisme ». N.B. Ce qu’il entend par là est beaucoup plus vaste que le mouvement artistique qui commence à la fin du 18e siècle et s’est continué au 19e siècle. Pour lui, par exemple, l’art gothique peut être qualifié de « romantique ». Avec le christianisme triomphe l’idée que l’esprit (divin ou humain) est au-delà de toutes les apparences sensibles (visibles, audibles, etc.). Les artistes ne cherchent donc plus nécessairement à réconcilier de façon harmonieuse la pensée et la sensibilité, comme les sculpteurs grecs classiques.

2. L’art moderne et l’art contemporain

Après la mort de Hegel, les mentalités ont encore évolué. Toutes les règles sociales traditionnelles ont été contestées, et ce bouleversement a été visible dans l’art moderne (à partir de 1860 environ) et de l’art contemporain (depuis la fin de la seconde guerre mondiale).

Certains artistes sont même allés tellement loin dans cette révolution artistique qu’ils ont fait des œuvres ne nécessitant pas de techniques. C’est notamment le cas de l’artiste franco-américain Marcel Duchamp, l’inventeur du « ready-made ». Il s’agit d’un objet manufacturé (déjà fait, « ready-made »), isolé de son contexte et exposé. L’un des premiers de ces ready-made est un urinoir renversé et rebaptisé Fontaine (1917) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fontaine_%28Duchamp%29 . Ainsi, n’importe quel objet peut devenir une œuvre d’art. Le savoir-faire passe au second plan, derrière le regard et l’intention de l’artiste. Ce dernier nous invite à voir d’un autre œil des objets qui passeraient inaperçus s’ils restaient dans leur contexte utilitaire.

On pourrait encore mentionner d’autres œuvres d’art ne nécessitant pas toujours une grande habileté technique : les installations. Dans des musées, dans des galeries ou en plein air, des artistes disposent des objets dans l’espace afin de rendre visible une pensée ou une émotion. Et ces objets, ils ne les ont pas forcément créés eux-mêmes. Ainsi, quand l’artiste de rue (street artist) Banksy installe dans le parc de Disneyland une poupée gonflable revêtue d’un uniforme orange et ayant la tête recouverte d’un sac, il n’a sans doute pas eu besoin d’une technique particulière. En revanche, cette installation est porteuse d’une pensée et d’une émotion, car elle réunit en un même lieu deux aspects des États-Unis qu’on n’a pas l’habitude de penser ensemble : d’un côté, l’industrie du divertissement, le rêve, l’innocence de l’enfance (Disneyland) et de l’autre, l’horreur et la violence d’État (le camp de Guantanamo). Cf. à ce sujet le film de Banksy intitulé Faites le mur (Exit through the Gift Shop)

Conclusion
Comme on a pu le voir, le rapport entre l’art et la technique est complexe, et d’autant plus difficile à définir qu’il a évolué avec le temps. Faut-il, pour faire une œuvre d’art, se soumettre à des règles techniques ?

Dans un premier temps, nous avons répondu affirmativement à cette question. Même si les artistes ne sont pas des artisans comme les autres, même si leurs œuvres n’ont pas toujours d’utilité, ils n’en doivent pas moins acquérir une maîtrise technique afin d’exprimer comme ils le veulent leur pensée et leurs sentiments dans leurs œuvres.

Cependant, le fait de maîtriser une technique ne signifie pas qu’on se soumet à des règles techniques. Comme le dit Kant, le génie artistique est un don naturel : il ne peut ni s’apprendre ni s’enseigner. Une fois qu’ils sont devenus maîtres dans les techniques de leur art, les artistes géniaux n’ont plus à se soumettre à des règles : leur génie leur permet de créer des règles qui s’harmonisent librement avec leur imagination créatrice. La beauté d’une œuvre d’art résulte de cette combinaison entre l’entendement (faculté des règles) et l’imagination, et il n’existe aucun concept (aucune idée abstraite) de cette combinaison. Pour créer un chef d’œuvre artistique, il n’y a pas de recette !

