Journal documentaire de Philippe Billé, année 2014








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Journal documentaire de Philippe Billé, année 2014.
Vendredi 10 janvier 2014. Un énorme accès d'oblomoverie s'est emparé de moi à l'occasion des vacances de fin d'année, et je constate que la crise était assez grave pour se prolonger encore au-delà, de sorte que j'ai pratiquement abandonné la bloguerie depuis quelque trois semaines. Pendant ce temps j'ai séjourné principalement dans l'Arcachon Bay Area, où j'ai festoyé sans trop d'excès. Je suis aussi monté quelques jours dans mon hacienda de Charente, où la vie est toujours plus rude. Il faisait un temps assez pourri, mais en revanche les pluies répétées m'ont permis de mettre une bonne quantité d'eau en réserve. J'ai encore laissé plus de deux cents euros chez mon garagiste, non pour ses étrennes, malgré toute ma sympathie, mais pour trifouiller les viscères de ma voiture, qui en avaient hélas besoin. J'ai passé quelques heures isolé dans mes bois, ce qui est toujours une consolation. J'ai rédigé, en me demandant si je le devais bien, un post-scriptum à ma note du 6 décembre sur le dernier livre de Roux, ce qui ne fera sans doute que préciser notre désaccord sans le résoudre, et d'ailleurs à quoi bon, il ne faut pas rêver d'être d'accord sur tout. Je me suis occupé d'envoyer ma livrette de Maricá. La renonciation à chercher un éditeur pour un livre si petit et si austère qu'il était vraiment difficile à placer, la décision de le publier moi-même sous la forme d'une livrette comme je n'en avais pas sorti depuis longtemps, la découverte d'un atelier d'impression aux tarifs très abordables, et situé pour ainsi dire à ma porte, enfin la récupération dans le fourbi maternel d'un copieux stock de timbres-poste inutilisés, m'autorisant à des envois généreux, tous ces facteurs se sont conjugués pour créer une situation propice à tester ma vie sociale, en émettant des signaux en papier. C'est une expérience toujours édifiante, en bien et en mal. Je me suis aperçu à cette occasion que, comme nous tous je suppose, l'usage du courrier électronique m'a tellement déshabitué du courrier postal traditionnel, que je devais dans bien des cas demander d'abord confirmation de l'adresse de mes correspondants. J'ai un peu bouquiné, entre autres la Fatigue du sens de Richard Millet, essai formé d'une mosaïque de fragments, d'anecdotes et de réflexions, où l'auteur confie son exaspération et sa mélancolie face au désastre culturel de l'immigration de masse, et face à l'apathie du pays qui en subit l'impact. Tout ne me convainc pas dans ce petit ouvrage, mais j'y trouve assez de vérité pour l'apprécier, par exemple ses traits contre «le métissage comme idéologie». J'ai renoncé à lire plus avant The crimson jester : Zapata of Mexico, livre que j'ai beaucoup voulu posséder, que l'on m'a très aimablement offert, mais dont j'ai dû constater, une fois que je l'ai eu entre les mains, qu'il ne correspondait pas bien à ce que j'en attendais. Cela arrive. On y trouve des traits piquants, comme l'affirmation que «pour séparer un Yaqui de son poignard, il faut d'abord s'assurer que le Yaqui est mort», mais l'auteur est un hâbleur, il fanfaronne trop, pour qu'on le prenne au sérieux. Il y avait encore sur ma table de nuit un autre pavé biographique, lui aussi en anglais, lui aussi offert par un copain ces derniers mois, le Mao : the unknown story de Jung Chang et Jon Halliday, qui m'a fait l'effet inverse. Cet énorme somme (près de huit cents pages de texte serré, sans compter plus de deux cents pages en index, bibliographie, notes et autres références) me décourageait à l'avance, je pensais n'en jamais rien faire, je l'ai quand même ouvert et je ne m'en sors plus. Ce livre est simplement captivant, impressionnant par l'ampleur et la précision de la documentation, convaincant par la cohérence des analyses, agréable par la limpidité de la rédaction, croustillant d'anecdotes, hallucinant d'horreurs. Je cherchais quelque bonne action à mener en ce début d'année, la terreur maoïste m'en inspire une, je vais faire une purge parmi mes «amis» de Facebook, on a les masses populaires qu'on peut, il s'est glissé dans les rangs plus d'un traître qui n'a rien à y faire, et qu'il convient d'éliminer. Haro!
Mardi 14 janvier 2014. Haiku mexicain : La cucaracha / Ya no puede caminar / La cucaracha.
Mercredi 15 janvier 2014. J'ai reçu voilà peu le copieux volume (plus de 500 pages) d'hommage à mon ami Antônio Carlos Secchin, uma vida em letras, que vient de publier l'Université Fédérale de Rio de Janeiro, dont il est professeur retraité. Agé d'à peine quatre ans de plus que moi, il fut dans sa jeunesse lecteur à l'Université de Bordeaux, où je me suis trouvé être de ses étudiants, pendant mes deux années d'initiation à la langue portugaise. Son talent pédagogique et ses dons intellectuels déjà évidents ne devaient pas se démentir tout au long de sa carrière de professeur, conférencier, poète et critique littéraire. Il devint en 2004, à 52 ans, le plus jeune membre de l'Academia Brasileira de Letras. Ce volume réunit des études et des témoignages de collègues, d'élèves, et de proches. Parmi les photos, j'ai le plaisir de retrouver celle où j'apparais à ses côtés, si jeune et chevelu, dans la salle qui était alors la bibliothèque de portugais, lors du pot offert pour son départ, circa 1979. Antônio a aussi une grande réputation de bibliophile, il est d'ailleurs l'auteur d'un Guia dos sebos, guide des bouquinistes du pays, qui en est à sa cinquième édition. Sa bibliothèque personnelle passe pour une des plus complètes et des mieux fournies en matière de belles-lettres brésiliennes. J'apprends là qu'elle serait classée en ordre chronologique, ce qui ne me surprend qu'à moitié, car un tel classement correspond bien à l'esprit, ou à la commodité, d'un enseignant. Mais j'ignore s'il s'agit d'un ordre chronologique strict, basé par exemple sur les années de naissance des auteurs, ou juste d'une division par siècles, ou encore de quelque autre arrangement.

