Littérature polonaise








télécharger 128.6 Kb.
titreLittérature polonaise
page1/7
date de publication23.12.2016
taille128.6 Kb.
typeLittérature
ar.21-bal.com > loi > Littérature
  1   2   3   4   5   6   7





LA BIBLIOTHÈQUE RUSSE ET SLAVE


— LITTÉRATURE POLONAISE —

Henryk Sienkiewicz

1846 – 1916
ALLONS À LUI

(Pójdźmy za nim!)

1892

Traduction de J.-L. de Janasz parue dans La Revue blanche, vol. 23, 1900.
TABLE

I 3

II 7

III 11

IV 14

V 17

VI 22

VII 30

VIII 44



I


Caïus Septimus Cinna était un patricien romain. Sa jeunesse s’était passée aux légions, dans l’âpre vie des camps. Plus tard, il était revenu à Rome pour jouir de la gloire, de la volupté et des avantages que pouvait lui procurer une fortune très grande, bien qu’un peu écornée déjà.

Et, à outrance, jusqu’à l’excès, il avait joui de tout ce que pouvait donner l’énorme ville. Ses nuits se passaient en festins dans les magnifiques villas suburbaines ; il employait ses journées à faire de l’escrime chez les lanistes, à disserter avec les rhéteurs aux tépidaria des thermes, — où, entre deux thèses, on avait coutume d’épiloguer sur les racontars de la ville et du monde... — il les passait au cirque, aux courses, aux luttes de gladiateurs, ou bien au milieu des joueurs de harpe, des devineresses de Thrace et des suaves danseuses que l’on faisait venir des îles de l’Archipel. Parent, par sa mère, du fameux Lucullus, il avait, semblait-il, hérité de son penchant pour les mets recherchés. Sa table était servie de vins de Grèce, d’huîtres napolitaines, de grasses sauterelles cuites au miel du Pont. Des poissons de la Mer Rouge aux perdrix blanches du Borysthène, tout ce que possédait Rome, Cinna devait le posséder. Toutefois, il jouissait de tout cela non pas en soldat outrancier, mais en praticien éclectique.

Il s’était suggéré, — peut-être même avait-il éveillé en soi, — le goût des belles choses : il raffolait des statuettes venant des fouilles de Corinthe, des épilychnions de l’Attique, des poteries étrusques ou importées du lointain pays des Sères, des mosaïques romaines, des tissus de l’Euphrate, des parfums de l’Arabie, et de tant d’autres babioles singulières dont la recherche occupait la futilité de son existence de patricien. Il savait aussi en parler, en connaisseur épris d’art, avec des vieillards édentés, qui, à table, couronnaient de roses leur calvitie, et mâchaient de l’héliotrope au dessert pour se rafraîchir l’haleine.

De même, il ressentait la beauté d’une période de Cicéron, la grâce d’un vers d’Horace ou d’Ovide.

Élevé par un rhéteur d’Athènes, il parlait couramment le grec, connaissait par cœur des passages entiers de l’Iliade et pouvait, au cours d’un festin, chanter les poésies d’Anacréon jusqu’à l’enrouement complet, ou bien l’ébriété finale. De son maître et d’autres encore, il tenait des aperçus de philosophie et en savait assez pour comprendre sommairement l’architecture de tant d’édifices intellectuels, érigés en Hellade ou bien aux colonies. Et il comprenait que, maintenant, tous ces édifices n’étaient plus qu’un amas de ruines. Il connaissait personnellement beaucoup de stoïciens et les avait en médiocre estime, les considérant comme un parti politique plutôt ; et il avait coutume de les traiter d’insipides trouble-fête. Souvent, des sceptiques s’asseyaient à sa table, qui, entre deux services, démolissaient des systèmes entiers, et proclamaient, la coupe à la main, que la volupté n’est que néant, — la vérité, une chose inaccessible aux hommes, — et que, pour le sage, le but unique ne peut être qu’un calme inaltéré.

