MÉmoires sur la chine








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Pierre-Henri Stanislas

d’ESCAYRAC de LAUTURE

MÉMOIRES

SUR LA CHINE
Coutumes


à partir de :

MÉMOIRES SUR LA CHINE,
par Pierre-Henri-Stanislas d’ESCAYRAC de LAUTURE (1826-1868)
Librairie du Magasin Pittoresque, 29, quai des Grands-Augustins, Paris, 1864. Coutumes : 96 pages.



mise en mode texte par

Pierre Palpant

www.chineancienne.fr


TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos
Vie sociale.

Villes. — Boutiques. — Étuves. — Jardins publics. — Jeux. — Musique. — Hospices.

Théâtre.

Théâtre. — Genres. — Comédiens. — Pièces.

Cérémonies.

Mariage. — Cérémonies funèbres. — Superstitions.

Vie privée.

Maisons. — Meubles. — Chauffage. — Costume. — Cuisine. — Repas. — Prix courants.

Instruction publique.

Instruction réelle. — Nature des études. — Examens. — Nombre des lettrés. — Situation des lettrés. — Académies. — Programme d’études.

Agriculture.

Supériorité de la Chine. — Lois de l’agriculture. — Outils et méthodes. — Cultures alimentaires. — Colons partiaires. — Produits textiles. — Almanach du cultivateur.

Notes diverses.

Note sur les transports. — Note sur le calcul et les mesures. — Note sur les monts de-piété. — Note sur le commerce de la Chine en 1863.

AVANT-PROPOS

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p.003 Je dois, en commençant ce cahier, rappeler plus que jamais que je n’ai point prétendu tout dire sur la Chine ; que je n’ai pu m’aider que de notes prises à la hâte, souvent sans ensemble et sans liaison ; que j’ai voulu faire un travail nouveau qui complétât des travaux plus anciens ; que je n’ai point cherché dans ces travaux les éléments d’une compilation déguisée, qui malheureusement m’eût fait honneur auprès de lecteurs faciles à surprendre, mais qui n’eût été ni utile, ni honnête.

On regrettera peut-être, en Europe, que je n’aie parlé avec détails ni de l’opium, ni du thé, ni de la porcelaine, ni des petits pieds, ni de la médecine, ni des sciences des Chinois. Tout nouveau livre doit-il donc être une réédition d’autres livres ? Que dirais-je sur la porcelaine, que je n’ai point vu fabriquer, après le père d’Entrecolles, après tant de missionnaires qui ont vu ce que je n’ai pas vu, après M. Stanislas Julien, qui a traduit sur ce sujet tout ce qu’il y avait à traduire pour en expliquer les derniers secrets ?

La médecine chinoise n’est-elle pas assez connue par les travaux de tant de médecins anglais et américains, savants en leur art et sinologues distingués, établis depuis longues années en Chine et vivant parmi les Chinois ? L’étude des sciences chinoises, enfin, peut-elle être abordée avant ces profondes et patientes études que Gaubil a pu faire, que d’autres ont faites aussi, que je poursuivrais avec bonheur moi-même si l’occasion m’en était donnée ?



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VIE SOCIALE

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Villes. — Boutiques. — Étuves. — Jardins publics. — Jeux. — Musique. — Hospices.

p.005 J’ai parlé des murailles des villes chinoises, de leurs temples, de leurs édifices publics. Des villes elles-mêmes, il y a peu à dire : les rues en sont d’ordinaire étroites, sales, encombrées, bordées de boutiques ouvertes, de maisons bruyantes, ou de murs derrière lesquels se cachent les cours et les maisons. A Pékin, quelques rues sont larges comme des grands chemins : de grandes baraques de bois rouge, des maisons éparses, les limitent de distance en distance : une poussière noire et fétide soulevée par le vent, une boue épaisse coupée d’ornières profondes, en rendent le parcours insupportable. On rencontre souvent dans l’enceinte des villes de grands cimetières qui ne nuisent pas plus à la santé publique en Chine qu’à Londres, quoiqu’ils y soient moins bien tenus : d’autres cimetières anciens et abandonnés. de vastes espaces déblayés par l’incendie ou délaissés par un peuple décroissant ; on y rencontre jusqu’à des champs et des métairies. Les boutiques sont quelquefois très élégantes : il y en a à Pékin de magnifiques ; elles sont couvertes d’écriteaux indiquant la marchandise, le nom du marchand, ou portant des invitations plaisantes, telles que : « Seule maison honnête ; Se méfier de la boutique en face » : etc.

Il y a beaucoup d’étuves dans les villes chinoises. Les Chinois sont propres ; cependant ils n’aiment pas l’eau froide : on ne peut pas même dire qu’ils aiment beaucoup l’eau chaude, et ils font peu d’usage de savon, même de savon chinois. Pour se laver chez eux et dans leurs étuves, ils ont coutume de tremper un linge dans l’eau p.007 bouillante, et, après l’avoir laissé égoutter un instant, de s’en frotter le visage, les mains ou le corps. Ce système, qui répond à l’usage que nous faisons de l’éponge, n’est pas mauvais : il est d’un fréquent emploi ; et quand on parle de malpropreté à propos des Chinois, c’est sans doute en faisant abstraction de tout souvenir de l’Europe, de ses régions méridionales surtout.