Mais la théorie de Kant vaut seulement pour un certain type d’arts : les beaux-arts, c’est-à-dire les arts dont le but est de produire de belles œuvres. Or, il semble que ce souci de la beauté soit surtout caractéristique de la Grèce classique et des artistes qui se sont inspirés de ce modèle. À d’autres époques, l’art a eu d’autres buts. De manière générale, pour Hegel, la fonction de l’art est de permettre à l’esprit humain de prendre conscience de lui-même. Les œuvres d’art sont le miroir dans lesquels une société humaine se contemple à une époque donnée de son histoire. Elles reflètent les pensées, les sentiments et les valeurs morales de cette société et de cette époque. Or, depuis la seconde moitié du 19ème siècle au moins, l’art a eu de plus en plus tendance à se dégager des traditions et à inventer des formes radicalement nouvelles. Certains artistes ont même créé des œuvres ne nécessitant pas de techniques particulières ou très peu : ready-made, installations… Ainsi, l’évolution de l’art depuis un siècle nous conduit à penser que les artistes peuvent non seulement refuser de se soumettre à des règles techniques, mais créer des œuvres sans technique. Ces œuvres ne sont pas pour autant le fruit du hasard : elles expriment des pensées et des sentiments, et font réfléchir les spectateurs.

[Ouverture (facultatif !)] On pourrait cependant se demander si de telles œuvres – constituées de quelques éléments qui n’ont pas été formés par l’artiste – ne sont pas moins complexes, moins riches en détail et en pensée, que des œuvres dont la réalisation nécessite une grande maîtrise technique. Mais ceci ferait l’objet d’un autre débat.

Annexe n°1 : exemples d’évolution de techniques artistiques
Avec la Renaissance, de nouvelles techniques artistiques apparaissent parce que les temps ont changé. C’est l’époque de l’humanisme, courant de pensée qui valorise la vie terrestre est. On cherche à représenter les choses telles que les hommes les voient, parce qu’on accorde une grande valeur à l’homme et à son point de vue. Dans la période précédente, les regards sont davantage tournés vers le ciel, vers l’au-delà, le Royaume de Dieu. La vie terrestre est considérée comme une brève épreuve à traverser, plus que comme une chose qui a en soi de la valeur. Cette mentalité religieuse permet d’expliquer, au moins en partie, la naissance de l’art gothique. De la fin du XIIe siècle à la fin du XVe siècle, toute l’Europe catholique se couvre d’édifices religieux caractérisés par la hauteur de voûte et leur luminosité. Comme l’explique cet article de Wikipedia  - http://fr.wikipedia.org/wiki/Architecture_gothique - un certain nombre de procédés techniques (voûte en croisée d’ogives, arc-boutants…) permettent de construire des murs plus hauts et d’y percer de grandes verrières, comme celles de la cathédrale de Metz : http://fr.wikipedia.org/wiki/Verrière_occidentale_de_la_cathédrale_de_Metz Dans les églises gothiques, tout est fait pour que le regard du fidèle soit attiré vers le ciel et la lumière, qui sont les symboles de l’esprit divin.

À partir de la Renaissance, l’art européen est moins tourné vers le ciel. L’art religieux reste très important, mais les figures sacrées gagnent en humanité. Dans l’architecture, l’horizontalité va de plus en plus primer sur la verticalité. Un siècle environ après la fin de la Renaissance, le château et le parc de Versailles témoignent de ce changement de mentalité et de structures sociales. Au temps de Louis XIV, l’Église catholique a certes beaucoup de pouvoir encore, mais elle a dû céder du terrain face à un pouvoir politique de plus en plus centralisé et puissant. Le Roi Soleil pense sans doute à son salut dans l’au-delà, mais il a aussi de grandes ambitions profanes : étendre le territoire de son Royaume et la maîtrise de ce territoire. Son château, qui est beaucoup plus large que haut, symbolise cette ambition, tout comme le grand parc avec ses vastes perspectives et ses allées qui rayonnent depuis le château comme les rayons du soleil (emblème du roi). Les artistes qui ont travaillé pour Louis XIV – Mansart pour le château et Le Nôtre pour le parc – ont donc plié leur art aux exigences de leur commanditaire. Loin d’avoir une liberté totale, ils ont mis leur technique au service de la monarchie absolue.

upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/04/Chateau_de_Versailles_1668_Pierre_Patel.jpg

Jusqu’à présent, nous avons exclusivement parlé d’œuvres d’art faites pour être vues. Mais ce que nous avons dit pourrait valoir également pour celles qui sont destinées à être entendues, comme les compositions musicales. Les musiciens doivent respecter des règles d’harmonie, et en particulier éviter les dissonances (au moins dans une certaine mesure, comme on le verra dans la partie suivante), c’est-à-dire les intervalles ou les accords disharmonieux. Or, la distinction entre consonance et dissonance dépend en grande partie des cultures et des époques. Même si certains intervalles (comme l’octave et la quinte) se retrouvent dans à peu près toutes les musiques du monde, parce qu’ils correspondent à des rapports de fréquence sonores relativement simple, il n’en demeure pas moins que ce qui est jugé consonant dans une culture sera souvent jugé dissonant dans une autre, et vice-versa. Par exemple, le triton (intervalle de trois tons, comme celui qui existe entre un si et un fa) ou l’accord de septième de dominante (sol-si-ré-fa, do-mi-sol-si bémol, etc.) sont aujourd’hui très banals alors qu’ils étaient autrefois jugés dissonants dans la musique européenne. Le triton, au Moyen âge, était même appelé « diabolus in musica », « diable en musique ». Pour en savoir plus, cf. cette leçon de Jean-François Zygel :

http://www.dailymotion.com/video/x8gf03_zygel-dissonance-consonance_music

Annexe n°2 : Exemples d’œuvres où les règles de l’entendement sont assouplies par la fantaisie de l’artiste

Dans l’architecture classique, celle qui s’inspire de l’art gréco-romain, la symétrie est de rigueur. Pourtant, il arrive fréquemment que des détails assouplissent un peu cette règle, tels les deux statues qui encadrent l’horloge du château de Versailles, côté cour de marbre :

upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/52/Cour_de_Marbre_du_Château_de_Versailles_2011.jpg

Cette rupture de la symétrie est encore plus présente dans la peinture, art généralement plus vivant et fantaisiste que l’architecture. Cf. par exemple l’article déjà mentionné concernant La Cène de Léonard: http://www.scaraba.net/creanum/index.php/rigoureuse/355-la-cene-de-leonard-de-vinci

Enfin, nous pouvons parler de la manière dont les règles sont appliquées en musique. Une musique belle doit donner une impression de vie et de mouvement, ce qui ne serait pas possible si les règles y étaient trop rigoureuses. Il doit y avoir, de temps en temps, des décalages dans le rythme (syncopes, par exemple) ou des disharmonies passagères. Parmi ces dernières, on trouve l’appogiature, cette figure de style consistant à jouer une note un ton au-dessus ou en dessous de ce qui serait normal par rapport à l’accord qui se fait entendre au même moment. L’appogiature est en quelque sorte une note qui sort momentanément du rang pour y rentrer ensuite (l’appogiature est alors « résolue »). Cette disharmonie passagère crée souvent une tension expressive, comme dans l’adagietto de la cinquième symphonie de Mahler (1904) : http://www.youtube.com/watch?v=67Xeuhi5dVs Sur la notion d’appogiature, cf. aussi la leçon de J-F Zygel : https://www.youtube.com/watch?v=HSjwJ9UUGgc

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