Tout cela occupait ses oreilles, mais ne prenait point racine en son esprit. Il n’avait pas de principes et négligeait d’en avoir. Caton était pour lui la personnification d’un grand caractère, uni à une sottise immense. Pour lui, la vie, — c’était la mer, la mer immense, où souffle à sa guise, comme il lui plaît, le vent... — La sagesse suprême consistait donc dans l’art de tendre ses voiles aux vents propices... À part cela, il prisait la largeur de ses propres épaules, son excellent estomac, et sa belle tête romaine au profil d’aigle, à la mâchoire puissante. Et il était persuadé qu’avec tout cela on pouvait, tant bien que mal, vivre sa vie. Il n’appartenait pas à l’école des sceptiques, mais, dans la vie ordinaire, c’était un sceptique et un voluptueux, — bien qu’il sût que la volupté est loin de donner le bonheur. Ne connaissant pas la véritable doctrine d’Épicure, il se croyait épicurien. En tout et pour tout, il considérait la philosophie comme une escrime de l’esprit, aussi bonne que celle des lanistes. Et, quand les discours l’avaient fatigué, il s’en allait au cirque, voir du sang.

Il ne croyait ni aux dieux, ni à la vertu, ni à la vérité, ni au bonheur. Mais il croyait aux oracles, était très superstitieux, et les mystérieuses religions de l’Orient excitaient sa curiosité. Et c’était un excellent maître pour ses esclaves, sauf aux instants d’ennui, où il était cruel.

Selon lui, la vie était une grande amphore, brillant d’un éclat plus sombre eu égard à la qualité du vin qui l’emplissait. Aussi s’efforçait-il d’emplir la sienne du meilleur. Il ne chérissait personne, mais il affectionnait bien des choses, entre autres, sa propre tête d’aigle au crâne superbe, et son pied de patricien.

Parfois se complut-il, aux premières années de sa vie dissipée, à étonner Rome. Et il y réussit à plusieurs reprises... Plus tard, cela même le laissa indifférent.

  1   2   3   4   5   6   7

similaire:

Littérature polonaise iconLittérature polonaise

Littérature polonaise iconLittérature polonaise

Littérature polonaise iconMention copyright obligatoire
«Olivier Messiaen» de la Fondation Guardini de Berlin. Le 18 juin 2008, IL reçoit le Prix de la Fondation de la Chasse et de la Nature...

Littérature polonaise iconLittérature : littérature générale (grand format et éditions de poche), littérature jeunesse
«pépite» dans le monde de l’édition. Cette réussite, Editis la doit à ses maisons, des maisons prestigieuses, parfois centenaires,...

Littérature polonaise iconLittérature : littérature générale (grand format et éditions de poche), littérature jeunesse
«pépite» dans le monde de l’édition. Cette réussite, Editis la doit à ses maisons, des maisons prestigieuses, parfois centenaires,...

Littérature polonaise iconLittérature : littérature générale (grand format et poche), littérature jeunesse
«pépite» dans le monde de l’édition. Cette réussite, Editis la doit à ses maisons, des maisons prestigieuses, parfois centenaires,...

Littérature polonaise iconLa littérature épique et la littérature engagée

Littérature polonaise iconLittérature & illustrés xixe : 21 42 histoire xixe xxe : 43 57 autographes...
«auteur(s)» : le titre et le contenu des chapitres sont manuscrits d’une écriture

Littérature polonaise iconLittérature (en Terminale L); option Musique, option Arts Plastiques....
«Un accent particulier est mis ici sur les contenus ouverts tant sur le passé que sur l’immédiat contemporain»

Littérature polonaise iconLittérature Editions First; Hemma; La Découverte; Langue au chat;...
«pépite» dans le monde de l’édition. Présent sur trois secteurs éditoriaux, Littérature, Education et Référence, c’est également...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com