Pharmacie ouvrant sur la rue

Un assistant pèse des médicaments ; un autre fait sur l’abacus le compte de ce que doit la femme qui est devant lui. Sur les écriteaux placés aux deux côtés de la boutique, on lit le nom du pharmacien, et « Médicaments de toutes les provinces. » Près de la porte du fond : « Médicaments pour prolonger la vie humaine », et « Remèdes contre l’opium ». Dans le fond, les

trois derniers mots d’une inscription qui signifie : « Entrez et voyez le jen-señ ».

Presque toutes les villes ont leur jardin, yuen, ou jardin à thé, tшa-yuen. Ce jardin, entouré de temples et de boutiques, contenant un lac ou un étang, ou traversé par une rivière, a des ponts en zigzag et des ponts surélevés, des îles, des kiosques, des rochers et des grottes, dont les formes et l’entassement dépassent de beaucoup les œuvres de la nature. On y voit de grands établissements où l’on prend le thé sur de petites tables vernies : des restaurants, des pâtisseries, des théâtres, des cabarets ; d’ignobles maisons où, dans une salle obscure et infecte, des prostituées servent l’opium à des gens hâves couchés sur des nattes malpropres 1. On y trouve aussiaussi des bateleurs de toute espèce, des guérisseurs de tous maux, des poëtes mendiants, des coquins racontant de saintes histoires, des aveugles qui voient et des épileptiques artificiels : c’est un petit monde. On y joue de la menue monnaie : on y joue des gâteaux et des bonbons ; on y regarde, par de petits trous, des tableaux mobiles représentant des sujets religieux, et plus souvent des sujets de la plus extrême obscénité : les femmes et les enfants surtout forment le public de ces spectacles. J’ai déjà dit que l’Asie n’avait pas de pudeur : en est-elle pour cela plus corrompue ? Je ne le pense vraiment pas. La chaste ville de Londres n’a rien à apprendre de l’impure ville de Pékin ; Naples, Rome, Hambourg et Paris, sont à peu près dans le même cas : l’impudeur publique ne prouve pas la corruption générale des mœurs. En tout cas, cette corruption se révélerait par la dégénérescence du peuple. C’est pour éviter cette dégénérescence que la loi prétend régler les mœurs : mais l’expérience m’a fait voir que les peuples musulmans, amis de Cara-Gueuz, et les peuples chinois et tartares, amis d’autres polissonneries, n’étaient physiquement ni si dégénérés, ni si affaiblis que le sont les Européens soumis dans leur enfance à l’emprisonnement du collège, p.010 privés de mouvement et d’air, et nourris à moitié à l’âge où le corps doit prendre en liberté, comme l’esprit, ses dimensions et sa forme. Il en est des spectacles obscènes comme de la plupart des choses en ce monde ; leur effet est très faible et s’émousse très vite. On ne conduit pas l’homme, il se conduit lui-même ; il traverse le bien et le mal : on ne le jette ni vers l’un, ni vers l’autre ; il suit sa propre pente.



Jardin à thé

Cabarets, tableaux tournants, diseur de bonne aventure.

Rome, égout de tous les vices, a donné le jour aux premiers martyrs de la foi chrétienne, et les saintes leçons des monastères n’ont pas sanctifié tout ce qui les a reçues. C’est parce que je crois à l’impuissance de l’éducation dirigée, à l’impuissance des lois factices,



Fumeur d’opium et fumeur de tabac assis sur un kwañ

On remarquera la pipe à opium que le personnage assis à gauche tient à côté d’une lampe couverte d’un abat-jour ; il va porter sur la flamme de la lampe un peu d’opium pris dans les boîtes cylindriques placées à côté de lui. En arrière, on voit des assiettes portant des gâteaux. L’autre personnage allume une pipe à eau. Sur les étagères, on remarque divers petits objets et des livres

dans leur reliure mobile.

comme à l’impuissance du conseil perfide et de l’exemple mauvais, que je n’aperçois pas plus dans la licence que dans la liberté un péril sérieux ou durable.

Les jeux des Chinois sont, à peu de chose près, ceux des Européens. Les enfants chinois jouent aux billes, à la balle, à la marelle, font voler d’immenses cerfs–volants et partir des pétards. Dans le Nord, quand la neige est abondante, ils en façonnent des maisons ou des dieux dont ils s’amusent à peindre les yeux et les lèvres. Comme les hommes font combattre des coqs et des cailles, ils font combattre des grillons.



Cabaret en plein air dans le nord.

D’après une gravure chinoise.