A quelques jours de là, je prends connaissance de l'article «Biblioteca gomezdaviliana : las fuentes bibliográficas del pensamiento de Nicolás Gómez Dávila», que Michaël Rabier vient de faire paraître dans la Revista Interamericana de Bibliotecología (volume 36, n° 3). L'auteur y démêle savamment les différentes écoles politiques ou philosophiques qui ont pu influencer la pensée de Gómez Dávila, en se basant sur les données fournies par l'inventaire de la bibliothèque du maître (voir dans ce journal au 20 novembre 2013). Comme il est rarissime que l'on me cite où que ce soit, je suis flatté de me voir mentionné dans cette étude, en particulier quand on s'y réfère à l'index onomastique des écrits de Dávila, qui est un de mes jouets préférés.
Jeudi 16 janvier 2014. Ma maison à la Croix-Comtesse est située dans une rue qui n'avait pas de nom lorsque j'ai connu le village, au début des années 60. Je suppose qu'elle a été baptisée à l'époque où je n'y allais plus, c'est à dire pendant les années 90. Quand j'y suis revenu, en 99, elle était devenue la rue de l'Amitié, appellation sympathique mais assez mystérieuse, et qui souvent intrigue les correspondants à qui j'indique mon adresse. Personnellement je ne suis pas mécontent que ma rue porte un nom de sentiment, même s'il m'agace un peu que ce soit, fatalement, un bon sentiment (je m'amuse à imaginer un boulevard de la Haine, une avenue du Mépris). Et je suis très satisfait qu'elle ait échappé aux insupportables noms de généraux, de martyrs du bon côté, ou d'anciens maires. Mais enfin, dans un bled qui ne compte que cinq ou six voies, aux noms ruraux comme la rue des Petits Prés ou la rue des Chaumes, l'Amitié surprend. Si la question m'intéressait plus que ça, j'irais me renseigner à la mairie, où l'on doit bien savoir. Faute d'en avoir le courage, je me contente d'imaginer que ma rue tire son nom du fait que la société des fêtes du village, qui jadis possédait là une salle, et aujourd'hui encore un dépôt de bancs et de tables, s'appelle «l'Amitié villageoise». Cette hypothèse me paraît convenir pour expliquer un odonyme que j'ai longtemps cru rarissime, voire exceptionnel, car je n'en connaissais aucun autre exemple, jusqu'à ce que naguère je découvre dans Wikipédia l'existence d'un article consacré au sujet, où l'on recense la trentaine de localités comportant une rue de l'Amitié, en France, en Belgique, et même au Canada (la plupart au Québec, mais aussi jusqu'aux extrémités du Nouveau-Brunswick!).
Lundi 20 janvier 2014. Lettre documentaire n° 494.

