Pourquoi le métro ne fonctionne-t-il pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?








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DIMANCHE SOIR



Le quai de la gare de Fleury-les-Aubrais a encore moins de charme que celui de Saint-Pierre-des-Corps. La nuit est tombée et je remâche tout ce qui a suivi la fin des explications de Maximilien Lagault. Il s’est éloigné les épaules basses comme anesthésié par le poids des révélations qu’il venait de me faire. Le Casanova insatiable, dont on en venait à oublier l’âge, avait trouvé sa maîtresse ultime, l’amour de ses vieux jours, et il l’avait perdue aussitôt. Le romancier avait trop voulu taquiner la gloire et celle-ci, à son tour, l’abandonnait. Provisoirement peut-être mais à terme, il glisserait dans un profond oubli.

Il m’avait fait pitié. J’avais eu du mal à le laisser poursuivre seul le retour vers son hôtel. Si pardonner est une vertu chrétienne alors je le suis beaucoup plus que je ne le crois. Ensuite, par des rues déjà entrées en léthargie, j’avais regagné l’hôtel pour récupérer ma valise. Chose promise, chose due, j’ai laissé aux patrons de l’hôtel un substantiel pourboire pour leur employée à l’aspirateur si discret. Je leur fait confiance pour transmettre cette enveloppe à la femme de chambre inconnue. De toute façon, je leur ai assuré que je viendrais vérifier l’année prochaine que ma volonté avait été faite. Ils ont regardé s’éloigner cette cliente curieuse protégée par des agents de sécurité mais semant les billets de cinquante euros avec une si délicate discrétion. Ca ne doit pas cadrer avec leur clientèle habituelle.

Prendre le chemin de la gare a ravivé le souvenir pénible d’une nuit d’horreur. J’ai grignoté un sandwich au buffet sans trouver la force de rejoindre le quai. J’ai même renoncé à demander si quelqu’un n’aurait pas récupéré au petit matin deux beaux escarpins noirs à hauts talons sur le quai numéro deux. Il se serait trouvé quelqu’un pour se poser, pour me poser des questions. Après tout, il y avait en plus de ses deux chaussures de prix, un cadenas brisé et une flaque de sang.

Je n’ai plus envie de répondre à des questions. Tant pis pour les escarpins. Qu’ils profitent à la femme du chef de gare si elle a le bonheur de chausser du 37. Je n’ai qu’une envie : tourner la page.

Demain, ma première année universitaire au Mirail commence vraiment. J’étais étudiante ici et, soudain, je vais passer de l’autre côté de la barrière. Si j’arrive à dormir dans le train de nuit, j’irai passer ma matinée dans un centre aquatique à me rôtir les chairs dans une eau bien chaude. Si je ne dors pas, je me ferai une grasse matinée bien méritée. Du moins j’essayerai. Pas sûr en effet que j’y parvienne. Des images vues – le corps tournoyant et comme désarticulé de Foulque sur le quai – ou simplement imaginées – la nuque brisée de Catherine de Villaviciosa – vont encore longtemps m’assaillir quand je fermerai les yeux. Et quand je les rouvrirai ce sera pour me dire que j’aurais pu ne jamais revenir de ce séjour à Blois.
Ce quai un peu lugubre, cette attendre prolongée d’un train qui a déjà dix minutes de retard, c’est finalement terriblement jouissif quand on remet les choses en perspective.
Au dernier moment, alors que le train a déjà aspiré son quota de voyageurs, un petit monsieur débouche en courant - enfin en trottinant assez rapidement - du passage souterrain. Il fait des grands signes en direction du chef de gare et du contrôleur pour qu’on ne parte pas sans lui.

C’est mon amateur de tartelettes à la confiture.

- Eh bien, dis-je quand il eut pris pied sur la plateforme, vous l’avez attrapé de justesse.

- Ne m’en parlez pas, mademoiselle. Plus d’une heure d’escale ici et j’ai trouvé le moyen de traîner au buffet. Et pour quoi ? Pour me limer les dents sur une entrecôte qui avait dû faire la guerre de 14.

- Alors, puisque c’était votre première visite, qu’avez-vous pensé de Blois ?

- C’est une belle ville… Pour le festival, si vous me permettez cette astuce facile, c’est une autre histoire… J’ai assisté à des conférences très intéressantes… Parfois trop brillantes et je ne comprenais pas tout… Quelquefois, c’était même carrément ennuyeux et je suis parti. Faire le planton pendant une heure pour s’en aller au bout de dix minutes, vous reconnaîtrez que c’est plutôt frustrant. Mais, dans l’ensemble, je suis quand même content. Un peu rassasié aussi. C’est un menu copieux qu’il faut avaler. De l’Histoire à haute dose… vous êtes sûrement bien plus entraînée que moi à cela… Il y a quand même quelque chose que je regrette de ne pas avoir vu ; il paraît que Maximilien Lagault a été accusé de ne pas être l’auteur de ses bouquins et que des lecteurs déçus et furieux l’ont bombardé avec ses propres livres. Après l’agression dont il avait été victime, on ne peut pas dire que lui ait pris du bon temps. Vous êtes au courant de tout ça ou vous étiez trop dans votre boulot pour suivre ces événements ?

- Comme vous, j’en ai entendu parler… Je ne suis pas sûre que cela m’intéresse plus que ça. On peut penser ce qu’on veut des gens, il faut éviter de les juger avant de les connaître vraiment.

- Vous avez peut-être raison… N’empêche que je les aimais bien, moi, ses livres. On apprenait plein de choses… Ca me déçoit de lui. Mais je parle, je parle et j’oublie de vous demander comment cela s’est passé pour vous…

- Vous savez, monsieur, quand on a un rendez-vous, on y va et c’est toujours une aventure… Alors, vous imaginez, j’en avais plusieurs.


FIN

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