Hi 142 : Histoire du Japon médiéval et pré-moderne (Guillaume carre)








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HI 142 : Histoire du Japon médiéval et pré-moderne (Guillaume CARRE)



1. Minamoto, Taira et Empereurs retirés



  1. Le gouvernement des empereurs retirés


Au milieu du 11e siècle, l’empereur Go-Sanjô 後三条 (1034-1073) monte sur le trône. Il n’est pas né d’une Fujiwara, et en abdiquant rapidement au profit de son fils Shirakawa 白河 (1053-1129), il inaugure une nouvelle période, celle des empereurs retirés (jôkô 上皇 ou hôhô 法皇). Ceux-ci fuient le protocole extrêmement lourd associé à la personne sacrée du Tennô. Ce type de gouvernement, appelé insei 院政 , perdure jusqu’à la fin du 12e siècle. En abdiquant à son tour dès 1086, devenant ainsi le tuteur de son jeune fils âgé de sept ans, Shirakawa gagne une large autonomie : il conserve le pouvoir jusqu’à sa mort en 1129, tout en se soustrayant aux diverses contraintes liées à la charge impériale. C’est lui qui réellement, plus que son père, va instituer le insei et redonner à la figure de l’empereur une influence décisive. Cela n’est pas pour plaire aux Fujiwara qui perdent leur rôle de tuteur et donc leur prépondérance à la cour. Beaucoup de nobles les abandonnent pour devenir clients de la maison impériale. De nombreuses intrigues naissent des mésententes entre l’empereur retiré et son fils, entre les empereurs retirés parfois nombreux (Shirakawa ne meure que sous le règne de son troisième successeur), enfin entre les empereurs et les Fujiwara. Les conflits portent sur des affaires de protocole qui fragilisent le gouvernement. Dans tout le pays, les querelles concernant les droits de propriété se multiplient, impliquant chefs de village, familles nobles, voire des moines qui se sont constitués en organisations mafieuses. Ces derniers se battent en effet entre eux pour le contrôle des temples. Les empereurs en viennent à recourir de plus en plus souvent à l’appui des kebiishi 検非違使 , les aristocrates guerriers formant la police de la capitale.


  1. Vers la fin du régime ancien. Ascension et chute des Taira


A la mort de l’empereur retiré Toba 鳥羽 (1103-1156) éclatent les troubles de l’ère Hôgen (Hôgen no ran 保元の乱). Son fils Go-Shirakawa 後白河 (1127-1192) se dispute avec l’empereur abdicataire Sutoku 崇徳 (1119-1164) qui espère bien diriger les affaires de la cour. Il fait appel aux Taira, dirigés par Taira no Kiyomori 平清盛 (1118-1181). La faction adverse recourt aux Minamoto et à leur chef Minamoto no Tameyoshi 源為義 (1096-1156), dont le fils Yoshitomo 源義朝 (1123-1160) se rallie cependant à Kiyomori. Les luttes entre les deux clans se terminent par la victoire des Taira et la mort de Tameyoshi.

Go-Shirakawa abdique dès 1158, mais va continuer à jouer lui aussi un rôle politique de premier plan jusqu’à sa mort en 1192. Peu de temps après, en 1160, surviennent les troubles de l’ère Heiji (Heiji no ran 平治の乱). Yoshitomo, s’estimant spolié, déclenche une rébellion avant d’être vaincu par Kiyomori et tué avec son fils aîné. La nouveauté tient à la violence de ces luttes, qui s’accompagnent d’exécutions en série. Les plus jeunes enfants de Yoshitomo sont cependant épargnés, exilés ou mis dans des temples, destinés à l’état de moine.

Pendant vingt ans, Kiyomori et son clan vont dominer la vie politique. Pour la première fois, une famille de fonctionnaires moyens à vocation guerrière se fait attribuer des titres et des fonctions auxquels aucun précédent ne leur donne droit. Le Dit des Heike (Heike monogatari 平家物語) se fait le témoin de cette histoire. C’est l’Iliade japonaise ; le récit s’appesantit sur Kiyomori, sur son caractère barbare et autocratique. Ce portrait a été nuancé par les historiens, pour qui Kiyomori n’a pas cherché à renverser la cour, mais à en profiter en menant une carrière brillante, jusqu’à être nommé Ministre des Affaires Suprêmes en 1167. Il reste le protégé de Go-Shirakawa qui l’utilise avant de chercher à le supprimer : devant les projets de Kiyomori de marier ses filles aux empereurs et de placer ses gens à la cour, Go-Shirakawa monte un complot pour l’évincer. Mais celui-ci le découvre et le renverse avant de fomenter un coup d’Etat : il assigne Go-Shirakawa à résidence et fait nommer le tout jeune Antoku 安徳 (1178-1185), son petit-fils, nouvel empereur en 1180. Suite à ces évènements, la famille Taira est proclamée, de façon peu régulière, hors-la-loi par le prince Mochihito 以仁王 (1151-1180), fils de Go-Shirakawa.