DICTIONNAIRE PLURILINGUE DES MONOTYPES (mots d’une seule lettre).

(Anglais, espagnol, français, latin, portugais)

A. En anglais, article indéfini («un») devant les mots commençant par une consonne.

A. En anglais, la note de musique «la».

A. En espagnol, préposition équivalant plus ou moins au français «à».

A. En français, troisième personne du présent de l'indicatif du verbe avoir.

À. En français, préposition marquant entre autres la position, la direction, etc.

A. En latin, interjection («ah!»).

A. En portugais, article défini féminin singulier («la»), pronom personnel complément féminin («la»), pronom démonstratif féminin singulier («celle») et préposition («à»).

À. En portugais, contraction de la préposition «a» et de l’article féminin «a» («à la»).

B. En anglais, la note de musique «si».

C. En anglais, la note de musique «do».

C'. En français, abréviation du pronom relatif «ce» devant «en» ou devant des formes du verbe «être».

C. En latin, représentation du nombre «centum» («cent»).

D. En anglais, la note de musique «ré».

D’. En français, abréviation de la préposition «de» devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet.

D. En latin, représentation du nombre «quingenti» («cinq cents»).

E. En anglais, la note de musique «mi».

E. En espagnol, conjonction remplaçant «y» («et») devant les mots commençant par i ou hi.

E. En latin, forme abrégée de la préposition «ex».

E. En portugais, conjonction («et»).

É. En portugais, troisième personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe «ser» («est»).

F. En anglais, la note de musique «fa».

G. En anglais, la note du musique «sol».

I. En anglais, pronom personnel sujet de la première personne du singulier («je»).

I. En latin, représentation du chiffre «unus» («un»).

J’. En français, abréviation du pronom personnel sujet de la première personne du singulier, devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet.

L’. En français, abréviation de l’article défini «le», «la», ou du pronom personnel objet «le», «la» devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet.

L. En latin, représentation du nombre «quinquaginta» («cinquante»).

M’. En français, abréviation du pronom personnel objet à la première personne du singulier «me» devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet.

M. En latin, représentation du nombre «mille».

N’. En anglais, abréviation occasionnelle de la conjonction «and» («et»).

N’. En français, abréviation de l’adverbe de négation «ne» devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet.

O. En anglais, exclamation littéraire.

O’. En anglais, abréviation occasionnelle de la préposition «of» («de»).

O. En espagnol, conjonction («ou»).

Ô. En français, interjection littéraire.

O. En latin, interjection («oh!»).

O. En portugais, article défini masculin singulier («le») et pronom complément masculin singulier («le»).

S’. En français, abréviation du pronom personnel réfléchi de la troisième personne du singulier et du pluriel «se» devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet.

T’. En français, abréviation du pronom personnel complément de la deuxième personne du singulier «te» devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet.

