Journal du Palais – 27 juin 2005








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Journal du Palais – 27 juin 2005




François Aynard :

L’héritier de Fontenay



Arrière-arrière-petit fils d’Edouard Aynard, l’homme qui ressuscita naguère l’abbaye de Fontenay, fils d’Hubert Aynard qui en fit un des plus beaux sites touristiques d’Europe, François Aynard pouvait-il échapper à son destin ?
Il est des héritages plus ou moins encombrants : une ferme inhabitable, un hangar désaffecté, une montagne d’emprunts russes... François Aynard, lui, a reçu de ses parents, excusez du peu, une des plus belles abbayes cisterciennes du monde, fondée en 1118 par saint Bernard en personne. Un drôle de cadeau. Une sacrée responsabilité, surtout.

Fontenay, près de Montbard, fêtera bientôt ses neuf cents ans d’histoire. Reconvertie en papeterie après la Révolution française, rachetée par la famille Mongolfier en 1820, l’abbaye était alors une usine de 200 employés, gigantesque et prospère, ce qui lui évita de finir, comme Cluny, en carrière de pierres. En 1906, alors que l’entreprise périclite, le riche banquier lyonnais Edouard Aynard, qui vient d’épouser Rose de Mongolfier, rachète le site hérissé de cheminées et d’ateliers multiples et se propose de l’ « extraire de sa gangue industrielle ». Une œuvre de titan que son fils René, autodidacte éclairé, poursuit jusqu’à la seconde Guerre mondiale. En 1947, le petit-fils de René, Hubert Aynard, s’y installe en permanence. Une entreprise de pisciculture et un bel élevage de charolais vont permettre à cet entrepreneur hors pair de financer sa passion : faire de Fontenay un véritable site culturel et touristique. Objectif atteint : en 1981, l’abbaye est classée au patrimoine mondial de l’Unesco ; en 1983, elle franchit le cap des 100.000 visiteurs par an !
UNE ENTREPRISE
PEU BANALE

Pour le petit François, c’est encore le temps de l’insouciance. Chaque matin, le gamin est conduit à l’école de Montbard en cabriolet 203 aux sièges en cuir. Pour lui, l’abbaye est surtout un extraordinaire terrain de jeu. Quoi de plus excitant que de faire des courses à vélo avec des petits copains entre le cloître et le colombier, et de jouer à Thierry la Fronde entre la chapelle et la forge ? Quoi de plus passionnant que d’assister au tournage des Trois Mousquetaires, ou d’Angélique, marquise des Anges, dans les jardins de l’abbaye ?

A l’époque, il n’y a pas de lycée à Montbard. Le jeune homme quitte Fontenay pour Pontoise, fait ses humanités à Condorcet et passe, en 1977, une licence de philo. Puis il effectue son service militaire à Grenoble, dans les chasseurs alpins. Eloignement dû aux hasards de la vie, ou fuite devant un destin écrit à l’avance ? Il part ensuite pour l’Italie et devient prof de français à Rome, où il va pratiquer le journalisme à Radio Vatican et à l’agence italienne Ansa. La dolce vita romaine est aux antipodes de la rigueur cistercienne. Que les austères allées de Fontenay semblent loin des rives du Tibre et des cent églises baroques qui peuplent la Ville éternelle !

En réalité, François est hanté par Fontenay. Il a 37 ans, il est fils unique, son père avance en âge, et rien ne peut empêcher ses amis et connaissances de lui parler, à chaque occasion, de la lointaine abbaye qui l’attend, en Bourgogne, comme une princesse endormie. Il y pense jour et nuit : « Reprendre la gestion de Fontenay était terriblement angoissant. Mais ne pas la reprendre l’était bien davantage ! »

En 1995, le fils prodigue revient au pays. Entre temps, Hubert Aynard a fait de nouveaux miracles : une librairie diversifiée et prospère, des jardins à l’anglaise, des concerts dans la célèbre nef en terre battue, etc. « Mon père a tracé le chemin : faire entrer Fontenay dans la modernité, avec respect et humilité. On ne peut faire n’importe quoi dans un endroit pareil, mais on peut y inventer des choses ! »

C’est le double défi qui s’impose au nouveau maître des lieux. D’abord, entretenir et conserver le site, sans être totalement obsédé par le souci de l’authenticité des temps monastiques : « Il y a sept ans, ma mère a redessiné tous les jardins sans s’occuper de ce qu’ils étaient à l’époque cistercienne, et c’est tant mieux ! » Seconde tâche : faire vivre cet endroit un peu à l’écart des grands flux touristiques. C’est là que l’héritier peut forcer le destin, faire preuve d’ambition et réaliser ses propres idées : concerts uniques, expositions originales, colloques spécialisés, lectures poétiques, visites nocturnes où le visiteur peut méditer dans le cloître illuminé de bougies et baigné de chants grégoriens…

Ni conservateur de musée, ni animateur culturel, François Aynard est d’abord un chef d’entreprise qui fait de la promotion, de la gestion, de la communication, de la prospective : « Fontenay est un endroit magique, mais cela ne suffit pas à faire venir de nouveaux visiteurs ! » En ce lieu « plus universel que religieux », dit-il, il faut créer des moments de « communion » qui marquent tous les curieux de passage, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Les jeunes, notamment : « Fontenay est un endroit sublime de beauté et d’harmonie, qui parle à toutes les générations ». Et pas seulement aux amateurs de vestiges médiévaux. L’horizon de François Aynard, c’est le futur. Lui-même, du reste, vient de se marier avec Gloria, une jolie architecte d’origine colombienne, qui est tombée amoureuse – aussi – de ce lieu fascinant. Un lieu où l’Histoire, en tout cas, ne se conjugue pas qu’au passé.

BERNARD LECOMTE

François Aynard en six dates
1956

Naissance de François Aynard (le 22 mai)
1977

Licence de philo (après une khâgne à Condorcet).
1981

L’abbaye est classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
1995
Retour de Rome et installation à Fontenay.


2003

Première table ronde (850ème anniversaire de saint Bernard)
2004

Première visite nocturne de l’abbaye.






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