Les Minamoto se servent de cette proclamation comme prétexte pour déclarer la guerre aux Taira. Le fils de Yoshitomo, Minamoto no Yoritomo 源頼朝 (1147-1199), élevé par Hôjô no Tokimasa 北条時政 (1138-1215) dont il a épousé la fille Masako 北条政子 (1157-1225), surprend tout le monde lorsque, profitant de l’édit, il attaque les Taira en 1180 avec ses partisans. Commencent alors les guerres des Minamoto et des Taira (Genpei no ran 源平の乱 , 1180-1185). Minoritaires, les Minamoto sont défaits, mais Yoritomo parvient à s’échapper. Muni d’un grand sens politique, il rassemble autour de lui de nombreux clans du Kantô en leur promettant protection et liberté, tandis que dans le même temps les Taira rencontrent mille difficultés à former une armée. Yoritomo connaît ses premiers succès. Il choisit alors d’établir son quartier général au sud d’Edo, l’ancienne Tôkyô, où se trouve un sanctuaire shintô dédié au dieu Hachiman 八幡 , protecteur de sa famille. Il constitue un petit état indépendant et se retrouve chef de toute la région en garantissant les droits domaniaux de chacun. Il s’attache à homogénéiser son territoire.

Les Taira ne peuvent réagir. La cour leur est hostile, surtout depuis que Kiyomori a cherché à déménager la capitale sur son territoire côtier pour profiter du commerce avec la Chine. A ceci s’ajoute le fait que le 12e siècle finissant est une période de crise économique provoquée par des famines, des disettes, des catastrophes naturelles, des troubles civils… En 1183, les Taira décident enfin de s’attaquer à un Minamoto cousin de Yoritomo, Kiso no Yoshinaka 木曾義仲 (1154-1184), mais c’est un échec. Ils doivent s’enfuir de Kyôto en emmenant l’empereur Antoku et les trois symboles du pouvoir impérial, le sabre, le miroir et le joyau. Go-Shirakawa intronise un nouvel empereur, et accueille les Minamoto : ceux-ci poursuivent les Taira mais subissent un revers. Devant l’énervement de ses propres troupes à la capitale, Go-Shirakawa en appelle à Yoritomo qui délègue son frère Yoshitsune 源義経 (1159-1189). Ce dernier s’empare de Kyôto en 1184, élimine Yoshinaka, et se mesure aux Taira qui prennent la fuite. Les grandes familles des régions de la mer intérieure se refusent à les accueillir et les Taira subissent défaite sur défaite le long de la côte, à Ichinotani 一の谷 (1184) et à Yajima 屋島 (1185), repoussés vers l’ouest et leur funeste fin. En 1185, la bataille navale de Dannoura (Dannoura no sen 壇ノ浦の戦) s’achève par la destruction de la flotte Taira et le massacre de ses membres. Les derniers Taira se suicident en masse, et des servants se jettent à l’eau avec le jeune Antoku.


  1. La mise en place du gouvernement des guerriers


Par la mission officielle qui lui avait été décernée dans l’urgence en 1184, Yoritomo devient le seul à pouvoir recourir légitimement à la force dans le pays. Il obtient de nouvelles concessions : il dirige ainsi la cour de justice instituée pour régler les conflits entre guerriers, dont il devient l’arbitre. Go-Shirakawa prend peur et dresse Yoshitsune contre son frère. Mais le prestige de Yoritomo est trop fort et personne ne veut les suivre. Yoshitsune s’enfuit jusqu’au nord du Japon où il se suicide en 1189. Sous prétexte de le poursuivre, Yoritomo peut combattre et détruire les Fujiwara du Nord qui ont accueilli son frère. Le pays est entièrement pacifié.