U. En espagnol, conjonction remplaçant «o» devant les mots commençant par o ou ho.

V. En latin, représentation du chiffre «quinque» («cinq»).

X. En latin, représentation du nombre «decem» («dix»).

Y. En espagnol, conjonction («et»).

Y. En français, pronom et adverbe indiquant entre autres la position ou la direction.
Mardi 21 janvier 2014. Récemment je me suis donné la peine, comme je devais le faire depuis longtemps, d'inspecter la collection de fichiers entreposés dans mon ordi, et ainsi de passer en revue les projets laissés en plan, ceux que je pouvais conclure, ceux auxquels je veux encore songer, et ceux auxquels il vaut mieux renoncer.

J'ai travaillé ce week-end à deux collections de données, destinées à former deux Lettres documentaires.

L'une d'elles est le Dictionnaire plurilingue des monotypes (mots d'une seule lettre) dont j'avais l'idée depuis longtemps, et que j'ai mis en ligne hier (Ld 494). C'est un dictionnaire de très petite taille, qui doit tenir sur deux pages. Il réunit les monotypes de cinq langues (anglais, espagnol, français, latin, portugais). Peut-être en préparerai-je un jour une édition augmentée d'une ou deux autres langues, mais cela ne me semble pas nécessaire. C'est un instrument à peu près inutile, sinon à fournir un objet de contemplation. Aussi je le considère comme une sorte de poème-liste.

L'autre est un Lexique comparé des noms des arbres (et parfois de leurs fruits) dans les parlers de Gascogne et de Charente. Je l'avais mis en chantier il y a un an ou deux, oublié depuis, je l'ai complété pour qu'il soit assez consistant, mais il est encore inachevé. Je le publie aujourd'hui comme ma Lettre documentaire 495, en l'état pour l'instant, mais perfectible ultérieurement. Un point de méthode me faisait hésiter, j'ai finalement résolu de reproduire les noms tels que je les trouvais dans les dictionnaires, ou à peu près, sans essayer d'unifier les principes de transcription, qui varient d'un ouvrage à l'autre. Cet objet n'est pas très utile non plus, mais il pourra au moins servir à alimenter la conversation, quand on vient à discuter d'arbres, au fin fond des campagnes ou ailleurs.

Lettre documentaire 495.

LEXIQUE COMPARé DES NOMS D'ARBRES (et de certains fruits) en Gascogne et en Saintonge

Nom français : nom gascon (fruit) / nom saintongeais (fruit).

Ajonc : touya, toya / ajin, ajhallun, agrole.

Alisier : ... / aligher.

Amandier : ... (amelia, metla) / amandaè.

Aubépine : ... / aubépin, abopin, ébopin, épine bianche.

Aulne : bern, vergne / vargne, vergne.

Bouleau : bedouth, bedoth /, bétou, boul.

Buis : bouch, boich / bouis, bouès, ousane.

Charme : carpe / charmille, charpre.

Châtaignier : castaneu, castanher (castanha) / chategnaè.

Chêne : casse, cassou / chagne (ayand).

Chêne vert : ... / yeuse, yuse.

Cognassier : codonher (coudougna) / coudinier, cadougnaè.

Cormier : ... / cormaè, cormenaè, cromorau, poirasse?

Cornouiller : hust-du (= bois dur) / crignolaè, fuselaè.

Cornouiller : sangui / boes-sanguin, boes-pudaes.

Erable : aserou / (é)rablle.

Erable de Montpellier : ... / agher, ajhar.

Figuier : higuè(r) (higa) / ficaè, fijhaè.

Fragon : ... / frégon, fragounette.

Frêne : arrèchou, frèche, hereicho / fragne.

Genêt : gnèsto, yesta, gesta / brande, jhui, balai, pene, pane.

Genévrier : gebrer (genièvre : gnèbre) / genevrai.

Hêtre : hau, hai, fau / fou, fayant.

Houx : agreu / cous, coussat.

If : tach, tèch / ...

Laurier : lau, laurè(r) / lauraè, olaè.