Le jeu de la morra, qui consiste à deviner le nombre de doigts rapidement présentés à la vue, jeu connu des Romains, qui l’appelaient micatio, existe en Chine sous les noms de tшai-mey, kwei-tшuen, tsei-tшuen, etc. En Chine, comme en Italie, des cultivateurs, des ouvriers ou de petits commerçants s’y livrent après dîner, et celui qui perd est condamné à boire une tasse d’eau-de-vie. Plus on perd, et plus, la vue p.011 se troublant, on devient incapable de gagner. L’ivresse, qui n’est pas inconnue en Chine, est donc le résultat le plus habituel de ce jeu, non moins coupable que la plupart des jeux innocents.

Les Chinois ont aussi les dés (maé-tsö), les dominos (kɤ-pey), des cartes (tшu-pey) servant à jouer aux dominos et en portant les nombres, et d’autres cartes. Ces jeux ne sont pas absolument les nôtres, mais ils les rappellent beaucoup. Les dés sont par jeux de six ; les dominos, par jeux de trente-deux : les points y sont les uns rouges, les autres noirs. Les cartes portent diverses figures et quelques caractères ; elles sont oblongues et mesurent environ neuf centimètres



Cartes-dominos

sur deux, soit trois pouces sur huit lignes ; leur revers ressemble à celui des nôtres. Le jeu de cartes-dominos dont je donne un spécimen compte cent trente-cinq cartes, dont soixante-six à figures divisées en trois classes dites céleste, terrestre et humaine (tyen, ti, jen), de vingt-deux cartes chacune ; soixante-six sans figures, divisées de même, et trois portant les caractères wen, wɤ et tsɤñ. Il y a des cartes rouges, d’autres noires, d’autres encore qui sont rouges et noires. Le jeu de cartes proprement dites, dont je donne également un spécimen, est fort compliqué. Les cartes diffèrent par la couleur rouge ou noire des ornements qui les terminent et par les figures qui les couvrent. Il y en a parmi les noires vingt sans figures, vingt à figures géométriques, vingt portant des p.012 insectes ; parmi les rouges, vingt à personnages, vingt à figures géométriques et vingt portant des insectes.



Cartes à jouer.

Toutes ces cartes sont, par les ornements qui les terminent, ramenées à quatre types. Parmi les noires, on trouve encore, avec des extrémités différentes qui permettent de les ramener à sept types, vingt et une cartes sans figures, vingt et une à figures géométriques, vingt et une portant des insectes, des caractères ou des armes ; et parmi les rouges, réductibles de même à sept types, quatorze cartes à personnages, quatorze à figures géométriques, et quatorze portant des insectes, des caractères ou des armes ; ce qui donne pour tout le jeu deux cent vingt–cinq cartes.

Il y a, en Chine, bien d’autres espèces de cartes et bien d’autres jeux, mais je ne les connais point ou n’en ai qu’une idée très vague ; je ne saurais même expliquer l’emploi des cartes que je viens de décrire, par la raison que je n’entends rien aux cartes en général.

Je ne possède pas sur la musique plus de notions que les Romains de la république, qui regardaient l’ignorance de cet art comme la première qualité d’un homme libre. Je dois cependant dire un mot de celle des Chinois. Sans être connaisseur, il est p.013 permis de la trouver mauvaise. Il y a cependant, au ministère des rites, une direction de la musique, comme il y avait à Rome un collège des joueurs de flûte. Le chant est pris trop haut ; c’est un cri nasillard des plus fatigants à entendre. Les instruments, nombreux, sont connus pour la plupart depuis des temps fort reculés. J’en ai fait figurer ici quelques-uns. Parmi les instruments à cordes, on remarquera le xɤñ-tшin, qui en a deux : le san-шyen-tsö, qui en a trois ; le yue-tшin, qui en a quatre ; le yañ-tшin, sorte de clavecin, qui en a quatorze qui se touchent, comme celles de plusieurs autres instruments, avec l’extrémité, garnie d’un peu de moelle, d’une baguette de sureau ou de bois flexible. Parmi les instruments à vent,



Orchestre

D’après une gravure chinoise.

le syao, tuyau unique dans lequel on souffle par une de ses extrémités ; le ti-tsö, tuyau analogue, dont on joue en soufflant par une ouverture pratiquée au corps de l’instrument, et enfin le sön, ou señ, qui a une embouchure adhérente à la base de l’instrument et treize tuyaux, ou plus, de longueur inégale. Le sön remonte à une haute antiquité. On pourrait indiquer encore une guitare à quatre cordes, pi pa, qui paraît être la table de Pythagore ; le kɤ, ou tambour ; les cymbales ; la corne, tшa-ko ; une sorte de trombone, etc.

Les Chinois, n’en déplaise aux inventeurs du langage musical universel à l’aide duquel tous les peuples chanteront leur pensée en un même concert, ont un système musical à part. Ils comptent cinq sons, font usage de neuf caractères, et écrivent p.014 leur musique suivant une méthode qu’a décrite, dans le numéro de mai 1859 du Journal of the N. C. B. of the R. A. S., le révérend E. W. Syle, et qui paraît plus simple que la nôtre. La notation du son musical est sans doute susceptible de progrès ; il semble même qu’on en ait indiqué déjà, et que le temps doive les faire triompher de la routine et de cet esprit jaloux qui veut tenir les profanes à l’écart.


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