Yoritomo renforce son pouvoir : il peut désigner dans les provinces des gouverneurs militaires (des protecteurs, shugo 守護) et des intendants domaniaux, jitô 地頭 , indépendants de la cour. Il installe à ces postes les guerriers qui lui ont été fidèles. Il surveille la cour en lui adjoignant de force un conseil. Il dispose d’une capitale propre, Kamakura 鎌倉 , et d’institutions propres. Il naît un double pouvoir, celui de la cour d’une part, et celui de Yoritomo d’autre part. En 1192, l’empereur lui décerne le titre de « Grand général pacificateur des barbares », Seii-Taishôgun 征夷大将軍 , plus généralement appelé Shôgun. Il s’agit d’un titre rare, attribué aux généraux chargés de soumettre des barbares, et que Yoritomo conserve à vie. Il siège dans le bakufu 幕府 , « le gouvernement sous la tente », comme s’il était en campagne (en réalité installé dans son château). Il instaure un régime qui durera jusqu’en 1867. Ce n’est cependant pas une dictature militaire, mais un pouvoir parallèle.

Dans ces années troublées de la fin du 12e siècle, la cour a commis l’imprudence de laisser les guerriers l’entraîner dans leurs rivalités, de se laisser affaiblir par l’intrusion des Taira dans son personnel, de sorte que Yoritomo a pu accomplir une sorte de révolution et se poser en garant suprême des droits domaniaux et des situations acquises dans les provinces par les grands lignages guerriers. Ce gouvernement des guerriers du shogunat de Kamakura va régner jusqu’au début du 14e siècle.
2. Le shogunat de Kamakura



  1. L’émergence des Hôjô


Le shogunat ne devait prendre sa forme définitive qu’après 1221, date de l’ultime sursaut de la cour. Quoiqu’on ne puisse penser que les droits et les pouvoirs concédés à Yoritomo soient si complets que l’histoire officielle du siècle suivant, le « Miroir de l’est », Azuma kagami 吾妻鏡 , l’affirme, les traits principaux sont cependant déjà dessinés de son temps. Après sa mort survenue en 1199, les Hôjô se font les tuteurs de ses fils dont ils sont les parents maternels, en particulier le père et le frère de Masako, Tokimasa et Yoshitoki 北条義時 (1162-1224). Bientôt ils se débarrassent, en 1204, du shôgun Yoriie 源頼家 (1182-1204), parce que, poussé par la famille de son épouse, les Hiki 比企 , il ne se montre pas assez docile. Il est remplacé par le second fils de Yoritomo, Sanetomo 源実朝 (1192-1219). Masako elle-même tient une part non négligeable dans ces intrigues. Elle est l’exemple parfait du rôle grandissant des femmes dans les lignages guerriers. Sanetomo prend peu de goût dans les affaires militaires. Sa fascination pour la culture de Heian le pousse à établir des relations avec la cour de Kyôto, en particulier avec l’empereur retiré Go-Toba 後鳥羽 (1180-1239).

En 1213, une purge est lancée contre les éléments hostiles au shogunat. Le chef du bureau des samurai Wada Yoshimori 和田義盛 est tué avec 1.300 guerriers, et leurs domaines sont confisqués. Les Hôjô deviennent parmi les plus gros propriétaires de la région de Kamakura, ce qui leur fournit une base foncière extrêmement puissante. Sanetomo horrifié se réfugie dans la poésie, et refuse de se marier avec une femme Hôjô. Il cherche une alliance avec la cour impériale, mais, sur ordre des Hôjô, est assassiné en 1219 par son neveu dérangé (un fils de Yoriie), exécuté juste après. La descendance directe de Yoritomo éteinte, les Hôjô désignent comme shôgun un enfant d’un an, Fujiwara no Yoritsune, adopté dans la maison Minamoto.

Interprétant ces querelles comme une faiblesse, Go-Toba en appelle en 1221 au soulèvement contre les Hôjô, misant sur le mécontentement de certains guerriers et sur les forces propres des grandes familles de Kyôto : ce sont les troubles de l’ère Jôkyû. Cependant, les guerriers de l’Est refusent d’aider l’empereur retiré et restent fidèles à l’institution du bakufu. Les forces shogunales descendent sur la capitale, et assoient définitivement le pouvoir des Hôjô et le système shogunal. L’empereur est en exil, 3.000 domaines sont confisqués et confiés aux vainqueurs. Cette date marque la fin de l’influence politique des empereurs retirés. Les Hôjô renforcent leur popularité auprès des guerriers, en apparaissant comme les sauveurs du système instauré par Yoritomo. Par une ironie du destin, ceux qui désormais dirigent le shogunat en sont ses anciens vaincus, les Hôjô étant issus des Taira.

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