Marronnier : marronièr (marron) / marounier.

Mûrier : mourè, amorèr / mouraè.

Néflier : mesplèr (mèspla) / mélier, maelaè (mèle).

Noisetier : aulan (averà) / nousiller (nousille).

Noyer : nouguè, noguèr / nougher (cala).

Orme : aume, oume, oma / ome, oume, oumia.

Osier : bimi, vimoèr / oisi, ésiou, bime, vime.

Pêcher : perseguèr (persec, perchec, presca) / peursetier.

Peuplier : bioule / popion, poupe.

Peuplier blanc : pibol, pibou / pibe, pible.

Pin : pi, pin / pinier.

Poirier : perè(r) (pera) / poeraè.

Pommier : poumè, pomèr (poma) / poumier.

Prunellier : espin nègre/ épine nère.

Prunier : pru(n)è(r) (pru(n)a) / prounaè.

Ronce : arroumets, (ar)romec / éronde, érinde, érunce.

Sapin : abet, avet / sapin.

Saule : saliga, saus / sauze.

Sorbier : sorb, so(u)rbè(r) / sorbaï.

Sureau : sabuc, sahuc / sujhe, suc, sell, seù.

Tilleul : tilh, telh / tileuil, tileuillé, tillel, tell, tellou.

Troène : hust-biu (= bois vif), verdet / duret, trougne, vara, troulle.

Vigne : bit, bigna, vinha / veugne, vegne (raisinâ).

(PS. Lucien Suel me signale que le sureau se nomme Sayu en picard).
Jeudi 23 janvier 2014. Le chapitre XI du livre d'Esaïe est typique de la croyance incroyable qu'un beau jour, les tueurs et leurs proies vivront en bonne entente.
Vendredi 24 janvier 2014. L'année dernière j'ai fait l'expérience littéraire et commerciale, de m'abonner au Journal en ligne de Renaud Camus. J'avais pris cette décision par curiosité envers l'auteur, ainsi qu'envers le procédé nouveau pour moi. A cet égard j'étais encouragé par la possibilité indiquée sur le site de l'écrivain, de régler avec un simple chèque envoyé par la poste, disposition favorable pour quelqu'un comme moi qui ne vis toujours pas à l'ère des cartes de paiement. La transaction consiste à acquérir le droit de consulter en ligne, au rythme où on le souhaite, et le temps qu'on veut, les entrées du journal. On conserve ensuite un droit de lecture de l'ensemble des entrées de la période pour laquelle on a souscrit, y compris une fois qu'elle est écoulée.

Cette forme de librairie m'a laissé des sentiments mélangés. D'un côté, c'est un procédé intéressant, la mise en route de l'abonnement n'a pas tardé, le système de consultation des entrées est bien conçu, et le diariste, qui doit s'y sentir obligé, fournit assidûment une livraison quotidienne : il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Parmi les aspects moins satisfaisants, il y a tout d'abord que cet usage se résume en quelque sorte à lire un blog payant : certes, un blog très régulier, copieux et bien écrit, mais enfin il en existe aussi beaucoup de gratuits, dont on ne tire pas moins de joie. Il y a ensuite que l'on paye de la sorte, pour une année de lecture, grosso modo le prix d'un livre, mais pour en fin de compte ne pas posséder ce livre, qui paraîtra l'année d'après et sera bien sûr vendu séparément. On paye ainsi pour avoir le loisir de suivre au jour le jour les propos de l'auteur, et l'on ne possède en définitive que ce droit de consultation certes bien organisé mais pas non plus très pratique, n'offrant sûrement pas la commodité de feuilletage d'un livre normal, et pas même celle d'une forme numérique comme le pdf. En outre j'ai constaté à l'usage, que le droit d'accès à ce journal n'est pas un privilège aussi exclusif que l'abonnement payant pourrait faire croire : en effet il ne se passe pratiquement pas quinze jours sans que Camus, impatient de faire connaître ses préoccupations à un public plus vaste que celui de ses souscripteurs, ne rende telle ou telle entrée consultable gratis (le comble fut atteint en été, quand le journal a été placé en accès libre durant tout un mois, du 14 juillet au 15 août). Enfin l'obligation que s'impose l'auteur, d'écrire chaque jour une ou deux nouvelles pages dans son journal, si elle est une honnête garantie que le lecteur en ait en quelque sorte «pour son argent», est aussi cause que l'inspiration y est plus ou moins au rendez-vous selon les jours.

