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Idylle bourgeoise


Depuis longtemps, ils s’aimaient sagement, posément et jamais l’ombre d’un désir mauvais n’avait troublé leur calme idylle. Jusqu’à présent la famille de Léa – la jeune fille s’appelait Léa – avait refusé à Gustave – le jeune homme s’appelait Gustave – la main de Léa.

Non pas que Gustave fût un de ces garçons, comme on en voit tant aujourd’hui, perdus de désordres et de vices, un de ces garçons qui vont deux ou trois fois par semaine, au théâtre ou au café-concert.

Gustave avait été sévèrement élevé dans de bonnes habitudes tranquilles et bourgeoises. Il avait de la conduite et de la moralité.

D’autre part, il était bien de sa famille, comme disait la mère de Léa, mais malheureusement ses parents étaient encore jeunes et bien portants, et puis ses tantes, sans être positivement des jouvencelles, ne semblaient pas non plus être prêtes de sitôt à quitter cette vallée de larmes. Savait-on seulement si ces chipies ne laisseraient pas tout leur avoir à des communautés religieuses ?

D’ailleurs rien n’était pressé, disait le père de Léa. Les jeunes gens étaient bien jeunes encore, et puis les affaires n’allaient pas déjà si fort.

Le fond de la chose, entre nous, c’est que Gustave ne semblait pas pour le moment être un capitaliste assez sérieux. Sa situation n’était pas mauvaise pour son âge (Gustave 23 et Léa 18), mais tout cela ne constituait pas une entrée en ménage bien somptueuse, d’autant plus que le père de Léa s’était mis en tête de ne point doter sa fille.

Les choses en étaient là lorsque Victor Hugo vint à éteindre sa grande lueur.

La famille de Léa et Léa elle-même manifestèrent le désir de voir les obsèques du grand poète, mais de les bien voir, comme je vous vois.

C’était une belle occasion pour Gustave de passer quelques heures auprès, tout près de Léa. Gustave ne la manqua pas.

Dans une belle maison du boulevard Saint-Germain, le locataire du deuxième, un bonhomme peu amateur de manifestations populaires, était parti la veille à la campagne, défendant expressément à son concierge d’introduire qui que ce fût sur le balcon, le jour des funérailles.

Dès le matin de l’enterrement, le balcon du bonhomme était bondé de gens à un louis la place, les personnes âgées par devant, les plus jeunes par derrière,

Gustave et Léa, la main dans la main, s’aimant bien, se tenaient pressés l’un contre l’autre, les yeux noyés de bonheur extatique.

L’appartement à la fenêtre duquel ils se trouvaient était un petit cabinet de travail, richement meublé. Dans un coin, un coffre-fort énorme, lourd, massif et comme endormi dans son opulence bête.

Le regard des amants, à plusieurs reprises, s’était rencontré sur le meuble métallique et fascinateur.

Ah !... si c’était à eux, ce coffre-fort et son contenu, rien ne s’opposerait à leur bonheur.

Décidément, le convoi tardait bien à venir. Les discours probablement qui s’étaient prolongés... On voyait bien des escouades de sergents de ville, des pelotons de gardes républicains, beaux et graves sur leurs chevaux qui paraissaient prendre part au deuil public.

Gustave et Léa ne semblaient pas pressés, eux. Leurs yeux se fixèrent sur le coffre-fort avec une persistance croissante.

Parfois leurs regards se croisant, en disaient long.

À la fin, Gustave se décida avec un faux rire niais.

Il tourna les petits boutons du coffre-fort, comme pour s’amuser, en regardant Léa.

Léa l’encourageait de son sourire doux.

Justement, on commençait à apercevoir le convoi. Toutes les têtes et toutes les attentions étaient tendues.

Sous les doigts agiles de Gustave, les petits boutons tournaient, tournaient, dans des combinaisons sans nombre. Parfois, quand il se fatiguait, Léa le relayait avec la tranquillité posée qu’exigent ces sortes d’opérations.

Tant d’amour et tant de patience devaient être récompensés.

La Société des Beni-Bouffe-Tout passait lorsque la massive porte du coffre s’ouvrit avec une majesté solennelle.

En un clin d’œil, la sélection des valeurs se fit, toutes celles nominatives respectées scrupuleusement et laissées à leur place.

Dans un petit tiroir gisaient quelques bijoux, de famille sans doute.

Gustave prit le plus simple, une petite bague d’or mince garnie d’une seule perle et la passa au doigt de Léa émue et recueillie.

La jeune fille avança son front rougissant que Gustave baisa.

Ils étaient fiancés.

Ils se sont mariés samedi à Sainte-Marie-des-Batignolles, et ils auront beaucoup d’enfants.
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