Au moment d'écrire quelques mots pour rendre compte, comme je le fais d'à peu près toutes mes lectures, de cet ouvrage «immatériel» mais énorme (la version papier tient paraît-il près de sept cents pages), n'ayant pas le courage, ni d'ailleurs le loisir, de le reparcourir en rouvrant l'une après l'autre chacune des 365 entrées du calendrier, je me contenterai pour l'instant d'en évoquer deux paragraphes, qui m'ont laissé un souvenir excellent et un moins bon.

La note la plus charmante que j'aie retenue de ce journal est aussi une des moins savantes (car beaucoup d'autres le sont très). C'est une simple remarque, le 1er février, concernant un vieux chien, qui fait exceptionnellement l'effort de monter à certain étage pour y passer l'après-midi en compagnie de son maître, l'auteur, lequel en est bien aise, tout en s'avouant incertain que l'animal ait été attiré par sa personne ou par le tapis. On mesure la grâce mystérieuse de cette anecdote quand elle se répète presque à l'identique, à une date ultérieure (que je n'ai pas notée) mais sans produire le même effet.

Le 2 juillet, Camus écoute à la radio Yves Bonnefoy, qui «n'a pas l'air d'aimer beaucoup plus que (lui) le récit de rêve», et réaffirme un peu plus bas son «peu de goût pour le rêve et le récit de rêve». C'est un dégoût que je ne partage pas. Au contraire j'aime bien les récits de rêve, mais peu importe, je suis un grand partisan du droit de ne pas aimer (moi, par exemple, ce sont les poèmes d'Yves Bonnefoy, que j'ai du mal à blairer). Ce qui me déçoit dans ce cas n'est pas de constater mon désaccord de goût avec l'auteur que je lis (la belle affaire), c'est que celui-ci éprouve le besoin de s'appuyer sur un argument, et que cet argument soit aussi faible. En effet Camus, via Bonnefoy (ou Bonnefoy via Camus) «reproche très justement» au récit de rêve «d'être toujours une reconstruction très approximative et surtout réductrice du rêve lui-même». Ah bon. Mais à ce compte-là, faut-il ne pas aimer le récit de voyage, sous prétexte que c'est fatalement une «reconstruction très approximative et réductrice» du voyage lui-même, ou le journal intime, qui n'est jamais qu'une «reconstruction très approximative et réductrice» de la vie réelle, etc? Non, allons.

C'est un des plaisirs que l'on peut chercher à lire les journaux d'écrivains, quels qu'ils soient : se frotter (en tout bien, tout honneur) à la personnalité de l'auteur, à ses goûts et à ses opinions, approuver une page, râler à la suivante...
Lundi 27 janvier 2014. Cucurrucucaracha.
Mardi 28 janvier 2014. J'envisage de temps en temps, mais depuis des années, de réunir une anthologie de citations désapprouvant les grands rassemblements, et faisant au contraire l'éloge du petit nombre, voire de la solitude. Par manque de chance ou par flemme, je ne suis toujours pas arrivé à en collecter un ensemble satisfaisant. Je ne sais pas si j'y parviendrai un jour, mais je pense que je choisirai comme titre «Attention, troupeau!».
Mercredi 29 janvier 2014. Si la circoncision n'est pas une mutilation sexuelle, c'est que les mutilations sexuelles n'existent pas.
Jeudi 30 janvier 2014. Je ne comprends pas bien comment des dictionnaires sérieux, en tout cas réputés, tels le
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